CHAPITRE VU
Des
fausses dyspepsies en général.
Une dyspepsie ne peut et ne doit être considérée comme vraie qu'à une seule condition, c'est que la digestion subisse un trouble cbimique, durable; sans do'ate un pareil état n'est pas facile à reconnaître, m à définir au point de vue clinique ; il n'en est pas moins vrai qu'il est une foule de malades qui présentent les mêmes phénomènes apparents que les dyspeptiques, sans éprouver ni les inconvénients, m les graves conséquences de la dyspepsie chimique, c'està-dire la dénutrition générale de l'organisme.
Comme les dyspeptiques, ils accusent des douleurs gastriques pendant les diverses phases de la digestion, la distension gazeuse de l'estomac et des intestins, ou des éructations pénibles avec ou sans vomissements, des évacuations rares, puis des troubles nerveux, des vertiges; mais le caractère fondamental de la dyspepsie, c'est-à-dire la fermentation anormale manque
totalement ici.
La dyspepsie gastrique peut se traduire par la série
€ompIète ou ébauchée de ces pl.énomènes morbides mais Ils n'en constituent pas le caractère obligatoire- SI même ils viennent à se dessiner avec la netteté la' plus significative, ils n'en doivent pas moins être classés parmi les épiphénomènes, parmi les incidents de la ■dyspepsie, laquelle doit êire primordiale, négligeant pour ainsi dire les détails épisodiques, pour ne retenir que les perturbations d'ordre chimique.
Quels sont ces caractères : 1° Tantôt le suc gastrique présente une altération de proportion dans ses éléments constituants; les acides, surtout l'acide chlorhydrique, qui font partie intégrante du suc gastrique, peuvent être en déficit; la digestion est enrayée.
2° Tantôt c'est le deuxième élément du suc gastrique, c'est-à-dire la pepsine, le ferment digestif véritable, qui a subi des modifications de qualité, de solubilité ou d'énergie fonclionnelle. Si la pepsine est faible, la digestion s'arrête au premier degré, il ne se forme qu'un produit imparfait, inabsorbable, appelé sijntonine, tandis qu'il faut une transformation complète des principes albumiiioïdes, en une substance dialysable, assimilable, appelée jjeptone, pour constituer une digestion véritable.
Si la pepsine reste à l'état insoluble dans les glandes pepsiques, elle ne sert à rien ; elle doit prendre l'état soluble pour agir. Si donc la pepsine dissoute €st en déficit, la digestion cesse ou ne commence même pas.
3° Souvent le suc gastrique est mêlé avec une quantité considérable de mucine, dans la maladie appelée
<;alniThe muqueux; celle-ci n'agit pas par elle-même, pas plus que la vieille gastrite, qu'on a tenté récemment de ressusciter ; la sécrétion catarrhale se fait en ■effet ailleurs que dans les glandes à pepsine ; celles-ci fonctionnent, et la préparation du suc gastrique n'est pas enrayée; mais le liquide est altéré par le mucus, qui empêche jusqu'à un certain point l'action de l'acide gastrique.
4° Parfois la pepsine est empêchée d'agir, précisément par les produits de la métamorphose des alhuminates, c'est-à-dire parles peplones elles-mêmes; lorsque celles-ci sont en excès, comme cela a lieu dans les alimentations excessives, il en résulte une dyspepsie de luxe alimentaire.
5° A celle-ci, on peut opposer la dyspepsie de misère, provenant d'une alimentation insuffisante et d'une nutrition imparfaite cles glandes pepsiques.
Ce sont là les divers procédés chimiques qui président à la formation, au développement de la dyspepsie véritable.
Ses procédés anatomiques restent les mêmes que <lans l'état physiologique. Dès que l'aliment est introduit dans l'estomac^ il se fait dans les glandes gastriques, comme dans les glandes salivaires, un afflux considérable de sang, une accélération tellement marquée du courant sanguin, que le sang sort des organes à l'état artériel et rouge, avec une élévation marquée de la température locale; c'est la condition sme quâ non de la sécrétion pepsique, mais ce n'est pas une hypérémie, ni une congestion, qui nous menacerait sans cesse d'une innammation de l'estomac ; c'e.st la loi
202 DES UYSl'liPSIES.
des sécrétions, telle qu'elle a été tlécouverle par Cl. Bernard, confirmée par Heidenhain pour l'estomac, et qui place cet appel du sang, pendant l'activité des glandes, sous l'influence du système nerveux vasodilatateur.
