CHAPITRE IV
OniGINE CONSTITUTIONNELLE DES DYSPEPSIES. — CONDITIONS GÉNÉRALES DU DÉVELOPPEMENT DES DYSPEPSIES.
Les diverses altérations chimiques du suc gastrique, qui constituent la dyspepsie, peuvent se développer sans cause appréciable, ou par l'intervention de causes qu'on pourrait appeler gastriques, telles que les excès de régime, l'alimentation insuffisante, le catarrhe muqueux de l'estomac ; les résultats seront toujours les mêmes, et se traduiront par un vice de sécrétion, ou par une altération du liquide sécrété.
D'autres conditions plus générales favorisent ou même déterminent la production de la dyspepsie, qui reste comme toujours une opération chimique défectueuse. Ce sont : 1° la goutte ou uricémie, accumulation d'acide urique dans le sang; 2° l'urémie, ou excès A'urée dans le sang ; 3° le diabète, ou glycémie ; 4° l'alcoolisme ; 5° la tuberculose. On a signalé encore d'autres influences, telles que le rhumatisme , l'herpétisme, le nicotisme et même la syphilis; questions à discuter et faciles à résoudre dans le sens négatif.
Dyspepsie goutteuse.
ARTICLE PREMIER Délimitation de la goutte.
La goutte, qu'on identifie sous le nom antique d'arliiritisme, avec le rhumatisme, qui en diffère totalement, est une maladie chronique, constitutionnelle, le plus souvent héréditaire, caractérisée essentiellement :
1° Par une imprégnation des tissus par l'acide urique, par son accumulation dans le sang, par une diminution correspondante dans les urines.
Le sang contient 0,025 à 0,175 p. 1000 d'acide urique au lieu de n'en renfermer que des traces (Garrod).
Les urines qui éliminent 50 à 80 centigr. d'acide urique par jour deviennent plus pauvres en éléments uriques.
2° De temps à autre, il se produit ce qu'on appelle des accès de goutte aiguë, pendant lesquels l'acide tend à se déposer dans les articulations qui se phlogosent ^ous cette influence, et finit l'accès, en s'éliminant de l'économie en plus grande quantité par les urines.
3° Lorsque les urates restent déposés dans les articulations, ou dans les tissus fibro-musculaires en général, c'est la goutte chronique, la podagre.
4° Les mêmes lésion slransitoires ou permanentes que celles des articulations se produisent dans les princi-
,aux viscères, et même dans les téguments (arthritides). 'Tes organes digestifs sont frappés par la goutte, par divers procédés qui feront l'objet de cette étude
ZI reins sont un double réceptacle de la goutte ; ou bien ils sécrètent un excès d'acide urique, qui forme la cravelle urique, ou ils deviennent goutteux eux-mêmes sous la forme de dépôts uratiques ou de sclérose (goutty kidnegs). A leur tour ces reins enflammes deviennent le point de départ d'accidents uremiques, qm entraînent la mort du malade comme dans toute espèce de népbrites, accidents qu'on a attribués à la m.7asto. de la goutte.
S'agit-il du cœur; la goutte ne l'épargne pas davantage-raltération des artères coronaires ou du tissu cardiaque détermine fréquemment l'angor pectoris, autre accident dit métastatique.
Les vaisseaux en général enfin subissent avec la plus grande fréquence l'endo-artérite, ou l'inflammation uralique; si ces altérations atteignent les vaisseaux de rencéphale, il en résulte des congestions, des hémorrhagies apoplectiques; c'est toujours la goutte rentrée, selon la théorie.
Cette énumération suffit pour démontrer qu'on a usé, comme on le voit, de la métastase, partout et toujours, sans oser, sans pouvoir faire la part de la vérité et du préjugé ; la crainte de la rétrocession goutteuse terrifie les malades, au point qu'ils se résignent, en vrais fatalistes, aux soufl'rances les plus cruelles, et qu'ils prient généralement le médecin de ne pas les troubler dans la jouissance de cette suprême douleur. Quand elle finit par vaincre leur volonté, ils se traitent
eux-mêmes, usent de préférence des remèdes secrets SI bien q e si le médecin formule à jour un médical ment défini comme le colchique, le salicylate de soude H est parfaitement sûr de ne pas être écouté par le patient, qui se considère comme un malade à part ■ c'est un noh me tangere ; le clinicien sera soumis à une rude épreuve, avant de soumettre la goutte aux lois d'une thérapeutique rationnelle ; raison de plus, pour justifier la tentative de traitement que réclame la goutte gastrique en particulier, et l'uricémie en général, qui mérite un examen préliminaire.
