CHAPITRE II (ART
doctrine de d'Aguesseau. Mantica va si loin dans cette voie que, suivant lui, deux témoins qui déposent de la santé d'esprit du malade, sont plus croyables que mille qui déposent de sa folie. A ce compte, il y aurait bien des certificats et des parères de médecin qui seraient rejetés. Mais il n'est pas prudent de peser et déterminer d'avance la valeur des voix. Ces questions ne se tranchent pas a priori par de tels calculs.
47-4. La présomption de sagesse ne cesse même pas parce que le disposant aurait éprouvé quelque dérangementjintellectuel passager, dans un temps antérieur au testament ou à la donation. Une maladie éphémère et courte, une fièvre chaude, les paroxysmes nerveux, ne sont pas de ces accidents qui tirent à conséquence, lorsque la guérison s'en est suivie (1).
473. Mais si le testament ou la donation contiennent des clauses extravagantes, l'héritier naturel qui attaque ces actes aura plus beau jeu, et ce sera à la personne gratifiée qu'il imcombera de laver le disposant du reproche de démence. La loi 27, D., De cond. instit., offre un exemple de ces cas. Le testateur avait ordonné que ses cendres seraient jetées dans la mer. Modestin fait positivement entendre qu'il faut, avant tout établir qu'il était sain d'esprit. Compos mentis essetfô).
476. Quant aux preuves et indices de démence, nous n'en dirons rien ; il y a trop d'espèces de folie pour que nous les passions en revue. Horace s'est égayé sur les divagations du pauvre esprit humain ; il a montré à l'homme, par le tableau de ses misères, combien il est peu de
(1) Manica. 2, 5, 7.
(2) Sapra, nos215, 218.
chose (1). Malgré la variété de ses peintures, il n'a pas épuisé cet infini sujet. Mantica a essayé quelques e.xemples, mais à quoi bon ? Il parle de ceux qui, par leurs discours ridicules et ineptes, se font moquer d'eux dans les carrefours (2), « qui per viens more insanorum deridenda loqvn* » tur (5), » de ceux qui jettent avec fureur des pierres dans les rues (A), qui crachent à la figure du notaire ou blasphèment en dictant le testament (5), qui se mettent à siffler quand on les interroge (6), etc., etc. J'aimerais mieux suivre l'Arioste dans ce chant admirable où Astolfe va chercher dans la lune la fiole qui contient le bon sens de Rolland et trouve tant de milliers de bouteilles où la raison des hommes, perdue sur la terre, s'est réfugiée (7). Mais la jurisprudence me rappelle dans ses routes sévères, et les médecins diraient d'ailleurs que ce n'est pas dans les fictions de la poésie, mais dans leurs parères, dans leurs consultations et leurs livres que l'on peut espérer de trouver le fil conducteur du magistrat. Je crois pourtant que les magistrats doivent surtout se laisser conduire par leur propres lumières. Et, comme une des parties de leur science est de connaître les hommes, ils ne confondront pas, avec les désordres de la folie, les singularités, les bizarreries, les travers de certains caractères, que l'on nomme, dans le monde/originaux, et qui sont ainsi appelés parce que, sans être insensés, ils se distinguent du commun des hommes par les côtés où il faut lui ressembler (8).
(1) Satir. 2, 3.
(2) 2, 6, 10 et suiv.
(3) Ulp. , 1. 4, § I, p., De n-dil. ediat.
(4) L. 3, C, Dejudir.
(5) Loc. cit., n°12.
(6) lbid.
(7) Chant XXXIV.
(8) La Cour de Rennes, par arrêt du M mars \ 845, a validé un testament, quoiqu'il contînt dos dispositions fiizm res et des idées singulièrement excen-