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DU TRAITEMENT DE LA DYSPEPSIE GASTRALGIQUE ET ENTÉRALGIQUE

Nous ne reviendrons pas ici sur les symptômes et les signes diagnostiques de la dyspepsie gastralgi-

que et entéralgique. Nous nous bornerons à parler des moyens particuliers de traitement qu'elle réclame .

Ces moyens ont surtout pour but, soit de prévenir les douleurs violentes qui suivent l'ingestion des aliments, soit de les combattre, lorsque les moyens propres à les prévenir n'ont pas été mis en usage ou qu'ils ont été insuffisants.

Les douleurs plus aiguës qui caractérisent l'espèce de dyspepsie qui nous occupe tiennent encore à des troubles de la digestion, dont il convient, comme toujours, de combattre les causes. îci, comme partout, nécessité de parvenir à les découvrir, et dans ce but d'apporter à cette recherche, s'il est possible, un soin plus particulier encore, d'éloigner toutes celles qu'a signalées l'examen attentif des antécédents du malade et des conditions actuelles que présente son mal. Si l'éloignement complet, et suffisamment prolongé, des causes présumées ne suffit pas au rétabhssement de la santé, on est conduit à admettre, dans les organes digestifs, une condition particulière des nerfs, qui se révèle par un excès d'irritabilité exacerbante, contre laquelle on doit chercher dans la matière médicale quelque auxiliaire au régime. Mais hâtons-nous d'ajouter que, dans cette forme de dyspepsie comme dans les autres, le régime doit être continué; car si, dans quelques cas, il est insuffisant, dans au-

cun la guérison n'aurait lieu sans son concours.

En conséquence, en même temps qu'on réglera strictement le régime d'après les bases établies dans l'article consacré aux dyspepsies graves (page 242), on aura recours aux moyens suivants, employés soit avant le repas, pour prévenir les douleurs, ce qui est de beaucoup préférable; soit au moment même des crises, quand, leurs retours n'étant pas fixes, rien ne fait connaître le moment où un remède préventif pourrait être opportunément administré.

§ 1". — Dyspepsie ^astralg^ique.

Dans les cas où les malades atteints de dyspepsie gastralgique sont pris, soit immédiatement après l'ingestion des aliments, soit quelques heures après, de ces douleurs aiguës qui ont été précédemment décrites (pages 87 et i 48) , il convient de leur donner une demi-heure , une heure avant l'ingestion de la petite quantité d'aliments permise, une substance calmante qui modère, endorme, en quelque sorte, l'extrême sensibilité de l'estomac et prévienne l'impression douloureuse que ressent ce viscère, soit par le contact de ces aliments, soit, ce qui est plus ordinaire, par le travail que ces aliments provoquent. Quelques praticiens font prendre ces calmants avec les aliments eux-mêmes; mais il m'a paru plus rationnel et plus efficace de les donner

avant les repas, surtout quand les douleurs suivent immédiatement l'ingestion des aliments, quelquefois même celle des premières cuillerées de potage. Quant au choix du remède, quelques médecins ont employé dans ces cas les antispasmodiques, tels que la valériane, le castoréum, le sous-nitrate de bismuth, etc. Je donne la préférence aux narcotiques. C'est à l'opium ou à quelqu'une de ses préparations que j'ai directement recours. J'ai grande foi dans la puissance bonne ou mauvaise des narcotiques, et surtout de l'opium; j'en ai peu dans la vertu antispasmodique de la plupart des remèdes qu'on a décorés de ce titre.

L'opium est pour moi le roi des narcotiques, et ce n'est que par exception, et à raison de quelque disposition idiosyncrasique, que j'emploie quelque autre remède de la même classe. Les pilules d'extrait thébaïque conviennent au plus grand nombre ; celles de codéine, aux malades chez qui l'opium, même à petites doses, provoque des maux de tête ou du narcotisme. Celles de morphine agissent plus fortement, et leur dose doit être moins élevée: elles m'ont paru entraver davantage l'action digestive de l'estomac et donner lieu plus souvent à des vomissements. Je réserve l'extrait de belladone, sa poudre et l'extrait de jusquiame pour quelques affections particulières et pour les malades qui ne supportent pas l'opium et ses préparations; et ces

cas, je dois le dire, constituent des exceptions peu nombreuses. Ces médicaments sont administrés autant de fois que le malade fait de petits repas, deu»' à quatre fois le jour en général, et à doses telles que, dans le principe, la quantité totale ne dépasse pas deux à cinq centigrammes d'extrait thébaïque en vingt-quatre heures. Mais il ne faut pas hésiter à élever, même rapidement, ces doses, lorsque la résistance et la violence des douleurs le demandent et que l'absence de tout inconvénient produit par les narcotiques le permet. Je n'ai pas craint, dans celte maladie, de prescrire graduellement jusqu'à quinze et trente centigrammes de ces remèdes, et plus encore, en vingt-quatre heures, et je dois ajouter que, dans les formes les plus intenses de la dyspepsie gastralgique, ce n'a été, chez quelques sujets, qu'en m' élevant à ces doses que j'ai vu le mal être enrayé, les crampes d'estomac perdre de leur acuité et de leur fréquence, et la maladie marcher vers une heureuse terminaison.

