‹ Des donations entre-vifs et des testamentsChapitre 65 sur 371 · CHAPITRE 1 (ART · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1 (ART

» vivunl, ideo marient domini rerum ; (juos cero hœredes reli- » querunt concipiendi simt ut procura-tores in rem suam. $> Dire que les morts vivent encore, qu'ils sont toujours propriétaires de leurs biens, que leurs héritiers ne sont que des procureurs, c'est certainement aller jusqu'à un point qu'il n'est pas nécessaire d'aborder, et qu'il faut laisser à des théories métaphysiques dont la jurisprudence n'a pas besoin (1).

A ces grandes autorités, ajoutons Gravina (2), Vinnius(3), Doneau (4), Barbeyrac 10), Burlamaqui ((3), Furgole (7), et plusieurs antres dignes d'être écoutés (8).

14. Pour moi, je partage pleinement leur avis, et je vais donner les raisons péremptoires de cette préférence.

Sans poser la question aussi radicalement que le fait Leibnitz, entre le spiritualisme et le matérialisme, il est certain que les ignobles doctrines qui font finir l'homme avec la mort, et dont Robespierre était bien digne d'être l'écho, ne sauraient prévaloir contre la légitimité naturelle du testament, contre le droit du père de famille de régler, pour le temps où il ne sera plus, les affaires de son patrimoine et de sa famille. Un poëte grec dit : « Avec moi, que tout périsse (9)! » Et ce mot, digne devise des tyrans, proverbe

(1) Platon était d'avis que les morts connaissaient ce qui se passait sur cette terre et s*y intéressaient (Lois, XI). Je ne combats pas cette idée; mais je dis qu'elle n'est pas nécessaire à la thèse de Leibnitz.

(2) De origine juris, 2, 40.

(3) Sur les Instit. De test. ord.

(4) Sur le Code De testam. (rubrique n° 7).

(0) Sur Puffondorff, loc. cit., t. 4, 661e note. A la page 664, note 4, il cite le passage de Leibnitz et rappelle la critique qu'en ont faite des auteurs contemporains.

(1) Test., ch. 1, n° 30.

. (8) Hilliger, dans ses notes sur Doneau, cite une foule d'auteurs eu faveur de cette opinion qui est la sienne. (Comm., titre 6, ch. 4, note 1 .) (9) Cicér., De fmibus, 3, 19.

favori des Caligula, a été stigmatisé comme l'expression détestable de l'égoïsme le plus abject (1). Non, tout ne périt pas avec l'homme, et la preuve en est dans le jugement que la postérité a porté sur les méchants qui ont dit : .liée moi que tout périsse. Néron et autres, ses pareils, n'ont pas péri; leur mémoire est restée exécrée; leur souvenir subsiste pour l'édification du monde et pour la punition de leurs méfaits.

Si l'on interroge avec soin les actes les plus nombreux de la vie de l'homme, on sera convaincu qu'ils sont dominés par une espérance de l'avenir qui ne s'arrête pas aux limites seules de l'existence. On ne plante pas seulement pour soimême, on espère procurer de l'ombrage à ses descendants . Pourquoi l'homme éprouve-t-il le vif désir d'avoir des enfants, de propager son nom, de servir glorieusement la patrie (2)? N'est-ce pas pour prolonger, dans l'avenir, la vie des souvenirs, et pour faire succéder cette autre vie à la vie réelle qui l'aura quitté? Rien n'est plus naturel que ce sentiment; car il règne chez tous les hommes par un de ces consentements unanimes qui sont la plus respectable des lois (5) .

Il en amène un autre d'où jaillit pour l'homme une source de bonnes actions et de vertus. C'est que l'homme doit veiller sur lui-même et assurer par sa conduire sa bonne réputation. L'estime publique est une récompense, comme le mépris public est un châtiment. Un renom honorable qui survit au delà du tombeair, c'est là l'ambition de tout homme honnête et soigneux de sa propre dignité (4.); la nature se

■ (0 Cher., lococit.

(2) Cicér., TuscuL, \, 4 4.

(3) Omniautem in re consensio omnium gentium, lex natures putanda est. (Cicér., Tuscul., 1. 13.)

(4) Cicér., De finibv.s, 3, 17.

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