CHAPITRE VIII
5" TYPE. DES PSÉUDODYSPEPSIES.
Atonie spasmodique de l'estomac connue sous le nom
de gastralgie.
ARTICLE PREMIER Définition.
Nous décrirons, sous le nom d'atonie spasmodique de l'estomac, la maladie appelée gastralgie ou névralgie gastrique. L'atonie et le spasme semblent difficiles à concilier; il n'en est pas moins vrai que précisément l'une prédispose à l'autre ; une membrane musculaire, distendue, tiraillée à l'excès, arrive, à un moment donné, par l'élasticité des fibres musculaires, et par un retour au tonus naturel, à entrer en contracture ; pour les fibres lisses de l'estomac, la convulsion tonique s'appelle spasme, qui se traduit cliniquement par une douleur violente appelée crampe ou cardialgie. Ainsi, avant le spasme, il y a l'atonie musculaire ; ces deux états, si opposés en apparence, constituent les deux formes de gastralgies, appelées névrose simple et névrose spasmodique. Ce n'est pas là une simple ques-
DES PSEUDODYSPEPSIES. -i**
tionde mots; si je demande la suppression de la gastralgie, c'est parce que, dans ma conviction, la gastralgie n'est rien de ce que l'on croit, n'a rien ni de la névralgie, ni de la névrose, ni de l'iiyperesthésie ; c'est un trouble moteur en plus, et en moins, et non un trouble de sensibilité ; c'est pourquoi j'insiste pour remplacer une dénomination vague, conjecturale, fallacieuse dans ses applications, par un mot correct, qui signifie, qui indique la nature de l'affection. Ainsi, tout en reconnaissant la maladie, je demande à en fixer le sens ; c'est donc une rectification plutôt qu'une annulation.
ARTICLE II Délimitation.
Dans ces derniers temps, mon ami et collègue Peter est allé plus loin ; il a fait attaquer par un de ses élèves tout ce genre morbide, et il y a pourvu tantôt par la gastrite aiguë ou chronique, tantôt même par l'ulcère simple de l'estomac.
Sans doute, les gastrites présentent parfois de véritables accès douloureux qui rappellent les spasmes de l'estomac ; ceci prouve simplement la difficulté de diagnostic, mais ne dit rien en faveur de l'identité des deux maladies.
Il est bien vrai, encore, que les ulcères simples peuvent, pendant de longues années, se traduire uniquement par la douleur, c'est-à-dire par les apparences de la gastralgie ; les plus habiles i;ie savent pas toujours éviter l'erreur, mais ce n'est pas (me raison pour affir-
mer que les gastralgies doivent fusionner avec les ulcérations de l'estomac; une pareille promiscuité serait bien grave, au point de vue de la thérapeutique.
Si on entrait dans cette voie, il n'y aurait aucune raison pour ne pas identifier ainsi la gastralgie avec la colique hépatique, qu'il est bien plus difficile encore de distinguer de la gastralgie. Cette maladie ne saurait en aucune façon, par le seul fait de ces obscurités diagnostiques, être rayée du cadre nosologique. Elle dnit être délimitée, précisée, mais elle ne saurait disparaître, car il, restera, en dehors de toutes les gastrites, de tous les ulcères, de tous les catarrhes, un groupe morbide défini, net, qui se traduit par deux phénomènes essentiels, à savoir la douleur et le météorisme.
ARTICLE m
Description de l'atonie gastrique simple ou spasmodique.
11 me suffit de rappeler les phénomènes douloureux de la dyspepsie et le météorisme qui l'accompagne, pour reconstituer tout l'édifice pathologique de l'atonie gastrique ; voici ce que l'on observe :
a. Sensatio7is anormales. — Les malades se plaignent de sensations douloureuses (brûlure, pression, tension) qui suivent immédiatement l'ingestion des aliments ou qui se manifestent dans les trois premières heures de la digestion, plus rarement dans l'intervalle des repas. Ces sensations, que le contact des aliments avec la muqueuse n'augmente pas toujours, sont tolérables et îransitoires, souvent soulagées par les applications
DES PSEUDODYSPEPSIES. 2i3
Chaudes à l'extérieur, la glace à l'inlérieur, presque toujours par une pression douce, toujours par Vehmi' iiatiou spontanée des gaz.