Tout se passe sous ce rapport dans l'état pathologique, comme dans l'état normal ; il n'y a dans la dyspepsie que des sécrétions modifiées dans leur nalure.
Maintenant que nous possédons des notions suffisantes de la dyspepsie vraie, il s'agit de préciser ce qu'il faut entendre par fausses dyspepsies.
Les états morbides que nous désignerons donc sous le nom de pseudo-dyspepsies qui prennent les masques de la dyspepsie, sont localisés dans trois organes, dans l'intestin, dans le foie ou dans l'estomac luimême ; je les désignerai sous le nom d'atonies gastro-intestinales, et je justifierai la dénomination que je propose.
Des types de fausses dyspepsies.
Ce sont surtout les affections intestinales, qui doivent attirer l'attention des praticiens ; elles induisent en erreur, d'autant plus facilement, qu'elles produisent tout le cortège des phénomènes qu'on a attribués à la dyspepsie; ainsi les douleurs dans la région épigas trique, la distension de l'abdomen au niveau et au-dessus de l'ombilic, la produclion excessive de gaz, la constipation ou au contraire la diarrhée, le malaise général, les . troubles psychiques, l'aggravation
des accidents après les repas, la dispai ilion fréquente de l'appétit, et ce qui est plus rare, en même temps plus grave, la diminution des forces ainsi que de la
nutrition générale.
Le tableau pathologique est une vraie photographie de la dyspepsie gastrique, et cependant ce n'est là qu'une apparence trompeuse, comme il sera facile de s'en assurer, par l'étude des cinq types d'affections intestinales que nous désignerons sous le nom collectif de pseudo-dyspepsies.
Ces types sont constitués : 1" par l'atonie simple de l'intestin avec constipation habituelle et tympanisme permanent; 2° l'atonie d'origine hémorrhoïdaire ou mécanique ; 3° l'atonie suivie d'entérite mucomembraneuse.
Le 4' type de pseudo-dyspepsie est un certain état asthénique de l'intestin, dû à la diminution de la sécrétion biliaire ; ce sera l'atonie intestino-hépatique.
Le 5" type est formé par l'atonie spasmodique de l'estomac. La plus grande analogie existe entre les atonies de l'intestin et la maladie appelée vaguement gastralgie, névrose de l'estomac, dyspepsie atonique. Le mécanisme des atonies de tous les organes digestifs est identiquement le même partout.
Commençons par la description des diverses atonies intestinales, l'étude de l'atonie stomacale constituera un chapitre spécial.
§ JI {sui(e)
Des atonies intestinales pseudo-dyspeptiques.
Premier type des fausses dyspepsies.
De l'atonie intestinale simple. — Je décrirai, sous le -nom d'atonie intestinale, une maladie des plus fréquentes, qu'on confond habituellement avec les maladies de l'estomac, plus particulièrement avec la dyspepsie gastrique; décrivons plutôt le malade qui vient avec autant de patience que de tristesse hanter le cabinet du médecin, sous prétexte de dyspepsie, de gastralgie, d'anémie, de névropathie ; c'est ordinairement avec -l'une ou l'autre de ces dénominations provenant d'une suite de consultations distinctes, que le malade vous aborde, en cherchant à vous imposer son opinion personnelle qui est faite, mais en réclamant un traitement efficace, car toutes les prescriptions corrélatives aux divers avis préalables ont malheureusement échoué. — Voilà la préface du discours; — pourquoi ces échecs multiples? c'est qu'il ne s'agit d'aucune des maladies •dénommées; il ne s'agit même ni d'une maladie de l'estomac, ni de ce qu'on appelle complaisamment un état général., lequel, loin de jouer un rôle prépondérant, n'est ordinairement qu'un effets qu'une conséquence des troubles digestifs.
