MARCHE DES AF^CTIONS DYSPEPTIQUES
Lia marche des affections dyspeptiques offre, soit dans ses périodes successives, soit dans ses phases quotidiennes, de grandes variétés, de nombreuses oscillations. Nous n'avons pu nous abstenir d'en signaler un certain nombre dans les chapitres consacrés aux causes et aux symptômes de la dyspepsie en général, et de ses principales formes. Il en résultera quelques répétitions qu'on nous pardonnera, parce qu'il n'était pas sans utilité de réunir dans un même chapitre tout ce qui a rapport à ce point particulier des maladies qui nous occupent.
Parmi les dyspeptiques, quelques-uns offrent dans leurs souffrances une continuité et une égalité telles qu'on serait tenté d'y reconnaître le type de quelque maladie organique ; tandis que, chez d'autres l'intensité des symptômes varie à un tel point, qu'à des intervalles de quelques jours, et même de quelques heures, la même personne semble passer d'une apparence de santé à un état sérieux de maladie. Mais, le plus souvent, ces différences sont
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moins tranchées, et se réduisent à des allernatives fréquentes d'esacerbalions et de rémissions, plus prononcées toutefois que dans la plupart des autres maladies , et susceptibles, le plus souvent, d'être expliquées par les particularités quotidiennes du régime, par les circonstances physiques et morales qui troublent ou favorisent le travail digestif, par Taclion combinée des diverses causes de dyspepsie. Par une étude attentive de ces vicissitudes et une investigation suivie des influences auxqlielles on doit les rattacher, on parvient à confirmer ou à infirmer Tétiologie et le diagnostic du rûal, et Ton est conduit aux indications les plus sûres. La connais^ sance des circonstances qui, chez chacun, entretien*nent, aggravent ou diminuent les souffrances, éclaire, sur le traitement, plus que toutes les théories, plus même que toutes les données les plus exactes de la thérapeutique générale, à la condition que ces in* fluences auront été observées avec soin pendant un temps suffisant, et leur effet exactement constaté. Car ici, comme partout, cette ^ appréciation offre souvent des difficultés, par la coexistence d'in* fluences nombreuses, agissant simultanément avec une puissance inégale et variable, les unes manifeste^, les autres obscures qu tout à fait voilées et qui peuvent n'être pas toutes connues du médecin, soit parce que son investigation aura été incomplète, soit encore parce que plusieurs d'entre elles, et sou-
Tent les plus importantes , auront été dissimulées par le malade. De là/ la double nécessité, pour le médecin, d'employer tout ce. qu'il a de sagacité et de pénétration dans la recherche et Fappréciiatiôti des causes, et surtout des influences morales, dont la connaissance est si précieuse et si difficile à acquérir complètement, et entité de metti^e une grande circonspection dans ses conclusions.
Indépendamment de ces conditions délicates, U en est d'autres encore que les dyspeptiques dissimulent avec non moins d'habileté, à leur grand et manifeste préjudice : je veux parler dés infractions secrètes qu'ils font à leur régimfe, et dont le médecin ne peut, le plus souvent, avoir la connaissance qu'en interrogeant à part etsYicûesstvemient toutes les personnes qui approchent le malade^ familier, amis, serviteurs. Encore est-il quelques malades qui ne mettent personne dans leur confidence, et qui préparent et consomment à eux seuls les délits qu'ils commettent.
En dehors de ces faits, et même avec les difficultés que nous venons de signaler, le médecin papyiendra le plus souvent à trouver les causes de ces changements, dans l'absence ou l'excès d'exercice physique et d'occupations intellectuelles; dans les émotions et les préoccupations que chaque jour amène , quelquefois dans les variations atmosphériques, qui, sans être ordinairement assez puis-
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santés pour dôrtner Neu att' développement de la dyspepsie, le sont aâséz^ chez quelques sujets, pour éîî dimhiuët ou eri exaspérer Finteûsité. Ajoutons toutefois que, dans' le cours de la dyspepsie, cotnkne dans celui de presque toutes les maladies auxquelles Thomme est exposé, il survient des rémissions et des exscerbations peu intenses, mais sensibles, qui sembliént élrt Yeiïél d'une loi commune à tous les organes malades, en vertu de laquelle leurs souFfrance^ offrent des oscillations presque journalières, que rien ne semble expliquer, qui paraissent, par conséquent, spontanées. C'est ce qu'on observe dans les maladies ménoie, où nul changement dans les conditions oii le malade est placé ne peut <3n rendre compte, dans les phlegraasies aiguës, par exemple, dans lès maladies fébriles, qui obligent le malade à garder le lit et à ne prendre que des boisson^ aqueuses. ' .
