La pancréatine de Savory (de Londres) : sans action
3. Une pancréatine allemande en poudre; amorphe, une autre finement granulée ; toutes deux sont inefficaces, en solution neutre ou alcaline, tant sur la fibrine que sur la fécule.
4. Extrait glycéirque de pancréas (Procédé d'Ewald). Cet extrait digère à la dose suivante : 1 gramme ferment, digère 2 grammes 3 de fibrine en 2 heures.
D'après Ewald, les pancréatines sont sans aucune efficacité; en effet, le ferment pancréatique, la trypsine, dissolvant énergique de l'albumine, dès qu'il vient se mêler avec le suc gastrique, ou avec la pepsine dans une solution acide, ne tarde pas à être digéré lui-même comme un albuminate, et par conséquent il se trouve entièrement annihilé dans son action.
On peut s'en assurer, en opérant, non avec la trypsine qu'il est difficile d'avoir pure, mais à l'aide d'un extrait glycéro-pancréatique efficace ; si on pratique l'essai avec un extrait pancréatique ordinaire, on voit qu'il ne dissout rien ; mais l'extrait gbjcérique de pancréas frais agit sur la fibrine, surtout si l'opération se fait dans une solution alcaline.
Le même fuit a été prouvé par Engesser.
Ainsi il est difficile de faire agir la pancréatine dans l'estomac, sans exposer le ferment à l'influence nuisible du suc gastrique ; il est encore plus difficile d'admettre que la pancréatine trouve l'estomac entièrement vide et par conséquent neutre. Mais la pancréatine ou le suc pancréatique n'en rend pas moins des services réels ; on peut obtenir des peptones pancréati-
TRAITEMENT DES DYSPEPSIES. i'I
qiies, et les faire absorber par l'inleslin sous forme de lavement. On peut aussi préparer avec la viande hacliée, délayée dans une solution d'extrait de suc pancréatique (Leubé), ou mieux d'extrait frais de pancréas en nature (Ewald), une sorte de liquide demiconsistant, susceptible d'être absorbé par le rectum; nous verrons si ce mode de nutrition peut être prolongé avec profit.
c. Pepsines végétales. — Parmi les pepsines végétales, je ne citerai que le suc de carica papaya, qu'on relire d'une plante du Brésil.
Le suc de carica se décompose spontanément en une pulpe insoluble, et un sérum laiteux, qui agit vigoureusement sur les albuminoïdes ou la caséine, les ramollit en quelques instants, et les dissout en quelques heures. 11 en est de même d'un ferment appelé papaïne, qu'on a retiré de la même plante. Il se distingue de la pepsine, en ce qu'il dissout la fibrine en présence d'une très petite quantité d'acide, et même dans un milieu neutre.
Nous avons employé 50 centigrammes de papaïne par 10 grammes de viande, et la digestion artificielle s'est faite facilement ; chez l'homme nos expériences n'ont porté que sur de mauvais cas; deux cas de dilatation considérable de l'estomac, deux cancers de l'estomac, une dyspepsie alcoolique, une dyspepsie chronique ; les résultats, sauf chez un ectasique, furent très douteux.
d. Choix des diverses pepsines et de leiii's divers états. — Le tableau comparatif des diverses pepsines françaises et étrangères, des pancréatines, des ferments
végétaux, doit nous fixer sur leur valeur réciproque nu point de vue expérimental ; mais les résultats si nets obtenus in vitro ne préjugent pas encore leur utilité thérapeutique, par la raison bien simple qu'il n'existe pas une seule indication bien nette de leur emploi. La difficulté est de savoir quand il faut employer la pepsine; toute perplexité cessera lorsqu'il s'agira de savoir lesquelles il faut prescrire et comment les formuler ; je ne craindrai même pas d'utiliser les élixirs de pepsine, aussi bien que les poudres ; en effet l'addition d'une certaine quantité d'alcool, comme l'a prouvé récemment M. Petit, ne nuit en aucune façon à l'énergie de leur action ; mais la question est plus élevée, et le problème plus complexe que le inodiis faciendi.
e. Indications thérapeutiques des pepsines. — Jusqu'ici on a livré les pepsines au hasard de l'estomac en souffrance ; on les a prescrites sans enthousiasme, avec cette conviction banale, que si elles ne peuvent amener un grand bienfait, elles sont encore bien plus incapables de produire le moindre dommage ; sans doute c'est là un signe de la déchéance thérapeutique, que nous vaut une basse physiologie ; mais que faire au milieu de cette lutte ? quel parti prendre entre la froide observation de la clinique et les exigences sans cesse renaissantes de la chimie pharmaceutique ? La voie est tracée ; comme l'étude de la dyspepsie nous a démontré son caractère exclusivement chimique, et la multiplicité de ses aberrations chimiques , il s'agit de déterminer rigoureusement à quel genre, à quelle espèce correspond l'indication des pepsines.
