‹ Des dyspepsies gastro-intestinalesChapitre 14 sur 69 · OES DYSPEPSIES · texte numérisé non relu

OES DYSPEPSIES

3° Gaz. — Les gaz qui constituent, le tympanisme de I;> dyspepsie sont des gaz de décomposition des aliments dans l estomac et dans les intestins; ce sont les ga/ Co^etH. ^ ^

Lorsqu'il s^agit de la distension mécanique de l'estomac, par le rélrécissement simple ou cancéreux du pylore, les gaz peuvent n'être pas fétides, et se composer exclusivement des gaz atmosphériques, qui ont été ingérés avec les aliments, lors de la déglutition.

4° Vomisseme7its. — Le dyspeptique a rarement des vomissements, plus souvent des régurgitations acides, avec sensation préalable de pyrosis, qui est perçue même sur le trajet de l'œsophage.

Le cancéreux a presque toujours des vomissements. D'abord et pendant longtemps ils se manifestent le matin, sous forme de pituites, c'est-à-dire de liquide salivaire mêlé de mucus.

Plus tard les vomissements contiennent des restes d'aliments; du mucus, des sarcines et parfois même des fragments de cancer ; la rareté de ces fragments, d'ailleurs difficiles à reconnaître, tient à ce qu'ils sont exposés à la digestion avant d'être expulsés; toutefois quand le cancer siège au cardia, on en trouve parfois dans la sonde exploratrice. C'est, d'ailleurs, quand le cancer siège au pylore ou au cardia que les vomissements se manifestent le plus ; ces ouvertures participent à l'acte du vomissement bien plus que les courbures.

5° Appétit. — L'inappétence est un des phénomènes les plus constants du cancer, et en même temps des plus rebelles (83 p. 100) ; souvent même il se manifeste dès le début.

CLIiNIQUE PHYSIOLOGIQUE. 1»>

Celte perte de l'appétit, souvent même le dégoût pour les aliments, son apparition précoce, sa persistance habituelle sans trêve ni rémission, constituent un des signes les plus graves et les plus décisifs ; elle porte de préférence sur certains aliments, la viande entr'aulres, et bien des malades consentent à prendre des soupes, des œufs, du lait, des légumes, en repoussant obstinément toutes les viandes de boucherie ou de volaille, surtout si elles ne sont pas préparées avec des condiments et des épiées.

Rien de semblable ne se passe dans les dyspepsies ; il en est qui ne provoquent aucune modification de l'appétit; il n'y a guère que les dyspepsies muqueuses qui le compromettent, et dans ce cas, il est rare que l'anorexie soit générale, qu'elle soit durable ; quand elle porte sur un seul genre d'aliments, l'exclusion frappe au hasard.

6° Dyspepsie. — La dyspepsie cancéreuse est de règle; ehe est ordinairement proportionnelle au nombre des glandes pepsiques envahies, surtout lorsque celles-ci font partie du groupe des glandes du cul-desac de l'estomac.

Une opinion, qui a longtemps dominé, et qui a été réfutée victorieusement par Leube, mettait toute la dyspepsie cancéreuse sur le compte du catarrhe muqueux ; mais le catarrhe est généralement absent, attendu que l'infiltration cancéreuse occupe tous les tissus, plutôt que les épithéliums qui restent intacts dans une grande partie de l'estomac ; d'ailleurs la langue qui loin de se couvrir, comme dans le catarrhe, d'enduits divers, se trouve absolument nette ; force a été de

rejeter celte hypolhèse, et de rattaciier la dyspepsie à une sécrétion pepsique insuffisante par la quantité, imparfaite par la qualité, attendu que les produits cancéreux mêlés au suc gastrique ne sont pas faits pour lui communiquer des pi opriétés digestives.

C'est pourquoi la dyspepsie est ordinairement persistante, et porte sur les aliments indistinctement; le dégoût des viandes prédomine, mais la difficulté de digérer est générale.