ARTICLE PREMIER Sensations douloureuses.
Voici le récit et l'état du patient.
Il commence, après son exorde, par se plaindre, avec des expressions variées, de douleurs stomacales, plus souvent encore d'un malaise dans la région de l'estomac, principalement pendant la digestion.
Dans d'autres circonstances, il annonce simplement une digestion lente, pénible, douloureuse, avec sensation de pesanteur à l'épigastre, tout en avouant, d'ailleurs, mi appétit parfaitement régulier, et une ration alimentaire bien pourvue. Je laisse momentanément les troubles cérébraux, tels que les vertiges, les insommies, les douleurs de tête, les névralgies auxquelles le malade attache souvent une importance telle qu'il perd de vue ses troubles digestifs, qu'il noie dans la liste de ses souffrances morales, établissant ainsi une confusion souvent inextricable pour le médecin.
a. Siège des c/oi</ei<rs. — Lorsqu'on cherche à déterminer d'abord le siège précis de ces sensations anormales, puis leur nature, le moment de leur apparition, leur durée, on parvient facilement par une exploration exacte, un interrogatoire précis, à s'assurer de leur siège dans l'intestin, et surtout dans le côlon transverse. Elles occupent manifestement toute la région comprise entre la pointe du sternum et l'ombilic, qui correspond au côlon transverse ; la palpalion et la percussion permettent même de délimiter cet intestin,
lorsqu'il est distendu par les gaz, ce qui arrive généralement.
b. Nature des sensat'mis anormales. — En généial ces douleurs sont sourdes, et elles n'augmentent nullement par la pression de l'abdomen, ni de la région atteinte ; loin de là; souvent une pression douce, avec un léger degré de compression soulage le malade, le plus souvent en provoquant l'expulsion de gaz; le mouvement et l'exercice corporel ne les augmentent pas plus que la compression, tandis que beaucoup de malades se plaignent des secousses de la voiture.
c. Paroxysmes douloureux. — Coliques intestinales. — Crampes douloureuses. — En général, ces sensations douloureuses sont sur le deuxième plan; il n'en est pas moins vrai, que de temps à autre et cela surtout sous l'influence d'une mauvaise digestion, par l'ingestion d'un aliment gras ou acide, ou bien encore à la suite d'une constipation prolongée, les malades sont pris d'accès de douleurs très vives, qui peuvent durer plusieurs heures, et rappellent de tous points les douleurs gastralgiques, les crampes d'estomac. Les moyens de les distinguer sont, d'une part, la généralisation de ces douleurs à toute la région supérieure de Tabdomeii, d'une autre part, le moment exact de leur apparition, c'est-à-dire pendant la deuxième digestion, ou digestion intestinale, et en troisième lieu, le développement gazeux facile à reconnaître de la région du côlon transverse et descendant ; en effet dès que ces paroxysjnes douloureux commencent à se manifester, les gaz distendent le côlon, puis l'intestin grêle ; ils finissent, en raison de leur dilatabilité, par gagner l'estomac, et leur
gas
gaz 1
expulsion par la cavité buccale marque ordinairement la diminution ou même la fin du paroxysme. Les malades accuseutà ce moment une sensation de fer chaud, de pyrosis, le long de l'œsophage, encore comme les tralgiques; ces sensations sont dues au passage de instants (Co^- ou C^P) à travers l'ouverture du cardia.
d. Moment d'apparition, durée des sensations anormales. — Le point capital dans l'histoire de ces malades, c'est la détermination exacte du moment d'apparition et de la durée des sensations anormales, amsi que des douleurs. Ordinairement le premier déjeuner, composé d'un mets hquide de thé, de lait, de café au lait, de soupe, de chocolat, ne produit aucun malaise ; après l'ingestion des aUments au deuxième repas, le malade se sent absolument indemne de tout souci de son estomac pendant deux heures environ ; si le repas a eu lieu à midi, c'est entre 2 et 3 heures que le mal se dessine ; la région gastro-colique est distendue d'une manière pénible, au puint que les femmes sont obhgées de dé- Uer leurs vêtements ; les aliments pèsent, en d'autres termes, les malades sentent la présence des aliments dans les organes digestifs, parfois des douleurs passagères, des élancements, et cela pendant deux à trois heures ; il en est qui souffrent jusque vers 6 ou 7 heures, et commencent le dîner, n'étant pas encore dégagés du repas précédent. En général le malaise dure deux heures ; puis il diminue, et disparaît, qu'il y ait ou non expulsion de gaz.
