J DES DYSPEPSIES
sies, rien qu'en constatant des régurgitations aigres, des renvois acides et des vomissements acides; or ces diverses évacuations, surtout les vomissements, empruntent naturellement leur réaction au suc gastrique, et dans ce suc jamais on n'a pu trouver un excès d'acide chlorhydrique : il faudrait pour arrêter la digestion 6 à 7 grammes de cet acide, ce qui ne s'est jamais vu ; si donc on a cru admettre ou constater un excès d'acidité, elle était simplement le résultat de la fermentation lactique ou acétique des aliments.
ARTICLE VI Conséquences pratiques.
11 semble donc qu'il y ait des sucs gastriques très acides et cependant parfaitement inefficaces, c'est qu'ils sont tro^ peu chlorhydriquesT^our agir. Ces sucs, loin de réclamer la neutralisation des acides indéterminés, parles alcalins, exigeraient plutôt l'addition d'une nouvelle quantité d'acide chlorhydrique.
Mais cela ne suffit pas ; on doit en effet, tout en prescrivant l'acide chlorhydrique pour favoriser la digestion, administrer en même temps des antiputrides, tels que l'acide salicyiique qui s'oppose à la décomposition des aliments.
En effet, Hoppe-Seyler pense que dans les cas de fièvre, et j'ajoute de dyspepsie dite acide, il y a une double cause de trouble. S'il y a, dit-il, diminution de l'acide chlorhydrique (Manasseïn), elle détermine la réaction neutre de l'estomac et enraye ainsi la digestion ; d'un autre côté, il se développe dans ce cas, sous
l'influence d'organismes inférieurs (vibrions, sarcine) une fermentation anormale caractérisée par l'acide lactique, par l'acide butyrique et des gaz. C'est pourquoi, en pareil cas, il faut non seulement de l'acide chlorhydrique avec pepsine, mais aussi de petites doses d'acide salicylique ou d'un autre antiferment.
S'il y a une fièvre intense et brusque, si l'individu est faible, le suc gastrique cesse même d'être peptogène ; dès lors la sécrétion diminue, d'autant plus que les nerfs vasomoteurs étant excités, les vaisseaux sont contractés, et le sang n'arrive plus aux glandes pepsiques.
On voit par là qu'il n'est pas indifférent d'administrer des acides ou des alcalis ou des antiferments : nos prédécesseurs, malgré l'ignorance des faits et de leurs causes, se sont hâtés, en faisant les applications d'une physiologie préhistorique, de recourir à l'acide chlorhydrique dans toutes les dyspepsies, parce qu'on les croyait toutes privées de cet acide. Puis par un raisonnement opposé on arrivait à prescrire l'eau de Vichy, pour éteindre l'excès d'acidité ; on avait donc des moyens contre tous les excédents, contre tous les déficits ; le hasard s'est même prêté parfois aux fantaisies des médécins, et comme le remède du médecin neutralisant n'a pas toujours porté préjudice au malade, on a conclu à la vahdité de la théorie et à l'excellence du traitement.
La question est plus délicate à résoudre ; mais elle est posée nettement.
§ III
Dyspepsies par altération de la pepsine.
La pepsine est le véritable agent de transformation des albuminates en une substance assimilable appelée peptone.
La pepsine, étant un ferment, agit à petite dose, et fait rarement défaut.
Mais elle peut être en défaut comme énergie pour achever l'œuvre de l'acide.
Dans tous les cas, pour se former, elle exige l'intégrité des glandes spéciales de l'estomac, et des matériaux de préparation, qui existent dans le sang en circulation dans les vaisseaux de l'estomac.
Or, dans les glandes, elle se présente sous deux formes, la forme insoluble, propepsine, et l'état soluble.
Les proportions de ces deux formes varient pendant la digestion.
Pendant cette fonction, les glandes pepsiques ellesmêmes subissent de profondes modifications.
La sécrétion change immédiatement sous Tinfluence des aliments azotés.
Il y a d'autres excitants de la sécrétion.
Il excite des substances entièrement contraires a la réaction.
Conclusions pratiques de toutes ces données.
ARTICLE PREMIER De la pepsine.
