CHAPITRE XV
Les moyens externes de traitement comprennent : 1° l'hydrothérapie ; 2° les bains et les douches d'eaux thermales ; 3° l'électricité sous toutes ses formes ; 4° les frictions et le massage.
De l'hydrothéx-apie.
L'hydrothérapie est appelée à remplir des indications très variables suivant la nature des troubles dyspeptiques que nous nous proposons de combattre.
A ce point de vue, je crois devoir vous les rappeler ici ; nous distinguons deux grandes classes de dyspepsies :
1° Les dyspepsies proprement dites, liées à un trouble sécrétoire, celles, en un mot, où l'acte chimique de la digestion s'opère d'une façon défectueuse ;
2° Les pseudo -dyspepsies qui dépendent d'un trouble de l'innervation motrice et qui se produisent chez des
individus dont les fonctions digestives ne sont pas chimiquement troublées. Chez ceux-ci, le récipient, si j'ose m'exprimer ainsi, fonctionne mal et peut entraver secondairement les réactions chimiques qui se manifestent au contact des aliments et des sucs digestifs.
Dans ce cas, c'est surtout un trouble mécanique qu'il s'agit de combattre ; ou bien les tuniques musculaires de l'estomac et de l'intestin présentent une contractilité excessive et agissent d'une façon violente et tumultueuse à un moment plus ou moins avancé de la digestion. Les aliments iiidigérés sont ainsi rejetés au dehors par la bouche ou par l'intestin et il n'y a plus d'absorption possible.
Ce genre d'accidents rentre dans l'indigestion stomacale ou intestinale plutôt que dans la dyspepsie. Ce sont des indigestions à répétition qui servent parfois de prélude à la dyspepsie proprement dite, catarrhale ou sécrétoire. Il n'en est pas moins vrai que le trouble de l'innervation motrice, point de départ de ces accidents intestinaux, sera combattu avantageusement par l'emploi rationnel et judicieux de l'hydrothérapie.
Nous avons ensuite des pseudo-dyspepsies liées à une atonie gastro-intestinale, à un défaut de contraclilité musculaire. Cette atonie peut affecter non seulement les muscles lisses qui entrent dans la formation des plans musculaires de l'eslomac, mais encore les muscles de la paroi abdominale antérieure. Ces derniers forment une véritable sangle qui bride et soutient la masse intestinale, en régularisant les contractions péristaltiques de l'estomac et de l'intestin. Nous avons vu que lorsqu'on ouvre la cavité abdominale d'un chien, l'esto-
mac et l'intesUn se distendent outre mesure et qu'il en résulte une gêne notable de la digestion. N'avons-nous pas par celte expérience même l'explication de la tympanile si fréquente chez les hystériques, chez les liypochondriaques, et de la pseudo-dyspepsie qui l'accompagne?
Cette tympanite ne tient pas, comme on l'a dit et comme d'aucuns le croient encore, à une production excessive de gaz dans l'estomac ou à une excrétion gazeuse du sang, mais à un défaut de tonicité des plans musculaires du tube digestif et surtout de la paroi abdominale antérieure.
Chez l'animal éventré expérimentalement, dont la plaie intestinale est unie par des points de suture à la plaie abdominale, si on détermine les contractions des muscles de la paroi à l'aide de la faradisation, on voit les phénomènes mécaniques de la digestion rentrer dans l'ordre. Il y a donc urgence à combattre par les moyens appropriés, cette atonie des muscles abdominaux ainsi que des tuniques musculaires gaàtro-intestinales chez les névropathes de toute catégorie, et s'attaquer à la racine même de la pseudo-dyspepsie engendrée par ces troubles de l'innervation uiotrice.