Or que s'est-il passé pendant ce temps, et pourquoi celte régularité dans l'apparition des phénomènes anor-
maux? la première digestion, c^est-à-dire la digeslioi> stomacale est très avancée au bout de deux heures et demie; dans tous les cas, la plus grande partie des aliments solides, et tous les aliments liquides ont déjà qmtté l'estomac; la digestion intestinale a commencé et elle se perpétue pendant trois à sept heures et plus.
Bradypepsie.
C'est pendant cette halte prolongée des substances filimentaires dans la cavité intestinale, que leur décomposition s'opère dans un laps de temps prolongé au delà de la période normale. Mais après tout, la digestion s'accomplit, et de façon à ce qu'il ne résulte aucun dommage réel pour le malade ; elle n'est que ralentie, pénible ; c'est ce qu'on peut appeler la bradypepsie.
ARTICLE III Météorisme.
a. Momeiît de son développement. — Pendant le temps de cette lente digestion, les gaz se développent par suite de la fermentation intestinale et pancréatique, et distendent, d'une part, la cavité de l'intestin grêle, où ils ne restent pas, d'une autre part, le gros intestin, où ils présentent leur maximum de quantité et d'arrêt ; c'est donc pendant la digestion intestinale que se pas sent tous les phénomènes accusés par le malade.
par suite de la fermentation intestinale et pancréatique, et distendent, d'une part, la cavité de l'intestin grêle, où ils ne restent pas, d'une autre part, le gros intestin, où ils présentent leur maximum de quantité et d'arrêt ; c'est donc pendant la digestion intestinale que se passent tous les phénomènes accusés par le malade.
b. Nature des gaz. — Leur expulsion. — Les gaz qui > accumulent soi tent ordinairement par la cavité buccale ; ils consistent : 1° dans les gaz de l'atmosphère, qui s'introduisent avec les aliments ; 2° par li et Co^, provenant de l'intestin, ces divers gaz n'ont pas d'odeur ni de goût acide, ce sont ceux qui sont rendus le plus habiluellement parles malades. Les gaz acides, fétides, ne peuvent être formés que par le gaz des marais, par IIS, qui proviennent surtout des gros intestins ; si à ces gaz, qui sont la cause principale de la sensation de pyrosis, se joignent des produits volatils, comme les acides valérianique, caprique, c'est qu'il s'agit de décompositions transitoires, accidentelles des ahments, décompositions qui ont lieu précisément par la prolongation de leur séjour dans l'intestin. Ce serait une dyspepsie inicstinule aiguë sans importance.
ARTICLE IV Sensations prédigestives.
L'atonie intestinale est rarement marquée par des modifications de la faim et de la soif; l'appétit se conserve, et n'est suspendu que temporairement pendant les crises douloureuses ; les malades eux-mêmes, mal-
G. Sée, Dyspepsies. M
gré les sensations pénibles qu'ils accusent, sont étonnés de conserver leur appétit, et de pouvoir prendre la ration normale sans aucun inconvénient ; ils avouent même tout en se plaignant de leurs digeslions ralenties, qu'ils ont un bon estomac; or leur opinion est l'expression'de la vérité ; ils ne souffrent que de l'affection intestinale.
11 y a même des patients qui dépassent la mesure de l'appétence normale, et sont tourmentés par des faimvalles se reproduisant deux à trois heures après l'ingestion des aliments, c'est-à-dire au moment où le bol alimentaire franchit le pylore ; c'est une fausse faim qui résulte sans doute de la vacuité de l'estomac, et qui d'ailleurs se satisfait à l'aide de l'aliment le plus insignifiant, et du moindre volume, souvent même à l'aide d'un corps inerte.
