PERÇU
Pour compléter nos études sur la législation douanière de Rome, nous allons présenter un tableau rapide du commerce romain, faire connaître les principaux objets de son trafic.
On a beaucoup écrit et Ton répète que les Romains dédaignaient le commerce et l'industrie, qu'ils considéraient comme indigne d'un Romain des classes élevées de demander au trafic la fortune et Taisance, et que le métier des armes, les carrières administratives et politiques, avaient toutes leurs préférences *.
Ce point de vue est-il exact ? Nous ne le pensons pas ; les faits lui donnent le plus éclatant démenti.
Ce sont les rivalités commerciales, nous Pavons constaté, qui allumèrent la guerre entre Rome et Garthage, et les traités de paix entre les deux villes furent de véritables traités de commerce ; la ruine de Gorinthe fut décidée pour détruire une rivale des commerçants romains en Grèce; la colonie de Narbonne ne fut maintenue, après la chute des Gracches, que pour servir de point d'appui au commerce romain; dans sa lutte contre Marseille, ne voyons-nous pas les Romains stipuler, dans beaucoup de traités, des immunités douanières à leur profit, pour créer à leurs négociants une situation privilégiée ^ ?
D'autres faits viennent encore démontrer d'une manière complète quelle ardeur et quelle passion les Romains apportèrent à développerleurs relations commerciales. Leurs négociants couvrent da leurs comptoirs toutes les parties du monde connu ; le commerce de l'argent estpresque monopolisé à leur profit; leurs banquiers ont inventé des procédés de circulation, et par là sont
^ Montesquieu ; Grandeur et décadence des Romains, ch. X ; Esprit des lois, liv. XXI, ch. 14, 15, 16. Dureau de La Malle ; économie politique des Romains, tom. II, liv. IV, chap. XT. De la province d'Asie»
> a-G, de Termessibus. C. /. L, l, 204.
192 Vfoi*.
devenus les maîtres du marche : a Pas un écu ne bouge dans la Narbonnaise qui ne passe dans les mains des Romains , dit Gicéron {Pro Fonteio) » , et cela est vrai de toutes les provinces de TEmpire.
Qu'on ne croie pas que les Romains n'abordaient que ce commerce des banques : ils exploitaient toutes les branches d'industrie ; on les voit acquérir dans les provinces d'immenses domaines, y exploiter les mines et les carrières, et devenir les fermiers des Vectigalia dans toute l'étendue de l'Empire romain. Nous les trouvons, au moment où éclata la guerre avec Mithrydate, au nombre de plus de 80,000, exerçant dans les cités de l'Asie toutes les branches de l'industrie et du commerce * ; et les intérêts par eux engagés dans cette partie du monde romain étaient si considérables que la conséquence de leur catastrophe se faisait sentir jusqu'à Rome. — Ils couvraient de leurs comptoirs toutes les villes de la Gaule, et les révoltes des populations indigènes débutaient toujours par le massacre ded Romains a qui negotiaiidicausd ibi œnstiterant ^ ». Sous Néron, 70,000 Romains ou associés sont tués en Bretagne*.
Les nations barbares ne les arrêtaient pas ; ils faisaient pénétrer les produits romains dans les pays lointains et inconnus, et en rapportaient les produits indigènes ; c'est ainsi que les historiens constatent la présence des négociants romains chez les Sîcambres, chez les Marcomans *, en Irlande *. — Un commerce important existait entre l'Italie et l'Inde*, et des monnaies trouvées sur les côtes de Malabar permettent de supposer que les négociants romains avaient pénétré jusque-là^.
1 Appien; Mithr., &1 ; Val. Max., IX, 2 ; Gic. ; /Vv) Ug. mâHi., c. 7.
3 Gss.; B. G., VII, 3 ; Gompar. Taoit.; Ànn,, lU, 42.
» Tacit.; Afin., ^V, 33.
^ Tacit.: Ann., II. 62.
• Tacit.; Agric., 24.
« Plin.; H. ^., VI. 26.
7 ReiQttud ; Mémoire sur le Périple de ia mer Erythrée el les f^o^ùiîts êê l'Empire romain avec VAsie orientale. On a trouvé des monnaie» romaines près de Manikyala, dans le Pundyab ; à Goimbatur, dane la présidente "de ICadra» ; à
Au Nord, ces hardis commerçants laissent des traces de leur passage dans Ttle de Fionie ; au Sud, ils pénètrent par terre jusqu'au cœur de TÉthiopie ' et jusqu'au fond des oasis africaines' ; ils lient des relations nombreuses et suivies avec tous les peuqui les entourent, et il n'y a pas trop de 1 30 interprètes à Dioscurias, au fond du Pont-Euxin, tant est grand le commerce d'échange qui se fait dans ces ports ^.
Nous pouvons donc aflBrmer que les Romains n'ont pas eu le commerce en mépris, et tout au moins si, à l'origine, un tel préjugé a pu exister parmi eux, les faits en constatent bientôt ràbandon.
Le commerce romain a subi les contre-coups de la politique, il s'est développé avec les bons empereurs, et a donné à la fortune romaine un éclat incomparable ; comment aurait-il pu en être autrement ? Des routes militaires reliaient entre elles les diverses parties de TEmpire romain ; le commerce suivait ces voies et faisait arriver les marchandises aux dernières stations; un système de poids et mesures, suividans tout TEmpire, facilitait les transactions et procurait au commerce la sécurité dont il a besoin^.