^onction de la pepsine. — La pepsine remplit une
PHYSIOLOGIE CHIMIQUE. ^-i
fonction spéciale et caraclérisliqiie qu'elle partage toutefois avec le suc intestinal, et le liquide pancréati.jue, c'est de transformer les substances albuminoïdes, qui sont toutes difficilement diiïusibles, toutes inabsoi bables, en une substance facilement endosmotique, et assimilable, appelée peptone.
La pepione une fois formée a la faculté de passer par les membranes animales, et par conséquent de faire passer dans le sang les albuminates jusque là réfractaires à l'absorption.
L'importante découverte de cette métamorphose appartient à Mialhe, qui a désigné sous le nom à'albiDninose ce principe diffusible, auquel Lehman a consacré la dénomination définitive de peptone.
Les albuminates non peptonisés ne peuvent pas entrer dans le sang à moins, comme le soutiennent Brûcke, Scbûtzenberger, Adamkiewicz, de subir une ébullition prolongée dans l'eau acidulée ; mais cette donnée n'a pas d'application pratique.
ARTICLE II Peptones. — Comparaison avec les pepsines.
a. Origine des peptones, — Les peptones sont de deux espèces au point de vue de leurs origines, elles proviennent du ferment de l'estomac (peptones pepsiques), ou du suc pancréatique ; mais, tandis que les peptones provenant du pancréas ne peuvent se former que dans un milieu alcalin, celles du suc gastrique ne peuvent se développer que dans un milieu acide.
~* DES DYSPliPSlES.
Le ferment gastrique, opérant sur les albuminales, produit : '
1° La syntonine: il transforme une partie de l'ai bumme en une substance appelée parapeptone, ou syntonme, qui n^est pas absorbable, mais qui finit par être digestible; c'est là l'opinion de Brûcke, contre Meissner qui soutenait que la parapeptone résiste indéfiniment à la digestion.
2° La nucléine (Lubavin), qui ressemble à la dmpeptone de Meissner.
3° La peptone gastrique. — La plus grande partie de l'albuminate se transforme directement en peptone, dont nous allons faire l'étude analytique et comparative avec les albuminates, dont elles proviennent.
b. Composition des peptones. — La composition des peptones ne nous dit rien sur leur assimilabilité si facile. Lebman, puis Thiry ont trouvé leur composition analogue à celle des matières albuminoïdes.
Plus récemment Lubavin, Muhlenfeld, Kistakowsky et Henninger ont indiqué une teneur bien inférieure en carbone : 0,5 à 1°.
Adamkiewicz considère les peptones comme des albuminates privés de sels minéraux (et de structure moléculaire inférieure); mais Herth a prouvé qu'il peut obtenir aussi des albuminates privés de substances minérales.
Herth admet que les matières albuminoïdes sont de simples polymères des peptones; la digestion scinde cette molécule polymérique en molécules primaires incomplètes ; la polymérie s'oppose en effet à leur solubilité.
Enfin Sclmtzcnhci'ger et Ilenninger considèrent les peptones provenant de la fibrine, albumine ou caséine, comme des matières albuminoïdes modifiées par hydratation; elles possèdent les propriétés des acides amidés. Inversement on peut transformer la fibrine peptone par déshydratation en une matière se rapprochant par ses réactions des matières albuminoïdes ; c'est ce qui vient d'être prouvé à nouveau par Danilewsld.
c. Propriétés chimiques des peptones. — Incoagulables, solubles dans l'eau, dans l'acide acétique, dans l'alcool, elles précipitent par l'alcool pur, en flocons conglomérés, entièrement solubles dans l'eau ; mais si la macération dans l'alcool est prolongée, il se forme en même temps un résidu de leucine et de tyrosine. Insensibles au réactif xanthoprotéique et au réactif de Millon, qui dévoile l'albumine, elles se colorent en pourpre par le' sulfate de cuivre (et non en violet, comme l'albumine); elles ne se troublent pas comme l'albumine, si elles sont pures, par le ferrocyanure additionné d'acide acétique; leurs caractères chimiques les plus curieux sont les suivants :
Les sels bihaires dissous produisent sur les peptones un épais précipité ; l'alcool additionné d'acide chlorhydrique les décompose en s'emparant des acides biliaires.
Cette réaction des sels biliaires est très sensible, mais nullement caractéristique ; on la retrouve pour l'albumine, la fibrine et la syntoiiine.