ARTICLE II Uricémie.
a. Uricémie par régime azolé. — L'uricémie peut se développer de diverses façons ; le moyen le plus simple d'expliquer l'excès d'acide urique dans le sang, e^est par sa production exagérée sous l'influence du régime trop exclusivement azoté, ou d'une alimentation trop abondante en azote. On accuse tous les malades de s'être infligé la goutte par ces procédés, c'est-à-dire par Tabus de la bonne chair ; — c'est une grave erreur; en effet, on suppose que l'usage d'une trop grande quantité de matières azotées doit augmenter le chiffre de l'acide urique, ainsi que de l'urée qui sont les vrais produits de combustion des matières protéiques, l'un, l'acide urique indiquant une oxydation moins avancée que l'autre, l'urée, qui est le dernier terme de la combustion de ces ahments albuminoïdes.
Or s'il est parfaitement vrai que l'urée augmente considérablement par le régime azoté, si le chiffre de l'urée éliminée peut s'élever de 23 par jour (régime mixte) à 86 (régime azoté), il n'en est pas de même de l'acide urique, qui est le vrai corps de délit de la goutte ;: l'acide urique ne varie que dans les limites les plus restreintes ; au lieu de 0,80 (régime ordinaire) il monte à 0,90 (régime albuminoïde) ; voici la raison de ce phénomène intéressant : — Les belles recherches de Yoït et Petlenkofer ont démontré, expérimentalement, que l'animal qui prend plus d'aliments albuminoïdes absorbe plus d'O, et brûle ainsi plus de substance alimentaire ; — il s'établit dans l'économie une sorte d'accommodation entre le régime et la respiration ; dès qu'il y a un excès de substances azotées, l'O absorbé augmente ; dès lors la combustion se fait jusqu'au bout ; loin des'arrêter en chemin pour faire de l'acide urique, elle.se complète en faisant de l'urée.
Ainsi l'uricémie n'est pas due à un régime riche en azote.
b. Uricémie alimentaire d'origine mixte. — Le régime le plus favorable à la production delà goutte, c'est celui qui consiste en une combinaison de matières azotées avec la graisse; dans ce cas la graisse détourne rO à son profit pour se comburer ; il ne restera plusassez d'O pour brûler les matières azotées ; c'est alors seulement que l'abus des viandes devient dangereux, car c'est alors surtout que la combustion ne peut plus s'achever, et s'arrête à la formation de l'acide urique. On accuse également l'abus de l alcool associé à une alimentation substantielle; l'alcool, dit-on, absorbe l'O'
à son profit, comme tout à l'heure le faisait la graisse, et empêcherait roxydation complète des matières albuminoïdes. Mais la combustion de l'alcool dans l'économie, si elle s'y opère, est dans tous les cas fort incomplète, car une partie de l'alcool passe inaltérée dans les liquides sécrétés, ou reste tel dans les tissus. Si les boissons alcooliques aident au développement de la goutte, c'est en épargnant l'usure des tissus corporels ; c'est une substance dé-pargne; dans ce cas les tissus proléiques, ne subissant plus que des combustions incomplètes, se dédoublent en produits azotés et en graisse ; les goutteux ont souvent de l'embonpoint.
Les autres substances d'épargne, comme la gélatine, ajoutées au régime dans une certaine mesure, ménagent également le maintien des tissus organiques, qui ne se décomposent plus entièrement, et se transforment en graisse. Ainsi les aliments d'épargne développent ou la graisse, ou Tacide urique, polysarcie ou goutte, ou les deux simultanément.
Les expériences de Mesnier et Koch nous ont révélé un dernier mode d'action du régime; les aliments qui contiennent l'asparagine, et les fruits qui renferment le malate de chaux, favorisent singulièrement la production de l'acide urique.
D'après ces données, l'alimentation spéciale serait plus apte à produire la goutte que le régime azoté excessif et pur ; il semble donc que l'uricémie soit une question d'hygiène, et que pour guérir ou prévenir la goutte il suffise de modifier le régime.