Dans les cas oii l'extrême irritabilité de l'estomac a été précédée des signes d'une grande et réelle fai-' blesse et des circonstances qui devaient l'expliquer, on se trouve bien quelquefois, après avoir employé, pendant un certain nombre de jours, l'opium seul, de l'associer aux extraits amers, de quinquina ou de gentiane. 11 faut alors apporter une attention spéciale à constater le double effet des amers et des

narcotiques, savoir : que l'effet calmant n'est pas diminué, et que l'action digestive des amers se montre à un degré appréciable.

Dans les cas où la dyspepsie gastralgique est accompagnée de constipation, l'addition d'une petite dose de calomel ou de rhubarbe a paru indiquée à la fois pour favoriser les selles, et aussi pour combattre la tendance aux vomissements, qui n'est pas très-rare dans cette forme de dyspepsie.

§ 2. — Dyspepsie entéralgique.

Si les douleurs aiguës qui lui donnent sa forme particulière portent sur les intestins au lieu de porter sur l'estomac, elles apparaissent, en général, plus longtemps après l'ingestion des aliments. 11 convient, en conséquence, d'administrer les narcotiques plus de temps avant le repas, deux à trois heures par exemple, pour avoir plus de chances qu'ils atteindront le point des intestins qui est le siège des douleurs, avant que les aliments y parviennent. Si les selles sont molles, il est généralement bon, dans la dyspepsie entéralgique, d'administrer les narcotiques simultanément par les voies inférieures et supérieures.

Lorsque ces grandes douleurs stomacales ou iesïmaZes n'apparaissent qu'irrégulièrement, et que rien, dès lors, n'annonce leur prochaine apparition,

il n'y a pas lieu et il y aurait même inconvénient à prescrire les narcotiques avant chaque repas. Je dois ajouter que ces grandes douleurs, qui donnent à la dyspepsie à de longs intervalles une apparence névralgique, se rattachent souvent, comme nous l'avons signalé, à quelques circonstances de régime que le médecin a dû chercher à connaître, dès le premier examen qu'il a fait du malade. Il reviendra de nouveau à ces investigations dans le cours de la maladie, chaque fois surtout qu'une aggravation notable dans les symptômes ou l'apparition d'un symptôme nouveau viendra les réclamer. Il devra avoir constamment présent à l'esprit combien ces recherches offrent de difficulté, à raison de la tendance des malades surtout, et quelquefois même des assistants, à oublier ou à dissimuler les infractions trop fréquentes apportées au régime, soit dans la qualité ou dans la quantité des aliments, soit aussi dans beaucoup d'autres points qui font partie essentielle du traitement. Si les causes de l'exacerbation sont découvertes, c'est surtout à les éloigner qu'il faut s'attacher; si on ne les découvre pas, il faut prescrire pour quelques jours une diète plus sévère, et ne pas perdre de vue qu'il y a une inconnue dans le problème et qu'on doit parvenir à la découvrir.

Au moment où les vives douleurs surviennent, il faut chercher à les modérer. On y parvient quel-

quefois par des applications répétées de linges trèschauds sur les parties souffrantes, par des cataplasmes également très-chauds, arrosés de laudanum, de chloroforme ou autres liqueurs calmantes, par des bains simples ou préparés avec des infusions narcotiques, quelquefois même par des sinapismes, qu'on enlève lorsqu'ils commencent à se faire sentir avec quelque vivacité : c'est par cette série de moyens qu'on doit généralement commencer. Dans le cas d'insuffisance, on a recours à l'usage de calmants en lavement d'abord, et, s'ils n'étaient pas ' conservés, par la bouche, surtout lorsque le temps qui s'est écoulé depuis le dernier repas permet de croire que la digestion stomacale est achevée. La circonscription des douleurs dans les régions intestinales confirmera dans la pensée que les aliments sont parvenus aux intestins, que l'estomac en est délivré, et qu'il peut sans inconvénient recevoir les calmants. Au reste, quand des douleurs excessives surviennent, même peu de temps après le repas, dans la dyspepsie gastralgique, l'indication de les calmer passera avant toute autre, et l'on ne devra pas hésiter à donner , en lavement ou par la bouche, une solution d'opium ou quelque autre calmant, à doses plus ou moins élevées et rapprochées, selon l'acuité et la persistance des douleurs, et aussi en raison des désordres plus ou moins grands qu'elles apporteraient dans la physionomie,

dans les forces, dans l'état du pouls et de la chaleur.

Dans le cas enfin d'insuffisance des calmants, on devrait recourir aux exutoires sur l'épigastre, aux vésicatoires saupoudrés, au besoin, de quelque substance calmante, après l'enlèvement de l'épiderme. Mais l'effet doit toujours en être attentivement surveillé. L'irritation locale qu'ils produisent, loin de calmer les souffrances intérieures, détermine chez quelques sujets un effet contraire; et de là l'indication d'y renoncer.

Si la maladie se prolonge au delà de plusieurs semaines, de quelques mois surtout, les eaux minérales peuvent avoir des effets salutaires. Nous nous en référons, sur ce point, à ce qui a été dit précédemment sur l'opportunité et le choix de ces eaux : celles de Néris sont souvent très-utiles.

ARTICLE V

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