Liqueur cupropotassique.—Les peptones entravent la réduction de la liqueur cupropotassique par le sucre (Longet), mais ce n'est pas là un fait propre aux peptones.
d. Caractères physiques. — Us caractères physiques
ont une importance capitale; ce sont, d'une part, le pouvoir rotatoire, et, d'une autre part, la propriété osmotique.
Elles sont lévogyres et diffèrent par l'inlensité de leur pouvoir rotatoire, selon qu'elles proviennent de la fibrine, de la myosine, de l'albumine.
11 va augmentant depuis l'albumine peptone jusqu'à la fibrine peptone, et même jusqu'à la caséine peplone (Henninger).
Pouvoir osmotique. — Les peptones sont, dit-on, dialysables, c'est-à-dire susceptibles de traverser les membranes; mais leur pouvoir endosmotique est loin d'être aussi considérable qu'on l'a cru depuis Funke ; les peptones traverseraient une membrane de vessie de porc dix fois plus vite que l'albumine, et dans l'intestin leur absorption serait plus énergique que celle du sel, et aussi prompte que celle du sucre. Acker soutient en outre qui! suffit d'une pression moindre, pour faire pénétrer les peptones, que les solutions d'albumine, par les membranes animales. Wittich contredit absolument ces faits ; les peptones pures ou contenant des sels sont dans le même cas que les matières albuminoïdes ; après 3 jours de dialyse par l'instrument de Graham l'eau environnante ne contiendrait que des traces de ces substances; elle en contient plus si on ajoute deux millièmes d'acide chlorhydrique, ou une solution faible de potasse.
Maly arrive au même résultat ; il se sert même de la dialyse pour purifier la fibrine peptone et la débarasser des sels. Henninger ne nie pas la faiblesse du pouvoir endosmotique des peptones; il le considère cependant comme supérieur à celui des albuminates.
Mais alors comment expliquer la facililé d'absorption des peptones, non seulement par l'intestin grêle, mais même par le gros intestin, et enfin son immixtion facile avec le sang?
ARTICLE III Usure de la pepsine.
La quantité de pepsine est difficile à apprécier et impossible à préciser; on sait seulement comme elle constitue un ferment, comme elle agit en cette qualité, qu'il n'en faut qu'une quantité minime pour opérer la digestion, mais on sait aussi qu'elle exige d'autres qualités pour que son intervention soit efficace.
Ainsi elle a besoin d'un milieu acide, tel que celui de la cavité gastrique; et elle perd son pouvoir digestif dans un liquide alcalin, comme l'est celui de l'intestin, après l'arrivée de la bile et du suc pancréatique.
Usure de sa qualité. — Ainsi nous avons déjà appris aussi à connaître l'influence de l'acidification sur le ferment pepsique; la pepsine neutre, la pepsine seule est impuissante, mais dès qu'elle est associée à une quantité déterminée d'acide chlorhydrique, 1 /2 millième, ou lactique, 3 millièmes, toute son énergie se développe ; il y a plus, lorsqu'elle a perdu de sa force, après avoir été utilisée pour la transformation des albuminates, l'addition d'une petite dose d'acide suffit pour la revivifier et lui permettre de digérer une somme étonnante de fibrine.
Voici l'explication du fait; si l'acidité continue du suc est indispensable pour ranimer la digestion des matières
albuminoïdes, c'est parce qu'elles contiennent toujours une quantité de soude, qui peut, étant en excès, enrayer le travail digestif, en s'emparant de l'acide.
Hoppe-Seyler l'explique autrement; il pense, que l'acide est employé à former les combinaisons acides, qui s'arrêtent à la création de la syntonine, et ne peuvent aller jusqu'au développement des peptones. Quoi qu'il en soit, la nécessité de l'acidification additionnelle dans les digestions ralenties, reste acquise à la science. Voici maintenant une autre question intéressante; elle est relative à l'usure quantitative de la pepsine.
Usure de sa quantité. — La pepsine n'est représentée que par un chiffre minime dans le suc gastrique, ce qui ne l'empêche pas d'opérer sur une masse importante d'albuminates ; ainsi 50 grammes de fibrine sont digérés par un litre de suc gastrique, il semble même qu'il n'y ait pas de diminution quantitative. La pepsine ne se détruit pas, dit Brûcke, par la digestion, et dans les solutions de fibrine parfaitement peptonisées, on retrouve toujours, dit-il, de la pepsine ; il en est de même dans les peptones d'albuminates liquides, tandis qu'après les digestions d'albumine cuite et dure, la pepsine semble se perdre, sinon comme quantité, du moins comme efficacité.