Gaananore, sur la oôte de HaUbar ; à Dhadpul ; dans l'île de Caylan. Le Périple de la mer ÉryUirée ooua appread qu'uo objet d'exportatioa vers l'Iade était la moaoaie romaine, que l'on échangeait contre les anciennes drachmes d'ApoUodote et de Ménandre ou contre la monnaie d*or de ces contrées qu'on nommait caltls. [Periplus matis Brythrari, édit. MûUer ; ôeo^r. grmi minores, tom. ï, pag. 257 •et suiv., ^ 8, 9, A0, 39, 47, 63. Comp, Plioe ; H. N., VI, 22, 85.)
c Cb qaUl y a de curieux, c'eat que la pièce qu'on y rencontre le plus souvent » est le denier d'Auguste, sur lequel on voit ses deux fils adoptifs, Gaïus et Lucius, » tenant des lances et des boucliers ; ces pièces sont souvent d'un poids supérieur -9 an poids noraml, mofs la plupart, si ce n'est toutes, sont fourrées. Il est possible > que ce genre de monnaie ait été fabriqué spécialement pour l'Inde méridionale, 1 où peut-être on ne savait pas distinguer aussi bien qu'en Europe les demers de 9 bon et de mauvais aloi. » Mommsen ; Histoire de la monnaie romaine, trad, de Blacas, tom. HT, pag. 337, pi. XXXFV, n» 6.
* Pline; H. N., VI, 34.
« Vi(A.; 6eogr., I, 8.
• Pline ; H. N., VI, 5.
^ Les Duumvirs et les Édiles devaient fure souvent des vériflcatioas des psiits et mesures chez lesnégoeiants. Orelli, 4342, 4850 ; G. Théed., XII, 6, G. 9 et 2t.
134 vmiÉ.
Un système monétaire honnête et garanti par TÉtat permettait les transactions entre les peuples les plus éloignés. Tant que ces conditions subsistèrent, le commerce prospéra et les négociants romains sillonnèrent dans tous les sens le vaste Empire romain : ce des marchands de Carthage et d'Arabie sont venus mourir à Lyon; des Grecs, une femme de Thrace, un citoyen de Nicomédie, ont trouvé leur tombe à Bordeaux * , et un Phrygien se vante d'avoir franchi soixante et douze fois le cap Malée, pour gagner Brindes ou la côte d'Asie» [C. L Gra?c., 3920). a Grâce à Theureuse paix dont nous jouissons, s'écrie Pline, une foule immense de navigateurs parcourent l'étendue des mers, même l'Océan occidental, et trouvent l'hospitalité sur tous les rivages ^. »
Mais avec les mauvais empereurs ces conditions changeront : le titre des monnaies ne sera qu'un odieux mensonge ; toutes les transactions seront entravées par l'incertitude de la valeur à donner en échange ; les charges mises sur le comj:nerce et les commerçants paralyseront toute activité commerciale, la ruine atteindra les cités autrefois riches et prospères^.
Tachons de faire connaître les principaux objets du trafic entre les provinces de l'Empire romain.
Rome et l'Italie étaient le centre vers lequel convergeaient tous les produits des provinces et de l'étranger ; ses productions peu importantes ne lui permettaient pas une exportation sérieuse ; cependant un commerce de luxe paraît avoir existé : au milieu de la société polie de la capitale, s'étaient formés des ateliers célèbres ; là, les ciseleurs, fondeurs, ouvriers en bronze, ébénistes, mettaient en œuvre les matières premières venues de tous les points de l'univers ; on y voyait des verreries importantes et il s'y faisait un grand commerce de librairie *.
' Robert;(7o?np<e5 rendus de l'Acad. des Inscript, et Belles-Lettres, 1872, pag.54.
2 Pline ; H,N., II, §2 45 et 67 ; Duruy ; Hist. des Rûmains, tom. V, pag. 220.
3 Sur les modiflcatioQS et allérations de la monnaie romaine, consulter le tom. III de V Histoire de la monnaie de Mommsen, traduite par le duc de Blacas et pabliée par M. de Witte, 1873, surtout pag. 57, 85 et suivantes.
* M. de Pastoret ; S« Mémoire sur le commerce des Romains»
DOUANES DANS L*E1CPIRE ROICAIN. 135
Les provinces envoyaient à Rome leurs produits naturels et les produits de l'industrie locale.
L'Espagne donnait le produit de ses mines d'or, d'argent, de fer, du sel, des salaisons de thon, des huîtres, du vermillon, des laines déjà renommées.
La Gaule des produits divers : son agriculture envoyait en Italie du vin, des fruits, des laines appréciées, du blé, des étoffes de laine et de lin, des salaisons de porc dans la préparation desquelles les Séguanes s'étaient fait une réputation incontestée ; des saies grossières, du savon et des produits de sa métallurgie *.
De la Rhétie, Pannonie et Dacie, on tirait des produits importants : des minerais et métaux, des quantités considérables de céréales. Le commerce avec cette partie de l'Empire se bornait à une importation considérable de produits naturels. Avec l'Orient, le commerce romain présentait un autre caractère : de la Grèce et de l'Asie, on tirait les produits les plus variés de l'industrie humaine : les toiles peintes, les statues, les bronzes, les fers ciselés, les tapis de Laodicée, les poteries deTralles, les marbres de Synnade, les teintures d'Hiérapolis.
De la Phénicie venaient la pourpre tyrienne,les bois de cèdre, les verres de Sidon ; de l'Egypte, les négociants romains faisaient venir du blé, du verre, du papyrus, de l'alun, de l'asphalte, du baume, et, d'une manière générale, tous les produits de l'extrême Orient, dont Alexandrie était l'entrepôt.
Ces indications générales données sur le commerce des Romains, nous abordons l'examen de trois documents importants, qui fournissent quelques renseignements sur les objets soumis aux douanes.
1** Fragment du Digeste (fr.l6, g7)Dig. (39,4) du jurisconsulte Marcien, lib. sing. De Delatoribus V
^ Comparez sur le commerce de la Gaule avec Rome : Amédée Thierry; Histoire des Gaulois; E. Desjardius; Géographie de la Gaule y tom. I.
3 Consultez, sur ce fraj^ment, les auteurs qui out écrit sur le Droit roumin, et d*uae manière spéciale:
136 vifiiÉ.