Mais voici une objection grave ; si on injecte, comme l'ont fait Frerichs et Wôhler, de l'acide urique dans les
veines d'un chien, cet acide se transforme bien en urée, mais l'animal continue néanmoins à éliminer la quantité normale d'acide uiique; la fonction uricémique s'accomplit d'une manière imperturbable ; rien ne saurait la modifier, même chez le goutteux, quiapris trop de substances azotées ; il y a donc d'autres conditions pour la formation de la goutte.
c. Uricémie non alimetitaire. — V uricémie d'ailleurs ne peut pas être toujours considérée comme alimentaire; s'il y a une goutte luxueuse, il peut y avoir aussi une goutte respectable par la sobriété, et le régime n'y est pour rien. Ce qui le prouve mieux encore, c'est que si les goutteux augmentent de volume par métamorphose graisseuse des tissus corporels, il est aussi des goutteux frappés de maigreur ; les premiers profitent d'une certaine façon de leur épargne de régime ; leur capital est emmagasiné dans les tissus ; les autres entament le fonds social.
d. Uricémie rénale. — Pour éluder ces difficultés, on a, négligeant l'origine ahmenlaire, attribué l'uricémie à la rétention de l'acide urique dans le sang, par Tinsuffisance d'élimination rénale (Garrod). Lorsque chez les oiseaux, qui, comme l'on sait, ne forment que de l'acide urique, on vient à lier les uretères, on produit, comme Zaleski l'a démontré, une accumulation de cet acide et d'urates dans la lymphe, puis dans le sang, et finalement dans les organes.
Mais chez les goutteux l'acide urique s'élimine librement, et les reins sont intacts ; ils ne deviennent le siège de lésions atrophiques, ou de dépôts d'urates, qu'à une période avancée de la maladie; on ne saurait donc invo-
quer comme cause de l'acide urique dans le sang l'imperfeclion de l'action éliminalrice des reins; l'Iiypo- Ihèse de l'uricémie par rélenlion ne saurait se .soutenir.
Ainsi ces deux dernières Ihéories sont inadmissibles, il ne reste donc que l'uricémie alimentaire ; mais comme l'ingestion des matières protéiques entraîne une absorption plus considérable d'oxygène, qui les brûle jusqu'à les transformer en urée, il en résulte que le régime le plus nuisible n'est pas celui qu'on accuse habituellement, c'est-à-dire le régime azoté, mais celui qui comprend et les principes azotés, et une grande quantité de graisse, de gélatine ou de sucre ; dans ces cas l'absorption d'O reste normale, et les substances additionnelles emploient pour leur propre compte une certaine quantité d'O, qui ne peut plus servir à brûler jusqu'à leur dernier terme les principes azotés, c'est-àdire jusqu'à la formation de l'urée ; si l'urée reste au taux normal, l'acide urique augmente.
En dehors de ce cas tout est obscur ; on sait seulement que la goutte peut être un vice de nutrition, comme la glycémie dont l'origine également n'est pas constamment extérieure.
ARTICLE III Dyspepsies goutteuses.
La dyspepsie goutteuse ou goutte de l'estomac est certainement plus rare qu'on ne l'affirme généralement ; elle est même absolument niée par Watson, qui la rapporte à de vulgaires et violentes irritations par
excès de régime. Brinlon demande ce qu'on entend par la goutte dans l'estomac, et conclut ainsi : il peut bien y avoir des coliques hépatiques, des accidents urémiquesqui chez les goutteux passent pour la goutte remontée à l'estomac, mais, abstraction faite de ces erreurs, il ne reste rien pour constituer une maladie spéf;iale, qui mérite la dénomination : goutte de l'estomac, dont les malades imbus des doctrines médicales abusent d'une si étrange façon; mais cette négation, cette fin de non-recevoir témoignent seulement et de l'obscurité <lu sujet et de la difficulté d'interpréter les faits, qui sont indéniables.