L'usure quantitative est d'ailleurs elle-même incontestable, par elle-même, car Grûtzner ne trouve plus autant de pepsine dans une digestion avancée; mais il est bien évident qu'il n'a pu la mesurer que par son degré d'infériorité fonctionnelle.
ARTICLE IV Usages de la pepsine.
La pepsine active et fraîche est indispensable pour achever l'œuvre de l'acide; si elle manque, la digestion s'arrête, et il ne forme qu'un produit inabsorbable, la syntonine.
Depuis longtemps Schwan et Mulder ont démontré que dans les liquides qui digèrent les albuminates, il se forme, outre le produit définilif absorbable, c'est-à-dire outre la peptone, d'autres produits, qui se précipitent dès qu'on vient à neutraliser plus ou moins complètement l'acide du liquide digestif : c'est \q précipité par neutralisation. Meisner, le premier, attribua à ce précipité, qu'il appela parapeptone^ une sorte d'immutabihté, et le considéra comme inaltérable par le suc gastrique ; les albuminates, selonMeisner, se dédoublent en peptone absorbable et en parapeptone inattaquable. Aujourd'hui, et cela depuis les objections de Brûke, et malgré l'appui de SchôlTer, Hamerslen et Finckler, il est acquis que la parapeptone n'est pas un composé indigestiblc, mais qu'il se présente comme un produit intermédiaire, susceptible de se transformer en peptone. Seulement, pour en arriver là, il est nécessaire, dans les digestions artificielles, d'employer une pepsine puissante, et à une chaleur élevée, sinon on n'obtient rien; c'est ce qui avait trompé Meisner^ qui avait employé pour digérer sa parapeptone, une pepsine du commerce, à une température trop basse et pendant un
temps trop court; dans les conditions indiquées, et à l'aide d'une pepsine fraîchement préparée avec la muqueuse gastrique du porc, on finit par ne plus pouvoir rien précipiter à l'acide des alcalins, de ce liquide chlorhydrique; il suffit alors de filtrer ce liquide, provenant du précipité de neutralisation, et de le soumettre à la pepsine pour tout digérer.
Ainsi la parapeptone est le premier produit de l'action du suc gastrique; il dure plus longtemps dans un suc gastrique pauvre en pepsine, que dans un suc très riche en pepsine, lequel le modifie peu à peu et le transforme en peptone, que rien ne précipite plus, ni les acides, ni les sels, ni les hases.
^ Quelle est la nature de ce produit intermédiaire ? La réponse est facile à faire ; lorsqu'on traite les albuminates, sans l'intervention de la pepsine, par un simple acide, on obtient alors les mêmes phénomènes que lors de l'emploi de l'acide pepsique, dans les premières heures. Ainsi, lorsqu'on fait, par exemple, digérer pendant plusieurs heures de la fibrine du sang ou l'albumine dans l'acide chlorhydrique au millième, et qu'on filtre, on arrive, en émoussant l'acide, à un précipité abondant de neutralisation.
Ainsi la transformation en parapeptone n'est pas due au facteur pepsine; c'est une simple acidification, car lorsqu'on traite l'albumine, d'une part, avec l'acide chlorhydrique dilué, et, d'une autre part, avecunhquide digestif ([& même acidité, la transformation de la parapeptone n'est pas plus prompte dans le deuxième cas que dans le premier, et ce qui est plus probant, c'est que le précipité par neutralisation, qui n'a jamais
PHYSIOLOGIE cniMinuE. 31 toiicliéla pepsine, a les mêmes propriétés que celui qui a été obtenu par le secours de la pepsine.
Parapeptone-s7jnto7iine. — Il s'ensuit que la parapeptone n'est autre chose que le produit de la transformation des albuminates par les acides, c'est-à-dire la syntonine avec laquelle elle cadre de tous points; c'est la transition vers la peptonisation vraie, mais c'est encore un corps protéique, non dialysable. Or, la quantité de syntonine, qui existe à un moment déterminé dans un liquide digestif, donne une très bonne mesure de la marche de la digestion; plus il y a de syntonine, en d'autres termes, plus le précipité de neutralisation est considérable, moins la digestion est avancée, et moins il y a de peptones formées.