Ce texte contient une énumératioB des marchaodises de provenance orientale. Quelle est sa véritable valeur et dans quel but a^^tril été inséré dans le Digeste ?
Quelques auteurs avaient voulu y voir le catalogue générai des objets soumis à la douane dans TEmpire romain 4 mais cette opinion présente de grandes difScultés. Gomment se fait-il, s'il en est ainsi^ que dans notre Catalogue ne figurent pas tous les objets qui payaient les droits : pourquoi par exemple ne mentionner que les eunuques, tandis qu e le droit à l'importation et à l'exportation était perçu sur les esclaves en général; et tout le monde sait le grand commerce qui s'en faisait à toutes les frontières de l'Empire * ? Gomment expliquer d'un autre côté que le jurisconsulte Marcien ait inséré ce Catalogue dans un livre sur les Délateurs, et que les rédacteurs des Pandectes lui aient conservé cette physionomie particulière ?
D'autres auteurs ont voulu y voir un catalogue de marchandises de rinde à l'occasion desquelles le portorium devait être perçu. Cette seconde opinion n'est pas plus acceptable que la premi^e : le texte en effet ne mentionne pas seulement les marchandises de provenance indienne, mais encore des marchandises exportées par les pays voisins et par les provinoes romaines. Mais ce n'est pas tout : le portorium était perçu sur toutes les marchandises, et notre texte ne mentionne cependant que quelquesunes d'entre elles ; aussi avait-on voulu rectifier k ce point de vue la portée de notre texte, «cltem et cave tibi, disait la Gode
Guid-. PaDcirolus; Thésaurus variarum lectionum II, c. 110; et dans la Jurûprudence romaine et attique d'Heiaeccius, tom. II, pag. 1216.
Cl. Balmasius ; Plinianx exercitationes, m c. I Solini polyhisto. Paris, 1629, in-fol.
PoUiier ; Pandectm Juslinianfs ad Ugem^ 16, § 7, De Publicanis, a9, 4, Dig.
H.-E. Dirksen ; Ueber ein, in Jusiinian's ?andekUn enihaltmes, Verxdcbnis auslàndicher Waaren, von denen eine Eingangssleuer an den Zollstàtten des /fômischen Reiches; dans Phil. und histor. Abhand.der k. Ak. derWiss. zu Berlin, 1843, pag. 59 à 108 Comparez WaddingVon ; Édit. de Dioclétien, pari., v. Asie^ Mineure.
< Strabo; Geogr., XIV, 4, § 2.
DOUANES DANS L*EMPIRE ROlfAIN. 137
d- Accurse^ quià non tantùm de his prsaBtatur (vectigal) cum deferuntur, sed ex (Honibus 2>; et au commencement et à la fin, on apportait au texte les modifications suivantes : a §| 7 species pertinentes ad vectigal (puta) » à la fin, et caetera. Les manuscrits ne justifient pas ces corrections ; la Florentine les condamne Tune et l'autre * .
Nous ne verrions donc dans notre texte, ni un catalogue général des marchandises soumises au portorium, ni un catalogue particulier des marchandises de certaines régions : la portée du texte nous paraît toute différente. Notre texte est extrait d'un livre du jurisconsulte Marcien sur les Délateurs ; auôôi pensons-nocs que ce fragment devait appartenir à quelque rescrit impérial réglant les droits des délateurs sur les choses tombées en commissum, lorsque la contravention avait été constatée sur leur rapport. Quoi de plus naturel que d^admettre que, pour réchauffer leur zèle, on leur avait donné quelque prime et réglé leurs droits de manière différente, suivant que les choses étaient des objets précieux ou des marchandises ordinaires ? Il est probable qu'un rescrit de ce genre avait été rendu par les empereurs Marc-Aurèle et Commode ; les rédacteurs des Pandectes ont retenu de ce document une partie, dont ils ont fait les g § 6 et 7 de notre loi. Ce qui nous permet de le penser ainsi, c'est que, d'après certains manuscrits, ces paragraphes n'en forment qu'un seul : ce Non habent quidem hoc, g 7, dit la Glose d'Accurse, sed cum prsedictis continuatur d.
Telle serait, d'après nous, la portée de notre texte ; il n'en contient pas moins une énumération intéressante des principaux objets du trafic avec l'Orient. Nous allons faire connaître les principaux articles de cette nomenclature. Nous suivrons pour cette étude la division acceptée par Dirksen^, et qui groupe les matières de la manière suivante :
• Comparez MommsGQ ; Édition, nouvelle du Dig.de JusUnien, f. 16, § 7, 39, 4.
^ M. Dirksen. dans le travail cité plus haut, s'occupe de rétablissemeat critique de notre texte, en comparant entre elles les principales leçons des manuscrits ou des éditions originales. Nous renvoyons à ses explications.
138 TIGIÉ.
i'^ CATÉGORIE. — Les épices et les objets que nous désignons aujourd'hui sous le nom de denrées coloniales.
ne CATÉGORIE. — Lcs toilcs de coton, les peaux de l'Orient, rivoire, le fer indien.
m* CATÉGORIE. — Les pierres précieuses.
iv" CATÉGORIE. — Les parfums de l'Inde, les vêtements de soie et les vêtements teints.
V* CATÉGORIE. — Los ounuquos et les bêtes féroces.
vi' CATÉGORIE. — La pourpro, la laine, les cheveux de Tlnde.
i'* Catégorie. — Épices.
Dans cette première catégorie figurent les plantes avec lesquelles on fabrique les onguents et les parfums pour la toilette ; c'étaient des objets de luxe dont le trafic atteignait des chiffres très élevés.
