‹ Des dyspepsiesChapitre 94 sur 122 · PARTIE II. — DYSPEPSIES HABITUELLES. â · texte numérisé non relu

PARTIE II. — DYSPEPSIES HABITUELLES. â

grande, à quatre-vingt-trois an$, pour monter seul à cheval , sans avantage (l ) ; que non-seulement je des* cends hardiment un escalier, mais encore une montagne tout entière de mon pied ; que je suis toujours gai, toujours content, toujours de belle humeur ; que rien ne m'empêche de passer agréablement le temps et de goûter tous les plaisirs d'une société honnête. Je me promène dans mes jardins, le long de mes canaux et de mes espaliers, oii je trouve toujours quelque petite chose à faire qui m'occupe et me divertit. Je prends quelquefois le divertissement de la chasse, mais d'une chaise qui convient à mon âge, comme celle du chien couchant et du basset.

ce Je vais quelquefois rendre visite à mes amis dans les villes voisines. Je visite les édifices publics, les palais, les jardins, les antiquités, les places, les églises, les fortifications, n'oubliant aucun endroit où je puisse contenter ma curiosité ou acquérir quel-* que nouvelle connaissance.

« Enfin, les plaisirs que je prends ne sont pas imparfaits par la faiblesse des organes. Je vois et j'entends aussi bien que j'aie jamais fait; tous mes sens sont aussi libres et- aussi complets qu'ils aient jamais été, particulièrement le goût, que j'ai meilleur, avec le peu que je mange à présent, que je ne

(1) Avantage se ditil'une saillie du sol, d'une pierre ou de quelque autre objet qui élève le cavalier et lui pernaet de monter plus facilement sur son cheval.

S46 D» DTSP^SIES.

ratais lorsque j- étais esclaye des voluptés de la table. — J'ai conservé toutes mes dents^;

<x Le changement de lit ne m'ëmpéche pas de dormir ; je dors partout tranquillement, et, si jerèye^ je ne fais* qtie* des songes agréables»

a S'il m'est permis dëciter des bagatelles en traitant un sujet comme celui-ci/ je dirai qu*à l'âge d& quatre*- vingt-trois ans, la vie sobre m'a conservé assess de liberté d'esprit et assez de gaieté pour composer une comédici qui, sans choquer les borniez mcefurs/ est fort divertissante.

« Pour comble de bonheur, j'ai onze petits-enfants. Je m'amuse à badiner avec les cadets, le& enfants de trois à cinq ans étant ordinairement de petits bouffons assez divertissants. Ceux qui sont plus ftgé&me tiennent meilleure compagnie; je les fois souvent chanter et jouer des insttumejfits ; je me mêle quelquefois dan^ leurs concerts, et j'ose dire que je chante et que je soutiens ma voix mieux que je n'ai jamais fait. Ma mémoire et mon cœur sont à présent ce qu'ils étaient dans les plus belles années de mon adolescence, et mon jugement n'a rien perdu de sa netteté ni de sa force. Je suis persuadé que cela vient de la diminution que je Mb des aliments à mesure que je vieillis.

c< Je suis né fort bilieux, et par conséquent

fort prompt ; je m'emportais, je brusquais tout le monde'; j'étais si insupportable, que beaucoup d'hon-

Page 1