ARTICLE PREMIER
Historique de l'aspiration gastrique, dans le traitement des dilatations
de l'estomac.
Si nous avons conservé des doutes, et formulé des réserves sur l'emploi des moyens chimiques, tels que l'acide clilorliydrique et les pepsines, si nous avons fait une plus large part aux alcalins, en raison de leurs propriétés sécrétoires du suc gastrique, si nous avons insisté surl'utililé des liqueurs alcooliques dans certaines périodes de la digestion, il n'en est pas moins vrai que tous ces procédés, toutes ces médications doivent céder le pas à une méthode, que mon expérience de dix années m'a démontré être la plus rationnelle et la plus pratique ; je veux parler de la soustraction des liquides nuisibles de l'estomac par la pompe gastrique.
En 1869, un clinicien des plus ingénieux, le professeur Kussmaul (de Fribourg), eut l'idée de retirer de l'estomac à l'aide d'une sonde munie d'une pompe aspirante, lorsque cet organe se trouve dilaté par une cause mécanique ou simplement physique, les liquides nuisibles ou excessifs de cet organe ; puis de soumettre la cavité stomacale à un lavage régulier, en introduisant de l'eau, qu'on retire ensuite à l'aide de la même pompe. — Ces résultats furent sui'prenants dans l'cctasie de l'estomac.
Historique du siplion et des divers appareils.
Quarante ans avant Kussmaul, un médecin américain du nom de Somerviile avait déjà indiqué le lavage simple de l'estomac à l'aide de longs tuyaux: formant siphon ; en 1870, un an après Kussmaul, lurgensen, L. Rosenthal, Hodgen modifièrent le procédé d'évacuation dans le sens indiqué par Somerviile et parfaitement oublié ; ils supprimèrent la pompe, et se contentèrent de procéder au lavage de l'estomac, à l'aide du siphon, qu'on tend à généraliser maintenant en AHemagne et en France ; c'est ainsi qu'opère Bucquoy, et d'une autre part Faucliier, qui a eu le mérite de remplacer la sonde dure, que le médecin seul peut manier, par la sonde molle que le malade peut s'introduire directement. Sauf cette dernière modification, qui peut devenir utile pour les malades intelligents et adroits, le procédé du siphon me paraît moins sûr que. la pompe stomacale, qui n'a jamais le moindre inconvénient, si on la manie doucement, avec précaution, et présente le grand avantage de produire l'évacuation complète, même du grand cul-de-sac de l'estomac, où les liquides nuisibles s'accumulent 'si facilement, comme Tui ine reste stagnante dans le bas-fond de la vessie. — Si les Allemands sont parvenus par des manœuvres violentes, ou même parla sonde, à déterminer des érosions delà muqueuse, à enlever môme des morceaux de membrane, il ne s'est cependant jamais formé d'ulcéi-ation ;
il y manquait la condition du trouble circulatoire ; s'ils ont parfois provoqué des hémorrhagies, celles-ci n'ont jamais eu de suite; la contraction des muscles de l'estomac les a arrêtées. Dans tous ces cas, a-t-on pris toutes les mesures, et tous les soins ? J'en doute; car après des milliers de sondages, que j'ai pratiqués ou fait pratiquer par mes élèves, je n'ai jamais observé le moindre préjudice résultant de l'usage de la pompe, même dans les maladies les plus graves de l'estomac ; tout l'appareil construit par Colin consiste en une pompe en gutta-percha, munie de tubes en caoutchouc et de robinets en divers sens, de façon à pouvoir vider ou remplir l'estomac sans retirer la sonde œsophagienne molle ou dure, qui doit toujours être munie d'un bout olivaire à deux fenêtres terminales.
ARTICLE m
Premières applications de la pompe aux dyspepsies.
Aussitôt après la publication du mémoire de Kussmaul, qui ne visait que les dilatations de l'estomac, et ne tendait pour ainsi dire qu'à décharger l'organe de son trop-plein, de manière à lui permettre de revenir<à son état normal, je compris que cette méthode ne consistait pas dans un simple moyen d'évacuation, que des applications bien autrement larges, en un mot que des visées plus hautes étaient réservées à ce moyen si singulier, et en mêmetemps si simple de traiterles maladies stomacales. D'après ces conceptions nouvelles, la
méthode devait avoir un mode miiiliple d'action, et par conséquent remplir des buts très divers.
Observation de dyspepsie grave guérie par la pompe stomacale. — L'occasion de vérifier ces prévisions ne tarda pas à se présenter à mon observation. Un malade ctUeint d'une maladie grave de l'estomac me l'ut adressé en 1869, par les docteurs D., et R., de la Normandie; sa maladie avait débuté sans cause connue un an auparavant, par des vomissements alimentaires qui ne tardèrent pas à devenir incoercibles en même temps que très douloureux, et à entraîner avec une inappétence absolue une flatulence pénible, l'amaigrissement le plus considérable, la coloration jaune paille des téguments, en un mot toute la série caractéristique du cancer; c'était là l'opinion exprimée par nos confrères sur ce malade, qui fut, à ce titre, considéré comme incurable. — Toutefois, comme il n'y avait jamais eu de vomissements noirs, c'est-à-dire contenant de l'hématine décomposée au contact prolongé du suc gastrique, comme d'une autre part il n'existait ni tumeur épigaslrique, ni engorgement glandulaire cancéreux nulle part, ni enfin aucune trace d'œdème, je soupçonnai un rétrécissement pylorique, et je ne renonçai plus à tout espoir de soulagement ; aussi bien je me mis en devoir, aidé par mon cousin Marc Sée, de procéder aux sondages réguliers de l'estomac chez ce malade, c'est-à-dire à l'évacuation des liquides qui furent toujours très abondants, puis au lavage de l'estomac. Les résultats furent surprenants ; au bout de peu de jours l'appétit reparut, et les vomissements cessèrent ; peu à peu on parvint à faire supporter, soit du lait, soit du café au lait, soit de la viande
crue. — L'extraction des liquides et le netloyage de l'estomac ne purent toutefois être interrompus un seul jour sans préjudice, pendant plus de trois mois ; puis raraélioration fut telle que le malade put retourner dans son pays, où il se sondait lui-même, faisant pratiquer l'aspiration journellement pendant près d'un an. La guérison fut complète et définitive, car depuis dix ans je n'ai cessé de la constater une ou deux fois par an.