Lorsque plus tard on a écarté toute la syntonine par la destruction de l'acide, toute l'albumine crue par la cuisson, le liquide filtré ne contient plus de corps protéique proprement dit ; il devient parfaitement clair, limpide. C'est la peptone.
Ce qui a lieu dans les digestions artificielles, ne se passe pas autrement dans l'estomac en fonction ; la digestion, faute d'une pepsine active, d'une pepsine suffisante, peut rester à mi-chemin, et s'arrêter à la formation de la syntonine, qui est inabsorbable, et par conséquent inutile.
N'est-ce pas là une de ces dyspepsies, qui n'ont pas encore été appréciées, précisées par la chimie biologique ? n'est-ce pas là une de ces digestions défectueuses, à la suite desquelles, le malade, sans souffrir, sans se plaindre, ne profite pas de ses aliments, et arrive peu à peu au dépérissement . C'est une question que
je soulève, comme bien d'autres relatives à la pepsine. Si, dans ces cas, on pouvait opérer, comme Hamarsten l'a fait dans la couveuse avec une pepsine efficace, ou avec une muqueuse fraîche pleine de pepsine aciive, on achèverait sans aucun doute une digestion incomplète, ou plutôt apparente.
Récemment on a, pour juger les progrès de la digestion, sacrifié une quantité d'animaux, au bout de 20, 40, 60 minutes ; or on concluait à une digestion vraie^ quand il ne s'agissait que d'une fluidification par l'acide. Je signale cette erreur, et je demande quel est le remède pour l'éviter, c'est-à-dire pour faire une peptonisation. Dans ces cas, ce n'est évidemment pas la pepsine du commerce qui agira ; demandez-le à Maly et à Hamarsten, dont l'opinion ne saurait être suspectée ; ces physiologistes réclament une pepsine fraîchement préparée, agissant lentement, à température élevée; autrement le succès est compromis, la digestion s'arrêtera.
ARTICLE V Glandes à pepsine.
L'estomac consiste essentiellement dans les glandes tubuleuses simples, qui sont destinées à la formation de la pepsine. Henle les divise en glandes pyloriques et en glandes essentielles ou à pepsine. — Elles se divisent bien, en effet, en deux variétés de forme et de volume, mais non en deux espèces fonctionnelles; à ce dernier point de vue elles sont toutes chargées de créer la pepsine.
A. Glandes essentielles. — Toutes sont formées par
une membrane propre, mince, repliée en cylindre, et celle membrane conlient à sa surface interne deux espèces distinctes de cellules.
a. Les cellules capitales de Ileidenhain. Ce sont de petites cellules pâles sans enveloppe mais à noyaux ; cellules qui délimitent partout la lumière intérieure de la glande, qui sont très serrées les unes près des autres, de telle façon que leur forme particulière est mal dessinée, d'où le nom de cellules adélomorphes (c'està-dire à delos indistinct), adopté par RoUett.
b. Les cellules de revêtement (Heidenliain, délomorplies de Rollett), très considérables, la plupart disséminées,, arrondies ou polygonales, un peu aplaties (0,016 mm. de diamètre), à noyaux accolés directement à la membrane glandulaire, foncées, granulées, c'est-à-dire contenant un protoplasma granuleux, faciles à colorer à cause de leur situation isolée, et prenant alors l'aspect ovoïde ou semi-lunaire ; elles font saillir la membrane propre.
c. Fonctions des cellules à revêtement . — C'est dans ces cellules surtout que se fait la pepsine, mais elles n'ont pas le monopole de cette sécrétion. Les anciens lîistologues les considéraient à tort comme les seules cellules pepsiques, et leur erreur était plus grande encore, lorsqu'ils prenaient les nucléoles foncés, nombreux, de ces cellules, pour des grains de pepsine.
d. Fonctions des cellules capitales. — En effet, dès qu'on connut les deux formes de cellules, on rechercha tout d'abord si elles avaient des fonctions identiques ou diverses. — Or voici ce que les beaux travaux de Ileidenhain ont démontré.
G. SÉE, Dyspepsies. 3
Les cellules capitales se gonflent fortement pendant la sécrétion, et s'affaissent ensuite (Heidenhain^ Ebslcin).
