OYSPEPSIES SPÉCIALES DE CHACUN DES ORGANES DIGESTIFS
Dyspepsies gastriques proprement dites.
ARTICLE PREMIER Indigestibilité des graisses et des fécules dans l'estomac.
Il ne faut demander aux organes, que l'accomplissement de leurs devoirs respectifs.
Ainsi de l'estomac il ne faut pas exiger qu'il digère les graisses, elles passent par l'estomac sans modification.
Les fécules, de même que les graisses ne font que passer par cet organe sans s'y modifier; elles sont déjà •attaquées par la ptyaline dans la bouche, mais leur transformation ne se fait ni directement, ni d'une manière complète ; avant de se transformer en dextrine et «n sucre, elles passent là par les divers états décrits sous les noms d'achroodextrine, d' érythrodextrine ; •elles ne se dédoublent là que d'une manière imparfaite. Dans l'estomac la salive peut continuer la même opéra-
tion: dans l'intestin duodénum il n'est pas démontré que la métamorphose s'achève ; ce n'est que le suc pancréatique, ou plutôt un de ses trois ferments qui agit le mieux, le plus promplemenl, le plus sûrement.
On ne peut donc pas dire que les féculents soient un aliment lourd pour l'eslomac; ils lui sont indifférents, à moins de s'arrêter trop longtemps dans la cavité gastrique, ce qui est inutile pour leur transformation ; ■car celle-ci se fait ailleurs et leur digestion réclame surtout l'intervention du suc pancréatique.
D'après ce qui précède, on ne com|irend pas ce que peut être l'indigestion gastrique amylacée ; à moins de la considérer comme une simple décomposition, une fermentation des substances amylacées, dans un organe où elles séjournent outre mesure, sans se transformer. A ce litre seulement, elle peut exister, et en effet elle se caractérise par la production d'acides gras, de Co^.
Sucres. Le sucre de canne se transforme graduellement dans l'estomac en sucre de raisin et de fruits.
Le sucre de lait, dans l'estomac et surtout dans l'intestin, passe facilement à l'état de glycose.
ARTICLE II Des substances azotées dans l'estomac.
a. De la digestibilité des divers principes albuminoïdes. — L'acte principal qui s'accomplit dans l'estomac c'est la transformation des substances azotées, qui comprennent : 1" la fibrine du sang; 2° la musculine;
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3° la caséine du lait; 4' la léguminose, qui s'en rapproche par sa digestibilité ; 5° les albumines de l'œuf et les albumines végétales; puis vient 6° l'hémoglobine du sang; 7° le gluten ; 8" la gélatine.
Cette énumération n'est pas arbitraire ; elle repose sur les différences qui existent entre les diverses substances au point de vue de leur digestibilité, ou plutôt de leur facilité de transformation. En supposant supprimés les obstacles physiques à l'action directe de la pepsine sur la viande, sur l'albumine, en d'autres termes, en soumettant à nii les fibrines, les albuminates, à l'action du suc gastrique, on trouve encore des différences notables dans la facilité de la peptonisation, c'est-à-dire dans la formation des peptones ; ainsi la fibrine peptone s'obtient plus rapidement et en même temps plus pure, que l'albumine peptone ; la caséine présente au contraire à la peptonisation un état des plus favorables ; la caséine peptone s'obtient facilement, et sous ce rapport la légumine s'offre dans des conditions identiques. V hémoglobine est un produit complexe, contenant outre la nucléine, genre spécial d'albuminate, du fer oxydé, qui certainement est un obstacle à la transformation de Thémoglobine en peptone. Enfin les modifications peptiques du gluten sont peu connues ; celles de la gélatine sont incomplètes. Ainsi la digestibilité comprend non seulement l'action immédiate, dissolvante du suc gastrique sur les matières albuminoides et son action préparatoire de la peptonisation, mais elle s'applique aussi aux produits euxmêmes, c'est-à-dire aux diverses peptones et à leur formation.