Diverses observations de guérisons de dys2)epsies. — Depuis ce temps j'ai appliqué cette mélhode de traitement à un très grand nombre de dyspepsies les plus variées dans leur origine, qui avaient résisté à tous les moyens usuels, et qu'on pouvait par conséquent considérer pour cette raison, ainsi qu'à cause de la dénutrition des malades, comme des cas graves, ou même désespérés. — Depuis dix ans, j'ai recueilli au moins trente observations de ce genre, rigoureusement choisies parmi les plus probantes.
Il y a à peine six semaines, je fus mandé en province, pour un malade âgé de quarante ans, présentant depuis un an tous les signes de la dyspepsie cancéreuse, avec une déperdition tellement considérable des forces, que depuis ti ois mois le malade ne peut plus quitter son lit. — Je confiai le sondage à un médecin aliéniste très distingué, ayant l'habitude d'alimenter ses malades par la sonde. Les effets du traitement furent des plus convaincants. Au bout de six à sept jours on put faire tolérer chaque jour 100 grammes de viande crue, délayée dans le bouillon, tandis que pendant les derniers temps qui ont précédé la lixiviation de l'estomac, aucun aliment
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n'était toléré régulicremeiil, sans provoquer de violentes tloiileiirs. Aujourd'liiii, après six semaines de traitement, le rétablissement est complet.
ARTICLE IV Interprétation de l'action de la pompe stomacale.
Pour bien faire comprendre l'action de la pompe et du nettoyage de l'estomac, nous supposerons un dyspeptique chez lequel on opère tantôt à jeun, tantôt à la fin de la digestion.
A. Lavage de r estomac avant la digestion : l^En opérant à jeun, ce qui doit constituer la règle, on retire de l'estomac un suc gastrique neutre, ou à peine acide, et par conséquent inefficace; on débarrasse ainsi l'estomac d'un liquide inutile, qui peut, en se mêlant avec le suc gastrique, dont les aliments vont déterminer la sécrétion, enrayer l'action digestive de ce nouveau suc.
2° On extrait en même temps une quantité de mucus plus ou moins considérable, qui, en se mêlant au suc gastrique prêt à être sécrété, et à entrer en fonction, ne manquera pas d'entraver son action en diminuant son acidité ; la dyspepsie muqueuse est celle qui se prête naturellement le mieux à cette utile spoliation.
3' En soustrayant l'estomac à l'impedimentum créé par le mucus d'une part, et par un suc gastrique imparfait d'autre part, on dispose la muqueuse ou plutôt les glandes pepsiqucs à sécréter, au contact des aliments, un liquide digestif, dont rien n'entrave plus le fonction-
nemenf, dont rien n'altère la composition; indirectement le pompage constitue par conséquent un puissant agent de.sécrétion, un véritable pepsinogène.
B. Pom.pa(je à la fin de la dirjestion. — Lorsque l'extraction des liquides gastriques a lieu à la fm de la digestion, on obtient les résultats suivants :
1" Si le repas a été copieux, il existe ordinairement dans l'estomac en voie de digestion un excès de j>epto- ^2^5, qui constituent de véritables gênes pour la pepsine; les produits faits empêchent la pepsine d'en créer d'autres ; cela est si vrai, que si dans une digestion artificielle on enlève les peptones, l'opération, qui était arrêtée, recommence immédiatement sur de nouveaux frais; sur le vivant, le même résultat peut s'obtenir par l'extraction de la masse chymeuse et par le lavage de l'estomac ; dès lors la sécrétion gastrique reparaît avec ses qualités et ses propriétés normales.
2° Dans les repas ordinaires, il n'y a pas d'excès de peptones, et par conséquent rien à modifier sous ce rapport ; mais souvent alors la digestion normale, c'est-àdire la fermentation régulière, dépasse les limites physiologiques, et se transforme en une véritable décomposition putride; cette anomalie se manifeste surtout lorsqu'il s'introduit du dehors un ferment animé, comme la sarcine ; dans ces cas il se produit une série d'acides volatiles, d'acides gras et de gaz qui indiquent une fermentation butyrique ou alcoolique ; soustraire ces acides et ces gaz, c'est la fonction de la pompe stomacale ; et en dégageant ainsi l'estomac, on remet pour ainsi dire la muqueuse à découvert; de telle sorte que le ■contact des aliments nouveaux provoque à l'instant
TRAITEMliNT DES DYSPEPSIES. 305
môme une sécrétion nouvelle el de bonne nature. L'appélit reparaît dès que les acides anormaux et les gaz putrides (CO^, etc.) viennent à disparaître, l'auto-infection cesse complètement, car l'estomac se trouve débarrassé d'un suc gastrique infectieux, irritant, abondant et nul ; le malade est pour ainsi dire en présence d'un estomac nouveau, se prêtant à merveille à sa destination originelle.
C. Pompage gastrique en général. — Dans toute circonstance, c'est-à-dire, soit avant, soit après la digestion, on obtient les résultats suivants, par la pompe gastrique :
1° Par l'expulsion des gaz, le tympanisme cesse; le ventre se dégonfle , les éructations sont supprimées.
2° Aussitôt que le météorisme est surmonté, on voit à l'instant disparaître Voppression si pénible pour le malade, et souvent si inquiétante pour le médecin, qui ne soupçonne pas toujours la cause efficiente de cette dyspnée.