L'expérience que j'ai pu acquérir de ces diverses formes de la goutte m'a démontré ceci :
a. Il existe une pseudo-dyspepsie antégoiîtteuse , elle précède la maladie et l'annonce longtemps, si bien que Todd en a fait dériver la goutte. Les malades se plaignent de troubles digestifs, avec sensation de compression, de serrement, ou plus souvent de plénitude àl'épigastre ou à la région sus-ombilicale, de distension du ventre, éructation, pyrosis, de tympanites, constipation, hémorrhoïdes ; on a décrit cet état autrefois, et on le connaît encore en Allemagne sous le nom de pléthore veineuse abdominale, — Est-ce là une véritable dyspepsie ? évidemment non. C'est une de ces atonies intestinales, avec ou sans constipation, avec ou sans hémorrhoïdes, qui s'observe souvent à la suite d'excès alimentaires, chez les individus atones, faibles et enclins à l'obésité ; c'est une fausse dyspepsie, qui mérite le nom de antégoutteuse, en ce sens que c'est là le tempérament habituel des goutteux.
b. Dtjspepsie aiguë catarrhale paroxystique. — Avant les accès et pendant leur durée on observe souvent des signes de l'état vulgairement connu sous le nom d'embarras gastrique, ou de catarrhe muqueux aigu. Les malades perdent l'appétit, la langue se couvre d'enduits, la digestion, qui se fait péniblement, lentement, avec éructations, météorisme, s'accompagne toujours d'un grand malaise, d'une sensation de courbature, d'abattement, comme si une maladie grave allait se prononcer. — Il est des malades qui n'ont jamais d'accès^ sans qu'il soit précédé de ces troubles gastriques, sorte d'avertissement prémonitoire sans fièvre. Pendant toute la durée de l'attaque cet embarras gastrique peut se continuer, et c'est ce qui a lieu surtout quand la goutte est sévère.
Est-ce là un accident véritablement goutteux, ou bien n'est-ce pas une de ces perturbations sécrétoires, qu'on pourrait appeler dyspepsie aiguë muqueuse, d'ordre vulgaire, comme on en observe au début des maladies aiguës ; si cet état se continue pendant l'évolution de la goutte articulaire, il se traduit ordinairement sous la forme d'une anorexie persistante à laquelle les douleurs articulaires ne sont certes pas étrangères.
Nous appellerons cet état : dyspepsie aiguë catarrhale.
c. Dyspepsie uricémiqiie aiguë et vraie. — Voici maintenant une série de phénomènes, qui se manifestent brusquement pendant l'accès ou à son décours ; ils se traduisent avec une grande violence sous la forme de cardialgie; ic malade est pris de crampes
a'eslomac, de coliques d'eslomac, avec des hoquets 1 s^nls et un sentiment de brûlure (pyrosis) sum de vomissements répétés de matières acres ; on dirait un empoisonnement, avec accidents de peritonisme, nui vont jusqu'à produire la lipothymie, ou menie la svncope avec refroidissement général, algidite subjective des membres et de la face, et coloration livide des lèvres N'est-ce pas là une intoxication par 1 acide urique ? Si l'expérimentation s'était prononcée sur les effets de l'acide urique injecté dans le sang, on serait tenté de considérer cette cardialgie comme toxique, en l'attribuant à l'introduction brusque d'un excès d'acide urique dans le sang ; en l'absence de toute notion de ce .enre on ne peut que s'en rapporter à son mode d'ehmination ; on sait en effet que l'estomac est le véritable émonctoire de l'urée accumulée dans le sang par l'altération et l'insuffisance sécrétoire rénales; il en est de même pour l'acide urique, qui s'éhmine également par l'estomac ; — or la présence d'un produit destiné à rélimination, dans la muqueuse gastro intestinale, ne saurait manquer d'altérer chimiquement le suc gastrique, et de produire ainsi une grave dyspepsie, avec tous les signes de l'intoxication uricémique.
Il s'agit seulement de savoir d'où provient tout à coup cette invasion de l'acide urique dans le sang, puis dans l'estomac? C'est ici que paraît pour la première fois, et avec quelque raison, la doctrine de la métastase ; si en effet la cardialgie naît quand l'accès articulaire disparaît, on peut croire que l'acide urique qui avait menacé et envahi les articulations se reporte tout entier dans le sang, qui l'élimine par l'estomac ;
mais il n'en est pas toujours ainsi, cette corrélatioa •est loin d'être constante ; la cardialgie peut se déve lopper sans qu'il y ait la moindre détente du côté des articulations; la rétrocession ne saurait être invoquée <lans ce cas; mais il n'en est pas moins vrai que l'acide urique qui circule dans le sang sans s'accroître outre mesure peut être entraîné à sortir par la muqueuse stomacale, et déterminer à son passage une série d'acci- <]ents graves ; pourquoi cette élimination subite? Il y a dans toutes les intoxications d'origine extéiieure, dans tous les empoisonnements par des poisons autochtliones, un ordre très variable d'éliminations qui peuvent «e prononcer vers telle voie excrétoire, en quittant pour ainsi dire les sentiers battus ; c'est tout ce qu'on en peut dire. Au point de vue clinique il reste acquis qu'il peut y avoir une dyspepsie avec cardialgie uricemique, qui souvent présente un véritable danger.