Enfin elle doit comprendre rutilttédes diverses peptones dans la reconslilution de nos forces et de nos tissus ; il est certain que les diverses peptones, et selon leurs productions, et selon leurs usages, devront subir une véritable classification, une sorte d'hiérarcbie commençant par la fibrine peptone, continuant par les albumines, puis par les caséines peptones et légumine, ;et finissant par les produits imparfaits des autres corps albuminoïdes. Ainsi, si l'on juge la digestibilité des principes alimentaires par la formation plus ou moins facile de leurs peptones, et par les destinations finales de ces produits, en d'autres termes, par la facilité d'assimilation et d'adaplation à l'économie, on aura une nouvelle manière déjuger les principes alimentaires; mais c'est là le point de vufî de Vaction ultime des sucs digestifs ; et cette action ne se traduit pas par des signes extérieurs.
Une opération plus appréciable et plus utile, c'est l'action primitive du suc gastrique sur les principes azotés, c'est-à-dire son pouvoir digestif; dès l'instant que cette propriété est intacte, le suc gastrique digère toujours les principes azotés, qu'il ne faut pas confondre avec les aliments azotés, entiers, tels que nous les consommons ; les aliments ne sont pas un principe pur; c'est, comme la viande, le lait, etc., un composé de principes alimentaires, dont quelques-uns sont réfractaires à l'estomac et étrangers à son domaine, mais digestibles dans les succursales.
b. Indigestibilité des aliments azotés. — Les aliments contiennent en outre des substances absolument rebelles à toute digestion gastrique ou intestinale, à tous les sucs digestifs ; ces substances qu'on ne peut plus appe-
1er alimentaires, sont le point de départ d'une indigestibilité de l'aliment complet; ainsi un ligament dur mêlé à une masse de viande d'ailleurs très facile à digérer, peut agir mécaniquement et faire sécréter ainsi un suc gastrique imparfait, mêlé de mucus, ou tellement aqueux, qu'il ne peut plus opérer sur la musculine; c'est donc une substance inerte, qui peut se mettre en travers d'une digestion naturelle.
Les aliments les plus parfaits peuvent eux-mêmes devenir indigestes, par leur forme, leur consistance, leur mode de préparation ; ce sont autant de conditions ou d'états physiques, qui n'ont qu'un seul et même mode d'action contraire à la digestion; elles empêchent le contact intime de l'aliment avec le suc gastrique ; elles entravent l'imprégnation de la masse alimentaire par la pepsine. C'est une indigestibilité, qui n'est pas absolue ; elle est relative à la forme de l'aliment, et à sa constitution physique, qu'on peut facilement moditier, de façon à faciliter la mise en activité du suc gastrique, et sa pénétration dans la masse alimentaire. Ces conditions, qui aboutissent en définitive à un obstacle purement physique sont tellement mulliples^ qu'elles exigent une étude spéciale, qui me paraît mieux placée dans le chapitre du régime des dyspeptiques ; mais supposons qu'elles soient éludées, que vous supprimiez ces préparations hétérogènes, ces résistances, ces impédimenta provenant de la morphologie de l'aliment, que vous ayez, d'une autre part, éludé l'incorporation des substances étrangères, vous vous trouverez dès lors en présence des principes nutritifs purs^ des substances azotées qui ne varient guère par leur composition, et
se présentent toutes avec une assimilabililé plus ou moins facile, mais toujours absolue. Dès l'instant qu'un principe azoté est mis à découvert, et surtout mis en contact avec ces dissolvants, on peut à l'avance prévoir sa digestion.
c. Diijestion intestinale des principes azotés qui ont échappé au suc gastrique. — Si en effet le suc gastrique est en défaut, ou ti par des contractions exagérées des muscles gastriques, l'aliment est expulsé avant d'être soumis à l'action du suc gastrique, il retrouvera un nouveau dissohant dans le suc intestinal ou dans le suc pancréatique ; il n'y a donc pas pour les albuminates ou corps protéiques, d'indigestibilité absolue.