Mais s'il est souvent difficile dans les dyspepsies de se rendre compte des légères différences qUe présente l'intensité des souffrances, il en est, en général, autrement pour les exacerbations bien prononcées qui surviennent soit journellement, soit à de plus longs intervalles. Dans ces cas le médecin, convaincu que de tels changements ne surviennent pas sans causes appréciables, doit arriver à les connaître. SMl n'y parvient pas immédiatement, il doit soupçonner quelque dissimulation ; or« en présence
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dcwni^ades habiles à dissimuler, il doit luUer d'habileté pour découvrir ou tout au. moios entrevoir ce qu'on cherche à lui cacher. Ajoutons, que le redoublement même des souffrances, concourt à arracher au malade une confession plus complète.
Dans, ces grandes exacerbatipns que présentent par intervalles les dyspepsies, on parvient pres<que toujours à discerner, comme point de départ, quelque faute grave contre les lois de Thygièpe. C'est dans ces exacerbutions que se montrent les douleurs abdominales plus intenses, les nausées, le vomissement ou la diarrhée, quelq^uefois l'un et l'autre, et tous les accidents décrits en parlant de la forme la plus grave de la maladie.
Chez quelques sujets, ces exacerbations, ces crises, selon leur expression, se reproduisent avec une sorte de régularité, et cette régularité s'explique, dans certains cas, très-naturellement : c^est chaque semaine, à Jour fixe, le lendemain du diner. de famille et d*amis, qu'on observe cette aggravation périodique des soufTpançes. L'abondance des mets et l'encouragement de parole et d'exemple donné par des convives biçn portants, deviennent, pour les dyspeptiques, une cause facile d'entraînement et d'écart.
Dans la dyspepsie stomacale^ l'ingestion des aliments, surtout aux principaux repas, est presque immédiatement suivie de Texacerbation indiquée.
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Ëile peut porter sur les phénomènes sympathiques comme sur les symptômes locaux , ou sur les uns et sur les autres à la fois. Cette ex,acerbation dure souvent plusieurs heures, et celle qui succède au dernier repas n'a pas toujours cessé au moment du coucher, ËUq se prolonge quelquefois pendant une partie de la nuit, et dans quelques cas plus rares jusqu'au réveil.
Dans la dyspepsie intestinaley les premiers malaises commencent plus tard, et se prolongent davantage. Dans l'une et dans l'autre dyspepsie, comme nous l'avons vu , la première partie de la nuit est troublée pai" des malaises abdominaux, de l'agitation, de la chaleur, un mauvais sommeil; puis, chez un assez grand nombre de sujets, à une heure déterminée, le plus souvent la même chaque fois, il s'opère dans l'abdomen un mouvement intérieur, accompagné de borborygmes, et suivi d'une détente qui permet un sommeil assez paisible jusqu'au matin. Plusieurs ont la sensation qu'une portion du canal digestif, distendue par les aliments pris la veille, parvient à s'en déchaîner. Quelquesuns affirment que c'est dans l'estomac lui-même que se produit ce , mouvements Us affirment que leurs souffrances ont commencé dans VépigaslrCf aussitôt ou peu après le repas, qu'elles y ont persisté^ avec quelques modifications de nature et d'intensité, jusqu'au moment de la nuit où s'est opérée en
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eux cette sorte de mouvement intérieur auquel un bruit immédiat a succédé. J-ai donné des soins prolongés à {Plusieurs malades qui observaient très-attentivement tout ce qui se passait en eux, et qui ne doutaient pas que ce phénomèhe n'eût son siège dans ce viscère même, bien qu'il ne survînt que huit à dix heures après le diner; Les vomissements d'aliments mal digérés qui ont lieu souvent douze, vingt-quatre heures après le repas, prouvent d'ailleurs surabondamment que la durée de la digestion stomacale a' est pas constamment limitée à quelques heures, que sa durée n'est pas égale chez tous, et qu'on ne saurait la déterminer chez chacun, d'après les bases établies pour le plus grand nombre. Une autre circonstance encore semblait confirmer ceiB malade^ dans la pensée que leurs souflrances avaient leur sié^c dans restomâc: c'est qu'à ce bouleversement intérieur ne succédait aucune évacuation aïvine morbide, tandis que le plus souvent, à un mouvement analogue qui se passe dans le conduit intestinal, succède une êvadialioii anormale soît dans la quantité, ou dans la consistance, soit dans la couleur ou l'odeur des rriatièrés expulsées.