Est-ce aux dyspepsies par déficit d'acide clilorhydrique ? est-ce aux adultérations du suc gastrique par le mucus, par les excès de peptones? Évidemment non; l'addition des meilleures pepsines au suc gastrique ne peut pas faire que ce suc acquière plus d'acidité, ou soit délivré de l'encombrement mucique, ou du trop plein des peptones. La réponse est serrée de près ; il ne reste plus à prendre en considération que les dyspepsies par défaut absolu de pepsine, ou par défaut de pepsine soluble, ou par l'inertie de la pepsine existante. Or, de ces trois cas, le premier n'est guère admissible, et c'est cependant contre cette déshérence pepsique qu'on a édifié tout le système des pepsines artificielles, des pepsines complémentaires. En effet nous savons qu'il ne faut qu'une petite quantité de pepsine pour que la digestion s'opère ; nous savons en outre que la pepsine ne s'use pas comme quantité pendant et par la digestion, et qu'à la fin de l'opération elle n'a pas perdu de son poids, mais seulement de son efficacité ; la pepsine artificielle peut-elle dans ce cas suppléer à celle qui est usée dans son action? sans doute il peut en être ainsi, lorsque la pepsine commerciale est fraîche et à toute épreuve.
Il en est de même dans le deuxième cas, c'est-à-dire lorsque la digestion est trop faible pour achever la peptonisation, c'est qu'elle s'arrête à la formation de la parapeptone ou de la syntonine, qui est incapable d'être assimilée; ici encore, avec une pepsine qu'on vient d'extraire d'une muqueuse stomacale, on peut espérer achever la peptonisation; mais la pepsine préparée à l'avance, la poudre pepsique même la plus pure a-t-elle
G. Sée, Dyspepsies. 18
le pouvoir que réclament Maly et Hammarslen? cela est douteux.
Reste le troisième cas, qui nous présente la pepsine comme inerte, parce qu'elle est à l'état concret dans les glandes pepsiques. L'addition de la pepsine artificielle peut-elle liquéfier, et rendre utile la pepsine naturelle? c'est une question entièrement nouvelle que je soulève, au nom de la physiologie. Je sais qu'en pareil cas la préparation pliamaceutique peut réclamer le privilège de se substituer entièrement à la pepsine inerte, et de travailler en son lieu et place à la peptonisation des aliments azotés. Elle agirait donc comme s'il y avait une absence véritable de pepsines normales^ tandis qu'en réalité celle-ci, tout en étant à l'état latent, n'en existe pas moins tout entière dans les replis^ dans les cryptes muqueux de l'estomac.
Ainsi le rôle de la pepsine est à définir, ses indications sont à formuler. Ce que je dis des pepsines gastriques s'applique, à plus forte raison, aux pancréatines, qu'il est si difficile de préparer, de conserver, d'appliquer, en évitant une. fermentation excessive, c'est-à-dire une décomposition putride.
Des réserves d'un autre genre doivent être formulées à l'égard des pepsines végétales, dont les indications sont encore plus vagues que leur mode d'action.
Supposons d'ailleurs, pour tous ces médicaments digestifs, toutes les indications connues, précisées et invariables. Il resterait toujours à soumettre ces moyens thérapeutiques au contrôle de la clinique. Or, on digère mal dans d'autres maladies que les dyspepsies ; dans l'embarras gastrique, dans la gastrite chronique, la
digestion manque souvent pendant un long temps ; dans le cancer c'est la règle presque absolue ; dans les dilatations de l'estomac la dyspepsie et les vomissements peuvent en marquer les phases les plus graves ; dans tous ces cas l'occasion trop fréquente s'est présentée pour mettre en usage les diverses espèces de pepsines, et les résultats ont été absolument nuls.
