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C. Des moyens dits absorbants

On a aussi employé des moyens dits absorbants, à raison de la propriété qu'ils ont d'absorber ces

gaz, lorsqu'on les met ensemble dans un récipient. La magnésie décarbonatée, les poudres de chaux et de magnésie et les diverses substances qui les contiennent, comme la poudre d'yeux d'écrevisse, ont été préconisés dans ce but. Plus récemment, la poudre de charbon végétal, selon la préparation de M. Belloc,a été célébrée comme jouissant à un plus haut degré encore de la même vertu. Je ne conteste pas la propriété absorbante de ces diverses poudres, placées avec certains gaz dans un récipient inerte ; mais je dois à la vérité de dire que dans les récipients vivants , tels que l'estomac et les intestins , l'effet absorbant, plus difficile à constater sans doute, ne m'a paru ni constant , ni bien manifeste; que chez le plus grand nombre des sujets l'ingestion de la magnésie et du charbon n'a été suivie d'aucun changement appréciable dans le volume et la sonorité du ventre, et que dès lors on a droit de se demander quelle part ont eue ces poudres dans la diminution des gaz observée, par exception, chez quelques individus. Il n'est pas d'ailleurs sans quelque importance, dans l'examen de cette question, de rappeler combien est sujette à varier, chez les sujets atteints de dyspepsie flatulente, la quantité des gaz contenus dans l'appareil digestif, dans les cas même où aucun remède n'est employé, où aucune circonstance appréciable ne peut expliquer ces changements.

PAmiE II. DYSPEPSIES HABITUELLES. 255

D. De la glace, des boissons et des aliments froids dans le traitement de la dyspepsie flatulente.

L'emploi des boissons glacées, et surtout l'emploi de la glace concassée ou mieux râpée, ou préparée soit en sorbets, soit en fromage glacé, a été recommandée ; et, pour ce qui me concerne, j'en ai généralement observé de meilleurs effets que de la plupart des autres remèdes, réservant toujours la première place, dans les dyspepsies de tout genre, dans celle-ci en particulier, au régime et à l'exercice, généralement plus efficaces que tous les remèdes. La glace me paraît agir ici principalement comme tonique, comme stomachique , selon l'expression vulgaire. Nous avons déjà, dans l'article consacré au traitement de la dyspepsie en général , signalé, pour un certain nombre de personnes, les bons effets obtenus de l'emploi des boissons glacées aux repas et du régime froid en général. Ils nous paraissent plus particulièrement applicables encore dans la dyspepsie flatulente. Sans faire un précepte de leur usage dans cette forme de dyspepsie, nous engageons du moins à en essayer, à n'y renoncer que dans le cas où leur effet serait nul ou nuisible.

Indépendamment de l'action tonique des aliments froids et surtout de la glace, on ne peut méconnaître qu'ils n'aient encore une action condensatrice, particulièrement sur les gaz renfermés dans la première

partie du canal digestif. Maisje me hâte d'ajouter que cette action est fort limitée, qu'elle cesse, de toute nécessité, à mesure que la température des substances froides introduites dans l'estomac, s'équilibre avec celle des substances qui y existaient auparavant. Toutefois, même en tenant compte de toutes ces conditions, lorsqu'un repas se fait en totalité avec des substances glacées ou très-froides, l'estomac ne contenant guère, avant l'ingestion des aliments, que des gaz, ceux-ci subissent nécessairement par l'ingestion successive de ces substances froides, pendant toute la durée du repas, une condensation qui diminue d'autant le volume des gaz et la distension qui en est l'effet.

E. Des boissons et des aliments très-chauds dans le traitement des dyspepsies flatulentes.

On trouvera sans doute fort extraordinaire qu'après avoir signalé la glace et les aliments glacés, comme ayant une action favorable dans la dyspepsie flatulente, nous proposions, dans le traitement de la même maladie un moyen tout opposé, c'est-à-dire l'emploi des boissons et des aliments très-chauds. Il y aurait assurément là quelque chose de complètement illogique, si la dyspepsie se montrait constamment sous la même forme , chez des sujets de constitutions semblables et dans des organes digestifs identiques, et recevant tous d'un

même remède et d'un même régime une influence pareille. Mais une telle supposition porte son infirmation avec elle , et le médecin qui réglerait sur elle sa conduite manquerait aux règles du bon sens, guide bien autrement sûr que la logique aventureuse des théories.