Mais ici se présente une objection en apparence insoluble. Comment le même aliment qui exige de la part du suc gabtrique, une acidité parfaite, peut-il se digérer dans le suc de l'intestin d'où l'acidité disparaît rapidement, et surtout dans le liquide pancréatique, qui non seulement est constamment alcalin, mais dont la réacliou alcaline est indispensable à celui des ferments digestifs pancréatiques, chargé de la digestion des albuminates ; la trypsine ne peut opérer que dans un milieu alcalin? La réponse est facile; les opérations exercées par le suc gastrique sur les albuminates ne sont qu'une fermentation simple, spéciale, et ce qui le prouve, c'est la nature des produits qui en résultent; l'action de la trypsine en ditïere totalement ; c'est une véritable décomposition, accompngiiée de la formation de produits, qui, sous le nom de skatol, d'indol, se rapprochent des éléments putrides ; c'est un autre procédé chimique, de la part des deux sucs digestifs,
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mais le résultat est le môme, et les peptones qui proviennent de l'une ou de l'autre digestion, ne diffèrent plus, ni comme composition, ni au point de vue de leur propriété dialytique, c'est-à-dire de leur facile absorption.
Donc un aliment azoté, que l'estomac ne peut pas digérer, parce que l'organe est empêché, ainsi que le suc gastrique, trouve à se peploniser dans l'intestin, soit par le suc intestinal, soit surtout par la trypsine, qui est le plus puissant des peptonisants ; et à moins de supposer l'absence de formation de ce ferment par une lésion du pancréas, on arrive toujours à conclure que la digcstibilité des aliments azotés est pour ainsi dire assurée.
Il n'y a donc pas de dyspepsie absolue^ c'est-à-dire d'apepsie irrévocahle; pour les aliments azotés, les plus importants de tous, cela est vrai ; les dyspepsies ainsi comprises, les dyspepsies généralisées sont rares, ce qui n'empêche pas la dyspepsie gastrique de se produire avec ses caractères les plus nets.
Dés dyspepsies intestinales.
La fonction de Fintestin duodénum se rapproche de celle de l'estomac; le liquide qu'on recueille par les fistules intestinales, ou mieux encore la muqueuse intestinale elle-même, ont le pouvoir de peptoniser les ahments azotés; mais comme la quantité de ce liquide, qui est fourni par les glandes de Brunner, lesquelles
sont peu nombreuses, est elle-même très peu considérable il en résulte qu'on ne peut guère compter sur rintervention auxiliaire de ce suc, pour compléter la dic^estion de la viande ou des albumiiiales ; Thu-y prétend que la viande crue se digère mieux dans l'mtestm que dans Testomac.
L'intestin peut aussi transformer tous les sucres en
glycose.
Dyspepsies biliaires.
La fonction de la bile est bien plus nettement définie ; elle émul.ionne les graisses, et les divise de façon à ce que ses particules puissent pénétrer par les pores des villosilés, dans les chylifères.
Elle a un autre effet non moins important : elle favorise l'absorption de la graisse, en mouillant la membrane qui couvre la villosité; il est démontré en effet qu'une membrane dialysante, imprégnée d'une solution alcaline agit beaucoup moins bien que si le dialyseur est imbibé de bile.
La bile peut-elle saponifier les graisses, pour les rendre directement absorbables? question non résolue.
La bile est considérée aussi comme s'opposant à la putréfaction de la masse alimentaire; ce qui prouve toutes ces assertions, c'est que chez les ictériques par obstruction du canal cholédoque, en d'autres termes, lorsque la bile ne coule plus dans l'intestin : 1° la digestion des graisses est très difficile; V l'absorption des
graisses presque impossible ; 3» les matières fécales^ présentent une odeur de pulrescence.
§ IV
Dyspepsie pancréatique.
La dyspepsie pancréatique se traduit à la fois par la digestion difficile des fécules, par celle plus difficile des gi-aisses, et par la non-transfoj malion des albuminales ; mais aucune de ces fonctions n'est absolument enrayée.
