PAKTIB II. -^ DYSPEPSIES HABITUELLES
selon qu'elle sera restée plus ou moins de temps dans la bouche, elle aura dû être plus ou moins mêlée à la salive, et sera devenue plus ou moins digestible.
Ces précautions minutieuses ne sont d'ailleurs nécessaires que dans les cas de dyspepsie intense, dans ceux surtout où les malades ne peuvent prendre que des boissons alimentaires et ne les digèrent que péniblement. Il serait superflu, pour ne pas dire ridicule, de les imposer aux gens bien portants et aux estomacs vigoureux.
S 6. — Des assataonnemeiits sons le rapport théra-
peutiQue.
Les assaisonnements relevés, et, parmi ces assaisonnements, le sel, le plus universel et le plus utile de tous quand il est employé avec mesure, et après lui les autres assaisonnements plus relevés, le poivre, la moutarde, etc. , dont nous avons signalé Futilité dans le second acte de la digestion en particulier, par la stimulation qu'ils exercent sur l'estomac, ne sont pas non plus sans avantage pour l' insalivation. L'excitation qu'ils produisent dans la bouche provoque une sécrétion plus rapide et plus abondante de salive, qui pénètre, à fur et mesure, les aliments, et supplée ainsi à la trop grande précipitation avec laquelle s'opère, chez beaucoup de personnes, la mastication : l'insufOsance de temps se trouve,
iSÎ . DBS DTSPBMIESw^-^ .
jusqu'à un certain point, compensée par l'augmenta^ tioQ immédiate de la sécrétion salivaire. Mais ici, comme partout, il faut reconnaître que les avantages et les inconvénients se touchent, et que l'excès de stimulation, qui est loin de convenir à tous les estomacs, ne serait pas non plus sans quelque danger pour la bouche et les glandes salivaires de tous les^ dyspeptiques. Ces moyens ne peuvent être employés, à dose élevée, qu'avec discernement et en général que pour un temps limité , chez les sujets qui ont, selon l'expression vulgaire ,^ un estomac froidy chez, lesquels un régime excitant est nécessaire pour les bonnes digestions.
§ 9* — Des sncrerles di|^estiTes sons le rapport thérapeutique.
Beaucoup de dyspeptiques ont la fâcheuse habitude de tenir presque constamment dans leur bon* che des sucreries de diverses espèces, qu'ils supposent favorables à leur digestion. Il est un grand nombre de personnes bien portantes, surtout parmi les enfants et les femmes, qui deviennent dyspepti* ques sous l'influence de cette suçoterie perpétuelle,^ particulièrement vers le renouvellement de Tannée^ époque où les bonbons affluent de toutes parts et sous toutes les formes, et sont sans cesse étalés pour exciter la friandise. On ne peut douter que cette; excitation incessante et par conséquent, ce trouble
dans l'action des glandes sali^aires, qui ne doit être provoquée que par intervalles, au moment des repas; ne soit chose mauvaise. Peut-on croire que dans de telles conditions, la salive présente, au moment des repas, les mêmes qualités, sous le rapport de Télaboration et de l'abondance, qu'elle aurait eues, si elle n'avait pas coulé incessamment par une irritalion intempestive et toute factice? Ce premier acte de la digestion qui se passe dans la bouche en est nécessairement troublé, et les actes successifs qui se passeront ensuite dans l'estomac et les intestins en subiront à leur tour les conséquences.
Il importe donc dans le traitement de la dyspepsie de questionner les malades sur ce point, de les éclairer sur les inconvénients très-sérieux d'une telle habitude, qui est de nature à la fois à entretenir les troubles des digestions développées sous d'autres influences, et même à les susciter chez ceux qui n'en sont pas atteints. Cette recommandation est d'au** tant plus nécessaire que l'homme qui digère mal, cherche naturellement, au moment surtout où il souffre davantage, à aider à ses digestions par quelque moyen que son instinct et son raisonnement lui suggèrent. L'un boit de l'eau sucrée, ou quelque infusion aromatique, l'autre essaye de quelque vin généreux, de quelque liqueur alcoolique pure ou mêlée en petite proportion dans de l'eau sucrée ; mais le plus grand nombre a recours à ces moyens
portatifs, qu'on peut toujours avoir sur soi, qui sont agréables au goût, et que Tintérét ou l'erreur de ceux qui les vendent, décore du titre de digestifs ou de quelque autre dénomination analogue.
Nous ne voulons pas toutefois condamner d'une manière absolue l'usage des pastilles chez les personnes dyspeptiques. Nous estimons même, qu'im-* médiaiement après les repas, il peut y avoir quelque avantage chez plusieurs, à porter dans l'esto* mac, un supplément de salive, imprégné de sucre et de quelque substance doucement aromatisée, comme la fleur d'oranger, la vanille, ou même d'un sel alcalin, tel que le bicarbonate de soude ou la magnésie dans la dyspepsie acide ou flatulente, sur lesquelles nous reviendrons plus bin . Mais nous ne saurions proscrire trop sévèrement l'usage presque incessant de ces bonbons pendant plusieurs heures après les repas, et plus encore dans les heures qui les précèdent.
Les inconvénients sont plus sérieux encore lorsque le sucre est combiné avec le jus d'orange et de citron, ou même avec des acides concentrés, tels que l'acide citrique ou tar trique, substances tout à fait contre-indiquées dans certaines formes de dyspepsie, telle que la dyspepsie acide.