En tête des moyens propres à atteindre ce but, doit se placer \ hydrothérapie. Les agents thermiques en général et le froid en particuher sont en effet de puissants modificateurs de l'innervation motrice. Songez pour vous en convaincre, à ce qui se produit sous l'influence d'une réfrigération prononcée et brusque, dans le bain froid par exemple. Les fibres lisses des téguments se contractent, comme l'atteste cet état de la peau connu
SOUS le nom de « chair de poule ». Les muscles des membres et du tronc sont agités de contractions cloniques qui se manifestent par du tremblement, par le claquement de dents, et chez les sujets impressionnables par un frisson violent, quelquefois même par des convulsions générales. Les muscles lisses des organes profonds sont également contractures comme le prouvent les évacuations alvines, véritables débâcles diarrhéiques provoquées par un refroidissement un peu intense, ainsi que le vomissement, d'ailleurs plus rare, en pareils cas.
Enfin Mossler a démontré d'une façon directe sur des chiens éventrés que le froid fait contracter les fibres lisses de la rate en diminuant le volume de cet organe.
Quelles applications pratiques devons-nous déduire de ces effets physiologiques du froid?
a. Quand nous aurons à combattre cette contractilité excessive des plans musculaires de l'estomac et de l'intestin qui se manifeste par des mouvements désordonnés de ces organes aboutissant à l'expulsion anticipée des ingesta, c'est naturellement à l'aclion liyposthénisante du froid que nous nous adresserons.
n faudra pour cela recourir à des applications froides, d'une certaine durée, sur l'abdomen; applications qui auront lieu dans l'intervalle des digestions lorsque l'estomac et la portion digérante de l'inlestin seront à l'état de vacuité. Ces applications locales se feront sous forme de compresses imbibées d'eau froide, et recouvertes d'une enveloppe imperméable, ou mieux encore sous forme d'une vessie de caoutchouc contenant de
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l'eau à une température suffisamment basse et disposée de telle sorte que son contenu forme une nappe liquide d'une grande étendue mais d'une faible épaisseur pour ne pas exercer une pression gênante sur l'abdomen.
Ces applications locales du froid peuvent être combinées avec des douches sédatives dirigées sur la colonne vertébrale dans le but de diminuer l'excitabilité morbide de l'axe spinal.
b. Dans les cas de pseudo-dyspepsies par atonie des plans musculaires de l'estomac, de l'intestin et des parois abdominales, c'est aux effets excitants du froid que nous nous adresserons. Pour stimuler la contractilité languissante des muscles abdominaux, nous aurons recours aux douches en pluie ou en éventail, dirigées sur le ventre et mieux encore de la douche écossaisse.
Pour agir directement sur les muscles lisses de l'intestin on fera prendre à ces pseudo-dyspeptiques, des lavements froids à jeun. Cette pratique, lorsqu'elle ne se heurte pas contre des préjugés enracinés ou des répugnances invincibles, donne en général d'excellents résultats. Non seulement en effet, le clystère froid agit directement sur l'intestin dont il stimule la contractilité affaiblie, mais il combat du même coup la constipation qui favorise elle-même le météorisme et par conséquent l'atonie des tuniques musculaires distendue outre mesure. Or, comme j'ai eu déjà l'occasion de le dire, les pseudo-dyspepsiques flatulents tournent dans un véritable cercle vicieux : la flatulence reconnaît pour cause première l'atonie des fibres lisses du tube digestif et des muscles striés de la paroi abdominale. Cette flatulence favorisée par la constipation maintient le tube
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digestif dans un état permanent de distension exagérée qui compromet la conlractilité des éléments musculaires ainsi tiraillés. Le lavement froid en évacuant à la fois le contenu solide et les gaz de l'intestin supprime ces deux inlluences adjuvantes de l'atonie des plans musculaires.
Enfin on pourra également stimuler l'iimervation motrice des muscles abdominaux et du tube digestif en prescrivant des doucbes excitantes dirigées de bas en haut sur les portions lombaire et dorsale de la colonne vertébrale où résident les centres moteurs des viscères abdominaux.
c. Nous arrivons maintenant aux dyspepsies proprement dites^ à celles qui dépendent d'nn trouble chimique de la digestion. Sans entrer dans le détail des différentes formes de cette dyspepsie, qui peuvent reconnaître pour causes des troubles fonctionnels variés : circulation défectueuse de la muqueuse gastro-intestinale, sécrétion insuflîsante des divers appareils glandulaires, défaut d'acidité du suc gastrique, production exagérée de mucus, etc., nous nous bornerons à étudier le rôle de l'hydrothérapie comme modificateur de la circidation et de la nutrition générale dans le traitement de la dijspepsie sécrétoire.
