XXXVII
Celeia
tioD douanière ; de nombreuses inscriptions nous ont conservé la mention de la statio Atrantinas ; mais en quel endroit étaitelle réellement située ? L'Itinéraire de Jérusalem parait faire croire qu'elle était vers Emona, en dehors des frontières de Norique et de Tltalie. Mais cette opinion ne peut guère être soutenue : elle est formellement contredite par la Table de Peutinger^ qui place la station Ad Publicanos en avant de Atrans, au point où étaient les frontières ; en outre, un document épi* graphique très important de Constantin II place formellement Atrans en Norique (Illyricum) <r per lUyricum fecit ab Atrante ad flumen Savum * » .
En outre, on a trouvé à Atrans des autels consacrés aux Noreiae AugustsB (divinités du Norique), et là encore on a trouvé des briques de la légion II Italicae attachée au Norique.
Tous ces faits nous confirment donc dans cette opinion, que la station d*Atrans était en Norique très près d6s frontières de ritalie, et que le poste douanier sur la route d'Aquilée à Celeia devait être en avant d' Atrans ; là on percevait le Portorium lUyrici au passage des marchandises.
52 viGiÉ.
D'après les inscriptions qui ont été trouvées à Atrans, nous connaissons des Contra scriptores et un Vilicus de la station ' .
Entre le Norique et la Pannonie supérieure, les Douanes avaient probablement des stations. Nous n'en connaissons pas du côté du Norique ; mais le long de cette frontière, en Pannonie, les inscriptions nous ont conservé le souvenir de deux postes très importants, à Pœtovio et à Savarie ; peut-être ces postes, situés non loin de la frontière du Norique, servaient-ils en même temps pour les deux pays : ils compléteraient ainsi le cordon douanier du Norique.
C). Pannonie. — Les documents relatifs aux provinces de Pannonie sont très peu nombreux et ne nous fournissent pas de renseignements très précis ; si le système que nous avons accepté plus haut pour Tlllyricum est exact, nous devrions trouver dos stations douanières, non pas seulement sur le Danube, qui constituait le limes imperii, mais encore sur les frontières de la Pannonie et des provinces voisines ; malheureusement, sur bien des points, nous n'aurons que des conjectures à émettre,
Au limes imperii appartient la station .dont il est question dans le n* 3327 du Corp. inscript, de Berlin, tom. III, inscription mutilée et d'une lecture très difficile ; la station dont il est question là doit être Intercisa (Duna Pentele), sur le Danube, si nous nous en rapportons au lieu de provenance du monument^.
C'est la seule station que nous connaissions sur cette partie du Danube.
Entre le Norique et la Pannonie supérieure, nous connais-
* c. 1. L., III, n. 5121, citée plus haul, à propos de Boïodurum. — G. I. L., III, n. 5123. Norei(e) August(^) et honori Stat (ioni5) Atrant(tna?) Bellicus et Butycaes (Contra) Sc(riptores) Siat(tonw) ejusdemex vot(o).— Eph. epigraphica, IV (1879), II. 585. D[eo) [i](nvicto) M(t7/ira?). Marti(a/w) Aug(u5torwm) (serms)^ pro salute Primigeni(t) Aiigiustorum) n(ostrorum) (seroi)^ Yi\(ici) s[t]at(ion»>) Atraatin(«). Gomp. n. 5Î17, n. 5124 et n. 5122.
2 G. 1. L., III. n. 3327 et Ephemeris Epigraphica, 1875, fascic. IV, 593. add. ad vol. III. Deo œlerno, pro sQ\(ute\ d(omini) n(osiri) sev[enj \\lexandn\ P(it) ¥(elicis) Aug(usli) et ijul{iâË) Mammelm Aug(u5<«) mat(n'5) aug(usti) vol(um) red(dift \(ibcns) Gosraus pr{œpositus) siniHonis) Spondilla Syna^f
sons deux stations douanières, Tune à Pœtovio, l'autre à Savarie. Dans Tune et Tautre de ces villes, nous trouvons un grand nombre de documents relatifs aux employés des Gonductores Portorii, ou des Procuratores chargés de les surveiller .
A la première de ces villes s^ appliquent de nombreuses inscriptions ; elles avaient fait penser à M. Henzen* que là devait être le siège du gouvernement financier. Sans contester cette opinion, les inscriptions s'appliquant, les unes aux employés du Procurator augusti, les autres aux Gonductores, nous admettrions volontiers qu'à Pœtovio put bien se trouver le siège du Procurateur surveillant des Douanes pour le compte du pouvoir central, mais que, dans cette ville ou tout près, en avant d'elle, vers le Norique, se trouvait une station douanière. La situation de cette ville, très voisine de la frontière du Norique, sur la route ^ui mettait la Pannonie eii communication avec l'Italie, était admirablement située pour devenir un poste douanier important^.
