‹ Des donations entre-vifs et des testamentsChapitre 301 sur 371 · CHAPITRE II (art · texte numérisé non relu

CHAPITRE II (art

pour trait les scènes de notre divin Molière! Un mouvement nerveux dans le visage, un tic familier, une manière de parler, un geste, les choses en un mot les plus simples et les plus naturelles étaient tournées en diagnostic et pronostic, comme la sputation fréquente de M. de Pourceaugnac. Et l'on voudrait que nous autres juges, qui tenons dans nos mains la liberté et la capacité civile des personnes, nous fissions dépendre de si frivoles symptômes ces grandes questions où sont engagés l'honneur des familles, la succession des biens et les droits les plus chers à l'homme!

455. Je pense que la médecine légale, malgré ses prétentions, n'a ajouté aucun progrès sérieux aux doctrines reçues dans la jurisprudence, et qu'elle ne doit en rien les modifier. D'Aguesseau a résumé avec beaucoup de sagacité, de sagesse et de mesure les notions qui font la règle des tribunaux. Le Code Napoléon y a conformé ses préceptes légaux. Je ne connais rien de mieux, et nous ne devons pas avoir d'autres oracles.

454. Mais j'en reviens à l'opinion des médecins qui voient deux natures distinctes dans le monomane, la nature saine et la nature malade; l'une vivant dans la vie civile, l'autre retranchée de son sein. Je dis que cette doctrine n'est pas soutenable. Il est impossible que les idées ne s'imprègnent pas des qualités bonnes ou mauvaises du principe qui les produit ; justes quand elles émanent d'un esprit droit, elles sont fausses quand l'esprit sonne faux. Ce n'est pas qu'un esprit faux ne soit jamais dans le vrai; mais, quand il donne dans l'idée juste, c'est presque toujours par de mauvaises raisons, par des biais singuliers, par des rapprochements forcés; de sorte qu'il ne peut arriver au vrai que par hasard et pour ainsi dire en s'égarant : tant l'esprit est constant à lui-même ! Telle est aussi la singularité qui se fait remarquer d'une manière bien plus sensible encore chez le mo-

nomane, lequel n'est qu'un esprit faux poussé à la plus haute puissance de l'erreur. Nous avons vu tout à l'heure l'insensé raisonner juste dans sa folie ; ici, par un phénomène contraire, le monomane a de fausses raisons pour des actions sages. Il y a, en effet, dans les idées d'un homme, une chaîne, une association telles qu'elles réagissent les unes sur les autres et qu'elles s'inspirent réciproquement. De même que les passions engendrent les passions (4), de même les idées engendrent les idées; et, quand l'erreur s'est emparée d'un des recoins de l'intelligence, loin d'y rester stationnaire, elle se mêle à son voisinage; elle projette son ombre sur les plans qui ne sont pas encore envahis et en rend le jour douteux. Si l'on pénétrait dans le travail intérieur de l'esprit, on verrait un mouvement d'ensemble de ses facultés, une coopération de toutes les parties saines et malades, une unité d'action sous un moteur dirigeant. Or, puisque le faux existe dans ce travail, il faut bien qu'il y joue son rôle et révèle sa part d'influence. Mais, comme l'esprit est un instrument merveilleusement organisé, il lui arrive de raisonner juste, même quand il est mal dirigé. Un rêve rempli rie délire et d'illusions est souvent traversé par des idées sages. Un homme agonisant (2) laisse échapper, au milieu des ténèbres qui l'environnent, des éclairs de bon sens, comme dans les jours de sa plus ferme intelligence. Mais ces lueurs n'empêchent pas l'esprit d'être troublé et vaincu. C'est un esclave qui ne s'appartient plus.

455. C'est donc avec sa rectitude ordinaire que le droit civil exige que l'homme, qui vient lui demander d'ériger en loi domestique sa volonté suprême, ait une volonté éma-

(1) La Rochefoncault, Maxtmetr, II.

(2) Balbutiais et mnineris lingva, comme disent les bis romaines. I. 15, C, De (estamentis.

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