Ce sont là les trois types qui relèvent plus ou moins directement de la goutte, le reste est vulgaire; le goutteux peut subir les inconvénients d'une dyspepsie par abus de régime ; il est même exposé à la gastrite chronique (Ebstein) ; mais ces dyspepsies rentrent dans le domaine général, et n'ont plus rien qui les caractérise d'une manière particulière.
§ II
Dyspepsie urémique.
L'urémie détermine des troubles variés de la sécrétion gastrique, dus à la présence de l'urée, qui est éliminée par l'estomac.
ORIGINE CONSTITUTIONNELLE DES DYSPEPSIES. d6t
ARTICLE PREMIER Vomissements.
Les vomissements constituent le phénomène le plus fréquent; j'ai vu des malades affectés de vomissements chroniques graves, muqueux ou alimentaires, qui avaient été traités pendant de longs mois ou même plus pour des états nerveux, sans qu'on en ait soupçonné l'origine ; le simple examen des urines, la constatation de l'albumine m'ont souvent suffi pour lever tous les doutes et faire reconnaître l'origine de ces vomissements.
Dyspepsie.
La dyspepsie véritable qui n'est pas moins fréquente dans l'urémie, est due à l'action de l'urée ou du carbonate d'ammoniaque, qui en dérive, sur les glandes sécrétoires, et surtout sur le suc gastrique.
ARTICLE III Gastro-entérite urémique.
Le passage incessant de l'urée par la muqueuse gastro-intestinale, produit d'abord de simples troubles fonctionnels et finit par produire de graves lésions ulcéreuses de l'estomac et surtout des intestins ; la dyspepsie gastro-intestinale avec diarrhée en est la conséquence habituelle.
G. Sée, Dyspepsies. ii
§ III
Dyspepsies diabétiques.
Les dyspepsies se montrent comme cause ou comme effet du diabète, et elles frappent dans les deux cas tous les organes digestifs fermentifères.
ARTICLE PREMIER Dyspepsies prédiabétiques, gastriques, pancréatiques, etc.
Pick et Heidenhain ont parfaitement démontré que certains diabètes sont d'origine gastrique ou dyspeptique.
De très bons observateurs attribuent certains diabètes maigres aux altérations du pancréas, par conséquent au vice de la digestion pancréatique (Lancereaux).
Le foie, qui joue un si grand rôle dans le développement de la glycémie, présente de fréquentes lésions dans le diabète ; sur 140 diabétiques, Seegen a constaté 28 fois l'hypertrophie du foie.
ARTICLE II Dyspepsie diabétique.
La dyspepsie diabétique proprement dite peut se manifester dans le cours du diabète, et ne saurait être attribuée qu'à la glycémie ; mais ce genre de dyspepsie est
infiniment plus rare qu'on ne pourrait le croire, d'après la polyphagie et la polydypsie, qui constituent la règle générale dans le diabète; les repas excessifs se digèrent généralement sans encombre par le diabétique, et ne produisent ni dyspepsie ni dilatation permanente de l'estomac. C'est que pour dilater l'estomac il faut des conditions physiques dans la musculature gastrique qui n'existent pas dans le diabète ; pour provoquer la dyspepsie par un régime excessif il faut la présence de peptones, qui viennent entraver l'action du suc gastrique, or rien ne démontre que les boissons les laissent séjourner longtemps dans l'estomac.
ARTICLE III Entérites graves.
Ce que j'ai souvent constaté, c'est l'inflammation des intestins, avant ou sans qu'il y ait de tuberculoses ; le diabète se termine fréquemment par des accidents intestinaux qui entraînent la mort.
§ IV
Dyspepsie alcoolique.
Gastrite simple ou ulcéreuse, telle est l'expression qui résume le mieux les lésions variées de l'estomac dans l'alcoolisme ; après l'excellente description qu'en a donnée Lancereaux, il ne me reste qu'à signaler les symptômes de cet alcoolisme gastrique, parliculière-
ment la dyspepsie. Elle est caractérisée ainsi : l'appétit se perd ; la Louche est amère, la langue pâteuse, couverte d'enduits ; le malade ne fait plus que boire ; le malin il éprouve des nausées, des vomissements ou des régurgitations d'un liquide blanc visqueux, qui finissent par suite des elTorts prolongés, par entraîner une certaine quantité de bile ; ces vomissements se composent de salive, de mucus gastrique, mêlé avec des acides provenant de la fermentation alcoolique. Ce phénomène est pour ainsi dire caractéristique..