Pour ne parler que des dyspepsies vraies, simples, indépendantes des graves lésions de l'estomac, c'est là que j'attendais le prononcé du jugement; or il se trouve que précisément dans ces cas la clinique a intenté le procès le plus préjudiciable aux intérêts de ces produits artificiels; mes déceptions ont été nombreuses, peutêtre à cause de la sévérité des indications raisonnées, que je tentais de formuler^ avant de soumettre mes malades aux aventures de l'empirisme pharmaceulique*
Il est singulier que c'est dans les fausses dyspepsies, dans les atonies de l'estomac et de l'intestin, que les patients accordent le plus de confiance à ces moyens exclusivement chimiques, tandis que la maladie est uniquement d'ordre physique; cela s'explique; dans ces cas, il s'agit ordinairement non d'une dyspepsie vraie, mais d'une digestion lente, d'une bradypepsie ; la pepsine introduite dans les organes digestifs frappés d'atonie hâte-t-elle la digestion, qui d'ailleurs est parfaitement naturelle? tout porte à le croire. Il faut ajouter d'ailleurs à cette remarque, que ces pseudodyspepsies guérissent par toutes sortes de moyens étrangers à la digestion, comme les dyspepsies véritables résistent aux traitements les plus rationnels.
l'^' genre. — I^utritifs. Peptones médicinales de diverses espèces.
ARTICLE I Des peptones artificielles.
Tandis que la fonction des pepsines artificielles est de favoriser la digestion des matières albuminoïdes, c'est-à-dire la formation des peptones, la fonction des peptones est de s'adapter directement, sans autre préparation, à l'organisme ; les peptones font l'économie du processus digestif; elles pénètrent directement dans le sang, réparent les pertes et suppléent à l'usure des tissus ; la démonstration en est facile.
Parmi les diverses peptones artificiellement préparées, il faut distinguer : 1° celles qui proviennent des pepsines stomacales; 2° les peptones intestinales, qu'on n'obtient qu'en quantité minime ;3°les peptonespancréatiques, qui présentent un degré manifeste d'infériorité, en raison de leur facile décomposition; 4° les lavements pancréatico-fibrineux préconisés par Leube (pancréas, viande, eau), qui aboutissent aux mêmes résultats que les peptones pancréatiques, mais qui présentent le grave inconvénient d'être insolubles, très irritants pour le rectum, et finalement inassimilables.
Le mode de préparation des peptones gastriques est lui-même très variable ; il me suffît de signaler les peptones de Catillon, celles de Chapoteaut, qui diffèrent par leur procédé originel que je n'ai pas à détailler ; encore moins décrirai-je ces peptones compliquées qui pré-
tendent tout s'incorporer, et tout introduire dans le corps, même les phosphates, le fer, etc. ; je ne mentionnerai que les préparations sèches d'Adamkiewicz, à cause de leur analogie avec les peptones ; c'est une poudre qui, étant dissoute dans deux parties d'eau, donne un Hquide sirupeux, incoagulable à chaud, qui se précipite par l'acide acétique; du reste mêmes réactions que celles des peptones, parle ferrocyanure de potasse, additionné d'acide acétique, par le chlorure sodique mêlé avec l'acide acétique, qui tous déterminent un dépôt considérable, lequel fond par la chaleur.
ARTICLE II Fonctions des peptones.
On a commencé par nier l'utilité des peptones, en disant avec Bruke, que l'albumine peut être résorbée directement^ que certaines albumines filtrent facilement, et qu'on les retrouve dans les chylifères.
On a dit encore, avec Voït et Bauer, avec Eichhorst, que les lavements d'albumine et de jus de viande fortement additionnés de sel ordinaire se résorbent facilement; mais ceci ne prouve rien contre la fonction des peptones.
Il en est de même de la transformation possible de l'albumine en peptone par le seul contact avec une membrane animale quelconque comme la plèvre (Eichwald); cela ne détruit pas les lois régulières delà peptonisation dans l'estomac.
Quelles sont ces lais, et quelle est la véritable destination des peplones?
