‹ Des donations entre-vifs et des testamentsChapitre 302 sur 371 · CHAPITRE II (ART · texte numérisé non relu

CHAPITRE II (ART

née d'un esprit sain, sans entrer dans la distinction de la démence partielle et delà démence absolue. Cette distinction, utile sans doute dans l'art de guérir, n'est de rien dans la science du droit, et nous rejetons la volonté exprimée par un monomane^ aussi bien que la volonté d'un furieux, d'un imbécile ou d'un homme constamment en démence; il n'est pas plus sain d'esprit que ces êtres infortunés ; il partage leur misère et est comme eux délaissé par la lumière d'en haut. Lors même que cette volonté porterait les caractères extérieurs de la sagesse, la loi s'en délie, parce que rien n'assure que ses mobiles ne soient pas une de ces erreurs secrètes qui travaillent sourdement l'esprit de l'insensé et l'assiègent de leurs obsessions importunes. On ne croit pas au menteur, lors même qu'il dit vrai; on n'a pas foi, à plus forte raison, dans un fou, lors même qu'il est sage. C'est une sagesse sans racines dans la raison ! ! !

456. Les annales du parlement de Toulouse racontent qu'un arrêt de ce parlement déclara nul le testament d'un homme qui, sage sur tout le reste, s'imaginait qu'il était tille (I). Cet arrêt est excellent. Une folie si étrange a beau s'encadrer dans des actes nombreux et habituels de sagesse, elle ne s'éclipse pas dans cet entourage ; c'est elle, au contraire^ qui les ternit et les rend suspects.

157. Ces vérités sont généralement admises par les métaphysiciens et les psychologistes (2). C'est d'accord avec eux que la jurisprudence a fondé ses doctrines et arrêté ses principes. La théologie elle-même a été autrefois fort consultée sur ces matières par les légistes (5) ; elle ne leur a pas été inutile. Cependant nous ne la suivrons pas dans ses dis-

(1) Serres, 2, 12.

(2) M. Damiron, Cours de philosophie.

(3) Mantica cite saint Thomas, CffKJevt., 1 , 3. Fdigole s'appuie sur Molina, De.justit., tract. 2, disp. 133, V, 8, 9. lu.

tinctions du volontaire pur, du volontaire mixte, de l'involontaire (1 ) ; il se pourrait que ces nuances, avec les explications qu'elles nécessitent, fussent beaucoup plus obscures que la question qu'on voudrait résoudre avec leur secours. Pascal nous apprend les abus que les casuisles ont fait de la définition de la volonté par Aristote(â). Gardons-nous de les imiter dans ces travers, et arrêtons-nous, comme à la meilleure de toutes les boussoles, à cette règle de notre article, résumé de tant d'études, de recheches et d'observations, à savoir que le testateur doit être sain d'esprit. Il y a bien des choses dans ce peu de mots. Ni la médecine, ni la philosophie, ni la théologie ne savent rien de mieux que cette simple vérité (3).

458. Ici se présente la question des intervalles lucides, qui consiste à savoir si, dans ces moments, l'esprit est assez maître de lui-même, assez sain en un mol, pour exprimer une volonté dont la loi tienne compte.

Divers textes du droit romain ont parlé des intervalles lucides (4). Un passage de Celsus (o) nous avertit qu'il ne faut pas les confondre avec l'ombre &urepos(inumbrat(i qu>rs)(6), qu'éprouve quelquefois le furieux. Ce n'est pas une tranquillité superficielle, une prostration du mal, ou une rémission

(4) Furgole, /oc. eit,

(2) Lettres proi inciales, p. 134.

(3) On peut lire avec beaucoup de fruit uue dissertation de M. Sacaze, conseiller à la cour impériale de Toulouse, sur ces matières (Revue de lég., 4 850, t. II, p. 242 et suiv.). Quoiqueje ne partage pas toutes les opinions de l'auteur, quoique je n'aie pas surtout la même religion quelui pour les progrès de la médecine légale, je dois dire que son travail est une étude fort remarquable et qui fait réfléchir.

(4) L. 14, D., De ofltoio prœsttf., 1. 6., C, De curât, furios. L. 9, C, Qui test, facere possunt.

(5) L. 48, § I, D., De acquit, passes*.

tii C'est-à-dire quieHs ambra. Godefroysur cette loi.

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