Si nous voulons entrer dans les détails et retrouver parmi les plantes connues celles que les Romains ont voulu désigner, nous le pourrons diflScilement, et cela pour plusieurs motifs : le premier, c'est que le jurisconsulte n'a pas employé les mots scientifiques, mais les noms usuels sous lesquels la plante était connue dans le commerce. Pouvait-il en être autrement dans des textes qui s'adressaient aux employés de la douane et aux délateurs? a Non tamen invenies etymologiam herbarum : nam pro locis mutantur etiàm nomina * . »
Le second motif vient de l'incertitude du texte dans quelquesunes de ses parties et de l'embarras de trouver la véritable leçon. Malgré ces diflScullés, et en tenant compte des travaux antérieurs, nous tâcherons d'expliquer les termes de notre loi.
a Species pertinentes ad vectîgal : CiniMWiomum ; Piper longum ; Piper album ; Folium pentaspherum ; Folium barbaricum ;
1 Isidore de Sévil.; Orig., XVII, 9, § 1.
DOUANES DANS l'bMPIRE ROMAIN. 139
Gostum ; Gostamomum ; Nardi Slachys ; Gassia Turiana ; Xylocassia ; Smurna ; Amomum ; Zinziber ; Malabatbrum ; Âroma indicum ; (G) halbane ; Laser ; Alche lucia ; Sargogalla ; Onyx Arabicus ; Gardamooium ; Xylo cinnamomum. ]»
Voilà les mots qui forment la première catégorie.
V Cinnamomum, — Le Cinnamome est une plante originaire de l'Arabie et de Tlnde, de laquelle font mention Strabo*, Dioscorides ' et Galenus ' ; son prix était très élevé, on ne la trouvait dans le commerce que très raremeut à Tétat de pureté; elle se rapprochait de la Gassia (cannelle), était préférée à cette dernière *, sans qu'il soit possible d'indiquer la différence qui les séparait".
2* Piper longum et Piper album. — D'après les auteurs anciens *, il ne fallait pas distinguer le poivre long et le poivre blanc : Tun et l'autre étaient le fruit d'une même plante. Le poivre long était le fruit cueilli avant la maturité, le poivre blanc était le môme fruit mûr ; c'est une erreur : le poivre long et le poivre blanc constituent deux espèces de poivre provenant de plantes différentes. Le Piper servait, dans l'antiquité, à la préparation de divers médicaments, de parfums et de liqueurs*.
3" Folium pentaspherum^ folium barbaricum. — Telle est la leçon de la Florentine ; la Vulgate donne au contraire la leçon suivante : folium pentafolium, Folium barbaricum, folium pentaspherum. La différence entre les deux textes vient de ce que les rédacteurs de la Yulgate ont pris la forme latine du mot
' Geogr., lib. I .
a lib., I, C. 13.
^ De Antidotis, lib. I, G. 13.
* Pline ; H, N., lib. XII, ch. 19.
* Oirksea; loc. cit,
« Dioscorides, lib. II, ch. 53 ; Pline-, H. N., lib. XII. ch. 7.
^ Dioscondes, lib. II, c. 53..,. Gandidum piper Aiciunt, aptum ocularibus remediis, antidotis, et xnedicaminibus qum contra venenata parantur — Fr. 5, 1 1. Dig. De Peau legata, lib. XXXIII, tit. XI.
140 Tifrilr.
pentasphérum, pentafolitim, pour une espèce spéciale ; la leçoa de la Florentine est ta meilleure et est confinuée par divers manusèrits, notamment par le manusorit de Kdnigsberg.
Que veulent dire les expressions de notre loi ? D^bs les autres énumérations de la loi 1 6, g 7 (1^ oatégorîe), le jurisconsulte mentionne les divers onguents et parfums employés par les Roiinains et tant appréciés par les élégantes de Rome\ Les uns étaien' préparés avec les feuilles des plantes odoriférantes, les autres avec les racines. Nous pensons que par les mots Folium pentaspherum, le jurisconsulte Marcien veut désigner le parfum le plus apprécié, celui qui était préparé avec les feuilles du nardi et par Folîum barbaricum le parfum préparé avec les racines. Nous invoquons en faveur de cette explication le paragraphe suîvaait de Pline ^: cBacchar quoqae radieis taatum odoralaest, à quibttsdam nardum rusticum appeUatuip. Unguenta ex e& radiée âeri solita apod antiques, ArisHophanes priscse comcedise testis est, undè quidam errorefalsobarbarioaçn eain appellant. d — On peutdoBO conclure de ce tex'te que le parfum tiré des feuilles du nard est le plus apprécié : c'est celui qui est désigné d^ns notre texte par le mot pentaspherum, et que Pline' désigne, lui, sous le nom de miorospherum. Le Folium barbaricum, ce sont les onguents les moins précieux et les moins estimés.
4® CosPum ; Costamomum. — Le costum est une plante originaire de r Arabie et de l'Iode ; on la trouve aussi en Syrie, mais de qualité inférieure ; sa racine, d'une odeur particulièrement agréable, servait à la préparation des parfums et des onguents*.
Le costamomum était un onguent préparé avec le costum et
^ •... hoc quidem etiam quod elegantîores slatet imlndiores, utiguentâr fddtnad. Fr. 21, §1. Dig. De Auro et argento, 34, 2, fr. 25, § 12, h. fiât.
» Pline ; H, N., lib. XXI. cli. 6.
» Pline; H. N., XII, ch. 2 ; XXII, ch. 24.
* Piioe; B. N., m, Xil, û. t2 ; Isidoro», XVII, oh. 9; Gomp. Plld.; H. N,, XIII, c. 2, omnia unguenta acutiora fiunt cMto,atnaitio, quœ maxiBiè naMt leriônt.
DOUANES DANS l'kMPIRB ROMAIN. 141
ramoinam, plantes originaires de T Assyrie^; on le trouvait encore en Arménie, en Médie et dans le Pont^.
5* Nardi Stachys. —Par là, il faut entendre peut-être la racine du nard ; elle servait à la préparation d'ongaentu, à la febricationde parfums et à la composition dé beaucoup de médi*^ caments. Pothier pense qu'il s'agit id d'une espèce par tieulièrift de nard, le nard épi (à verbo graeieo (jraj(rjç, épi).
