‹ Des dyspepsies [electronic resource]Chapitre 5 sur 44 · PARTIE r. — DYSPEPSIES ACCIDENTEH.ES · texte numérisé non relu

PARTIE r. — DYSPEPSIES ACCIDENTEH.ES

bouche, par régurgitation, et devenait un témoignage irrécusable contre le serviteur insoumis, qui s'était permis cette expérience.

J'ai connu plusieurs personnes chez lesquelles Je lait était également rejeté, peu après son ingestion, d'une manière constante, dans sa partie caséeuse^ soit par la bouche, soit par l'anus, soit parles deux voies successivement, sous forme de fragment de fromage mou, parfaitement reconnaissable à sa couleur et à sa consistance. L'intestin et l'estomac n'éprouvent pas toujours simultanément cette répugnance idiosyncrasique, soit pour le lait, soit pour toute autre substance. Elle est, chez quelques sujets, bornée à l'une des deux portions du canal digestif. Quand elle porte sur l'estomac, l'aliment antipathique est rendu le plus souvent par régurgitation et sans douleurs vives. Quand elle a son siège dans les intestins, il se passe communément une ou plusieurs heures avant que les premières souffrances se fassent sentir : elles consistent en des coliques, d'intensité variable, qui parcourent rapidement toutes les. circonvolutions intestinales, depuis le duodénum jusqu'à leur extrémité inférieure, et finissent par un besoin pressant d'aller à la selle.

Le nombre des substances antipathiques à l'une ou à l'autre portion du canal digestif est très-considérable. Ces antipathies idiosyncrasiques, chez quelques sujets, peuvent porter à la fois sur plusieurs

substances; elles ne portent, chez la plupart des individus, que sur une seule.

Sans prétendre les éniirnérer toutes, nous signalerons les principales. Les fruits, et parmi eux le melon, les groseilles, les oranges, les pêches, les fraises, les framboises, les mûres ; quelques légumes, tels que l'oseille, les haricots secs, les oignons; parmi les aliments provenant de la mer, les homards, les tourteaux, les huîlres, les moules ; parmi les viandes, le veau, qui, chez quelques sujets, produit constamment la diarrhée ; mais surtout les viandes faisandées, si recherchées des gastronomes, celles même qui n'ont qu'un léger goût d^évent, deviennent pour quelques personnes, un ahment toxique. L'ingestion de ces dernières est- prompteraent suivie de l'expulsion de matières fécales d'une excessive fétidité rappelant celle des viandes putréfiées, et qui présentent cela de remarquable que leur quantité égale à peu près celle de l'aliment toxique ingéré. Les autres aliments pris au même repas sont conservés et bien digérés ; et souvent la selle qui a lieu le lendemain est tout à fait normale.

Chez quelques personnes, tous les aliments acides, les citrons, les tomates, le vinaigre, l'oseille, produisent des perturbations analogues, même pris en très-petite quantité.

La même antipathie a été observée, à un degré très-remarquable, chez un certain nombre d'indi-

vidus, pour les oignons. Mêlés à des purées, à des coulis, en très-faible proportion, et dissimulés autant que possible par l'art culinaire le plus raffiné, ils ont déterminé des vomissements, chez les personnes douées de cette idiosyncrasie, lors même qu'en les mangeant, elles ne s'étaient pas aperçues que les alimenis qu'elles prenaient en continssent la moindre quantité. Leurs organes digestifs étaient plus habiles, que leur palais, à les reconnaître, que les cuisiniers à les dissimuler.

L'usage, surtout exclusif, des aliments maigres, produit chez quelques sujets, l'effet d'un purgatif et il détermine une diarrhée qui ne cesse que parle retour au régime opposé. J'ai donné des soins à l'un des prélats les plus distingués de l'Église de France, chez qui l'usage du maigre produisait constamment cet effet : son idiosyncrasie l'obligeait à ne vivre que d'aliments gras, même aux jours où ces aliments sont plus particulièrement interdits, dans la semaine sainte, par exemple, et même le vendredi saint.

Par opposition à ce fait, j'en ai observé d'autres dans lesquels les organes digestifs ofîraient des antipathies toutes contraires. J'ai connu deux personnes, deux dames plus que sexagénaires, qui, dans les dernièresannées de leur vie, ne pouvaien t digérer aucune viande : elles avaient été conduites à s'en abstenir entièrement, et à vivre exclusivement de légumes

et de quelques fruits. Avec ce régime, qui serait insuffisant pour le plus grand nombre des vieillards, elles conservaient leurs forces, elles ne maigrissaient pas, et continuaient à satisfaire aux devoirs de leur position sociale, sans en ressentir de fatigue. Essayaient-elles, de temps à autre, sur les instances de leur famille, préoccupée d'un tel régime, d'y ajouter quelque viande? Il en résultait immédiatement une perturbation assez prononcée pour qu'il fallût renoncer à cette addilion.

Dans ces cas, comme, au reste, dans beaucoup d'autres, la répulsion des organes digestifs pour certains aliments n'était pas primordiale. Elle ne se montre même chez quelques personnes qu'à une époque de la \ie postérieure aux grands changements que la puberté et l'accroissement apportent dans l'économie. J'ai été consulté, il y a quelques années, par un homme de quarante ans, qui, depuis l'âge de trente-six, ne pouvait plus digérer les œufs. 11 les rejetait constamment, non digérés et reconnaissables, par les voies supérieures ou inférieures, soit le jour même où il les avait pris, soit le lendemain, lors même qu'ils n'entraient que pour une faible proportion dans d'autres aliments, dans une panade ou une sauce, par exemple.

De cette première série de troubles digestifs, que nous avons réunis sous la dénomination de dyspepsies accidenlelles ou indigestions, il résultera, je

pense, la preuve, pour tous, qu'ils ne se rattachent pas à une inflammation de l'estomac ou des intestins, et qu'on ne saurait les confondre avec ' la forme, même légère, de la gastrite ou de l'entérite.

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