Quelle que soit la joie d'introduction des peptones dans l'organisme, qu'il s'agisse d'expériences sur l'ijomme ou sur les animaux, le fonctionnement des peptones est partout et loujours le même; elles servent dzrecteme72t, sans l'intermédiaire de la digestion, à la nulrilion générale, et on peut le prouver soit par l'augmentation du poids corporel, soit par la sécrétion de l'urée en i)lus.
a. Injection de jjeptones. — Exjmiejices sur le chien. — Plocsz a cherché surtout à résoudre la question de savoir si les peplones constituent les matériaux de formation des cellules, par conséquent, si dans l'économie elles se transforment à nouveau en albumine.
Pour vérifier le fait, il prépara un hquide nutritif (100 centimètres cubes), contenant 5 gr. de peptones, 5 gr. de sucre de raisin, 3 gr. de graisse, I^^IS de sel ; il nourrit ainsi pendant dix semaines un chien pesant 1335 grammes auquel on donna journellement 360 à 4S0 centimètres cubes du mélange peptonique; il est à noter que cette dose de liquide nutritif contenait, en azote, environ autant qu'un poids égal de lait.
Or au bout de ce temps d'expérience lepoids corporel de l'animal avait augmenté de 500 grammes... !
La conclusion fut celle-ci : les néotissus ne peuvent provenir que des peptones; il est donc prouvé ainsi que les peptones nourrissent.
ô. Pepto?ies ingérées. — Expériences sur des pigeons. — Maly nourrit des pigeons avec du froment, dont on détermina au préalable la quantité nécessaire
pour constituer la ration d'entretien ; puis on prescrivit une nourriture artificielle pilulaire, dans laquelle l'albumine était remplacée par la peptone. La masse pilulaire contenait :
Fécule j g
Sels 2 ,'o
Graisse g ^
CeUulose ^
Gomme '
Peptone
100 gr.
La nourriturese composait parfois exclusivement de ce mélange. Seize expériences furent instituées durant quatre à trente jours.
Or, dans tous les cas, le poids augmenta par l'usage de ce composé ; dans les dernières tentatives, lorsqu'on donna exclusivement des céréales, le corps perdit de son poids.
Ainsi la peptone est plus facilement assimilée et annexée que l'albumine du froment. Il reste donc démontré que la peptone, une fois entrée dans l'organisme, s'y transforme à nouveau en tissus albuminoïdes.
c. Peptones injectées directement dans le sang. — Lorsqu'au lieu d'introduire les peptones dans l'estomac on les injecte dans le sang, on les retrouve, surtout dans les veines mésaraïques, moins dans le foie, parfois dans les veines hépatiques et dans les carotides. Cette donnée signalée par Plôcz et Gyergez est contredite par les expériences de Bauer et Eichhorst et d'autres physiologistes.
ARTICLE III Expériences sur l'homme.
a. Pepto7ies introduites dans le bout inférieur d'un anus contre nature. — Des essais de tous genres pratiqués par Czerny et Latschenberger tendent à prouver que si de l'albumine est introduite dans le gros intestin, il se produit un excès dWe, qui passe par les urines, ce qui tend à prouver que l'albumine a été peptonisée dans le gros intestin par le suc pancréatique, qui y serait déversé. Des expériences instituées parles mêmes observateurs sur un individu affecté d'anus contre nature leur ont démontré, que le suc du gros intestin dans \ état pathologique n'agit ni sur l'albumine ni sur la graisse, mais que la partie saine absorbe jusqu'à 68 0/0 d'une solution albumineuse; or en vingt-quatre heures l'absorption totale n'introduirait que ls%50, dose évidemment insuffisante pour nourrir, même si on suppose la surface d'absorption quatre fois plus considérable.
Expériences de Markham. — Voici une donnée plus grave, et plus décisive. Chez un homme atteint d'un anus contre nature placé près du cœcum, Markham obtint toute l'étendue du côlon comme surface d'absorption : or l'albumine cuite ou crue ne manqua pas de s'y décomposer, et de répandre une odeur infecte ; — il n'y avait que des traces depeptones; mais par contre on y reconnut l'indol, qui se développe d'une manière exagérée dans les altérations de l'iiiteslin, et surtout
dans ses obstructions. Au résumé il n'existait la qu'une putréfaction, et non une digestion ou transformation pepliqiie.
b. Expériences personnelles sur deux malades atteints de rétrécissement de l'œsophage. — Chez l'une de ces malades la tentative réussit pendant près de deux mois, avec le mélange de Leube (viande pancréalisée, délayée, et introduite en lavement) ; l'urée avait augmenté, l'amaigrissement s'était arrêté, mais au bout de quelques semaines il survint une irritation rectale qui empêcha de continuer ce genre d'alimentation, et la malade ne larda pas à succomber.