3° Les douleurs qai dépendent de la tympanite n'ont plus de raison d'être ; l'estomac cessant d'être distendu, les nerfs intra-musculaires de l'organe gastrique cessent d'être tiraillés et les sensations douloureuses qui provenaient de cette élongation des rameaux nerveux n'ont plus de raison d'être. -— Or ce sont là les douleurs les plus fréquentes, les plus-constantes.
4° On peut même y ajouter les spasmes douloureux, résultant de la contraction excessive, brusque, qui succède à une distension atonique de la musculature stomacale; ces spasmes et les crampes d'estomac, qui en
G. Sée, Dyspepsies. 20
sont la traduction fidèle, s'éloignent, s'atténuent et finissent par être oubliés.
5° La cessation de la surcharge qui s'était imposée à la cavité stomacale entraîne pour la paroi musculaire et élastique de l'estomac un retour à la contractilité, à l'élasticité normales; les mouvements périslaltiques reviennent avec leur intensité, leur rhythme habituel; les aliments sont ainsi plus facilement et plus longuement mis en contact avec le suc gastrique ; de là, et par voie indirecte, une digestion plus parfaite, et en même temps moins longue, moins ]}énMe, plus léffère si on peut s'exprimer ainsi.
6» La constipation cède également, et cela dès les premiers jours qui succèdent au dégagement de l'estomac ; la solidarité fonctionnelle, qui, au point de vue de la musculature, lie le gros intestin à l'inteslin grêle et à l'estomac, ne manque pas de s'exercer sur les fibres musculaires du côlon et du rectum; le mouvement péristaltique s'y dessine nettement comme il se produisait tout à l'heure dans les parois de l'estomac.
Yoilà, en résumé, des effets qu'on observe par l'appropriation, la réfection de l'estomac. — On comprend maintenant pourquoi dès, le premier jour de l'invention de la pompe stomacale, j'ai appliqué l'usage de l'instrument, ou plutôt la méthode aspiratrice aux dyspepsies, tandis qu'on n'en avait fait qu'un simple mo^^en d'évacuation dans les ectasies gastriques. Si d'autres cliniciens depuis 1870 ont tenté les applications de cette médication aux dyspepsies, ils ont bien gardé le secret sur les résultats de leurs tentatives ; je ne connais pas une seule observation précise relativement
aux dyspepsies ainsi traitées ; mais je trouve quelques assertions vagues à ce sujet, sans aucune preuve à l'appui. J'excepte les toutes récentes indications de Paul, Bucquoy.
ARTICLE V
Applications de la pompe stomacale à divers troubles moteurs et sen-
sitifs de l'estomac.
C'est pour compléter l'étude des applications de la pompe stomacale aux diverses maladies de l'eslomac, autres que les dyspepsies et les dilatations, que j'intercale ce paragraphe, qui n'a de mérite que la nouveauté.
a. Atonies spasmodiqiies de restomac. — Gastralgies. — Les névroses de l'estomac, appelées gastral- ' gies, et qui, en réalité, ne sont que des troubles moteurs, semblent devoir réclamer le même traitement que la dilatation stomacale, qu'on doit considérer comme une maladie d'ordre mécanique. Mais il y a cette différence à noter entre les deux genres d'alîections, c'est que souvent la dilatation est accompagnée temporairement de dyspepsie, et presque constamment de vomissements abondants, alimentaires, répétés ; dans ces deux circonstances le pompage de l'estomac est indiqué au point de vue de ses avantages chimiques, au moins autant que comme moyen mécanique.
Dans les troubles moteurs de l'atonie gastrique, il n'existe pas la moindre défectuosité chimique, et la pompe n'aura d'autre avantage que d'aider à la reslitu-
lion du ressort de la paroi musculaire. Or, un pareil résullat s'obtient, et tout aussi sûrement, par l'hydrothérapie, par les douches d'eau minérale chaude, par le régime et les laxatifs. L'indication du lavage n'existe pas, et bien que, dans ces derniers temps, Malbrane [Berliner Wochenschrift, 1876, n° 4) ait employé avec succès la douche chaude d'eau gazeuse inlra-stomacale, je continuerai à mettre en usage, avant d'imiter son exemple, toute la série des moyens usuels, qui seront indiqués dans la thérapeutique des pseudodyspepsies.
b. Vomissements incoercibles. — Dans les vomissements incoercibles, indépendants des lésions graves de l'estomac, j'ai obtenu des résultats très remarquables. Dans ces conditions, je commence par la série des purgatifs, attendu que bien souvent ces vomissements dépendent de la constipation, ou de l'obstruction intestinale. Quand cette méthode ne réussit pas, il est rare de réussir mieux avec des injections hypodermiques de morphine ; c'est alors que j'ai recours aux appropriations de l'estomac par le lavage répété.
c. Anorexie grave, dite hystérique. — Dans deux cas d'anorexie, ou plutôt de refus invincible de manger, que j'observai chez des jeunes filles, j'eus recours, après avoir mis en usage tous les genres de médicaments et d'ahments, après avoir insisté sur les moyens qu'on appelle moraux, et qui restèrent aussi inefficaces que les premiers, à l'emploi de la pompe stomacale. — L'une de ces jeunes malades était arrivée au dernier degré du marasme, ne se nourrissant journellement, depuis plusieurs mois, que de quelques cuillerées de
café au lait, lorsqu'aidé des conseils de mon ami et collègue Lasègue je mis en usage la pompe stomacale; la malade guérit après trois mois de ce traitement mécanique.
ARTICLE VI
Applications de la pompe stomacale aux lésions graves de l'estomac.
Parmi les lésions graves de l'estomac, l'ulcère simple doit constituer, malgré une tentative récente et favorable, une absolue conlre-indicalion; on risquerait, par le pompage ou même par le siphon, de compléter la destruction d'une paroi vasculaire, et de provoquer ainsi une hémorrhagie, ou bien encore de détruire une cicatrice imparfaite, de manière à produire une nouvelle hémorrhagie.