Ces douleurs (voir pages 96, 97), inexplicables par les lois physiologiques de la sensibilité de l'estomac, ne peuvent être interprétées, ou bien que par la compression des fibrilles nerveuses des muscles, lorsque ceux-ci se contractent ou se contracturent, ou bien encore par le tiraillement de ces mêmes filaments nervomuscu- Uiii es, lorsqu'ils sont en proie à la distension de l'estomac par les gaz.
Dans ce dernier cas, la production de la douleur s'explique facilement; dans le premier cas, la contraction exagérée ne peut provenir que de l'irritation produite par certains aliments, ainsi, par des graisses ou des substances indigestes, dures, insolubles, ou bien encore par des gaz irritants provenant d'une digestion difficile. Quoi qu'il en soit, la douleur est un phénomène mécanique, un phénomène nervomoteur.
Il en est de même quand la douleur se transforme en un spasme qui est ressenti lui-même avec intensité, c'est-à-dire quand le muscle est violemment, subitement contracté à la suite d'une atonie prolongée, ou dépassant la mesure.
11 n'y a rien de plus dans ce spasme et dans ces sensations anormales ; la digestion reste régulière ; l'appétit est conservé, rarement diminué, souvent augmenté et transformé en fausses faims.
b. Méiéorisme. — Le deuxième phénomène essentiel, c'est le météorisme, qui est très simple, et ne dépasse pas la Umile de l'estomac ; il se compose des gaz almo-
, sphëriques, qui se sont introduits au moment de la déglutition, et peut-être d'un certain nombre de gaz de décomposition, qui remontent comme Co^ ou H de l'intestin dans l'estomac.
C'est ce tympanisme qui tiraille l'estomac, et augmente singulièrement la douleur, à moins qu'il ne suffise à lui seul pour la produire. C'est encore cette distension gazeuse de l'estomac qui provoque, en refoulant le diaphragme par en haut, la gêne respiratoire, si fréquente chez les gastralgiques.
On ne saurait encore rapporter la lenteur de la digestion, et le malaise qui l'accompagne pendant les deux ou trois premières heures de la digestion, qu'à l'accumulation des gaz dans l'estomac, et par conséquent à l'atonie primitive ou secondaire de la paroi stomacale,
c. Phénomènes consécutifs. — Tous les autres phénomènes sont consécutifs, ainsi les troubles nerveux, psychiques, les vertiges, les céphalalgies, les douleurs nervo-musculaires, etc. ; ils arrivent par ordre chronologique, et par enchaînement physiologique, après les deux phénomènes essentiels, la douleur et le météorisme.
ARTICLE IV
Diagnostic de l'atonie spasmodique et de la dyspepsie.
L'atonie spasmodique semble, au premier abords n'être que la reproduction simpHfiée et abrégée de la dyspepsie. On retrouve dans les deux maladies les mêmes phénomènes, mais non d'une manière régulière ni avec
DES PSEUDODYSPEPSIES.
le même groupement, ni avec les mêmes caractères séméiologiques.
1. Dans l'atonie, il n'y a pas de régurgitations aigres ni de vomissements acides, et si par hasard l'estomac rejette quelque produit, celui-ci n'est pas le résultat d'une décomposition ou d'une fermentation excessive.
2. L'atonie n'a pas de gaz de décomposition; les gaz sont pour ainsi dire uniquement formés par l'air atmosphérique.
3. La constipation est constante, et, si elle alterne avec la diarrhée, celle-ci n'est que la crise passagère de l'oblitération stercorale.
4. Les douleurs peuvent être les mêmes dans les deux cas ; mais les spasmes sont infiniment plus fréquents dans l'atonie que dans la dyspepsie. La digestion n'influence guère la douleur atonique, qui reste indifférente au genre d'aliments.
5. La langue est nette; rarement piquetée, dépouillée d'épilhélium, presque jamais elle n'est enduite de mucus, et rappélit est conservé.
6. Le liquide urinaire souvent limpide et abondant, principalement après les spasmes, est parfaitement normal dans sa composition.
7. Les phénomènes nerveux consécutifs sont pour ainsi dire aussi constants que les indices de la dénutrition sont douteux.
ARTICLE V Éventualités diverses du diagnostic.