ARTICLE V Évacuations intestinales.
La constipation domine ordinairement la scène morbide, et elle contribue pour beaucoup à l'accumulation des gaz dans la cavité intestinale c'est-à-dire aux conséquences graves du météorisme.
ARTICLE VI Théorie de l'atonie.
Le mécanisme qui préside à la formation de l'atonie n'est pas différent du procédé qu'on retrouve parfois
CLIiNlQUE PHYSIOLOGIQUE.
dans la dyspepsie, et toujours dans la gastralgie, qui n'est qu'une forme de l'atonie ; je renvoie cette étude au chapitre de l'atonie spasmodique dereslomac.
ARTICLE VII
Dénutrition. - Dépérissement. - Décoloration des tissus. - Anémie
d'inanition.
Il n'est pas impossible que le trouble fonctionnel simplement moteur de rinteslin, que nous avons décrit sous le nom d'atonie, ait des conséquences pour la nutrition générale. On voit en effet des malades maigrir, perdre leurs forces, prendre un teint terreux ou pâle, et présenter les phénomènes de la dénutrition, ainsi que de l'anémie. C'est cette altération du sang qui induit si souvent en erreur; on la considère comme la cause, comme le point de départ de l'atonie intestinale, de là la saturation des malades par le fer ; malgré leurs récriminations, on continue à les tonifier jusqu'à ce qu'ils soient décidément en puissance d'une irritation intestinale. Or cette anémie n'est nullement justiciable des préparations ferrugineuses, ou des remèdes toniques quelle qu'en soit la nature, et cela par une raison bien simple, c'est qu'il ne s'agit pas d'une anémie globulaire, ou sanguine ; il s'agit en réalité d'une véritable inanition, par défaut d'absorption des aliments élaborés; l'anémie primitive ou la chlorose ne se traduit ni par l'amaigrissemenl, ni par la déchéance physique, ni par la flétrissure des téguments ; l'anémique est pâle, et il conserve son embonpoint relatif ainsi que les forces physiques; l'inanitié intestinal réclame avec raison un
212 DES DYSPEreiES.
bon régime, et repousse par expérience les drogues actives, qui lui mettent, dit-il, le feu dans le corps.
Comment donc cette inanition relative peut-elle se produire, puis qu'en résumé il ne s'agit dans cette maladie, ni d'une dyspepsie gastrique, ni môme d'une dyspepsie intestinale? Nous savons que l'estomac fonctionne régulièrement, que l'appétit est bon, et que les digestions tout en étant lentes, pénibles, finissent par s'accomplir régulièrement, comme le témoigne la composition des matières stercorales, dans lesquelles on ne trouve que des traces normales d'aliments mal élaborés ou non digérés ; c'est même la raison pour laquelle le mot de dyspepsie intestinale, ou iléocœcale, proposé par Baclielet, il y a vingt ans, n'est nullement justifiable. L'inanition ne provenant pas d'une mauvaise digestion soit intestinale, soit pancréatique, force est de chercher ailleurs la cause de la dénutrition ; or voici ce qui a lieu : l'absorption commence, et a son siège principal dans l'intestin grêle ; elle a lieu surtout par ses villosilés ; mais elle ne finit pas à la valvule iléocœcale; elle continue, (et cela est bien prouvé par les expériences modernes), dansle côlon ascendant, transverse, et même dans l'S iliaque, ainsi que dans le rectum; aucun aliment ne s'élabore dans le gros intestin, qui ne parvient ni à le digérer, ni même à le transformer ; mais le pouvoir d'absorption des aliments métamorphosés en peptone ou en glycose existe manifestement dans le côlon, sur tout son trajet. Comment est-il empêché dans l'atonie intestinale? Dans l'intestin grêle la faiblesse des contractions des fibres circulaires diminue évidemment les contacis de la masse chymifiée avec les surfaces absorbantes. Lebolahmen-
taire cesse d'être agité, brassé clans la cavité intestinale, et présenté anx bouches absorbantes, c'est-à-dire aux pores des villosités, aux ouvertures du chylifère central, la pression exercée normalement par l'intestin pendant ses contractions sur les villosités n'existe plus, c'est une cause de pénétration de moins de la masse liquéfiée dnns le système chylifère; la pression sur les chylifères cesse également, et la progression du chyle devient plus difficile.
