PARTIE II. — DYSPEPSIES HABITUELLES. iStÈ
§ 8* — De Fhabltade du tabae à fumer sons le rapport
thérapeutique*
Malgré le peu d'analogie qui existe entre le sucre et le tabac à fumer, nous croyons devoir, après avoir parlé du premier, dire quelques mots du second. Je ne sache pas que personne ait eu l'idée de se guérir de la dyspepsie par l'usage du tabac ; mais comme beaucoup de personnes attaquées de troubles digestifs, continuent l'usage du tabac à fumer, dans des proportions excessives, il n'est pas sans utilité d'en signaler les inconvénients. Si les fumeurs, comme il arrive au plus grand nombre, re-» jettent en abondance la salive que le tabac fait af^ fluer dans la bouche, cette perte, répétée plusieurs fois le jour, d'un liquide essentiel à la digestion, ne peut qu'être nuisible à l'accomplissement de cette fonction. Si la salive est avalée en certaine proporT tion, mêlée au liquide narcotico-âcre et purgatif que fournit le tabac en combustion, elle porte dans les voies digestives une matière stupéfiante qui en ralentit le travail, et une matière laxative qui, surtout dans la dyspepsie intestinale, tend à entretenir la diarrhée. On ne saurait donc trop insister sur les inconvénients qui en résultent et sur la nécessité pour les dyspeptiques de s'en abstenir entièrement.
$ •• -^ De 1* dlttPlbatioii des repas boqs le rapport
thérapeatlqne*
La manière dont les repas sont distribués est un des points qui méritent le plus l'attention du médecin chez les personnes atteintes de dyspepsie. Je ne manque jamais de diriger mes questions sur ce sujet, et je dois ajouter que de toutes les causes qui peuvent troubler les fonctions digestives, celle-ci est, d'après mes observations, la plus commune. Je demande aux dyspeptiques, lorsqu'ils ignorent la cause qui trouble leur digestion, quel est leur meilleur repas, et s'ils me répondent le dqeu^ fier, mon diagnostic est presque établi. Les détails qu'ils me donnent sur ce repas, sur le plaisir qu'ils ont à le faire, sur l'abondance des aliments qu'ils prennent le matin, sur la facilité avec laquelle ils les digèrent « surtout lorsque ce repas est suivi, non d'un travail de cabinet ou d'écritures, mais de mouvement ou d'occupations physiques; ce qu'ils ajoutent sur la disposition toute différente dans laquelle ils se trouvent au moment dudiner, leur peu d'appétit, la satiété prompte qui suit l'ingestion des premiers aliments, l'engourdissement physique et intellectuel qui a lieu après ce repas, le dérangement de leur sommeil, etc, tout cela vient confirmer pleinement,' chez le plus grand nombre, l'opinion première que m'avait inspirée leur réponse. J'étais autorisé à con-
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dure que le déjeuner qui, sous le rapport de la satkfactioD gastronomique, était leur meilleur repas, était, sous le rapport hygiénique, le plus mauvais, puisqu'il était la yéritable cause de leur inappétence au dîner et du dérangement de leurs digestions. Génératement, dans nos habitudes parisiennes, le déjeuner, non-seulement est trop fort, mais il est séparé du dîner par un intervalle insuffisant. Le déjeuner a lieu ordinairement vers onze heures, dans quelques maisons à midi, à une heure même, chez les personnes dont la matinée est consacrée aux exigences des^ affaires. Le diner ayant heu à six heures, l'intervalle entre ce repas et la fin du premier se trouve réduit à six, cinq et même quatre heures, et plus le déjeuner a été retardé, plus il a dû être copieux. Il est indispensable que le médecin insiste sur la nécessité d*un temps à peu près fixe entre ces deux repas, et ce temps, chez l'adulte et l'homme fait, ne doit pas être moindre de six à huit heures. Du reste, cet intervalle doit être subordonné à la quantité et à la nature des aliments; il doit être noioindre quand les repas sont légers, plus considérable quand ils sont forts.
L'absence d'un intervalle suffisant entre les repas est particulièrement nuisible aux personnes dont la vie est sédentaire, dont 4es occupations sont intellectuelles, et dont les organes digestifs ne sont pas aidés par un exercice suffisant. Au contraire,
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l'homme qui se livre ehaque jour à des travaux durs, comme le terrassier, le moissonneur, ne peut pas mettre plus de trois à quatre heures entre chaque repas, et encore est-il obligé, surtout s'il est dans la force de Tàge, de les faire copieux.