Plus tard les phénomènes de la dyspepsie inflammatoire se dessinent nettement, et lorsque l'ulcération frappe la muqueuse elle provoque souvent les douleurs^ ainsi que l'hémalémèse caractéristique de l'ulcère simple.
Dyspepsie nicotique.
Le tabac détermine tantôt une véritable dyspepsie, tantôt une gastrite ; l'une et lautre cèdent facilement à la suppression de la cause.
Dyspepsies tuberculeuses.
Le premier phénomène gastrique, c'est le vomissement.
ORIGINE CONSTITUTIONNELLE DES DYSPEPSIES. 165 ARTICLE I Vomissements initiaux.
Des vomissements alimentaires ou muqueux, se manifestent avec une fréquence extrême, à la suite des quintes (le toux, rarement en dehors de ces efforts; aussi ne faut-il pas les considérer comme l'indice d'une lésion gastrique ; leur made de développement n'a pas encore reçu sa véritable interprétation, et paraît se rattacher à une irritation mécanique des centres respiratoires.
ARTICLE II Dyspepsie initiale.
Une dyspepsie grave, parfois fébrile, marque souvent le début de la tuberculose pulmonaire ; on voit même des malades qui n'éprouvent pendant longtemps qu'une anorexie profonde, avec douleurs d'estomac, après l'ingestion des aliments; mouvement fébrile, dépérissement, débihtation générale, décoloration des téguments; ces phénomènes gastriques qui s'observent parfois dans les anémies, peuvent prêter à une méprise ; mais la dénutrition est rapide, et le mouvement fébrile aidant, la tuberculose ne tarde pas à se révéler dans les organes thoraciques.
ARTICLE III Dyspepsie d'inanition ou d'inflammation.
Dans le cours même de la maladie il n'est pas rare de voir survenir de temps à autre une période, pen-
dant laquelle l'appélit se perd complètement ou ne se réveille que par des aliments excitants, des légumes, des farineux ; la région épigastrique se soulève et devient sensible, les évacuations sont rares ; c'est la dyspepsie par inanition simple ou fébrile ; si des vomissements viennent compliquer cette dyspepsie, la déchéance fera de rapides progrès ; c'est une grave complication, qui souvent à l'autopsie ne se révèle que par des lésions insignifiantes, d'autres fois se traduit par une véritable phlogose.
Dyspepsie dite rhumatismale.
Le rhumatisme ne porte pas sur la muqueuse gastrique ; c'est par une habitude vicieuse du langage, qu'on parle de dyspepsie arthritique, quand il ne s'agit réellement que de la goutte; la diathèse rhumatismale ne frappe que les tissus séreux ou fibro-musculaires, et dans ce dernier cas, n'apporte que des troubles dynamiques ou nervo-moteurs.
§ Vin
Dyspepsie herpétique.
L'herpétisme est invoqué à tout propos dans le développement de la dyspepsie ; il suffit qu'un malade soit ou ait été en possession d'une éruption cutanée quelconque, pour qu'aussitôt on découvre dans l'estomac,
„n eczéma, .m lichen, un urticaire, etc., anologue a la : fe,»tion cutanée, et alternant avec elle sous forme a troubles digestifs. Dans ce dernier cas, on ne man- „ pas d'invoquer la métastase, et on s'éver ue san elàche à rappeler la maladie du dedans au dehors ; e succès est en général nul, et ceci suffira t deja pour lettre en doute la rétrocession de l'herpétisme; mais U a une raison péremptoire pour rejeter de parodies assertions : c'est ,ue personne n'a jamais vu d eczéma , ni de psoriasis de la muqueuse stomacale, qmse prêterait d'autant moins à une démonstration analogue, nue la nature de la muqueuse, ne serait-ce que par les glandes pepsiques, dilTère totalement de la constitution de la peau. La question.est jugée d'ailleurs par la pratique ; le traitement de ces dyspepsies par les médicaments de la dermatologie est destine infailliblement à échouer, sinon à aggraver la maladie.