PARTIE II. -^ DYSPEPSIES HABITUELLES
un repos absolu, celui qui aura des habitudes sé^ dentaires conservera de l'appétit et continuera le plus souvent ^ prendre et à bien digérer des ali'* ments, en quantité à peu près ordinaire. L'homme aux habitudes actives, au contraire, souffrira bien plus de cette immobilité, .à laquelle il se trouve subitement condamné ; il perdra l'appétit et ne digérera que péniblement une quantité d'aliments inférieure même à celle dont il faisait usage. Il sera pris de dyspepsie, et d'une dyspepsie essentielle; car elle n'est assurément pas symptomatique de sa fracture^ mais l'effet de la privation du mouvement, qui n'est pas elle-même une maladie, mais une cause morbifîque.
Quels moyens lui opposera-t-on ? Cette règle générale, excellente d'ailleurs, d'éloigner la cause pour couper court aux effets, lui est-elle appli* cable? Assurément non. Car le traitement de la fracture, qui impose l'immobilité passe avant celui de la dyspep^e qui réclamerait le mouvement, s'il était possible. Ce qu'il convient de faire ici. c'est de diminuer le travail digestif, en limitant la quantité et en réglant la qualité des aliments; c'est d'aider à la digestion par l'emploi des amers, par le mé-» lange avec le vin des eaux minérales gazeuses, telles que celles de Bussang, d'Ems, de Seltz ou de Soultzmatt; c'est de favoriser les garderobes par des lavements, par de petites doses de rhubarbe^
toutes choses que les chirurgiens instruits, dont l'attention ne $e borne pas au membre fracturé, ne manquent jamais de faire. Il faut, quand la nature de la maladie n'y met pas empêchement, et que les circonstances le permettent ou le demandent , sup^ pléer au mouvement actif par les exercices passifs, en voiture, à âne, à cheval, et même en bateau ; au besoin, quand la ùiblesse est plusgrande encore, en promenant les malades dans leur propre chambre, sur un fauteuil roulant, une ou plusieurs fois par jour.
Lorsque la dyspepsie n'a qu'une intensité moyenne, Texerciçe doit avoir lieu après les repas; mais si le mal est assez intense, pour que tout mouvement qui suit le repas, augmente les souffrances dont l'épigastre est le siège; si, pendant ce premier temps de la digestion stomacale, les jambes sont comme brisées et la marche plus pénible, il vaut mieux laisser le malade dans le repos, pendant une ou plusieurs heures, et attendre, pour lui faire prendre de l'exercice, que ces phénomènes aient disparu. L'exercice aide à l'action de l'estomac, quand celle-ci n'est atteinte qu'à un certain degré; mais quand elle l'est plus profondément, le travail des muscles ehraye celui de l'estomac; il faut que ce dernier soit achevé ou du moins en bonne voie, avant que celui des muscles commence et lui vienne en aide.