DES SYMPTÔMES DE LA DYSPEPSIE BOULIMIQUE
On peut encore rapporter aux variétés de la dyspepsie certaines formes de la boulimie, dans lesquelles il n'y a pas seulement besoin de manger beaucoup et souvent, comme dans la grossesse, et plus rarement dans l'hystérie; mais où des vomissements surviennent de temps à autre, soit quand l'appétit n'est pas immédiatement satisfait, soit en dehors de cette condition. J'ai tout récemment observé un cas de ce genre chez un jeune homme de vingt-quatre ans, d'un embonpoint et d'une fraîcheur remarquables, offrant toutes les apparences de la santé et de la force, dont les muscles en particulier avaient un développement considérable. Le besoin de manger se faisait sentir chez lui toutes les deux heures, la nuit comme le jour, et même jusqu'à 15 fois en 24 heures ; il prenait à chaque repas des aliments sohdes, des viandes fortes, en quantité égale environ à celle que prend un homme de son âge qui ne fait que deux ou trois repas par jour. S'il tardait à satisfaire son appétit, il était pris soudain de vomissements ordinairement glaireux, et
quelquefois bilieux. Mais, parfois aussi, entre ces repas multipliés et sans éprouver une faim pressante, il vomissait des aliments; il y avait donc à la fois, dans ce cas, faim excessive et inaptitude, au moins par intervalles, à digérer. A ces troubles digestifs se joignait une telle faiblesse des muscles hi/pertrophiés , que la marche ne pouvait être soutenue au delà d'une demi-heure; et l'intelligence, de son côté, était si débile, que le travail de l'esprit, une simf)le lecture, ne pouvait pas se prolonger au delà d'un quart d'heure sans amener d'abord une fatigue extrême, et, bientôt après, des vomissements semblables à ceux qu'un appétit morbide occasionnait inévitablement, lorsqu'il n'était pas immédiatement satisfait.
ARTICLE IV
DES SYMl>TÔMES DE LA DYSPEPSIE ACIDE.
La dyspepsie est, chez un certain nombre de personnes , accompagnée d'une altération très-remarquable de la salive, qui, d'alcaline qu'elle est chez l'homme sain, devient acide et communique cette acidité à I haleine qui sort des voies respiratoires. Cette acidité est généralement assez prononcée pour que le médecin, qui se trouve en face du malade, en soit averti par son odorat. Lorsqu'elle est plus faible, il ne la constate bien qu'en s'ap-
prochanl assez de lui pour recevoir et apprécier son haleine, exhalée lentement, la bouche grandement ouverte. Dans les cas les plus prononcés, l'air de la chambre du malade est comme imprégné de cette acidité, que j'ai plusieurs fois reconnue dans la pièce qui précédait celle que le malade habitait. Le papier de tournesol, placé quelques secondes sur la langue, rougit, et fournit la confirmation chimique du fait, signalé suffisamment par l'odorat. Lorsque les malades ont des résturgitations ou des vomissements, la même odeur acide se rencontre presque toujours, à un degré très-prononcé, dans les matières régurgitées ou vomies, et même dans les renvois gazeux. Le malade a luimême dans la bouche ce goût sur. Il s'en plaint; il est presque toujours conduit par son propre instinct ou par ses observations, à s'abstenir des choses acides, et même aussi des choses acidifiables. Il a de l'éloignement pour le vin et les boissons vineuses ; il en a pour le sucre en particulier, parce que ces substances lui surissent dans l'estomac et augmentent même le goût sur dont la bouche est le siège. Les symptômes de cette espèce de dyspepsie portent principalement sur les voies digestives supérieures. Les matières alvincs participent-elles ordinairement ou dans quelques cas, à cette disposition? C'est un point sur lequel je n'ai pas assez dirigé mon attention, et sur lequel, dès lors, je ne saurais avoir une opinion
arrêtée; je dois dire seulement, que dans certaines diarrhées des enfants les selles présentent une odeur acide Irès-prononcée.
Celle forme de dyspepsie est communément accompagnée de plus d'inappétence, de dégoût, et surtout de plus de tendance aux vomissements que les autres. Lorsqu'elle se prolonge, elle devient d'autant plus sérieuse qu'elle peut être le commencement d'une maladie très-grave, que nous croyons ne pas devoir comprendre sous une même dénomination avec les dyspepsies. Cellessci forment un ordre de maladies très-pénibles sans doute, souvent très-opiniàlres, mais généralement exemptes de danger et susceptibles d'être efficacement combattues par un traitement convenable, dont l'hygiène fournit les principaux éléments. La maladie dont nous voulons parler, au contraire, et dont nous exposerons les symptômes dans le chapitre consacré au diagnostic, est presque constamment mortelle.
ARTICLE V