‹ Des donations entre-vifs et des testamentsChapitre 4 sur 371 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

sage encore quand elle reçut de son législateur un corps de lois marqué du doigt d'un Dieu unique et infini.

L'Egypte était une monarchie théocratique divisée en castes. La première caste était celle des prêtres qui faisaient parler les dieux. La seconde, celle des guerriers qui mettaient la force au service de la religion et de la politique ; la troisième, celle du peuple qui était divisé en métiers, et qui, courbée sous le joug des plus grossières superstitions, travaillait au labourage, au pâturage et aux œuvres des artisans, et ne possédait rien en propre. La terre était divisée en trois parts : la première appartenait à la caste héréditaire des prêtres : la seconde au roi ; la troisième à la caste héréditaire des guerriers (1). Les laboureurs cultivaient ces trois parts en qualité de colons temporaires (2) ; et lors même que l'on admettrait que le roi aurait fait des distributions, ainsi que nous l'enseigne la Genèse (3), ces distributions ayant pour charge une redevance du cinquième, n'auraient abouti qu à un colonage héréditaire, au lieu d'un colonage à temps (4). L'immobilité était le fond des institutions de l'Egypte avec une assez vigoureuse activité dans le domaine des sciences, des arts et du travail individuel. Chacun restait attaché héréditairement à sa caste (5). Les professions

(1) Diodore, 1, 2, ii.

(2) Id.

(3) Ch. XXXVII.

(4) M. Giraud croit qu'il en résulta un droit de popriélé privée, p. 27.

(5) Diodore, ibid., Bossuet., Hist. univers., p. 453.

PRÉFACE. Mil

se transmettaient de père en fils, et on ne pouvait ni en avoir deux ni en changer (1). L'homme était encadré d'une manière invariable dans la caste où le sort l'avait fait naître. Le mouvement ne lui était pas interdit ; mais le progrès ne lui était pas donné.

Ce n'est pas du sein de cette immobilité que le testament put sortir et se manifester. L'histoire ne nous apprend rien qui nous révèle la preuve de son existence, et nous sommes de ceux qui croient, sans en avoir d'autre preuve, que les Egyptiens ne le connurent pas (2).

On respire plus à son aise quand on entre dans la Grèce ; c'est là que commence la liberté de l' homme dans la cité, et la beauté de la forme dans l'art. C'est laque la civilisation prend une face nouvelle et que le génie européen s'élance d'un vol hardi.

Mais la Grèce était trop rapprochée de la Phénicie et de l'Egypte pour ne pas recevoir les reflets de l'esprit oriental. Des colonies venues d'Orient y avaient apporté des dieux, des législateurs et les rudiments des arts ; et quoique l'originalité des populations grecques ait transformé les institutions dont les dotaient ces étrangers ; quoique le sentiment de la personnalité libre ait développé en elles l'importance et la dignité de l'individu, la Grèce ne put jamais briser entièrement son enveloppe orientale. L'Etat y conserva sur l'homme privé des droits ex-

(\) Bossuet, Hùt. univers., p. 453.

(2) Schilterus. exercit. 14, S 3. Heincccius, § 9.

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