Dans les' e&s' assez conimuTià"6ù' le trouble des digestiotis porte sui* toUte^lU Ibtlguéur du conduit digestif, les inalaUes sont Avertis, par une succession de souffrances mobiles, dii'^assUgè dés substances al^ mentaire^ dans' chatitîn des points qu'elles pareou-
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rent, depuîs^'estoniac ^uiies reçoit JHsqo'aû recAum qui les Iransmet au dehors. Il n'est pas rave non plus,' dans ces- cas^^qne Fingestion des aliments dans l'es»* toiùab soit soÎTte presque ^mmédîiitemeiî t de l'expul^ sioii par Tanns de matiècos liquides, qui nt slont pii celles , il eslâipeioe nécessairede le dire; qui viennent d'être ingérées^ mais ^celled qui œGupaîentdéjà ixà point plus .ou moins avancé du canal intestinal. Do reste, cela n'a lieu que .dans la forme diarrhéiqu^^ dont le siège est j^rticulièrement dans Je gt^qs iii-^ testin, et: non danis celle qui est accompagnée dé constipation^ dont, le siège est généralement dai!» Fintestingrèle et dans laquelle le travail digestif ^t surtout marqué par des^coliques sèelxes; : • •
' Parmi Les d'j'speptiques quelques-uns souffrent davantage en hiver^ d'autres en été. Les gt^aiid» chaleurs de l'été, qui affeibUssent l'action des or ^ ganes digestifs, d'une part, et, d'autre part, le froid de J'biver, qui «augmente l'appétit et les facultés di-^ gestives^ donnent l'esjplîcalimi simple de ce pre-^ mier iaiti. .L:aggravation de la dyspep^echezieb personnes qui ypehcjaRt! l'^hiter, restent chez elles et changent la vie active qu'^elies^ menaient à là cam^ pagne contre des habitudes opposées, a également son explication naturelle. Il n*est pas rare d'ob^ server chez les dyspeptiques des périodes pendant lesquelles les troubles gastriques sont remplacés par des troubles intestinaux, et vice versa^ sans que les
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causes de ces chaugements de siégé soient généra* lement apprédées ; peut-être sont-elles^ moins rares, et susceptibles encore d'une explication assez naturèlle, chez les sujets atteints d* affections mobiles, rhumatismales ou herpétiques.
Nous citerons enfin parmi les modifications que les dyspepsies offrent dans leur cours, ces métamorphoses qui étonnent au premier aspect, mais qui se rattachent le phis souvent à la prédominance des phénomènes sympathiques sur les phénomènes idiopathiques ou locaux, et réciproquement. Ainsi chez beaucoup de ces malades, quand la céphalalgie, quand les pafpitations, la dyspnée ou les douleurs générales acquièrent un certain degré d'intensité, les douleurs abdominales diminuent, le malade oublie son estomac, et ne pense plus qu'aux souffrances nouvelles et plus pénibles qui se montrent ailleurs. Mais les troubles digestifs ne dispa* raissent pas réellement pour cela, et le médecin qui sait les chercher parvient presque toujours à les découvrir, comme nous l'avons dit précédemment, et comme nous le montrerons plus en détail dans le chapitre du diagnostic.