Il n'en est pas de même dans la dyspepsie vulgaire ; dans ce cas la digestion se fait encore partiellement, et si par hasard le trouble fonctionnel dépend du catarrhe muqueux chronique, ce sera précisément une raison pour faciliter le diagnostic, et exclure définitivement le cancer. Or, le cancer ne permet jamais la prévision du régime ; le malade ne digère pas la viande, il ne supporte pas longtemps le lait ; le vin s'aigrit dans son e.stomac, c'est à peine si on fait tolérer du bouillon et des soupes ; le dyspeptique, quel qu'il soit, peut être toujours alimenté par un aliment quelconque.

7° Marche des divers troubles fonctionnels. — Tous ces phénomènes si graves du cancer sont considérés généralement comme suivant une marche fatale irrémissible jusqu'à la mort ; on avait même invoqué cette tendance funeste comme un argument à l'appui de l'existence du cancer; c'est une grave erreur; s'il en est ainsi dans un grand nombre de cas, il est impossible et dangereux d'établir une règle fixe à cet égard. Si le dyspeptique s'airête souvent dans l'évululion des phases morbides, il peut en être de même chez le cancéreux ; on voit des malades, chez lesquels il est inipos-

sible de méconnaîire des arrêts plus ou moins prolongés dans les progrès du mal, et c'est là précisément que commence l'hésilation si légitime du médecin.

Je connais des cancéreux, chez lesquels la maladie dure déjà depuis quatre, six et même huit ans, avec des rémissions complètes des douleurs, de la dyspepsie et même de l'inappétence; pendant quelques mois ou même un an, ils cessent de se plaindre, ils peuvent reprendre leur alimentation sans souffrir; mais les aliments, selon leur dire, leur profitent si peu qu'ils restent faibles, maigres, tout en présentant un aspect moins cachectique, une coloration moins jaune. Ces altérations font souvent croire à une erreur, et espérer une simple dyspepsie, d'autant plus que celle-ci suit très souvent cette marche interrompue, et procède par répétitions. Toutefois le dyspeptique, dans les intervalles, se remet complètement, et il ne conserve plus de traces d'amaigrissement, ni surtout de débilitation.

Ces rémissions si remarquables, que le médecin s'attribue parfois, sont très trompeuses dans les deux cas, et il est impossible de prévoir si elles sont définitives; dans le cancer, la négative est certaine, dans la dyspepsie, le doute exige la continuité des soins et des précautions de régime.

A quoi tiennent ces acalmies dans le cancer? est-ce à son siège spécial sur les courbures, et surtout à la petite courbure ; il est certain qu'on l'observe aussi bien dans les cancers avec intumescence même considérable, que dans les cancers profonds, latents.

On a beaucoup insisté sur certaines circonstances qui

188 DES UYSl'El'SlliS.

permetlenl d'établir une présomption, niais jamais une cortituilo, je veux parler de l'âge.

L'âge liabitnel des cancéreux, d'après les calculs de Brinton est de 50 ans au plus ; au-dessous de 30 ans il est très rare, tandis que le dyspeptique est malade avant ^0 ans; que prouve une pareille statistique? On voit très nettement la dyspepsie chez les vieillards, et même plus fréquemment qu'on ne le croit, et comme ils tombent souvent dans un état d'anorexie grave, avec un prompt dépérissement, on taxe cette maladie de cancer, parce qu'il est de l'âge du malade. Réciproquement le cancer est souvent l'apanage de plus jeunes ; j'ai vu récemment un homme de 24 ans, ayant tous les signes du cancer, et un vieillard de 70 ans, qui a guéri d'un cancer /jreswme.

Dans certains cas douteux, on a pour se tirer d'embarras, au moment définitif, c'est-à-dire, quand le cancer s'est démasqué avec sa tumeur, ou l'hématémèse, on a, dis-je, imaginé une transformation de la maladie dyspeptique en cancer; ce peut être un bon moyen de masquer une erreur, mais ce ne saurait être une doctrine souteuable. On comprend un organe fonctionnant mal depuis un temps plus ou moins long, et finissant par s'atrophier ou s'indurer ; mais il est impossible de saisir la moindre corrélation entre la dyspepsie la plus grave, la plus ancienne, avec le développement du cancer, quelle que soit sa nature.