Le dédoublement de l'amidon en dextrine et en sucre s'opère en effet par la salive; l'émulsionnement desgraisses par la bile, et la peptouisation par le suc gastro-intestinal.
Il semble donc que la dyspepsie pancréatique soit eiicoi e plus difficile que les autres genres de dyspepsies ; il n'en est pourtant rien ; il est prouvé que les lésions du pancréas exercent la plus funeste influence sur la nutrition ; on dit même qu'elles déterminent certains diabètes; mais leurs caractères précis ne sont pas encore connus. On peut soupçonner une dyspepsie pancréatique, quand, avec l'intégrité complète de l'estomac, de l'intestin et du fuie, on trouve dans les évacuations, de la graisse non élaborée, des grains de fécule nombreux, et surtout des aliments azotés, comme des faisceaux musculaires, entièrement intacts.
Je viens d'établir la solidarité des divers organes entre eux et des divers sucs digestifs qu'ils sécrètent; mais on ne doit pas méconnaître, au milieu de ce con-
sensiis physiologique, des notes parfailement discordantes.
Des dyspepsies par antagonisme des liquides digestifs.
Certains liquides digestifs exercent entre eux une véritable opposition, si bien que l'un peut empêcher l'action de l'autre.
ARTICLE PREMIER Antagonisme de la salive et du suc gastrique.
La salive est en général avalée en grande quantité, et par cela même qu'elle se trouve en présence du suc gastrique, on croit qu'elle perd son pouvoir diastatique ; on croit en outre qu'elle fait perdre au suc gastrique son efficacité.
Or, sur le premier point Frerichs a démontré que 2 p. c. d'amidon mêlé avec la salive humaine, et de l'acide chlorhydrique jusqu'à ce qu'il y ait une forte réaction acide, continue à se transformer en sucre. En même temps il se forme de Yérythrodextrine^ reconnaissable à sa coloration rouge par la solution iodée d'iodure de potassium ; sous le microscope on ne trouve plus que de très rares grains d'amidon.
Réciproquement, l'alcalescence doit neutrahser l'acidité de l'estomac, ou même en déterminant dans cet organe une réaction alcaline, suspendre ainsi la diges-
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lion pepliquc. Mais ceci n'est vrai que tliéoriquemenl, ou bien lorsqu'il y a une véritable sialorrliée.
ARTICLE II Antagonisme de la bile et de la pepsine.
L'action de la bile, lorsqu'elle remonte dans l'estomac par des causes accidentelles ou pathologiques, est bien plus grave; elle arrête la digestion, attendu qu'il se forme (Bernard, Burkardt) un précipité qui entraîne mécaniquement la pepsine, toutefois il faut une grande quantité do, bile pour produire ce résultat ; la rétrogradation d'une petite quantité de bile n'enraye pas la fonction pepsique.
ARTICLE m Antagonisme de la bile et du chyme.
Dans le duodénum, tant que la réaction est acide, la digestion pepsique reste intacte ; toutefois, dès que la bile y arrive, la syntonine et les peptones doivent être précipités, les matières albuminoïdes déjà boursouflées se ratatinent^ et la pepsine est entraînée vers le fond de l'organe par le précipité qui s'est formé. Ce n'est qu'à l'aide d'une grande quantité d'alcalis et surtout de suc pancréatique, lesquels produisent dans l'intestin une réaction alcaline^ que les albuminates précipités se dissolvent à nouveau, et que la digestion se continue. Mais n'oublions pas que toute cette série d'actions digestives est très rapprochée ; le trajet du duodénum est
DYSPEPSIES DES OllGANES DIGESTIl-S.'
cûurl ; les voies biliaires et le canal pancréatique s'y ouvrent très haut, et près l'un de l'autre ; dès que la bile trouble les réactions digestives, le suc pancréatique est déjà là pour les remettre en bon chemin.