La dyspepsie, je le répète, est un syndrome pathologique plutôt qu'une atTection bien définie. Prenons pour exemple un sujet qui est sous le coup d'une anémie par déperdition consécutive à une maladie grave. Nous sommes amenés à dire que cet homme est dyspeptique parce que son appétit est languissant, sa digestion pénible, accompagnée de sensations anormales qui vont jusqu'à la douleur.
Pour expliquer le développement de ces diiïérenls accidents, on est convenu de dire que les sécrétions, chez ce malade, reflètent l'état du sang dont la composition est défectueuse. On a même précisé l'altération des sucs digestifs admise en pareille circonstance : on a soutenu que chez les anémiques, les fébricitants, les convalescents, à la suite d'une maladie débilitante, le suc gastrique est rendu inactif par défaut d'acide chlorhydrique. Quelle action l'hydothérapie peut-elle exercer sur de semblables troubles ?
Nous possédons dans l'eau froide convenablement appliquée sur la peau un moyen puissant de régulariser le jeu du cœur, en augmentant la somme de son travail utile; mais par l'aclion qu'ils exercent sur les vaisseaux cutanés, les excitants thermiques et le froid, en particulier, sont de puissants modificateurs de la circulation. Ils activent d'une façon directe la circulation périphérique et cette stimulation retentit naturellement sur la circulation profonde.
Nous avons vu d'ailleurs que les irritations périphériques agissent à distance, par voie réflexe et par l'intermédiaire du pneumogastrique, pour exciter les terminaisons des nerfs splanchniques, faire contracter les vaisseaux qui sont sous la dépendance de ces nerfs. Mais cette suractivité circulatoire entraîne une oxygénation plus active du sang, qui traverse plus souvent les capillaires où il est mis en rapport avec l'air extérieur par l'intermédiaire d'une membrane très mince, c'està-dire dans les poumons et aussi dans les téguments. Yoilà donc un sang chargé d'oxygène qui circule avec une activité insohte dans les organes superficiels et
profonds; il en résultera naturellement une stimulation dos échanges nutritifs et par suite un accroissement des besoins de l'organisme : c'est, à mon sens, de la sorte qu'un bain froid, une douche, excitent l'appétit au même titre qu'une promenade au grand air par un temps frais, l'exercice musculaire, les inhalations d'oxygène, etc.... Or, on sait qu'un repas se digère mieux, en général, lorsqu'il est dicté par la faim, que lorsqu'il est pris par gourmandise.
Là ne s'arrête pas l'aclion de l'eau froide : son effet stimulant sur les circulations profondes, retentit sur les sécrétions gastrique, intestinale, biliaire, pancréatique qui deviennent plus abondantes d'abord et qui reprennent leur composition normale à mesure que le sang lui-même se régénère. C'est là tout le secret de l'action favorable de l'eau froide dans les dyspepsies proprement dites, dans les dyspepsies sécrétoires^ liées à une altération du sang.
C'est, à mon avis, le meilleur adjuvant du traitement diététique et médicamenteux, propre plus que tout autre à stimuler l'appétit en activant la nutrition générale, à modifier les sécrétions eu activant la circulation et notamment les circulations profondes. Notez que cette suractivité circulatoire peut être constatée de visu sur un animal dont on ouvre la cavité abdominale et qu'on soumet à l'action d'une douche froide ; elle est suffisamment attestée d'ailleurs par les hémorrhagies intestinales que l'on provoque à l'aide des bains froids employés dans un but antipyrétique.
De même des recherches nombreuses et précises démontrent qu'à la suite d'une douche, d'un bain froid,
réliinination de l'acide carbonique, de l'urée, de l'acide urique, des phosphates, etc., en un mot de tous les déchets des combustions organiques, subit un accroissement passager, ce qui prouve que les échanges nutritifs présentent sous cette influence, une activité insolite. Nous avons là un moyen bien autrement inotTensif et physiologique, pour activer l'hématose que les inhalations d'oxygène, qui, dans un cas d'anémie profonde, auront sur le sang la même action qu'un repas copieux composé d'aliments indigestes exercerait sur un estomac incapable de digérer.
