‹ Des dyspepsiesChapitre 93 sur 122 · PARTIE II. -^ DY9PBF81B8 HABITUELLES. S · texte numérisé non relu

PARTIE II. -^ DY9PBF81B8 HABITUELLES. S

Relation de la maladie de Goraaro.

Après avoir mené jusqu'à trente-cinq ou quarante ans une vie fort intempérante , il expia ses écarts journaliers de régime par un état presque constant de sojuffrances , dont les voies digestives étaient manifestement le point de départ : douleurs d'estomac, soif insupportable y fièvre lente, insomnii^s, humeur chagrine, irritabilité. Après avoir essayé, sans succès aucun, de toutes les ressources de la pharmacie, il resta convaincu de Tinsuffisance des médi-^ caments, contre un état de souffrances, et d'épuiser ment qui ne lui laissait presque aucuQ espoir de guérison. Cornaro voulut avoir un dernier avis des médecins : ceux-ci lui déclarèrent, avec beaucoup de sagesse, à mon sens, que son mal, qui avait résisté à tous les remèdes, pou vai t encore céder au régime ; que le régime était sa seule^ancre de salut. Il se résigna, non sans regret, ni sans effort, à suivre ce conseil.

U se fit, en conséquence, une règle de ne prendre chaque jour que douze onces d'aliments solides, et quatorze onces de vin, partagées entre quatre repas, composés chacun de trois onces d'aliments et de trois onces et demie de vin nouveau, le vin vieux lui étant contraire. Ses aliments consistaient en pain„ en soupes, «n jaunes d'œufs, auxquels il ajoutait quelquefois un peu de viande. Une seule fois, il essaya, sur les instances de ses amis, d'augmenter

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d'un sixième la quantité de ses aliments; il en fut immédiatement incommodé, et forcé de redescendre à sou chiffre premier. Encore, à mesure qu'il avança dans la vie, diminua- t-il quelque chose de ce faible menu.

Pour beaucoup de gens, renoncer à manger selon leur goût et selon leur appétit, c'est se condamner à des privations intolérables, et une guérison achetée à pareil prix serait chose pire que le mal luimême. Cornaro, qui a passé par ces deux épreuves, était loin de partager cette opinion. Le temps où il satisfaisait son appétit, aux dépens de sa santé, était pour lui un temps de misère, bien qu'il fût jeune encore. Le temps, au contraire, où, par upe extrême sévérité de régime, il parvint à rétablir et à conserver sa santé, devint et resta la période la plus heureuse d'une vie qu'il a prolongée au delà de cent ans. Il n'est pas sans intérêt de l'entendre lui-même célébrer cette verte vieillesse, cette parfaite santé, chose d'un prix inestimable quand il la compare aux faibles sacrifices qu'elle lui imposait (1).

a Tous ceux qui me connaissent, dit-il, certifieront que la vie que je mène n'est pas une vie morte et languissante, mais une vie aussi heureuse qu'on puisse la souhaitet en ce monde.

« Ils diront que ma vigueur est encore assez

(1) Conseils et exemples faciles pour vivre longtemps y par Louis Cbrnaro, noble vénitien. Paris, 1772.

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