Mais en est-il de même dans le cancer de l'estomac? Ici la question est complexe, et mérite d'être élucidée.
1° Cancer non ulcéré^ siégeant sur les parois. — S'agit-il d'un cancer non ulcéré, avec ou sans tumeur appréciable, ayant son siège à l'une des parois, il n'y a aucun inconvénient à pratiquer le pompage, surtout si en même temps il y a dyspepsie, inappétence et vomissements; le soulagement dans ces cas, et le retour à l'appétit, ne manquent presque jamais.
2° Cancer pijlorique non ulcéré, avec dilatation de l'estomac. — Cette dernière circonstance constitue même une indication formelle ; il n'y a pas à craindre de provoquer une hématémèse, attendu qu'il s'agit ordinairement de cancers squirriieux, ou épithéliaux,.
3° Cancer douteux ou df/spcpsies à forme cachecti'
que. — Dans ces cas le pompage est indiqué même comme moyen de diagnostic; la surprise de l'amélioration, même de la guérison de ces malades, n'est pas rare. — Je me souviens d'une vieille femme de chambre, qui présentait des vomissements alimentaires, des douleurs épigastriques, et un teint jaune-paille, qui commandaient l'inscription dans le cadre cancéreux. Le sondage guérit la malade.
Si, au contraire, il s'agit d'un cancer vrai et surtout encéphaloïde, on peut être exposé à produire une véritable hémorrhagie ; j'ai été témoin d'un fait pareil en province et c'est le seul que j'aie vu.
4° Cancer ulcéré avec hématémèse noire. — Dans ce cas, il semble que la méthode doive être absolument condamnée ; il n'en est rien ; attendez que l'hémorrhagie soit enrayée par les injections de morphine et d'ergotine, puis tentez doucement l'emploi du siphon, puis pratiquez le sondage avec la pompe, vous serez frappé des résultats que les malades constatent eux-mêmes au bout de peu de jours ; les vomissements, les éructations, le tympanisme disparaissent sans que les hémorrhagies soient provoquées à nouveau. — J'ai pu ainsi prolonger depuis 1872 jusqu'en 1875 l'existence d'une dame atteinte d'un cancer ulcéré, arrivé à la dernière période et caractérisé par des hématémèses noires répétées jusqu'à trois à quatre fois par jour.
Il y a trois mois, j'ai vu avec mon ami Diijardin- Beaumelz un malade atteint d'un cancer ulcéré et d'hématémèses graves qui remontaient à quatre ans; l'amélioration fut telle que le patient a recommencé à prendre, à digérer des ahments solides, et a pu entre-
TnAITEMENT DES DYSPEPSIES. «^ll
prendre sans dommage un long et pénible voyage en Orient. L'amélioration est telle actuellement malgré un œdème grave, qu'on a pu se demander si nous avions réellement affaire à un cancer.
Résîimé. — Les dyspepsies graves et vraies se guérissent merveilleusement par la pompe stomacale, et plus sûrement encore que les. dilalalions de l'estomac. Parmi les autres maladies de l'estomac, le cancer non ulcéré peut subir un notable soulagement par ce moyen ; l'ulcère, au contraire, en contre -indique formellement l'emploi; quant aux atonies gastro-intestinales, elles guérissent par des procédés plus simples.
5« MÉTHODE. — Vomitifs et purgatif i.
Les vomitifs si souvent réclamés par les malades ne présentent que de rares applications dans le traitement des dyspepsies; c'est tout au plus si l'émétique ou l'ipécacuanha sont temporairement, incidemment utiles dans les dyspepsies muqueuses, encore importe-t-il de ne pas en répéter l'emploi trop fréquemment, sous peine de provoquer l'anorexie que précisément on cherche par les évacuants à éviter ou à guérir.
Évacuants purgatifs.
Je propose le nom d'évacuants pour toutes les sub-
Stances toxiques ou non, qui favorisent ou déterminent 1 expulsion des matières liquides ou solides contenues dans les intestins.
ARTICLE I
Parmi ces substances, les unes agissent uniquement d'une manière mécanique en produisant une propulsion, et en même temps une division des masses stercoraies ; nous les appellerons désobstruants.
ARTICLE II
D'autres substances comme le tabac, la belladone, favorisent la contraction des muscles intestinaux ; ce sont des nervomoteurs.
ARTICLE m
Les purgatifs véritables n'agissent pas mécaniquement, et ils ont habituellement un procédé d'action de plus que les nervomoteurs.
Nous décrirons les purgatifs d'après leur action chimico-physiologique en quatre classes, comprenant :
l'"' g'enre.
Toute la série des sels neutres, à base'de soude, de potasse ou de magnésie.
2° g'enre.
Les substances contenant Vacide cathartiqiie qui est
soliible dans l'eau, telles sont le séné et la rhubarbe, qui en diiïère en ce qu'elle contient en même temps une substance amère et un acide tannique, l'acide rhéique.
3° genre.
a. Les glycosides anhydres comprenant la coloquinte, l'aloès.
b. Les glycosides anhydres exigeant le concours de la bile pour être absorbés et pour agir, tels sont le jalap, la scammonée.
4° genre.
Les corps gras : huile de ricin, huile de croton, huiles ordinaires, glycérine, etc.
5° genre.
Les mannites, les fruits, les sucres et surtout le sucre de lait.
ARTICLE 1 Désobstruants.
Les purgatifs auxquels il faut accorder la préférence sont ceux qui remplissent les conditions suivantes :
1° Pouvoir être continués impunément ou au moins souvent répétés, sans amener une constipation consécutive, ni une dénutrition générale.
2° Évacuer non pas seulement les liquides intestinaux, mais la masse stercorale solide.
3° Produire cet effet sans provoquer l'inflammation de la muqueuse intestinale.