Il n'y a d'autre contre-indication que l'amaigrissement résultant de l'ancienneté et de la gravité de la maladie, et encore cette prohibition n'est-elle ni absolue ni définitive.
Bains et douches d'eaux thermales.
Il est des malades qui ne peuvent pas supporter la pratique la plus simple de l'hydrothérapie, soit qu'ils ne présentent pas le réchauffement appelé réaction, soit que la dilatation vasculaire qui caractérise cette réaction fasse bientôt place à une réfrigération prolongée par la contraction des vaisseaux. Dans ces conditions il est toujours inutile d'insister, et souvent très important de remplacer les douches froides par les bains sulfureux, ou mieux par les douches chaudes, soit simples, soit sulfureuses, soit salines. Après une série de douches chaudes, on peut passer aux douches écos-
TllAlTEMENTS EXTERNES.
saises, et finalement aux aiïusions froides, qui sont alors mieux tolérées qu'au début du traitement.
Les eaux thermales naturelles sont supérieures, à tous égards, aux eaux minéralisées d'une manière artificielle; les sources suHureuses des Pyrénées, les eaux dites à tort indifférentes comme celles de Plombières, me paraissent parfaitement remplir le but, c'est-à-dire stimuler le système musculaire général et local. A Plombières on joint aux bains et aux douches, des irrigations intra-intestinales appelées douches ascendantes, qui contribuent singulièrement à réveiller l'action des fibres contractiles du gros intestin.
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Frictions et massages.
Ces pratiques contribuent pour une grande part au succès, quelle que soit du reste la température des bains et des douches mises en usage.
Électricité .
Les applications des divers modes d'électricité ont été tentées avec des résultats très divers.
ARTICLE I Faradisation extérieure.
La faradisation a été appliquée surtout dans les
alonies gastro-inteslinales; c'est un moyen qui ne saurait être continué sans inconvénients sérieux.
ARTICLE II Courants intra-œsophagiens.
Les courants continus furent appliqués pour la première fois en 18S0, par Duchenne de Boulogne qui plaçait un électrode à l'épigastre, et introduisait l'autre dans l'œsophage pour électriser le nerf vague; le danger était imminent car le moindre courant de déviation pouvait arrêter le cœur; l'auteur s'aperçut bien vile de cette témérité antiphysiologique; une de ses malades faillit périr entre ses mains.
Électrisation externe.
Plus tard Neftel, Furstner, Oka et Harada, Leiibe, se contentèrent d'appliquer les courants continus à l'extérieur, tant dans les gastrectasies que dans les atonies de l'estomac; dans ces derniers cas, le succès peut être considéré comme presque certain; mais il n'y a rien à attendre de ce moyen dans les dyspepsies chimiques.
ARTICLE IV Électrisation directe de l'estomac par la sonde.
En 1871, Rockwell et Heard préconisèrent celte mé-
thode. Depuis 1873 jusqu'à nos jours elle fui appliquée parMader, Kussmaul, Ziemsen, principalement dans le traitement des dilatations stomacales à l'aide d'un électrode introduit parle moyen d'une sonde dans l'estomac rempli d'eau, l'autre électrode étant appliqué àl'épigas- Ire. Le professeur Leube appliqua ce procédé à deux cas de dyspepsies nerveuses, sans obtenir aucun résultat favorable, tandis que dans les dilatations stomacales, l'élecli isation interne avait l'avantage de favoriser les garderobes. Au résumé, je le répète après Leube, et malgré des assertions contradictoires nouvellement émises, l'électricité interne constitue : l°un des moyens les plus fallacieux, les plus inutiles dans les dyspepsies vraies; 2° dans les pseudo-dyspepsies dépendant d'une atonie de l'estomac, la guérison de la maladie s'obtient par des moyens plus simples, moins dangereux; 3° dans les dilatations stomacales, l'effet unique a été la liberté du ventre.