L'argument principal en faveur de cette métamorphose m situ, c'était la durée antérieure de la dyspepsie, et l'apparition tardive des signes du cancer; cela est parfaitement exact ; j'ai vu avec notre regretté

maître Trousseau, un ancien ouvrier parv.Mui à une .rando fortune, et se plaignant pendant 18 ans de dyspepsie, do douleurs stomacales, etc. ; ce n'.st qu au bout de cette lonj^ue période d'incubation qu'apparut une hémalémôse, avec les signes de la cachexie cancéreuse ; jamais il n'avait été guéri, rien ne l'avait soulagé ; ce n'était donc pas une dyspepsie simple; elle était le premier symptôme d'un cancer resté latent.

4" catégorie. — Cancers latents confondus avec les dyspepsies d'orir/me anémique. — Souvent il ne se traduit que par une insomnie, une migraine, sans aucune espèce de trouble local. Dans un grand nombre de cas (voir la thèse de Chanel, 1877), le cancer ne se traduit que par une des manifestations suivantes : 1° Des hydropisies, ordinairement sans albuminurie ; 2" Une cachexie cancéreuse, c'est-à-dire la teint jaune-paille, un profond amaigrissement ;

3» La concomitance de glandes cancéreuses dans la région claviculaire ;

4° L'aglobulie; c'est ce dernier point, qui mérite de fixer un instant l'attention.

Lorsqu'on effet on observe quelques troubles digestifs, vagues, avec la décoloration simple des téguments, des bruits de souffle vasculaires, on peut se demander si la dyspepsie est une cause ou un effet de l'aglobulie; on doit chercher aussi si cette aglobulie est primitive ou le résultat du cancer, la dernière question se résout généralement bien, car cette aglobuUe s'accompagne habituellement d'hydropisies qu'on ne trouve pas dans les anémies simples.

Sur le premier point la discussion ne saurait égale-

nient se prolonger, car pour que la dyspepsie produise une grave anémie, il faut qu'elle ait été accompagnée de vomissements alimentaires persistants, ou bien d'une dyspepsie telle que toute digestion se trouve longlemps enrayée.

5" Phénomènes nerveux ordinairement absents ou du moins différents dans le cancer.

Dilatation de l'estomac.

La dilatation est un phénomène exclusivement physique, comme nous chercherons à le démontrer; il a si peu de rapport avec la dyspepsie, que quand on opère le lavage de l'estomac, et qu'on le débarrasse des matières quelconques qu'il contient, la digestion se fait immédiatement après comme dans l'état normal, sauf à se troubler encore dès que la cavité gastrique est distendue à nouveau. La dyspepsie n'est donc ni l'accompagnement obligé, ni la cause de la dilatation; il n'y a pas la moindre corrélation entre ces deux états dont l'un est transitoire, l'apepsie, l'autre pei-manent, la dilatation.

Or la dyspepsie ne suppose ni ne comporte de lésion permanente, et cela est si vrai, que dans les dyspepsies les plus vraies, les plus chimiques, il y a des périodes d'une véritable accalmie ; ce sont des dyspepsies à répétitions.

Pseudo-dypsepsic gastrique (gastralgie).

Pscmlo-chjspepsie gastrique.— Pseudo-dijpepsies ùitestbvdes. Atonies (voir chapitre vu des atonies gaslroiiileslinales).

Le diagnoslic de la dyspepsie, avec les affections que nous désignerons sous les noms de pseudo-dyspepsies gaslralgiqiies et intestinales, présente sinon moins de difficultés, du moins une gravité moindre ; il s'agit toutefois de soulever ce problème, qui est entièrement nouveau, et que je cherclierai à résoudre plus loin dans un travail spécial sur les atonies gastro-intestinales.

§IV

Lithiase biliaire, et dyspepsie hépatique.

La lithiase biliaire présente trois formes, dont deux n'ont pas encore été indiquées.

a. La colique hépatique qui n'a aucun rapport avec la dyspepsie, mais peut faire croire à des spasmes de l'estomac.

b. La dyspepsie acido-biUaire ictérique qui se produit par l'effet de la bile résorbée, sur la sécrétion gastrique; la présence des acides biliaires dans le sang détermine ordinairement une profoiule anorexie, avec des nausées, des vomissements, de la constipation, la décoloration des matières fécales, etc. Ce genre de dyspepsie bien plus fréquent qu'on ne pense généralement s'ob-

■serve naturellement dans tous les ictères par rétention •complète de la bile.