Chez l'autre malade, dont le rétrécissement œsophagien était de nature cancéreuse, le résultat fut à peu près identique, bien que cette fois on se servît de peptones pures, introduites dans le rectum à la dose de 50 à 60 grammes, deux fois par jour; une inflammation de l'intestin et la diarrhée ne tardèrent pas à survenir, empêchant la continuation de cet essai.
c. Expériences sur les dyspeptiques et les cancéreux. — Dans les circonstances précédentes l'indication des peptones était urgente et obhgatoire. Dans les dyspepsies, et dans les affections cancéreuses de l'estomac, nous n'avons pris de décision qu'en présence du danger de l'inanition, résultant de l'apepsie complète et absolue, soit des vomissements alimentaires, qui ne permettaient plus de compter sur l'assimilation naturelle des aliments.
Ordans ces diverses circonstances l'usage exclusif des peptones n'a pas suffi pour remplacer entièrement l'usage des substances à digérer; le dépérissement se
poursuivait imperturbablement jusqu'au jour où l'on ajoutait aux peptones des aliments sans déchets, comme la viande crue avec le bouillon. Quelque difficile, quelque douloureuse que fût cette digestion, elle n'avait pas moins son côté utile, elle aidait à la nutrition, évidemment imparfaite par les peptones.
ARTICLE IV Conclusions thérapeutiques.
On peut conclure ainsi :
l°Dans les obstructions des voies supérieures, l'alimentation par les peptones est la seule possible; elle suffit pour prolonger la vie des malades ; mais son action locale finit par nuire en déterminant la diarrhée reclale^ et par empêcher ainsi l'absorption des peptones.
2° Dans les anus contre nature, si le bout inférieur comprend une grande portion de l'intestin grêle, et la première partie du côlon, on peut espérer arriver à l'alimentation directe, c'est-à-dire à la peptonisation par le suc intestinal et surtout parle suc pancréatique.
Si au contraire la lésion siège très bas, comme le gros intestin ne possède plus de moyen de peptonisation, la seule ressource qui reste, c'est l'emploi des peptones artificielles; mais, hélas! la dose nécessaire pour l'entretien de la vie est si considérable qu'il est presque impossible d'y compter, au delà d'un certain temps, sans provoquer des accidents funestes d'irritation locale.
3° Dans les dyspepsies graves, dans les vomissements alimentaires incoercibles, les peptones constituent une ressource auxiliaire qu'il ne faut pas négliger.
4° Genre «le (lig^cstift*. — Antiputrides.
a. Acide salicyliqiie, etc. — Il est des digestions qui, au lieu de constituer de simples fermentations, tendent à se convertir en véritables décompositions putrides ; dans ces cas, sous l'influence probable de ferments extérieurs, il s'établit dans la masse alimentaire une fermentation anormale, qui se traduit par la formation d'acides lactique, butyrique et de -gaz ; on doit tenter alors remploi des antiputrides; déjà Nenki avait essayé la benzine ; un autre, la créosote ; mais ces remèdes, qui étaient mal supportés, ne réalisèrent aucune des indications.
Plus récemment Hoppe-Seyler atteignit mieux le but à l'aide d'acide salicylique, qu'il administra à petites doses; — voici ce que j'ai observé à cet égard.
Une malade atteinte de rhumatisme noueux et d'une grave dyspepsie prit 4 à 6 grammes de salicylate de soude par jour pendant plusieurs mois, et en éprouva un soulagcmentéquivalantpour ainsi dire à laguérison ; quel ne fut pas son étonnement et le mien, lorsqu'elle constata une amélioration des plus marquées de ses digestions? — le remède qu'elle craignait à cause de l'état de son estomac lui réussit à double titre.