6* Cassia Turiana; Xylo cassia^ Smuma. — La cassia est une plante odoriférante qui avait les mêmes propriétés que le cinnamome, mais une moindre efficacité ; elle servait à la préparation des parfums, à la confection des médicaments ' ; son écorce, comme celle des autres plantes odoriférantes, était employée dans les sacrifices. Il est probable que les Romains n'avaient qu'une seule expression pour les diverses applications de la plante.
La cassia, plante vantée par les poètes^, est qualifiée de luriana par les Florentines, qualification qui doit faire allusion, ou bien à l'origine de la plante ^ ou bien à la manière dont elle était ré« coltée <et préparée ; des manuscrits des Pandectes donnent d'autres leçons : les uns turaria^ les autres thymiama, faisant allusion probablement à son rôle comme parfum.
Quoi qu'il en soit, les Romains paraissent avoir connu diverses variétés de cassia, qu'ils désignent sous les noms de Oassia turiana, Xylo cassia et Smuma*.
V Amomum. -^ Nous avons vu pfais haut ^que c était use
< Virg.; Eclog. 4, vers 25.... Assyrium vulgo nascetur Amomum.
«Pline; H, iV., lib. XII, c. 13.
' Oioscorides, I, 82.
4 Virgile ; Eclog, 2, v. 40. Tum Cassia, alque aliia iatezens suavit)us h6r|>is ; Georg,, lib. 2, v. 466. Nec Cassia liquidi CQiToiD{>itur usus^livi; Georg., lih- 4, ▼. 30. Hœc circam Gassi» virides....
* Dans la mer Rouge, od trouve une Inaula tyrina. &ivBb.',Geogr.^ XVI, 3, | 5.
« PUne; H. N, lib. XII, ch. 19
plante employée comme parfum, et servant à la préparation des onguents.
8* Zinziber. — C'est la racine d'une plante dont les propriétés sont analogues à celles du poivre. Aussi avait-on pensé dans Tantiquité que le zinziber était la racine même du poivre. Pline combat cette erreur * . Peut-être est-ce la plante connue sous le nom de gingembre par les modernes ?
9® Malabathrvm. — Le malabatbrum est encore une plante qui servait à la préparation des parfums : il . est bien difttcile de ridentifler avec une plante déterminée.
Dioscorides ' combat Topinion de ceux qui ne faisaient aucune différence entre le malabathrum et le nard ; pour lui, il voit dans le malabathrum une plante d'une espèce particulière : quod indicsB gignunt paludes sine radice aquis innatans, nardi sortitur virus sed efBcacius.
Ârrien' au contraire ne fait aucune différence entre le nard et le malabathrum. Pline * parle d'un arbre de la Syrie dont les feuilles produisaient une huile propre aux cosmétiques : ce serait cet arbre que Ton désignait sous le nom de malabathrum .
Les modernes ont présenté encore d'autres opinions. D'après G. Ritter et Heeren, le malabathrum serait une espèce de poivre*.
10* Aromaindicum. — D'après quelques auteurs, il faudrait voir là une indication générale embrassant tous les parfums exportés de l'Arabie et de Tlnde. Cette opinion n'est pas d'ac^ cord avec le langage ordinaire des auteurs latins. Yeulent-ils indiquer les parfums en général, ils se servent des mots : odores, unguenta, ou d'une de ces expressions seulement*. Du reste, si
^PUne; H.N., XII, 7.
> Dioscorides, I, 11. Gomp« I, 75.
* Arrien, §§ 56, 63, édit Didot ; Periplus maris Erythrxi,
* Pline; H, N., XII, 26 ; XIV. 16 ; XXIII, 4.
* Dirksen : loc. ctl., pag. 87, note 7.
« Pline; H. N., XIII et V, 11. Comparez Dig. Fr. Il (7,5); Pr. 3. g 6; Fr. 7, |3(15, 3);Fr.27,8l(41, 1).
DOUANES DANS l'eMPIRE ROMAIN. 143
le jurisconsuUe avait voulu désigner tous les parfums orientaux, n'aurait-il pas employé le pluriel, aromata indica ? Il faut donc voir dans l'expression aroma indicum la désignation d'une plante oud^un parfum particulier; reste à rechercher le sens donné par Marcien. Pour nous, le jurisconsulte aurait voulu par là désigner la myrrhe, matière particulièrement précieuse et importante pour la confection des parfums et la préparation des médicaments. Strabon, dans la description de TÂrabie, de laquelle on tirait aussi Tencens, la myrrhe et la cannelle, désigne la myrrhe sous le nomd a/x&fjuz* : ce rapprochement nous permet donc de penser que le jurisconsulte Marcien a, dans notre texte, voulu indiquer la myrrhe.
1 1« (G) halbane. — Les manuscrits des Pandectes portent, les uns Galbanum, les autres Xalbanum, suivant qu'ils ont suivi la forme grecque ou la forme latine. Ce mot désigne une plante odoriférante originaire de la Syrie*.
12^ Laser. — La leçon laser est donnée par tous les manuscrits ; le laser est un extrait de laserpitium, plante de la famille du Sylphyum '. Cette plante se trouvait en grande abondance dans la Cyrénaîque ; elle ne tarda pas à disparaître à la suite de Texploitation irrationnelle des pascua par les publicani.
Les géographes grecs mentionnent le laserpitium, et le distinguent, d'après son origine, en Laserpitium Gyrenaîcumi medicum^ libycum et armenicum ^. D'après ce que nous apprend Dioscorides du laser, M. Dirksen croit pouvoir Tidentifier avec notre assa fœtida.