Quels sont les évacuants qui à ces divers titres doivent entrer en ligne de compte? A quelle classe d'évacuants faut-il avoir recours? Dans l'ordre d'importance et d'innocuité, nous comptons les désobstruants qui agissent mécaniquement sans être digérés, sans être absorbés ; telles sont les graines inertes, lisses à leur surface comme les graines de lin ou d'autres du même genre, du même volume, qui traversent le tube intestinal, sans produire la moindre irritation, ni la moindre hypersécrétion, et qui déterminent par voie de propulsion ou par fragmentation de la masse stercorale la sortie du contenu intestinal solide. Par cela même que ces désobstruants n'exercent aucune action chimique, ni dynamique, il importe d'en prescrire une dose suffisante (3 cuillerées par jour) ; il n'y a pas, comme on dit vulgairement, à marchander sur la dose ; mais de crainte d'accumulation de ces graines inertes, il importe de temps à autre d'administrer un purgatif.
ARTICLE II
Les nervomoteurs n'ont qu'un effet très incertain, la belladone supprime l'influence suspensive que les grands splanchniques exercent sur les centres intrinsèques de la muqueuse intestinale ; ce n'est donc pas une paralysie des fibres lisses qu'elle produit, mais une excitation plus complète et non réfrénée des ganglions intra-pariétaux de l'intestin ; cette action motrice
est malheureusement compensée par la diminution de sécrétion résultant de l'action de la belladone ou de l'atropine sur toutes les glandes (sudorales, intestinales, gastriques).
ARTICLE III Purgatifs vrais.
Parmi les purgatifs véritables, notre choix porte surtout sur les sels et les eaux salines et sur les drastiques. — Les ffli/cérides^ les huiles sont mal supportées — et finissent par ne plus produire d'effet.
Les sels purgatifs constituent un des moyens d'évacuation les plus utiles.
Parmi les sels de soude, le sulfate de soude à 5 grammes ne produit rien, même si on répète la dose à quatre ou cinq heures de distance ; le sel alors est absorbé, mais donnez 6 grammes deux à trois fois à intervalles rapprochés ; si vous ne fractionnez pas, vous produisez le vomissement.
Effets physiologiques des purgatifs.
De la nature des liquides évacués.
L'action des purgatifs a été interprétée de façons diverses ; est-ce un simple effet de l'endosmose ?
a. Liquides de Vexosmose. — D'après les lois de l'endosmose, les solutions salines concentrées de soude, ou de potasse, ou de magnésie arrivées dans l'intestin doivent attirer l'eau du sang, qui ne contient que des
solutions salines faibles; de celte exosmose résulle une dilution du contenu intestinal.
Mais comme les sels purgent, même quand ils sont très délayés dans l'eau, ainsi qu'ils se trouvent dans les eaux minérales , il en résulte que la , théorie surannée de l'exosmose est aujourd'hui négligée; on ne purge pas aux dépens de l'eau du sang, et on ne rend pas un liquide exclusivement aqueux.
h. Liquides normaux. — Le mécanisme qui préside à l'action des purgatifs, c'est \ augmentation, et \accélération des mouvements péristaltiques de l'intestin; dans l'état normal les évacuations, qui après les repas de viande ne sont souvent complètes qu'après trois jours chez les animaux sains, indiquent une grande lenteur dans la péristaltique du côlon et du rectum; celle-ci est remplacée, sous l'influence des purgatifs, par des évacuations complètes au bout de quelques heures (Radijeski).
Les belles expériences de Moreau sur les purgatifs placés dans les anses intestinales qui se remplissent de liquides au bout de douze à vingt-quatre heures tendent à contredire les indications de Radijeski ; mais l'expérience ne réussit pas avec tous les purgatifs, et la qualité du liquide n'est pas encore déterminée exactement. Ce qui est certain^ c'est l'exagération des contractions ; ce qui est démontré, c'est que les selles <liarrhéiques ne sont ordinairement que le contenu intestinal normal liquide.
c. Liquides normaux évacués. — La nature des liquides évacués ne diffère pas sensiblement des selles normales.
A l'état normal, elles sont acides, contiennent de la cholestérine, de l'acide cholalique, de la graisse, des savons, de l'indol, de l'albumine peptoniforme, peut-être de la leucine, de la taurine et du mucus, les selles contiennent 52 p. 100 d'eau, H, 9 de cendres, la potasse y domine. Les selles diarrhéiques contiennent 85 p. 100 d'eau et un excès de sels de soude, ce sont là les seules difTérences.
cL Autres liquides intestinaux. Bile, etc. — Médicaments cholacjogues. Yoici maintenant les autres principes évacués par les divers purgatifs.
Bile. — Des recherches de Rutherferd et Yignal ressortent les conclusions suivantes :
1° Il est des médicaments qui stimulent le foie et l'intestin : tels sont la podopinjlle, qui augmente la sécrétion biliaire, sans en diminuer les éléments constituants; c'est un vrai cholagogue.
Valoès produit le même effet, mais la bile aloétique est plus liquide.
La coloquinte, le jalap, et même le sulfate de soude font sécréter une bile aqueuse.
2° D'autres médicaments qui passaient pour cholagogues ne font rien sur l'excrétion biliaire ; ainsi la rhubarbe ne produit rien ; l'huile de croton agit faiblement ; l'huile de ricin ne vaut pas plus, et le fumeux calomel ne fait sans doute que faciliter ïexcrétion de la bile préexistant dans la vésicule (Sée).
e. Autres produits intestinaux éliminés par les purgatifs. — Yoici maintenant des dilférences importantes au point de vue des autres principes contenus dans l'intestin.
Les produits de la digestion pancréatique sont éliminés en grande partie par le calomel; telles sont la leucine, la tyrosine et la peptone pancréatique qui sont entraînées au dehors.
Les sels magnésiens ne touchent pas aux produits élaborés dans l'intestin grêle, tandis que les laxatifs végétaux en déterminent réUmination, en même temps qu'ils expulsent non de la mucine, mais des bouchons muqueux solubles dans un excès d'acide acétique.