Depuis ce temps, j'ai eu l'occasion plusieurs fois de constater le même résultat dans des dyspepsies rebelles, mais en ayant le soin de prescrire l'acide salicylique à
1 OU 2 grammes par jour. Récemment Hallopeau a démontré qu'en prenant du salicylate de soude on arrive au même résultat qu'en introduisant de l'acide salicylique; en effet cet acide se retrouve facilement dans l'estomac ; il y aura donc avantage à prendre le sel de soude.
b.Iode et iodicre de potassium. — Depuis longtemps on avait préconisé l'iodure de potassium, dans le traitement des dyspepsies ; à petite dose, 30 à 50 centigrammes par jour, il agirait favorablement; je l'ai expérimenté dans les conditions des digestions qu'on pourrait appeler putrides, et les résultats m'ont paru favorables.
On sait, du reste, que l'iode est un puissant antiferment ; il empêche la cellule de la levure d'agir comme ferment (Binz).
§ ni
Substances pepsinogènes.
Premier genre. — Alcalins. Bicarbonate de soude.
a. Effets sur le sang et les oxydations. — Le bicarbonate de soude (eau de Yicliy) est un des plus puissants moyens d'action dans les dyspepsies (nous verrons lesquelles). Ce sel existe dans le sang, il y est introduit comme tel, ou sous forme de malate, tartrate de soude, ces sels se transformant, en s'oxydant, en carbonates. Son action dans le sang se traduit par l'état de solubilité qu'il maintient aux albuminales et par l'impulsion qu'il communique aux oxydations ; en
preuve on cite l'alcalinité de l'urine, la transformation de l'acide urique en urée, l'excès d'urée dans les urines ; ces laits sont discutables, car l'urine peut perdre son acidité par d'autres causes, et le sel de Yichy ne la fait perdre que temporairement ; l'urée n'est pas augmentée en permanence.
Malgré ces preuves douteuses on ne saurait méconnaître l'activité que le sel sodique imprime aux oxydations au moins un certain temps ; lorsqu'il attaque l'organisme en le brûlant, comme on le craignait, loin qu'il amoindrisse les forces en produisant une alcalescence de toutes les Immeurs et une cachexie alcaline, comme le supposaient Trousseau et d'autres médecins avant lui, le sel de soude est un des plus puissants moyens de reconstituer le sang; les récentes expériences de Cornillon et de Martin-Daraourelle sont absolument probantes sous ce rapport.
Il était nécessaire de disculper les alcalins et même d'établir la puissance de leur action sur l'économie, avant de préciser les effets sur les organes digestifs, car si on veut obtenir un résultat favorable de l'emploi des sels sodiques, il est important de prolonger, ou de répéter les cures de Vichy.
b. Effets sur les organes digestifs. — 1° Transformation dans l'eh-tomac. Le carbonate de soude se transforme partiellement par l'acide chlorhydrique en chlorure de sodium dont l'utilité digestive est indubitable, et partiellement par l'acide lactique en lactate de soude, qui une fois dans le sang reforme du carbonate; la plus grande quantité pénètre comme telle dans le sang. Par sa transformation dans l'estomac, l'acide libre du suc
gastrique semble devoir se neutraliser; du Co^ devient libre, surtout si on se sert du bicarbonate; mais ce n'est là qu'un effet théorique.
2° Augmentation du suc gastrique. — L'effet principal, dominant, c'est l'augmentation de la sécrétion gastrique, de sorte qu'il est impossible d'obtenir une neutralisation absolue du suc gastrique; loin de là, par un usage prolongé du sel sodiqiie, on augmente même la formation des acides de l'estomac, sans doute en augmentant la quantité de suc gastrique.
3° E^ets sur la sécrétion pancréatique. — La digestion pancréatique est également favorisée par les alcalins (Heidenhain) ; si la quantité de ferment est forte, il faut très peu d'alcali ; dans l'état ordinaire, il faut environ 1 p. 100.
c. Utilité clans les dijspepsies. — 1° Le sel sodique, dans les dyspepsies par décomposition putride des aliments, neutralise une partie de ces produits de fermentation, entre autres l'acide lactique et les acides gras.
2° Dans les dyspepsies par défaut d'acide ou de pepsine, le sel sodique augmentant la sécrétion du suc gastrique, c'est-à-dire l'acidité aussi bien que le ferment pepsique, se trouve nettement indiqué.
