CHAPITRE ! (.VRT
droit naturel (1). Ils ont pu se méprendre sur le fondement et le caractère d'un usage aussi général, car on est aisément porté à regarder comme principe pris dans la nature ce qui est universellement adopté. « Des erreurs bien plus grossie- » res ont échappé à la philosophie des légistes. »
Puis, après quelques observations qu'il est inutile de rappeler ici, il continue en ces termes : « ... Mais il faut voir ce » que la raison prononce a cet égard. Il faut voir si la pro- » priété existe par les lois de la nature, ou si c'est un bien- » fait de la société. Il faut voir si, dans ce dernier cas, le » droit de disposer de cette propriété par voie de testament » en est une conséquence nécessaire. Si nous considérons » V nomme dans son état originaire, et sans société réglée avec » avec ses semblables, il parait qu'il ne peut avoir de droit » exclusif sur aucun objet de la nature; car ce qui appar- » tient également à tous, n'appartient réellement à péril sonne. Il n'est aucune partie du sol, aucune production >• spontanée de la terre qu'un homme ait pu s'approprier à » l'exclusion d'un autre homme. Ce n'est que surson propre » individu, ce n'est que sur le travail de ses mains, sur la » cabane qu'il a construite, sur l'animal qu'il a abattu, sur » le terrain qu'il a cultivé, ou plutôt sur la culture même et » sur son produit, que l'homme de la nature peut avoir un » vrai privilège. Dès le moment qu'il à recueilli le fruit de » son travail, le fonds sur lequel il a déployé son industrie » retourne au domaine général et redevient commun à tous » les hommes.
» Voilà ce que nous enseignent les premiers principes des » choses.
» C'est le partage des terres fait et consenti par les hommes » rapprochés entre eux qui peut être regardé comme l'origine de
f|) Hist. partem., t IX, p. 286.
» la vraie propriété ; et ce partage suppose^ comme on voit, » une société naissante, une convention première, une loi » réelle
b Nous pouvons donc regarder le droit de propriété, tel » que nous l'exerçons, comme une création sociale. Les » lois ne protègent pas, ne maintiennent pas seulement la » propriété ; elles la font naître en quelque sorte ; elles la » déterminent; elles lui donnent le rang et l'étendue qu'elle » occupe dans les droits du citoyen. »