Les inconvénients qui résultent de l'insuffisance d'intervalle entre les repas, augmentent avec les progrès de l'âge. L'adulte peut et doit manger trois fois le jour, l'homme fait deux fois ; le vieillard en général ne fait qu'un repas, mais il peut le faire copieux, plus copieux même que l'homme de quarante à cinquante ans ; il faut seulement qu'il accorde à son estomac, devenu paresseux, mais patient, le temps dont il a besoin pour accomplir entièrement l'acte de la digestion. La plupart des vieillards, parmi ceux qui s'observent convenablement, chez qui la raison l'emporte sur le plaisir de manger, et qui pourraient et devraient être leur propre médecin, en ce qui concerne le régime, sont conduits d'eux-mêmes à ne manger qu'une fois, à Theure un peu tardive, pour eux surtout, du diner^ à peine prennent-ils le matin un potage, une tasse de café au lait, de chocolat ou de thé. Si le vieillard ne doit faire qu'un repas proprement dit, l'homme fait deux, l'adulte trois, quatre sont nécessaires dans l'adolescence, cinq dans la seconde enfance, un nombre presque illimité chez l'enfant à la mamelle. Chez ce dernier, toutefois , la succion trop rap-
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prochée du mamelon n'est pas toujours sans inconvénienty et le médecin est souvent obligé d'interposer son autorité entre le désir des nourrices de donner à chaque instant le sein à l'enfant , et la nécessité de prévenir les vomissements et la diarrhée, en mettant un intervalle d'une à plusieurs heures entre chaque petit repas du nourrisson.
S'il y a pour le plus grand nombre des individus, des inconvénients graves à rapprocher trop les repas, il y a des inconvénients aussi, pour un certain nombre du moins, à les trop éloigner. Parmi les personnes qui retardent accidentellement, de plusieurs heures, un des repas, les unes, à force d'avoir attendu, ont en quelque sorte cessé de sentir la faim ; leur estomac souffre, mais n'a plus besoin, et le repas qu'elles font dans cette disposition , fût-il moins abondant, ne sera pas toujours bien digéré. Les autres sentent leur appétit s'accroître incessamaient avec le retard; elles mangent ou plutôt elles dévorent précipitamment les aliments qu'elles trou-, vent; elles les broient mal, elles les insalivent à peine, et éprouvent après le repas cette distension, cette pesanteur de l'estomac, cette inaptitude générale aux actes de la vie, que nous avons déjà signalées.
Les intervalles que nous avons indiqués comme devant séparer les divers repas ne sont d'ailleurs pas applicables à tous les sujets. Soit à raison d*une
activité plus grande de l'estomac, soit aussi par l'effet de l'habitude, soit enfin par suite de la nécessité où elles se trouvent de manger très-peu à la fois, quelques personnes ne pourraient mettre six à huit heures d'intervalle entre un repas et le suivant. Dans le cours de la grossesse, certaines femmes soot obligée^ de aiultiplier indéfiniment les repas, et si elles souffrent, c'est plutôt de leur ajournement que de leur rapprochement. En dehors même de la gestation, quelques femmes, et il faut le remarquer, la constitution de la femme se rapproche beaucoup de celle de l'enfant, éprouvent également un besoin réel, même dans la période moyenne de la vie, de multiplier les repas; mais elles forment exception. Ainsi, quelques-unes sont obligées de manger quatre, six, dix fois le jour, et même assez solidemeat; mais, le plus souvent, deux de leurs repas seulement mériteraient ce nom et encore sont-ils ordinairement légers ; les autres, le premier déjeuner et le goûter ou collation consistent seulement en un potage, un bouillon, une tasse de lait, un fruit. Si un peu de viande froide était réellement nécessaire à ces personnes, il ne faudrait pas y mettre empêchement, à moins qu'on ne trouvât dans quelque autre circoa-. stance, comme la vie sédentaire, l'application trop fprte ou trop prolongée de l'esprit, d'autres causes suffisantes pour expliquer les souS'rances de l'estomac.