Dans le gros intestin la masse stercorale contient toujours encore des éléments utiles, qui sont soumis à une absorption tardive ; elle n'a plus lieu par suite de la même inertie musculaire que celle qui a frappé l'intestin grêle. Mais il y a ici, en plus, un obstacle matériel qui s'oppose à la pénétration des peptones, ou autres produits liquides alimentaires dans les vaisseaux sanguins et lymphatiques ; le gros intestin par suite du séjour prolongé des matières stercorales se trouve rempli, distendu, par ces masses de résidus ; une couche de ces matières peut couvrir l'entrée des organes absorbants, et empêcher d'une manière absolue leur fonctionnement.
Enfin les portions du côlon, qui ne sont pas occupées par les détritus condensés et durcis, se trouvent être le siège d'une tympanite, c'est-à-dire d'une distension gazeuse qui réduit à néant le pouvoir confractile des fibres contractiles de tout le tractus intestinal, et supprime ainsi la dissémination, les mouvements et la compression de la masse alimentaire en voie d'élaboration.
ARTICLE VIII lîésumé de la description.
Les maîades atteints de l'élat morbide que nous désignons sous le nom d'atonie intestinale, se plaignent :
1° De sensations anormales rarement très douloureuses dans la région colique ;
2° De digestions lentes, pénibles, sensations qui n'apparaissent qu'au moment de la seconde digestion, c'est-à-dire intestinale, biliaire, pancréatique, et se prolongent, pendant quelques heures, c'est-à-dire tout le temps que celles-ci se continuent.
3° Chez tous les malades il se développe, surtout pendant la digestion supplémentaire^ une tympanite persistante par des gaz, qui n'indiquent nullement une dyspepsie gastrique ou intestinale, c'est à-dire une fermentation anormale de la masse ahmentaire en voie de transformation. Ce météorisme se traduit le plus ordinairement par une oppression très marquée, par suite du refoulement du diaphragme dans la cavité thoracique.
4° Une constipation habituelle accompagne et souvent précède le météorisme. Tous ces phénomènes s'accomplissent sans que l'appétit soit diminué ou perverti, sans que l'aspect de la langue soit modifié, sans que les sécrétions subissent le moindre changement.
5° A la longue, l'absorption venant à diminuer dans l'intestin, il peut en résulter la dénutrition, la faiblesse, et un certain degré d'inanition.
6° Dans la plupart des cas, la maladie est marquée par des troubles vaso-moteurs, qui se traduisent par la
diminiilion de raplitude au travail i.Uellectuel, l'hyp choudrie, les vertiges, les névralgies d'.rracUation.
ARTICLE IX
Diagnostic.
L'ensemble séméïotique des atonies reproduit fidèlement le tableau de la dyspepsie, mais avec une des différences fondamentales que voici :
1° Les dyspepsies peuvent exister sans douleur, sans bradypepsie, sans constipation, et se constituer uniquement par les signes de la fermentation putride, entre autres par des gaz de décomposition, par des vomissements d'acides gras et acétique.
Les atonies n'existent qu'à la double condition de la douleur, de la lenteur digestive, et de l'absence de toute trace de fermentation anormale.
2° Les dyspepsies mènent fatalement à la dénutrition, les atonies rarement, lentement et dans des circonstances déterminées.
3" Les atonies sont des troubles d'ordre nervo-moteur ; les dyspepsies sont d'ordre chimique.
§ ni
2" Type de fausses dyspepsies.
k. — Atonie intestinale d'origine mécanique. Atonies hémorrhoïdaires.
Il est une espèce de fausse dyspepsie, qui se retrouve