— En effet le ferment digestif, la pepsine, se forme dans ces cellules, et quand elles sont claires et volumineuses, elles sont riches en pepsine ; si elles sont ratatinées et troubles, elles ne contiennent plus que peu de pepsine.
e. Nature des modifications des cellules. — Or cet affaissement des cellules après leur évacuation ne veut pas dire qu'elles soient détruites, ni même transformées ; cela signifie seulement qu'elles se débarrassent des produits qu'elles renfermaient. La pepsine a son siège de prédilection dans les cellules profondes de la muqueuse, et c'est là que se trouve le pouvoir digestif ou du moins pepsinifère le plus considérable.
/. Dive?'sité d'actioji des diverses parties des cellules.
— La partie superficielle des glandes n'agit pas de la même façon que la partie profonde ; on sait que des deux parties du suc gastrique, l'acide, paraît surtout formé, ou plutôt existe surtout à la surface libre de la muqueuse, et à l'orifice des conduits des glandes stomacales, ainsi que l'a démontré Cl, Bernard, et que la partie profonde contient principalement la pepsine.
Heidenhain a cherché aussi à démontrer que l'acide se forme de préférence dans les cellules à revêtement, plutôt que dans les cellules capitales.
B. Glandes pyloriciues. — Ces glandes sont infiniment plus simples que les glandes du grand cul-de-snc; elles sont, jusqu'au fond, tapissées par un épithélium cylindrique régulier, qui ne diffère de l'épithélium des ouvertures glandulaires, que par leur cylindre plus
court, et par la présence d'un noyau très visible, plus près du bout inférieur du cylindre. Elles diffèrent encore de l'épitliélium cylindrique de la surface muqueuse et des cryptes, par les changements qu'elles éprouvent pendant les digestions, ce qui n'aurait pas lieu si c'étaient de simples glandes mucipares ; elles se gonflent, se troublent, deviennent granuleuses, et se colorent alors facilement par le carmin ou l'aniline.
Les glandes pyloriques seraient encore remarquables, par des petites cellules à revêtement ; or celles-ci seraient impuissantes, d'après Fick et Friedinger, à former la pepsine ; mais Ebstein, Grûtzner, ont démontré le contraire ; les glandes pyloriques peuvent parfaitement servir à la peptonisation ; Witlich admet bien qu'elles forment de la mucine, et que néanmoins elles agissent quoique faiblement dans la production de la pepsine. La preuve la plus convaincante est fournie par une expérience de Klemensiev^icz. Ce physiologiste circonscrit, chez le chien vivant, la portion pylorique par deux incisions, rapproche ensuite par couture le duodénum et Testomac; la portion pylorique qui est restée en rapport avec les vaisseaux, est ensuite fermée par le bout inférieur, et cousue à la paroi abdominale. Les animaux meurent au plus tard après six jours. Or le secrétum de cette partie est ordinairement visqueux, alcalin, avec 2 p. 100 de principes solides, il est parfaitement apte à peptoniser les aliments azotés ; — légèrement acidulé il dissout la fibrine, l'albumine cuite et transforme l'amidon en sucre ; ainsi on ne saurait nier la coopération des glandes pyloriques à la formation de la pepsine.
ARTIfXE VI Circulation dans les glandes.
La circulation dans les glandes éprouve pendant la digestion des modifications bien plus considérables encore que les glandes elles-mêmes ; mais voyons d'abord la répartition des vaisseaux.
La circulation est profonde ou superficielle ; les artérioles vont en s'arborisant dans l'épaisseur de la membrane musculomuqueuse, et forment là des tubes, qui se rendent parallèlement et verticalement dans l'épaisseur des glandes, s'anastomosant dans leur trajet entre les glandes de manière à former autour d'elles les réseaux capillaires.
De ces réseaux on voit près des ouvertures glandulaires sortir des vaisseaux plus considérables, qui vont former près de la surface muqueuse un réseau régulier, étalé ; c'est ce réseau superficiel qui fournit la portion veineuse de la circulation ; les branches qui en sortent vont rapidement en s'élargissant dans la profondeur, et abandonnent la muqueuse sans avoir reçu de branches des parois glandulaires.
Fonctions séa^étoires de ces réseaux. — Ce réseau fin qui enveloppe les glandes a été considéré par Frey comme un organe sécréteur, le réseau plus gros et plus superficiel, comme la partie absorbante du système vasculaire^ destinée à résorber la partie fluide du contenu stomacal.