A la seconde s^appliquent des inscriptions rappelant le souvenir d'employés de la Statio Savariensis ; leur rédaction nous permet de les placer parmi les documents douaniers ' .
1 Annali dell' Instituto dicorrispondensaarcheologica, tom. XXXI, an. 1859, pag. 113.
^ Â Pœtoyio (Peitau) se rattachent les iascriptions suivantes : G. I. L., n. 4015, 4017, 4024, 4031, 4043, 4046, 4063, 4066; les unes s'appliquent aux Gonductores ou leurs employés, et fout supposer l'existence d'un poste douanier à Pœtovio ; ce bont les n. 4015 Isidi Âug(u^ta?) sacrum. Martialis, Pirmini, Q. Sabini Verani t.... P.... Gonduc(^ori5 ) portori lUyrici ar[A|ari, Vic( an'u^) voto suscepto d(ontim) d(at) Sa.c(erdoUbus) T. fi{amo) Martiale et ti(avio) Marullino fll(io); et 4017, qui s'appliquent à des esclaves d'un Oonductor portorii. Les sigles T. P. que l'on trouve dans quelques inscriptions ne sont pas encore très clairement expliqués. Les autres, les plus nombreuses, s'appliquent à des Procuratores Geesaris, représentants du pouvoir central, pour la surveillance des employés de la Douane, et à leurs esclaves et employés.
3 G. I. L., III, 4161. Nemesi Aug(usts) Sacrum Ueliodorus AugiusU) n(oslri) \il(icus) stat(tonù) Savar(t6;n5tj) pro sal(u/e) sua et suorum \(otum) sjolvil) 1 (iben^] m[erito). Comp. i'iascription d. 4155 qui, bien que mutilée» mentionne clairement uu Coutra scriptor. Enfin la Statio Savariensis est encore mentiooaaée dans uao inscription découverte en 1870 à Pettau. Ephcm. epigr., 1879, voh ÎV, pag, 14'J,
n. iSO. A NN (nostrorum) yïl(icus) stat(in/iw) Savariensis pro saluLe su[a et
s\ uorum.
. ..^avarie, placée non loin de la frontière du Norique, centre I commercial important et point de départ de routes traversant la Pannonie, était tout naturellement désignée pour un poste douanier entre le Noriqae et la Pannonie. — Pour ceux qui n'admettent pas que les droits fussent perçus entre les diverses provinces de rillyricum, Savarie resterait un poste douanier de la seconde ligne des douanes de Tempire.
Aucun document ne nous permet d'affirmer l'existence de lignes douanières entre la Pannonie et la Dalmatie ; pas de documents pour la perception du droit entre les Pannonie supérieure et inférieure ; nous serions même assez porté à admettre qu'à cette frontière jamais les Douanes n'ont dû être perçues. Cette division des Pannonie, œuvre de Trajan, au moment où il préparait la conquête des Dacie, n'a pas dû apporter de change* ment au régime financier sous lequel vivait la province, et n'a pas dû augmenter ses charges.
Les inscriptions fournissent quelques renseignements sur les Douanes dans les provinces de Moesie et de Dacie, renseignements bien incomplets, il est vrai, et qui laissent dans l'ombre bien des points importants.
Pour la Mœsie supérieure, une seule inscription trouvée à Rulitsch, sur la rive gauche du Danube, mentionne l'existence du Yectigal lUyrici, et fait supposer qu'il existait sur le Danube, non loin du lieu où elle a été trouvée, une station pour la perception; mais cette inscription, mutilée et d'une lecture difficile, ne fournit que des renseignements problématiques V
Pour la Mœsie inférieure, nous avons plusieurs inscriptions importantes.
Deux inscriptions trouvées à Lezan, non loin de Nicopolis, nous font connaître des employés de la Douane, et des Gonduc* tores Portorii lUyrici.
^ G. I. li.» III, n. 1647. Voici l'iaterprétatioQ proposée par M. Mommsen : [In honorem] 8plea(iidi3s(i)nri veci(i'jali9) l[lly\T{icl) sub cura ju|c]u(n)di(i) Marci v(iri) (e(gregii1) pTOc(^uràtori3) A\ig{usty\ Be(//)icu3(?) CaDsar(t5) n{ostrt) ver(na) vil(icu«) Idib(M^) sep{lembrihus), . . .
La première doit se lire de la manière suivante ^ u ni.
