DU TRAITEMENT DE LA DYSPEPSIE BOULIMIQUE
La dyspepsie et la bouhmie sont communément deux maladies opposées l'une à l'autre. Celui qui est atteint de dyspepsie mange peu et digère mal ; celui qui est atteint de boulimie mange au delà de toute mesure, et n'en est pas ou presque pas incommodé.
On a vu, toutefois, dans l'observation que nous avons rapportée (dans la description de la dyspepsie
boulimique), un cas de boulimie avec vomissements, par intervalles, des aliments pris peu avant, surtout lorsque le malade essayait d'appliquer son esprit à quelque travail sérieux, et même à une simple lecture, ou lorsqu'il se livrait à la marche au delà d'un temps d'ailleurs très-limité.
Quels moyens opposer à un mal semblable? Que prescrire à un malade qui est irrésistiblement entraîné à faire quinze repas par jour, et chez qui un retard d'un quart d'heure provoque des vomissements de glaires ou de bile? dont les muscles, dessinés comme ceux d'Hercule, sont incapables de soutenir la marche au delà d'une demi-heure? dont l'esprit ne peut supporter une application d'un quart d'heure, sans que le vomissement des aliments en soit la conséquence? Consultés ensemble par ce malade, nous fûmes d'avis, le docteur Gendrin et moi, de lui faire prendre, un quart d'heure avant le repas, un narcotique, dans le but de modérer la sensation du besoin et d'augmenter graduellement les intervalles des repas. — Dans la même intention, nous l'engageâmes à manger davantage chaque fois, afin de diminuer le nombre total des repas en vingt-quatre heures. Une dose plus forte d'opium, chaque soir, nous parut en outre un moyen de rendre le sommeil plus long et de réduire les repas nocturnes. Enfin , nous conseillâmes des promenades courtes, puisqu'il y avait impossibilité de
les faire longues, mais répétées autant que possible ; et également pour le travail intellectuel, de le morceler, de manière à ce que chaque séance n'atteignît pas le quart d'heure, mais que leur répétition représentât chaque jour un plus long temps de travail. Enfin, nous cherchâmes à faire comprendre à ce jeune homme la nécessité de lutter contre un mal qui le réduisait à une nullité désespérante et humiliante; de faire des efforts graduels, mais incessants, pour rentrer dans les conditions ordinaires de la vie. L'aura-t-il fait? quel en aura été le succès? Nous l'ignorons.
ARTICLE VI