Divers ferments. — Les purgatifs végétaux laxatifs éliminent en outre un ferment intestinal sacchariflant, et le séné, un ferment peptonisant.
Aliments indigérés. — L'huile de ricin et l'huile de crolon entraînent souvent des ahments indigérés, par exemple, des faisceaux musculaires.
/. Liquides de l'irritation. — La nature des liquides évacués ne rappelle pas toujours exactement l'état normal; d'après Yulpian, c'est ordinairement un produit d'irritation qui se traduit par une desquamation épithéUale avec production abondante de mucus, et une sécrétion active du suc intestinal ; ce liquide d'irritation s'obtient non seulement par l'introduction du purgatif dans une anse intestinale énervée, mais aussi quand on fait prendre le purgatif par la bouche, ce qui prouve d'une part que l'hypersécrétion n'est pas nécessairement d'origine nerveuse, et d'une autre part qu'iLsuffil de la présence du sang dans l'intestin, d'une irritation locale directe ou indirecte, pour faire naître un liquide qui ne présente pas de différence absolue avec le produit normal ; c'est une proportion
différente de certains éléments entre les liquides pathologiques et les liquides normaux; l'irritation locale suffit pour expliquer ces variétés de composition. Cette assertion s'applique surtout aux pui gatifs drastiques. Tandis que les laxatifs (mannite, lait) ne provoquent pas d'irritation locale, il n'en est pas de même des calliartiques, et surtout des glycosides anhydres; ceux-ci déterminent une hypersécrétion locale.
Réstimé. — Sauf cette production glandulaire^ tou& les liquides diarrhéiques sont constitués par le contenu intestinal, qui est expulsé par les coniractions rapides et exagérées de l'intestin, avant que les sucs intestinaux aient eu le temps d'élaborer les aliments.
Ce qui prouve bien que la purgation constitue surtout un phénomène de motricité exagérée, c'est que l'usage des laxatifs n'empêche pas la contraction stomacale ni la digestion ; l'intestin grêle se contracte violemment, mais ses contractions vont en diminuant de haut en bas; le gros intestin reste calme.
Les drastiques arrêtent au contraire la digestion ainsi que les contractions stomacales; la péristaltique est violente, et elle occupe tout l'intestin, y compris le côlon.
1'^' g^cnre de purg^atifa. — Purg:atifs salius. licurs
cfl"cts.
Les efTets des purgatifs sont multiples : a. Effets mécaniques. — Le premier effet, c'est l'évacuation des matières stercorales, des gaz, de la bile et des aliments non digérés ; de là la diminution des oppressions, qui résultent du refoulement du diaphragme
par les gaz; de là aussi la facilité plus grande de la circulation périphérique.
h. Effets fonctionnels. — En débarrassant l'intestin des liquides non digestifs, ou des produits d'irritation, les purgatifs favorisent l'appétit ; ceci s'applique moins aux laxatifs qu'aux substances contenant des principes amers (rhubarbe, aloès).
c. Effets d'irritation locale. — Plusieurs purgatifs agissent en produisant une irritation locale, dont il faut tenir un compte sévère ; la plupart des drastiques produisent cet effet.
d. Effets sécrétoires sur le foie et les glandes intestinales. — Certains purgatifs irritent la surface muqueuse ; est-ce une raison pour qu'il y ait excès de fonction sécrétoire dans certains organes, comme les glandes de Lieberkuhn, le foie, le pancréas. En un mot, y a-t-il des cholagogues, des excitants du pancréas? nous avons résolu cette question pour les cholagogues.
e. Effets consécutifs sur l'intestin. — Le purgatif entraîne au dehorslesliquides hypersécrétés ou naturels de l'intestin ; il en résulte une diminution ultérieure dans la sécrétion et par conséquent une récidive habituelle de la constipation.
/. Effets sur le sang et la nutrition. — En excitant les sécrétions ils entraînent certains éléments utiles du sang. Il y a à noter en outre ce fait, que si sous l'influence de petites doses de sel deGlauber (2 grammes) l'urée diminue (Seegen), si par conséquent les purgatifs salins à cette dose sont des moyens d'épargne,à la longue et à forte dose les purgatifs produisent la dénutrition et l'amaigrissement (eaux de Marienbad, de Brides).
cj. Effets des divers sels. — La purgation a lieu selon l'état de plénitude de l'intestin ou de consistance des matières stercorales, soit au bout de deux à trois heures, soit plus tard ; quelquefois l'elTet se produit sur l'inlestinparlaseuleimpressiondusel sur l'estomac. Les premières garde-robes sont aqueuses, fécales, indolores, accompagnées deborborygmes, de téncsmes, quelle que soit d'ailleurs la dilution du sel, comme le prouve l'action de l'eau de Pullna, Carlsbad, Friedriclishall, Ces évacuations peuvent entraîner les matières solides, mais il n'en est pas toujours ainsi, et elles portent souvent d'une manière exclusive sur les liquides intra-intestinaux.
Le sulfate de magnésie (sel d'Epsom), moins soluble que le sulfate de soude, plus que le sulfate de potasse, a l'inconvénient de passer en grande partie sans altération dans les gardes-robes (Magawly).
Parmi les autres sels de magnésie, il faut mentionner le citrate, le carbonate, et le chlorure de magnésium (eau de Châtel-Guyon). Les magnésies calcinées sont insolubles dans l'eau, mais elles trouvent leurs dissolvants dans les acides de l'estomac, et si elles échappent à l'action du suc gastrique, elles ne rencontrent plus d'acide dissolvant que dans le gros intestin ; alors l'action du purgatif est tardive.
J'associe souvent à la magnésie la crème de tartre (bitartrate de potasse) à dose égale (2 à 3 grammes de chaque, une ou deux fois par jour).
On peut ajouter à ces sels une poudre inerte, non absorbable, du soufre sublimé, de la poudre decalamus aromaticus.