13» Alche lucia.— C'est la leçon de la Florentine. Nous préférons la leçon de la Yulgate, Àgallocum. On s'accorde à reconnaître sous cette désignation l'aloès aromatique ; dans l'antiquité, cette
* Strabo, XV, 1, § 22 ; XV, 2, § 3 ; XVÎ, 1, § 24.
^ Pline; H. N., XII, 25 ; Isidore, XVII, c. 9. M. Dirksen a fait remarquer que ie galbanum avait son correspondant en arabe : Dschalban, Dschalbanak. » Colum.; De R. R,, VI, 17 ; PUne, XIX, 3 ; XX, 9.
* Strabo t Geogr., XI, 12, § 7 ; XVII, 3, § 20, 22.
matière était placée au nombre des épices délicates, et servait à la préparation des onguents et à rembaumement des cadavres *.
lii^ jSm-gogalla. — .D'autres manuscrits :portent SarcocoUa; c'eelt la forme grecque du mot, dont SargogaUa est la forme latine* Par là, il faut entendre une espèce de gomme orientale se •rapprochant, par la forme, de la poudre d'encens ; les médecins remployaient comme médicament astringent ; les peintres la faisaient entrer comme siccatif dans leurs couleurs ^.
15* Onyx arabicus. — C'est la leçon de la Florentine ; et par là irfaudrait entendre une pierre qui servait àfieiire des vases propres à enfermer les encens *.
Nous n'insistons pas sur cette interprétation : la leçon des Floreixtinas est 'douteuse; la Yulgate donne Gummi arabicum. L'wreur du cQpiâte s'explique : il aura pris Mojutfxc pour wy^. Nous pensons qu'il s'agit ici des diverses gommes et poudres originaires de l'Arabie, et qui servaient à la préparation des onguents et parfums.
l!6^ Cardamomum,. — Pline ^ nous enseigne que c'est le fruit d'un arbre semblable àl'amomum et se rapprochant du costum ^ Isidore, XYII, c. 9, lui donne le nom de nasturgum, sous lequel il était connu vulgairement.
17* Xylo cinnamomum. — C'est l'écorce de cinnamome, d'après Pline, lîb. XII c. 19 ; et, d'après Dioscoriées, une piaiite d'une espèce particulière qu'il ne faudrait pas confondre ayec le cinnamome *•
T^lsaont les objets ôaunérés dans la preaûère catégorie ; ils ftfSaaioQjt la nubtière d'un commerce imiportant entre Aome et l'Orient.
< Dioscorides, I, 21 ; Isidore, XVn, 8, g a.
a Gomp. Pliae; E. N., xm. Il ; XYI, 14; Dioscorides, m, 89.
> Gomp. Guicl. Pancirolos; loc. ciL^ pag. 1220.
^ Pliae; H. N., lib. XH,c. 13.
& Gomp- Dioscorides, l, c. 5.
Dioscorides, lib. I, c. 13.
DOUANES DANS l'EUPIRE ROMAIN. 14S
IP Catégorie. -^ Les ti>i^ léstèreSy les Peaux dé VikietU^
r Ivoire^ le Fer vuUen et le Carpasum.
Dans cette catégorie nous comprenons des tissus, des pelleteries et des métaux de TOrient : objets très recherchés par le luxe des Romains.
1^ Opiùs byssicum. — Cette expression fait allusion à des étoffes très légères, aux mousselines de Plode, très recherchées par les femmes romaines ; ces étoffes étaient en général faites avec le cotou, plante originaire de l'Inde* et connue sous le nom de Bussos. Bien que le lin pût servir à préparer des étoffes de ce genre, nous ne pensons pas quMl faille les comprendre sous notre désignation ^.
2* Pelles babylonien j Pelles parthicse. — Les Romains se servaient beaucoup de fourrures pour l'ornement des vêtements, surtout pour les femmes * ; c'est à ce genre de commerce qae doivent faire allusion nos expressions ^. Les fourrures do Nord étaient apportées par les caravanes j usqu'aux frontières romaittes vers les Parthes ; les autres, venant de Tlnde, remontaient TEuphrate jusqu^à Babylone, pour de là ôtre livrées aux négociasse romains. Dans les qualificatifs Babylonien et Parthicae^ nous ûd voyons que Tindication des routes suivies par les marchandises: d'où ces dernières pouvaient tirer leur nom.
Des auteurs voudraient donner à nos expressions une portée bien plus considérable : d'après eux, il faudrait voir dans Pelles un mot générique comprenant les 'fournirez, tapis, ch&les, tissus de soie, en un mot tous les tissus venant de Tlnde et de la Chine; d'autres y joindraient les cuirs travaillés, peints^ prépa-
< JuU. PolL; Onomoêj VU, 75, Kod fii» mi rà 66<rviD0[, xecl i Bu^ffoc, Xivou ri
3 Contra Guid. Pancirol. ; loe. et/., 1221.
• Fr. 23, § 3 5 Fr. 24. Dig. De Auro et arçento^SA, 2 s Pauli $eat,, UI» 6, $ 79.
* Comp. Strab., XI, 2, 23.; q, Th», XIV, iQ.
146 vmiÉ.
rés par les Indiens. Il est difficile d admetlre celte exlension du mot Pelles, surtout employé dans un document douanier *.
3* Ebur. - L'ivoire provenant des dents des éléphants servait à la confection de bijoux, de coffres, statuettes, à l'ornement des lits et autres meubles ^.
4® Ferrv/m indicum. — Pline ^ nous apprend que les Romains faisaient venir du fer de Tlnde, de la Chine et de la Perse ; il était très recherché pour les ouvrages d'art; aujourd'hui encore, on apprécie beaucoup l'acier de la Chine et du Japon. La leçon Ferrum indicum est certaine, et si quelques manuscrits donnent Ebenum indicum^ il faut voir là une erreur. L'ébène était loin d'avoir dans l'antiquité, comme objet de trafic, la mémo importance que le fer.