En conséquence, dans les cas où la dyspepsie flatulente s'accommoderait mieux des aliments trèschauds, et les malades qui prennent chaque matin un potage, une tasse de café, de chocolat ou de thé, sont à même d'en apprécier les effets, on devrait adopter la même température pour les autres aliments. Les boissons elles-mêmes doivent alors être prises très-chaudes. L'eau pure serait nauséeuse; on la remplace par quelque infusion aromatique, celle de camomille , de fleurs ou de feuilles d'oranger, par exemple, pure ou coupée avec une certaine proportion de vin et légèrement sucrée au besoin. Il convient d'observer exactement les effets de ces modifications de régime sur les digestions et sur les flatuosités, et l'on conclut, d'après les résultats, s'il y a lieu de continuer ou de suspendre l'usage des boissons chaudes, qui ne conviennent, que par exception, dans cette forme de maladie.

De semblables expérimentations ne devraient pas être faites dans toutes les dyspepsies indistinctement. Mais dans la forme flatulente, qui est à la fois l'une des moins graves et l'une de celles qui réclament le

plus de diversité dans l'emploi du régime et des remèdes, ces essais ne sont pas seulement permis, ils •sont même quelquefois nécessaires, pour arriver à connaître ce qui doit être fait ou évité.

Quand la dyspepsie flatulente occupe principalement les intestins, on joint aux remèdes recommandés dans la forme stomacale, l'emploi de lavements préparés avec les mêmes infusions aromatiques, précédemment indiquées. On y joint par ■ intervalles quelques purgatifs résineux. Dans les cas -OÙ l'émission des gaz par l'anus offre de grandes difficultés, on a quelquefois procuré un notable soulagement en introduisant dans le rectum une grosse sonde œsophagienne, qu'on y laisse un certain temps, un quart d'heure, une heure même, en recommandant au patient de varier ses attitudes sur les côtés, sur le ventre même , et de revenir à celle qui paraît la plus favorable à cette émission. Ce moyen, lorsqu'il réussit, doit être employé plusieurs fois le jour, aussi souvent que la distension du ventre le rend nécessaire.

Il faut d'ailleurs ne pas se faire illusion sur son efficacité ; soit que les ouvertures de la sonde aillent se heurter contre les parois de l'intestin, soit qu'elle n'atteigne pas le point où les gaz sont amassés, soit par tout autre motif, il manque le plus souvent son but.

Un moyen plus simple, qui n'est pas sans quelque utilité, consiste dans l'emploi de frictions prolon-

gées sur le ventre, soit avec la main seule, soit avec l'huile de camomille simple ou camphrée. L'application de compresses très-froides sur le ventre, de glace même, renfermée dans une vessie, et surtout des, lavements d'eau refroidie à un degré déterminé, tel que 20, 16, 12 degrés Réaumur, apporte souvent un soulagement notable dans les cas de distension des gros intestins par des gaz, dans le cas bien entendu de dyspepsie flatulente essentielle, exempte de toute complication phlegmasique ou organique. Dans les cas où les ahments froids seraient contraires, et les aliments chauds favorables, le ventre devrait être couvert de linges très-chauds, secs ou imbibés d'une des infusions aromatiques indiquées. Nous rappellerons enfin que la distension des intestins par des gaz, surtout quand elle est habituelle et considérable, doit faire soupçonner quelque empêchement matériel à leur progression, et dès lors conduire le médecin à revenir de temps à autre aux divers modes d'exploration qui peuvent l'éclairer sur ce pohit, et particulièrement au toucher rectal et à la palpation attentive de l'abdomen.

ARTICLE IV

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