G. Sée, Dyspepsies. 21
Mais tous les seh laxatifs, étant réitères, ont l'inconvénient (le troubler profondément la digestion, d'expulser la masse alimentaire, avant que les parties assimilables soient résorbées, enfin, d'empêcher la réabsorptit3n de certains liquides digestifs, qui sont en partie, comme les acides de la bile, utilisés à nouveau.
2^ g^enre. — Catliartiques.
Les cathartiques, de même que les sels, sont absorbés facilement, souvent même dans l'estomac; c'est là un avantage sur les autres purgatifs. S'il s'agit de provoquer des évacuations de temps à autre, on peut prescrire le sené {\hé de Saint-Germain, 2 à 10 grammes), qui a toutefois l'inconvénient de produire des évacuations liquides et douloureuses.
La rhubarbe ne doit pas être admise comme purgatif unique, d'autant plus qu'il est difficile d'en déterminer la dose purgative; elle a d'ailleurs l'inconvénient de provoquer l'afflux sanguin vers les veines hémorrhoïdales, mais elle a le grand avantage de conserver aux malades l'intégrité de l'appétit, en raison des principes amers et tanniques qu'elle contient.
3° genre. — Glycosiiles anhydres.
Beaucoup de malades se servent de pilules purgatives, dont la base est Valoès; il y a là des avantages et des inconvénients analogues à ceux de la rhubarbe; mais parmi les glycosides anhydres il faut comprendre dans une catégorie spéciale la scammonée, le jalap, la podophylle, qui exigent l'intervention de la bilo, et
qui par cela môme sont contre-indiqués dans les atonies d'origine hépatique.
4" genre, — llannites, fruits, sucres, lait.
Presque toutes ces substances et leurs effets laxatifs rentrant dans le régime, c'est à cette occasion que nous en parlerons.
Au résumé, les évacuants dont on peut user impunément sont les moyens mécaniques, les sels purgatifs; enfin certains drastiques, comme l'aloès, la rhubarbe.
§ VII
6"^ MÉDICATION. — Substances absorbant les gaz et neutralisant les acides.
Il y a deux séries de substances destinées à absorber les gaz, ou à les neutraliser, et, comme elles sont presque toutes constituées par des bases alcalines ou des sels alcalins,, elles contribuent en même temps à neutraliser les acides de l'estomac, quelle qu'en soit la provenance.
Le 1" groupe de ces substances comprend les sels de magiiésie, ou la magnésie, qui ont le grand avantage de faciliter en même temps les évacuations ; ces préparations sont supérieures à toutes les autres.
Dans le 2° groupe il faut signaler d'abord les préparations calcaires, phosphate et carbonate de chaux, qui conviennent surtout s'il y a tendance à la diarrhée.
Le sous-nitrate de bismuth agit encore plus énergi-
quement dans ces circonstances, et présente l'inconvénient de produire la constipation, qui à son tour reproiluit tous les accidents préalables.
Il reste à indiquer le charbon, qui ne modifie pas l'état du tube digeslif au point de vue de son fonctionnement, qui ne neutralise pas davantage les gaz ou les acides, mais qui constitue un vérilable filtre d'absorption pour les gaz.
ARTICLE î Magnésie et carbonate de magnésie.
a. — La magnésie calcinée^ qui est insoluble dans l'eau, se transforme dans l'estomac, par l'acide chlorhydii- •que du suc gastrique, en partie en chlorure de magnésie, et il neutralise les acides ; dans l'intestin, il se transforme, comme tous les sels magnésiens, en bicarbonate de magnésie, qui à dose suffisante constitue un purgatif efficace mais tardif, attendu que la transformation du bicarbonate n'est complète que dans la dernière portion de l'intestin (Buchheim et Magawly, Ilusemaim).
Le carbonate de magnésie agit comme l'oxyde de magnésie ; c'est aussi un neutrahsant des acides ; de plus leur pouvoir purgatif est utile même dans cerlains cas de diarrhées, lorsque les flux intestinaux sont entretenus par l'irritation que produit l'arrêt des matières. Une propriété qui est commune à toutes ces préparations magnésiennes, c'est la neutralisation des gaz, particulièrement du Co^ ; un gramme de magnésie calcinée ou carbonatée fixe environ 100 ccm. de Co^, et
diminue sensiblement la lympaiiilc, qui est formée en grande partie dans l'intestin par Co^.
La dose de magnésie calcinée est d'un gramme au moins; pour obtenir l'eiïet purgatif, il faut 4 à 6 grammes.
Unepartie de la magnésie est résorbée dans l'intestin, et passe dans le sang, où elle produit souvent des accidents graves (Laborde) et de là dans les urines, où il est facile de la constater.
b. Magnésie associée au Utartrate de potasse. — L'association de la magnésie avec la crème détartre purifiée, ou bitartrate de potasse, me paraît présenter des avantages réels ; si ce sel reste avec réaction acide, il diminue lu fréquence du pouls, ainsi que l'énergie des contractions du cœur, et prévient les congestions, même les congestions hémorrhoïdales, d'après Trousseau et Pidoux, ce qui semble en indiquer l'usage dans les dyspepsies avec obstruction hémorrhoïdale. — Toujours est-il que l'addilion par parties égales de crème de tartre, à la magnésie calcinée, favorise l'action de la magnésie en lacidifiant.
c. Magnésie, crème de tartre et soufre sublimé. — Le soufre sublimé ou précipité jouit de la même réputation que la crème de tartre, au point de vue de son action sur les hémorrhoïdes ; ce qui est certain, c'est qu'il purge, et cela sans se décomposer ; c'est un corpsinerte ; en effet une grande partie du soufre ingéré passe inaltérée dans les garde-robes ; une petite partie se transforme dans le tube digestif, en sulfate alcalin et en hydrogène sulfuré ; l'odeur des matières rappelle en effet celle du gaz sulfhydrique ; cette transformation et par
conséquent l'absorption du gaz SH est naturellement en proportion inverse de la quantité de S, qui est éliminée par les selles.