Fondions resjoiratoires de ces réseaux. — Selon Ilenle, c'est unappare il respiratoire annexé à l'appareil
digestif. — En effet, tandis que le sang sorti des glandes à l'état nerveux gagne des vaisseaux relativement larges et superficiels, on peut comprendre qu'il échange son Co2 avec l'oxygène de l'air, qui est constamment ^ introduit avec les aliments. — Il est certain que l'O de ' l'air ingurgité disparaît et arrive au sang, comme le prouve l'analyse des gaz de l'estomac et de l'intestin.
Fonctions préparatoires de la sécrétion. — Sans nier la fonction respiratoire de ce réseau, on ne saurait méconnaître la part importante que la circulation prend à la sécrétion ; mais cette attribution n'est pas directe ; ce ne sont pas des vaisseaux sécréteurs, comme le sont les artères rénales; mais ils favorisent, ils préparent la sécrétion peptique ; voici comment : A l'instant même où l'impression des aliments sur la muqueuse commence à déterminer la sécrétion, il se produit une grande activité de la circulation glandulaire ; les vaisseaux deviennent rouges, turgescents, et d'une activité telle, que le sang veineux sort rouge ; c'est du reste ce qui se produit dans les glandes sécrétoires en général ; il s'établit ainsi un afflux sanguin, parallèle et subordonné à la sécrétion; on avait cru qu'il s'agit là d'une hypérémie, d'une congestion, d'une irritation provoquée par les aliments, surtout par ceux qui sont de difficile digestion ; c'est une grave erreur, qui a entraîné de plus graves conséquences ; il s'agit simplement d'un surcroît de circulation, nécessité par et pour la sécrétion. Les matériaux du sang vont être élaborés là en plus grande quantité pour le fonctionnement des glandes et la formation de la pepsine, et c'est tout. C'est là un fait absolument normal, résultant d'ailleurs
d'une impression, qui part de l'estomac, gagne le bulbe ou la moelle, et revient sur les nerfs vasodilatateurs ; Il s agit simplement d'une dilatation des vaisseaux par 1 excitation de ces nerfs fonctionnels. Il reste maintenant à savoir comment, à l'aide du sang, de la circuation et des glandes, se forme la pepsine, et dans quelles conditions elle se présente tout d'abord.
ARTICLE VII État inerte de la pepsine.
Il est un état de la sécrétion peplique qui peut constituer un véritable impedimentum à la digestion, et qu'on ne pouvait guère soupçonner avant les belles recherches de Heidenhain. La pepsine dans l'estomac se présente sous deux formes très différenles ; une certaine portion de la pepsine passe rapidement dans les hquides destinés à les dissoudre, l'autre portion n'y arrive que très lentement et par petites portions. C'est cette difficile liquéfaction qui explique pourquoi une muqueuse gastrique, traitée jusqu'à destruction de ses éléments par l'acide chlorhydrique faible, incessamment renouvelé, abandonne sans cesse de la pepsine (Biiike) ; c'est pourquoi aussi une infusion chlorhydrique de la muqueuse devient de plus en plus riche en pepsine pendant des semaines, lorsqu'on emploie pour l'extraction de la pepsine, une grande quantité de liquide (Schiff).
Celte pepsine presqu'insoluble n'est pas à l'état d'isolement dans les glandes, elle y est combinée avec
une autre substance , probablement un albuminate combinaison qui est ,\momm^Q propepsine par Schill, substance pepsinogène par Ebstein et Grûlzner.
Ce qui prouve l'existence de cette combmaison, c'est que la glycérine qui est un excellent dissolvant de la pepsine, retire de la muqueuse gastrique bien moms de pepsine que si cette glycérine est additionnée de Ip. 100 de chlorure de sodium, ou 0, 2 p. 100 d'acide chlorhydrique ; ce sel ou l'acide chloruré sépare la pepsine d'un autre corps avec lequel elle est combinée. — Au contraire le dédoublement de la propepsine est empêché par l'addition d'une solution de bicarbonate de soude à 1, 5 p. 100 (Schiff).
Or si par des conditions chimiques encore mal déterminées, les dissolvants de la propepsine n'existent pas, si la pepsine ne se dégage pas de ses combinaisons, il doit en résulter un genre nouveau de dyspepsie qui tient non pas à l'absence de la pepsine, mais à sa cohérence, et par conséquent à son maclion.
