‹ Des donations entre-vifs et des testamentsChapitre 36 sur 371 · LXXX PREFACE · texte numérisé non relu

LXXX PREFACE

confirmée (4). C'était là se rapprocher du vrai ; c'était protéger les époux contre eux-mêmes, sans les paralyser dans leurs sentiments de tendresse. Il faut que les époux puissent se témoigner leur affection et s'aider dans leur vie commune. On lit dans le Satyricon de Pétrone, roman très-curieux et très-instructif, malgré de trop grandes licences. queTrimelchion, affranchi enrichi et faisant le commerce, ayant perdu tout ce qu'il avait par le naufrage de ses vaisseaux marchands, sa femme Fortunata vendit ses bijoux et sa garde-robe, et en fit cent écus d'or qu'elle donna à son mari. Celui-ci se remit à l'œuvre, fit d'énormes gains et acheta des terres et des palais. Si le don de sa femme n'avait servi de levain à cette nouvelle fortune, tous deux seraient morts dans la misère [%.

Il résulte de tout ceci que depuis cette réforme de Caracalla, les époux purent se donner pendant le mariage, non-seulement par testament ainsi que nous lavons vu par les lois décimai res. mais encore par donations entre-vifs. Par suite de cette innovation, il se forma une jurisprudence fondée sur des faits savamment étudiés, et qui aservi de point d'appui aux législations modernes sur le même sujet.

Quant aux donations entre futurs époux, elles ne furent jamais l'objet d'aucune défaveur : elles étaient même exceptées d'une manière formelle des prohibitions de la loi Cincia [3 . Elles consistaient habi-

(i) L. 32, § 2, D., lie doml. ùiler ci,-, et axor.

(3) Frag. vatie . § 302. Préface de mon Cumin, du contrai >h tnui twj'..

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PRKFACE. LXXX!

luellement en vêtements, bijoux, esclaves, ou en superfluités qu'on aime à donner en témoignage d'affection (I) ; aussi les appelait-on quelquefois ante nuptias mimera (2), bien que leur nom le plus habituel, au moins sous les empereurs fût sponsor litia (3) ou ante nuptias donatio (4). Nous apprenons par les textes qu'elles pouvaient aussi consister en fonds de terre (5) et que l'époux en recevait plus rarement que l'épouse (6). Juvénal signale, à ce sujet, un trait de mœurs que nous retrouvons dans l'histoire des peuples du Nord : c'est qu'il était d'usage d'offrir à la nouvelle mariée des pièces d'or posées sur un plat, en récompense des faveurs de la première nuit, prima pro nocte 7 . Je n'ai vu nulle part que ces présents anté-nuptiaux fussent tombés dans I exagération. Il existe, au contraire, des plaintes sur l'exiguïté des cadeaux faits par un fiancé avare (8).

Parvenus aux derniers siècles et aux derniers progrès de la législation romaine, nous devons tourner nos regards vers les peuples germaniques dont les

(1) Diocl. et Maxim., L. 10, C, De donat. ante nuptias. Voy.aussiL.4 et 13, eod. tit. Sidonius Apollinaris, VII, epist. 2.

(2) Alex., L. 2, C. De donat. ante nuptias. CarusCarinus etNumerianus, L. 7, C, eod. tit.

(3) Saumaisc, De usuris, p. 147 à 149. Sidonius leur donne le nom de sponsah'tia donatio. VII, Epist. 2.

(4) Modest., L. 27, D., De donat. inter rie.

(5) Diocl. et Maxim., L. 8 et 12, C, De donat. ante nuptias.

(6) Con3t., L. 15, C, De donat. ante nuptias.

(7) Satyre 6, v. SOS.

(8) Sidonius, for., cit.: « De maneipionim spomalitiœ donationis pavci » tate nurrere. »

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