3° Dans les dyspepsies par excès de mucine, son utilité est moins prouvée ; il est cependant possible que le mucus se détruise dans une grande quantité d'alcali, et dès lors ne nuise plus à l'action du suc gastrique.
d. Règles d' administration. — Comme il s'agit de préparer la sécrétion (Cl. Bernard), il importe de prendre le médicament une demi-heure ou une heure avant
le repas ; c'est le conseil que Longet donne pour l'eau de Yichy, qui mêlée avec le vin, et prise aux repas, me paraît singulièrement perdre de ses efiels.
Du reste il en est ainsi de toutes les eaux de table, qui usurpent le nom de carbonatées sodiques, et dont quelques-unes ne contiennent que des doses insignifiantes de sel alcalin, lequel ne peut pas agir à moins de 2 à 3 grammes par repas. Ce sont là les caricatures de Vicby et de Carlsbad (Voir aussi l'article des eaux minérales).
2° genre. — Alcool et boissons alcooliques.
Les boissons qui me paraissent le mieux indiquées sont les liqueurs alcooliques délayées dans l'eau. Il est des malades qui ne peuvent pas supporter le vin sans se plaindre d'acidités ou de sensations de fer chaud, et qui tolèrent parfaitement l'eau additionnée de rhum ou d'eau-de-vie, surtout après combustion de ces liqueurs. En général l'usage, à la fin des repas, d'une petite quantité de vin alcoolisé pur (vin d'Espagne, etc.), ou mieux encore d'une liqueur non sucrée, favorise singulièrement la digestion.
On a dit, d'après quelques expériences sur les chiens, qu'une petite quantité d'alcool (25 grammes) ajouté au repas favorise la digestion, et qu'une dose triple arrête la fonction ; c'est là une donnée qui en aucun cas ne saurait s'appliquer à l'homme. Sous les climats les plus opposés, dans les contrées les plus variées, chez les races les plus diverses, on a imaginé des boissons fermentées, tant pour subvenir à l'entretien des
forces, que pour faciliter la digestion ; il est rare de rencontrer des exceptions ; la plupart des individus ne peuvent se passer d'une boisson alcoolique pour digérer; les buveurs d'eau constituent une infime minorité, qu'on rencontre et qu'on cite comme des anomalies. Cette donnée étant admise^ il s'agit de délimiter la dose utile, et de choisir parmi les liqueurs fermentées.
La dose exerce une influence incontestable ; au-dessous d'une certaine dose, il n'y a pas le moindre effet sur la digestion ; en prenant la valeur de 20 grammes de liqueur, soit 4 à 5 grammes d'alcool élhylique à 90 degrés, on est bien sûr, surtout si le liquide vient se mêler à la masse alimentaire, à la fin des repas, de produire les effets les plus favorables ; il est inoffensif d'en répéter l'usage à chaque repas; le danger existe lorsqu'on prend cette même quantité avant le repas, et surtout lorsqu'on la dépasse, de façon à produire les phénomènes de l'intoxication aiguë. C'est uniquement une question de mesure ; dans l'hygiène comme dans la posologie il est peu de substances alimentaires ou médicamenteuses dont les effets soient plus diamétralement opposés, c'est-à-dire plus utiles, ou plus nuisibles, selon l'usage ou l'abus qu'on en fait, c'est-à-dire selon la dose qu'on met en usage.
ARTICLE I
Mode d'action de l'alcool à faible dose sur la digestion.
a. Sécrétion de salive. — A la dose de 2 grammes, l'alcool combiné avec une liqueur contenant 50 p. 100 d'eau détermine une sensation de chaleur le long des
conduits digestifs et dans l'estomac lui-même, soit par suite d'une action directe sur la muqueuse et ses nerfs, soit par une action congestive, ce qui est douteux.