c. Dyspepsie acido-biliaire non ictérique. — Elle se voit aussi quand il y a simple diminution de la sécrétion ■biliaire; c'est-à-dire accumulation des acides biliaires dans le sang, qui arrive aux glandes gastriques ; on ne songe guère à ce défaut de sécrétion, ni à la rétention des acides biliaires dans le sang, qui ne peut pas manquer de se produire dans certaines affections du foie •lui-même, telles que les cirrhoses, etc.

d. Bijspepsiep)roduite par la bile dans r estomac. — Ce qui est plus grave, c'est le reflux de la bile dans l'estomac; on sait que ce liquide arrête nettement la digestion ; si par des circonstances physiques telles que <les efforts, des vomissements, ou bien encore par une dilatation de l'ouverture pylorique, la bile remonte dans ■la cavité gastrique, c'est une cause certaine de dyspepsie, qui se trouve déjà indiquée chapitre v, à l'occasion des dyspepsies bihaires, page 175.

Ulcère simple de l'estomac.

L'ulcère simple de l'estomac produit tous les troubles de l'estomac à l'exception de la dyspepsie, et prend les formes les plus diverses sans prêter à l'erreur. Il y a :

1° Une forme douloureuse, qui ressemble par le «iège, par les irradiations, par les paroxysmes de la douleur, à la gastralgie.

CLUNtQUE PHYSIOLOGIQUE. li^<>

2" Une forme émélique des plus fréquentes ; elle se voit dans les quatre-cinquièmes des cas.

3° La forme hémorrhagiqiie, qui juge complètement la question, à moins qu'on n'en intervertisse les termes, en attribuant le vomissement de sang à des règles déplacées, et la douleur à une gastralgie; en tous les cas ces diverses formes n'ont rien de commun avec la dyspepsie.

4° Forine dyspeptique. — Il est des malades, surtout des jeunes filles ou femmes, qui éprouvent du dégoût des aliments, de la soif, avec renvois gazeux, régurgitation, en un mot, la série des phénomènes de la dyspepsie ; mais il est à noter que cet état n'intervient guère que par une complication anatomique, ou par des circonstances accidentelles, qui agissent sur le système vaso-moteur de l'estomac. En effet, dans l'ulcère, surtout à marche aiguë, il n'y a- pas de lésion de la muqueuse autour de l'ulcère ; l'irritation n'existe, et cela à titre exceptionnel, qu'autour de l'ulcère chronique ; c'est alors que la digestion se trouble; mais, comme cette inflammation peut elle-même céder, il en résulte que les difficultés de diagnoslic, quant à la nature et à l'origine de la dyspepsie, ne tardent pas à disparaître.

§ YI

Gastrites toxiques. — Gastrites alcooliques.

Quand la dyspepsie reste longtemps douloureuse, et s'accompagne de vomissements répétés, d'un amaigrissement rapide, défiez-vous de l'influence clandestine du puison; que de prétendues dyspepsies, traitées comme

G. Sée, Dyspepsies. 13

telles, et qui mènent les malades au tombeau avant, ou sans que le médecin ait songé à une intention criminelle. On connaît assez les effets de l'arsenic (le cuivre ne produit plus que des vomissements désagréables), qui est le type de ces poisons lents, que les mains délicates manient si facilement.

Quant aux intoxications volontaires, comme celle qui résulte de l'abus de l'alcool, elle produit une gastrite simple ou ulcéreuse, avec tous ses accompagnements, entre autres les vomissements dits pituiteux, qui sont généralement faciles à reconnaître.

L'empoisonnement par le tabac doit également fixer l'attention du praticien.

§VII Vomissements.

L'étude des vomissements réclame des recherches spéciales qui seules nous permettront d'en reconstituer l'origine, et d'établir leurs rapports avec les dyspepsies à forme émétique.

§ YIII

Helminthes intestinaux.

Ici il s'agit de troubles moteurs d'ordre réflexe ; ce ne sont pas des dyspepsies ; il n'y a de confusion possible qu'avec les gastro-entéralgies. Une seule circonsT tance pourrait induire en erreur : c'est la condition des enfants, qui commencent par être dyspeptiques, et qui par cela même finissent par avoir des vers.

Page 1