Numini Augustor(t^m) et Genio ^{ortorii) ¥(ublici) Hermès Juliorum Januari Gapitonis E[p]aphroditi conductorum P{ariarii) V(ublici) Illyrici et RipaB Thraciae Ser(vt*^) Yû(iciis) posuit. •<
La seconde, trouvée au môme lieu et sur la même pierre, doit se lire de la manière suivante ^:
l{ovi) o{ptifno) m{aximo) e[t] num[mi] Âug(i^^i) n{ostri) et P{ortorii) ?(ublici)^ pTOc{uratoré) Aviano Be[Z]li[co], macao Gaes {aris) n{ostri) Serv(w^), vilicus Vecti[ô']a[l(w)] Illyrici, idib(i^) sept. Marmert(ino) et Rufo cos.
Ges inscriptions présentent pour le Portorium» dans notre région, une importance capilale: la date de Tune et de l'autre peut être fixée, pour la seconde à Tannée 182 après J.-G., pour la première vers les années 161 à 168 ; et par làelles démontrent qu'à cette époque ces provinces étaient encore placées sous un régime douanier particulier.
La première de ces inscriptions constate, en outre, que le Vectigal Illyrici était perçu dans la Ripa Thracise ; par là, il ne faut pas entendre la province romaine de Thrace, mais le territoire compris entre la province de Tbrace» le Danube et la mer Noire; la Ripa Tbracise de notre inscription doit être assimilée à la MoBsie inférieure : les anciens géographes' employaient dans ce sens cette expression, et Ton peut remarquer la persistance, dans les matières financières, des anciennes dénominations territoriales.
L'inscription n® 751 nous fait connaître les frèreâ Julii Gapiton, Januarius et Epapbroditus, Gonductores Portorii Illyrici ; ils sont mentionnés dans d'autres documents épigraphiqu es ^ -, elle nous fait connaître en outre un de leurs esclaves, leur préposé
> C. I. L., III, n. 751. Gomp. Annali delV Instituto di corrispondenxa archeo' logica, anao t859, pag. 109, aano 1868, pag. 8; et Bolleiino delV Insiiluto di eorrispondmza archeologicat anno 1869, pag. 18, etc.
3 G. I. L., n. 752, et autorités citées à la note précédente.
3 Mêla, 2, 4.— Piiaius, 4, U, 44.
« Gomp. les a. 753» 6124 et 5121 . G. I. L., III; et E. Desjardins; Sur quelques inscripiions inédites de Valachieet de Bulgarie, Annales de l* Institut archéolo^ giquey année 1868, pag. 5 à 13.
dans une des stations de la circonscription douanière ; d'autres esclaves des mêmes Gonductores sont indiqués par d'autres inscriptions : Tesclave Hermès, leur préposé probablement à ÀJmus sur le Danube (Lom) '; Tesclave EutychèSi leur préposé à la statioade Boiodorum'.
Le droit de Douane fut perçu dans les provinces de Dacie, les documents épigraphiques nous permettent de l'affirmer ; ils mentionnent deux stations :
La première serait à Tsiema, sur les bords du Danube, probablement à l'endroit de la réunion de la Gsema et du Danube, non loin des camps établis par les Romains pour surveiller cette frontière'.
L'inscription relative à notre station mérite de fixer notre attention ; elle soulève un problème d'épigraphie non encore résolu ; voici son texte d'après le Coryus inscriptionum latinarum^j texte qui peut être lu de la manière suivante : Herculi aug(tato) fortasse : {valetvdine recuperta) Felix-Rufi (vel potius Juli) saturnini G(oniiwctom) p(ortom) ^{ublici) T... P... Ex praBpositoIV... Stationis Tiernen(5i$) IIII id {ilm$)\^mxzx (n) vel IlIIkal {endos). ^ov{emïyi'es). Barbare et regulo Csi{n)^ulibus)^ ex veto posuit.
Gette inscription, grâce aux consuls qu'elle indique, peut être rapportée à l'année 157 après J.-G., elle nous fait connaître un esclave de Saturninus, Gonductor Portorii publici, déjà connu
< C. I. L., III, n. 6124. Genio J|u/tJorum januari Gapitonis Epapbroditi nÇoitrorum), C{onduclorum) P(flrtoriî) P(ublict), Hermea Ser(puj) 7'û{ieut) p(owiï).
^ C. I. L., III, n. 5121, citée plus haut à propos de la station de Boiodurum.
3 Comp. Notice ad Médiam. G. I. L., III, pag. 248.
HERCVLI. AVG. VALER. M.
FELIX. RVFI. SATVRNÏNI. C.P.P.
T. P. EXPR. IV. STATIONIS
TsiERNEx. un. in. axno xi