En même temps, on observe une augmentation de la sécrétion salivaire.
b. Sécrétion du suc gastrique. — De tous les moyens excitants de la sécrétion gastrique, il n'en est pas de plus efficace que l'alcool ; chez les chiens fistuleux, il suffit de porter quelques gouttes d'alcool sur la muqueuse gastrique ou sur la langue, pour voir le suc gastrique sortir aussitôt en jet par la fistule; le même effet s'observe également à jeun, lorsqu'il n'y a pas de trace de sécrétion préalable ; il est moins marqué et même très faible, selon Cl. Bernard, lorsque l'alcool est très dilué.
c. Précipitation des joeptones. — En général, la digestion est favorisée surtout quand il s'agit de repas copieux. — Yoici en eff"et ce qui se passe : après les gros repas, il s'accumule ordinairement dans l'estomac une quantité marquée de peptones, qui gênent singulièrement la continuation de l'action de la pepsine sur les aliments qui restent encore à digérer. La pepsinification s'arrête tant que les peptones sont en excès dans l'estomac; elle ne recommence que quand les peptones sont expulsées ou précipitées, or c'est là le mode d'action de l'alcool, qui a la propriété nettement accentuée de précipiter les peptones.
c'. — Un autre efl'et digestif de l'alcool, c'est sa propriété de dissoudre les graisses.
d. Précipitation du mucus. — S'il y a un excès de mucus à la surface interne de l'estomac, l'alcool peut
G. Sée, Dyspepsies. jq
le coaguler ; clans ce cas il peul en résulter un désavantage pour l'absorption ; mais il n'en résulte aucun dommage pour la peptonisation.
e. Coagulation des albuminates. — A forte dose l'alcool produit, dit-on, une coagulation des albuminates ingérés ; cela est parfaitement vrai, mais le coagulum ne tarde pas à être redissous dans l'estomac luimême.
/. V alcool agit comme antiftrment dans l'estomac. — Quelle que soit la dose, l'alcool a la propriété d'enrayer les fermentations et surtout les décompositions putrides ; c'est là une des causes de son action favorable sur la digestion ; celte propriété antiputride rappelle celle de l'acide salicylique.
g. L'alcool est-il un stimulant du système nerveux de V estomac? — Les aliments j»2/r5, préparés ou introduits sans adjuvant, finissent à cause de leur monotonie par fatiguer l'estomac ; il importe d'exciter les nerfs digestifs par des moyens auxiliaires appelés condiments ; l'alcool est du nombre des stimulants les plus efficaces. Peut-être aussi l'alcool favorise-t-il les contractions intestinales.
h. A dose forte, l'alcool produirait une contraction des vaisseaux, une oligaimie et une diminution de sécrétion ; c'est Cl. Bernard qui le dit ; ce serait par conséquent l'opposé del'liyperémie par vaso-dilatation, qu'on observe à l'état normal pendant la digestion.
Certes, les doses toxiques et répétées déterminent une phlegmasie plus ou moins grave, souvent même ulcéreuse ou scléreuse de la muqueuse gastrique ; mais il ne s'agit ici que de doses thérapeutiques ; sous ce
rapport nous nous en tenons aux données si nettement établies par Cl. Bernard, c'est-à-dire à l'oligaimie qui ne peut pas durer, et par conséquent ne saurait entraîner qu'une diminution transitoire de la sécrétion.
Action de l'alcool sur la nutrition.
Depuis longtemps, la question des effets de l'alcool sur la nutrition a été agitée et résolue dans des sens très tlivers. — L'alcool est-il lui-même un aliment? Sert-il comme substance hydro-carbonée, au même titre que les fécules, à la ration d'entretien? Cette opinion soutenue par Liebig, après avoir été vigoureusement attaquée par les physiologistes français (Lallemand, Perrin et Duroy), tend aujourd'hui à renaître, mais cette assimilation ne présente pas d'intérêt réel dans le sujet qui nous occupe ; en effet la quantité d'alcool qui sert à la digestion n'est pas suffisante pour entrer en ligue de compte dans l'alimentation, excepté chez les malades qui ne peuvent rien supporter^ rien digérer ; dans cette circonstance l'avantage est considérable, car l'alcool pénètre directement dans le sang, sans nécessiter une élaboration préalable.
Action de f alcool sur la dénutrition. — De V alcool comme moyen d'épargne. — Il est aujourd'hui acquis que l'alcool est un moyen d'épargne pour l'économie ; il enraye jusqu'à un certain point la dénutrition, ainsi qu'en témoignent la diminution de l'acide carbonique expiré et l'amoindrissement de l'élimination
de l'urée ; c'est à ce litre encore qu'il est si utile à ceux qui sont frappés d'atonie générale et intestinale.