DE LA GUERRE
La guerre qui survient entre deux nations change entièrement les relations qui , jusque-là , existaient entre elles. Cet état nouveau et violent réagit même siu* les peuples, qui, alliés ou simplement amis de l'un ou de Tautre des belligérants, ou de tous deux , désirent rester spectateurs impartiaux de la lutte et continuer à vivre en paix. Il en résulte pour tous des droits ou des devoirs nouveaux. Avant de parler des obliga • tions que la guerre impose aux nations neutres, il me paraît indispensable de fixer les droits qui naissent des hostilités, pour les peuples qui s'y trouvent engagés, et les devoirs qui leur sont imposés. Après avoir ainsi posé clairement les droits de tous , il me sera facile de démontrer qu'ils se concilient parfaitement , et que le prétendu conflit allégué par un grand nombre de publicistes n'existe pas, n'a jamais pu exister.
Le but unique de cet ouvrage m'interdit de faire sur la guerre, sur les droits et les devoirs qui en découlent pour les belligérants entre eux, un traité complet; de suivre Grotius et les autres auteurs qui ont écrit spécialement sur cette matière. Je dois me borner à poser d'une manière sommaire les principes généraux de la guerre , et à en tirer les règles de
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conduite des peuples qui la font, à Tégard des nations pacifiques.
Dans cette partie, plus encore que dans la plupart des autres, il est important de remonter à la source du droit international, à la loi primitive , parce que l'état de guerre est un état violent, dans lequel les passions humaines, délivrées de tout frein , ont souvent obscurci , effacé les règles divines. n faut donc éviter avec soin de prendre pour base les exemples tirés de l'histoire, exemples qui, loin de pouvoir fonder le droit, sont, le plus souvent, de flagrantes violations de la loi.
C'est en suivant une méthode que je ne crains pas d'appeler vicieuse, c'est en prenant les exceptions, les abus, pour la règle, qu'un grand nombre d'auteurs reconunandables , loin d'éclaircir les questions les plus impoilantes du droit des gens, les ont au contraire rendues plus obscures. Les écrits des publicistes, surtout lorsqu'ils flattent et favorisent les passions et les intérêts des nations, peuvent avoir une influence immense sur la destinée des peuples ; c'est ime raison de plus pour les engager à veiller sur eux-mêmes, à ne s'écarter jamais de la loi primitive , de cette loi qui doit seule régler les rapports des nations , de ce code qui , comme le dit Hubner (1) , oblige les monarques les plus puissants et les plus redoutables, comme les simples particuliers.
Pour remplir le but que je me propose, j'examinerai Torigine et l'étendue du droit de guerre en général , les droits qu'il confère aux belligérants, les devoirs qu'il leur impose. La guerre maritime sera l'objet d'un chapitre spécial.
(i) De la saisie des bâtiments neutres^ t. â, part. i*% Àvânt-l^i*opoâ3 § 5. L'auteur ajoute : « Les démarches injustes d'une république entière ou d'un souverain ne dérogent pas plus à Tautorité du droit des gens^ que la violation de la loi civile par un citoyen ne déroge à ceUe du code particulier dont cette loi fait partie. »
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