5^ Carpasum. — D'autres éditions donnent carbasum, carpesium. Pour certains auteurs \ il faut voir là une épice d'une nature particulière, peut-être le cubèbe, employée dans les médicaments et qu'il faudrait rattacher à la première catégorie, les Épices.
D'autres auteurs ont soutenu qu'il s'agissait ici du coton brut expédié des lieux de production, et que les Romains mettaient en œuvre et employaient à divers usages ^
Dans4'état d'incertitude des textes, nous avouons ne pouvoir pas prendre parti, nous bornant à rapporter les deux opinions principales.
IIP Catégohib. — Pierres précieuses.
Les objets catalogués dans la IIP Catégorie sont les pierres précieuses destinées à la confection des bijoux ; les commenta-
* Comp. Guid. Pancirol., pag. 1221; et PHae: H. N., lib. 34, c. 14. « Pline, lib. VIII, c. 3.
> Pline; H. N., lib. XXXIV, c. 14.
* Comp. Guid. Pancirol., pag. 1221.
* Comp. Dirksen, qui adopte aur ce point l'opinion de Ritter. •
teurs ont donné sur les divers articles de notre série des renseignements intéressants.
1* La/pis universus. — Par là, il faut entendre évidemment les pierres précieuses ; en effet on se servait, pour les designer, du mot Lapides, synonyme de Lapilli et GemmsB * . Mais le mot universus n'a pas seulement pour but d'indiquer les pierres précieuses, mais encore les matériaux précieux, marbre et autres matériaux que les Romains tiraient de l'Orient et avec lesquels ils ornaient leurs demeures.
T Après cette mention générale, vient Ténumération des
pierres précieuses : les perles (Margarita) ^, dont la valeur dépendra de la grosseur et du poids; les sardonyx *, ce sont des pierres précieuses provenant de l'Arabie et de l'Inde, et qui furent très appréciées par les Romains. Il ne faudrait pas confondre avec les sardonyx les objets fabriqués avec l'onyx ; ces derniers étaient compris sous le vocable général : Lapis universus.
Les Gerauniae *, pierres brillantes avec l'aspect de cristal et ayant la propriété de jeter les feux qu'elles recevaient ; — l'hyacinthus *, le smaragdus*, l'adamas, le diamant moderne, auquel les anciens attachaient des vertus si diverses '; le saflBrinus ou saphir, pierre précieuse couleur rouge * ; le callaïnus * et le berillus **, pierre précieuse originaire de l'Inde.
Enfin les Florentines terminent leur énumération par le mot Ghelyniae. D'autres formes sont données par les manuscrits : cheli, chellim, chelidoniaB. Par là, il faut entendre une pierre précieuse, dont parle Pline * ' , qui ressemblait à un œil de tortue :
» Comp. Fr. 19, § 17 ; Fr. 25, § 11. Dig. De Auro et argento, 34, 2.
» Pliae; H. iV., hb. 9. c. 35.
3 /d., lib. 37, c. 6.
^ Id,y Ub. 37, ch* 9.
*/d., lib. 37, 9.
• Id., lib. 37, c. 5.
7 /d., lib. 37, c. 4.
8 /d., lib. 37. c. 9.
» /d., lib. 37. c. tO.
io /d., lib. 37, c. 5.
• << /d., lib. 37, c. 10.
de là son nom, Oeulus indicé testodinis ; et Ârrien vient confirmer cette opinion, en mentionnant au nombre des pierres précieuses de l'Orient les xi^iévn xpvaoyvtMùViy^^ dont il se faisait un grand commerce.
IV* Catégorie.
Dans cette quatrième catégorie» il faut comprendre les Opiacés de Vlnde^ les NatleSy tes TissiùS de soie^ la Soie brute et ouvrée et les Étoffes précieuses de V Orient.
1® Opia indica vel adserta (Yela séria).
Dans la première partie Opia indica, il faut voir une allusion aux préparations opiacées de Tlnde *; nous savons en effet que Topium et les préparations opiacées formaient une des branches importantes du commerce romain avec Vlnde ; la leçon des Florentines Opia indica est aussi celle de Técole de Bologne ^. Il faut donc rejeter comme non établies les leçons Opéra indica et Omnia indica : à quoi bon entrer dans les détails d une énumé* ration, si tous les objets provenant de Tlnde doivent payer les droits ?
Mais dans sa seconde partie, le texte des Florentines est peutêtre corrompu ; beaucoup de manuscrits et d'éditeurs acceptent, pour la fin, Yela serta, leçon que reproduit Tédition de Bologne, Yela sarta, et dont la leçon de la Florentine n^est qu'une corruption, Yel adserta pour Yela serta, et par là nous entendons las clayonnages et nattes indiennes, entrés aujourd'hui dans les habitudes, et qui pour les Romains étaient un objet de luxe.
2® Metaxa^ Vestis serica vel subserica : Vêla tincta^ Carbasea^ Nemasericum.
Ces mots terminent rénumération de la lY* Catégorie, et la leçon des Florentines n'offre aucune incertitude. Par Metaxa, il faut entendre la soie brute, non encore filée, et que les anciens filaient par des procédés analogues aux nôtres';
< PHoe ; //. iV , XX, 5. 18, et XXV, 10.
^ Accurse ; Glosé : Quœ opia faciunt homiaes dormire.
'^line ; H. N,, lib. VI, c. n.V^addingioa ; 6dit de Dioclétien, pag. 178 et 179.
Yestis serica vel subserica comprennent les étoffes de soie et mélangées de soie, que les Romains appréciaient tant, et qui au bas empire furent réservées à certaines catégories de personnes.
Vêla Hncta. — Par là, il faut entendre ces tentes de soie peintes, objets de grand luxe * , et que les anciens employaient à divers usages. Quelques-uns acceptent la leçon Yel adtincta, rattachant cette expression à vestis et lui donnant un sens général, soie teinte*.