La formule que j'emploie habituellement se compose de parties égales de soufre sublimé, de crème de tartre et de magnésie calcinée ; on prend une cuillerée à café de ce mélange, une à deux fois par jour, c'est-àdire 2 à 4 grammes de chacune de ces poudres laxatives.
ARTICLE II Préparations calcaires. Carbonate calcaire.
a. Carbonate calcaire. — Les composés calcaires forment le type du 2" groupe d'absorbants, c'est-à-dire de ceux qui, loin de produire un effet purgatif, déterminent au contraire un certain degré de resserrement.
La craie lavée ou le carbonate calcaire précipité, administré sous forme de poudre, agit mieux que l'eau de chaux ; le carbonate neutralise les acides de l'estomac, qu'ils soient normaux, ou le produit de la fermentation ; il paraît aussi diminuer la sécrétion intestinale ; une petite quantité se transforme en sel calcaire^ et passe dans le sang ; la plus grande partie est éliminée avec les fèces.
h. Phosphate calcaire. — Ce sel, dont nous n'avons pas à étudier les propriétés nutritives et reconstituantes après son. absorption, agit dans l'estomac à peu près comme le carbonate de chaux ; les phosphates calcaires (neutres ou acides) se transforment dans l'estomac en chlorures et phosphates acides (abandonnant de l'acide
pliosphoriqiie libre), pénètrent ainsi dans le sang en très petite quantité et s'éliminent pour la plus grande partie par l'inteslin ; ceci s'applique principalement aux carnivores; toutefois, dit Riesell, par un usage prolongé de phosphate calcaire, l'absorption augmente, et il en passe davantage dans les urines.
La dose nécessaire dans l'atonie inteslinale est de 2 à 4 grammes par jour ; la meilleure préparation est le phosphate neutre en poudre, que j'ai vu prescrire a 5 centigrammes, divisés en cinq paquets, et c'est par un médecin allopalhe !!!
ARTICLE III Sous-nitrate de bismuth.
Ce médicament, dont aucune partie n'est absorbée, se donne à forte dose, également en poudre; il produit ou augmente l'accumulation des matières.
ARTICLE IV Charbon de bois blanc.
Le charbon de bois séché et fraîchement incinéré a le pouvoir d'absorber 100 fois son volume de gaz, quelle que soit la nature de ces gaz ; s'il n'est pas parfaitement broyé et lisse, il peut s'engager dans la membrane muqueuse du tube digestif, et en produire l'irritation ; en tous les cas il s'humecte dans son trajet, et perd ses quaUtés.
DES DYSI^EPSIES.
§ VIII
7° MÉDICATIONS AuxiUAmES. — Substances calmantes.
A certaines périodes de la maladie, il se développe des douleurs aiguës, des crises douloureuses; dans l'intervalle, il existe presque toujours une grande sensibilité de l'abdomen, rarement au toucher, plus à la pression, sensibilité qui dépend soit des contractions spasmodiques de l'estomac, soit de la distension des parois gastro-intestinales par les gaz, soit enfin de la présence de produits irritants dus à la la décomposition putride de la masse alimentaire.
ARTICLE I Opium.
Dans les crises douloureuses, bien qu'elles soient ordinairement le résultat de l'accumulation des gaz, bien que l'indication des évacuants soit formelle, les souffrances des malades peuvent être telles, qu il est impossible de faire prendre patience, et que l'emploi des calmants devient inévitable. Dans cette circonstance, les injections sous-cutanées de morphine sont préférables à tous les autres sédatifs. Dès que les crises sont atténuées, on doit recourir aux laxatifs, mais il faut s'attendre à ce que l'action de l'opium en retarde, ou même en empêche les effets. — Il annule
lapurgation, et de plus présente l'inconvénient de tarir les sécrétions gastro-intestinales.
Associé au nitrate de potasse et à l'ipéca, comme dans la poudre de Dover, l'opium paraît agir avec moins d'inconvénients, encore à la condition qu'on y ajoute de la magnésie. Voici une formule que je recommande temporairement: poudre de Dover, 1 gramme; magnésie calcinée 10 grammes.
ARTICLE II Belladone et jusquiame.
Loin de produire ou d'augmenter la constipation, la belladone, la jusquiame, favorisent au contraire les évacuations ; leur combinaison avec les purgatifs peut s'opérer de diverses façons.
Yoici un premier procédé : Extrait alcoolique de belladone là 2 centigrammes; aloès 10 centigrammes pour une pilule. On peut remplacer la belladone par la jusquiame, mais il faut une dose double.
Un autre procédé consiste à prescrire la poudre laxative ou bien les désobstruants, mais en atténuant les effets douloureux par la mixture suivante, dont on prend lo à 30 gouttes à chaque repas :
Teinture alcoolique de jusquiame. . . 20 grammes.
Teinture de gentiane 5 —
Essence d'anis 10 gouttes.
Les préparations de jusquiame et de belladone produisent une véritable sécheresse des muqueuses, et ce
phénomène s'accompagne d'une sensation gutturale des plus pénibles.
ARTICLE III
Les préparations d'aconit sont préférables sous ce rapport; et, de plus, elles atténuent la sensibilité de l'intestin mieux que ne peuvent le faire les préparations des solanées ; la formule la plus simple est celle que j'ai indiquée pour la teinture de jusquiame, qu'on remplace par la teinture de racine d'aconit.
Résumé. — Les véritables méthodes de traitement sont : 1° les acides et les pepsines; 2° les pepsinogènes; 3° la pompe stomacale, qui constitue la méthode la plus sûre ; 4° les désobstruants et les purgatifs, qui constituent une méthode des plus utiles ; 5° les absorbants ne sont que des moyens auxiliaires ; 6° les sédatifs n'ont d'emploi que d'une manière incidente.