Nema sericum. — Ce sont les fils de soie employés à la fabrication des étoffes.
Reste le mot Carbasea. — Peut-être faut-il assimiler le carbasea avec les toiles de coton fabriquées dans Tlûde, connues sous le nom d'OLhonion, et formant, d'après Arrien, par. 24, un des objets d'exportation les plus importants de rinde. — D'autres auteurs pensent qu'il est question des toiles fines de lin.
V* Catégorie.
La cinquième catégorie comprend les eunuques de l'Inde et les bêtes féroces destinées aux jeux du cirque.
1® Les Eunuques. — Pendant tout le temps de la domination romaine, les eunuques furent tirés de l'étranger ; en effet Nerva, puis Trajan *, punirent la mutilation des jeunes garçons ; et Constantin * renouvela cette défense et punit de mort l'auteur de ce crime *; mais le commerce des eunuques venus de l'étranger a été toujours autorisé *, sauf le paiement de l'impôt des douanes.
Il n'est donc pas étonnant que le dit Catalogue mentionne les eunuques.
2* LeoneSy Lexrm^ Pardi^ Leopardi^ Pantherse. — C'estlàl'énumération des bêtes féroces destinées aux jeux du cirque • de
< Comp. Pline ; H. N. lib. XIX, c. l .
* Comp. Guid. Pancirole, pag. 1224, loc. cit.
» D*aprôs Dion. Casa.
-• C. I. D. de Eunuchis. C. jus., IV, 42.
» Comp. Fr. 4, §2; Pr. 5 ; Pr. 6; Dig. Ad Leg. Cor. de Sicariis, 48, 8,
«C. 2. G. jus., IV, 42.
150 TIGIÉ.
celles gui étaient employées à Tépoque où notre texte a été rédigé.
VI* Catégorie.
La sixième catégorie comprend la pourpre, la laine, les cheveux.
l^ Purpura*. — La pourpre était une des matières tinctoriales les plus recherchées des Romains ,' et il n'est pas étonnant de la voir figurer dans un catalogue d'objets soumis à la douane.
TItem Marocorum lana. — Ces mots ont donné lieu à des difficultés : beaucoup les ont remplacés par ceux-ci : à pecorum lanà ; peut- être faut-il y voir Tindication des lieux où se faisait le commerce de la laine, sans avoir égard à sa provenance '.
3* Fuccus. — Il s'agit d'une plante qui fournissait une teinture rouge, analogue à la pourpre, mais très inférieure à cette dernière, et dont rindustrie faisait un grand usage ^. Les femmes employaient aussi cette couleur pour se peindre le visage ^.
4® Capilli indici. — Si cette leçon de la Florentine est exacte, il faut voir là Tindication des cheveux et des nattes que les dames romaines achetaient pour orner leur coifl^ure. Ces cheveux, achetés à l'étranger, étaient frappés du droit de douane à l'entrée dans TEmpire et étaient rangés au nombre des matières précieuses. Mais beaucoup d'auteurs croient que le manuscrit des Florentines présente ici une inexactitude et qu'il faut lire, avec certaines éditions, Lapilli indici : ces mots ne feraient pas allusion aux pierres précieuses de provenance indienne, puisque noire Catalogue les a indiquées plus haut, mais s'appliqueraient à l'indigo, que l'on mettait dans le commerce, sous forme de pains ou tables : de là le nom de Lapilli. D'autres auteurs interprêtent encore autrement notre texte'.
< Pliue; lib. IX. c. 3).
3 Sic Dirksen ; loc, cil,
3 C. 3, G. Do veslibus hoiob.» lib. II ; et G. I. G. Quae res vendi non possuût.
* O. Hieronymus ad Marcellam de SBgrotalioue blesillœ epist., 23.
^ Comp. Guid Pancirol., pag. 1226, loc» cit.
DOUANBS DANS l'eMPIRE ROMAIN. 151
Toutes ces interprétations ont un vice commun : elles supposent une erreur dans le texte, et rien ne la démontre ; aussi nous en tenons-nous à ce que nous avons dit, sans insister davantage.
Tel est le Catalogue important que le Digeste nous a conservé ; une récente découverte a mis au jour une inscription * qui mérite de fixer notre attention : elle contient aussi un catalogue d'objets soumis à la douane.
Ce monumeAt provient de l'ancienne Zarai, a été trouvé en 1858 sur remplacement de la ville par le caïd Si-Moktar, et a été apporté au Louvre par M. Héron de Villefosse, en 1874.
Voici la lecture du texte et les explications qu'il esl nécessaire d'y joindre: Imp(eratoribus) GaBs{aribus), L(ucio) Septimio Severo III et M(arco) Àurelio Ântonino, Â.ug(ust;s) Piis, consulibus). Lex portus post discessum coh(ortis) instituta. Le préambule nous permet de fixer très exactement la date du monument à l'année 202 après J.-C. Ce point a une certaine importance pour ceux qui voient dans notre inscription un tarif général de douane; il démontre que dans les diverses provinces de l'Empire cet impôt était perçu suivant des règles différentes.
La loi a été mise en vigueur à Zaraî, après le départ de la cohorte qui y tenait garnison : ce devait être, d'après M. Héron de Villefosse, la VP cohorte des Gommagéniens, ou bien la T» Flaviamequitatam, d'après Willmanns^.
Ce document soulève plusieurs difficultés ; il donne naissance à quelques questions auxquelles il est difficile de répondre d'une manière certaine.
À quoi font allusion les mots : Lex portus post discessum cohortis instituta ?
^ Sur rinscnpiioa de Zarai :
--Moniteur du 6 décembre 1858, pag. 1483, art. de M. Léon Renier. — Inscription de r Algérie, L. Renier, n» 4111. — Wilmaaos ; Jnscript. lalin, egsempla, n9 2738.
— Recueil de la Société de Numismatique, aaaée 1875, pag. 184, article de M. Héron de Villefosse.