ARTICLE VIII État soluble de la pepsine.
La sécrétion de la pepsine doit être envisagée encore à un autre point de vue, qui a été mis en lumière par Grutzner et Heidenhain ; il s'agit des rapports des pepsines sécrétées, dissoutes ou consistantes, avec la pepsine contenue dans la muqueuse.
Lorsqu'on examine chez un chien le grand cul-de-sac de l'estomac, après l'ingestion des aliments, on voit bien
la sécrétion commencer, mais les pepsines y sont rares, t abaissent même dans les deux premières heures d^ la digestion; pms elles remontent vers la quatrième et cnquieme heure, restent stationnaires entre la sixième et septième heure, et s'il y a eu jeûne préalable, elles dépassent même le taux primitif. Or, il semble au premier abord que les sécrétions peptiques doivent marcher parallèlement avec le contenu pepsique des glandes; il n'en est pourtant rien; ainsi entre la quatrième et cmqmème heure, moment solennel de la sécrétion peplique, le contenu de la muqueuse en pepsine libre ou en propepsine, est notablement diminué, même si on le compare à l'état d'inanition. Dans les heures suivantes, la sécrétion est plus pepsinifère qu'au début bien que la muqueuse se rapproche alors du minimum' pepsique.
Ainsi avec un estomac pauvre en pepsine glandulaire la sécrétion peut être plus riche en ferment qu'avec une muqueuse bien pourvue.
Cette discordance s'explique par la donnée précédemment indiquée, à savoir que la pepsine dans les glandes, est en partie libre et facile à extraire, en partie combinée, difficilement extractible (propepsine).
On peut conclure de tout ceci, que l'augmentation de la pepsine entre la quatrième et cinquième heure de la digestion tient à ce que malgré la petite quantité de ferment existant alors, une grande partie de la pepsine acquiert une plus grande solubilité, en d'autres termes, la quantité de pepsine libre s'augmente aux dépens de la propepsine.
II y a là des données qui n'ont pas encore été utili-
sées ni pour l'élude des dyspepsies, ni à plus forte raison pour les indications des pepsines artificielles, lesquelles ne peuvent évidemment suppléer qu'aux pepsines dissoutes, sans avoir le pouvoir de rendre de l'aclivilé aux pepsines latentes ou aux pepsines intraglandiilaires.
Il s'agit donc de savoir quels sont les agents modificateurs de la sécrétion, en général, des glandes ellesmêmes; le premier des modificateurs est la digestion; voyons ses effets sur les glandes.
ARTICLE IX Effets de la digestion sur les glandes.
Lorsque les aliments, et surtout les aliments azotés arrivent dans l'estomac^ non seulement la circulation s'accélère dans les glandes et autour d'elles ; mais les glandes elles-mêmes subissent en même temps de profondes modifications.
Avant l'arrivée des aliments, c'est-à-dire dans l'état de jeûne, les cellules capitales du grand cul-de-sac de l'estomac étaient volumineuses, claires, et leur noyau aplati ; dès que la digestion commence, surtout d'un repas copieux, les cellules et les glandes elles-mêmes augmentent encore; les cellules en même temps se troublent légèrement.
Entre la sixième et la neuvième heure, elles se rappetissent et deviennent de plus en plus troubles.
Pendant ce temps les cellules de revêtement, qui étaient restées petites, se gonflent sensiblement.
A partir de la quinzième heure, tout rentre à peu près dans l'état normal.
Effets des divers états de la digestion. — Or, tous ces cliangemenis, surtout l'augmentation de volume des glandes, et le trouble des cellules capitales dépendent du genre de régime, et de l'état antérieur de l'animal; ainsi par une nourriture azotée et riche, les glandes se gonflent dès la deuxième heure, après quatre heures le phénomène est complet; le ratatinement commence alors et ne se termine qu'après quatorze heures.
Lorsqu'il s'agit du pain, le retrait des cellules se fait plus tôt; mais c'est surtout quand la muqueuse reçoit des substances indigestibles, que le trouble et la diminution de volume des cellules capitales s'opèrent d'emblée.
En tous les cas les cellules capitales claires et volumineuses, les cellules de revêtement petites correspondent à une saturation pepsique ; réciproquement les cellules capitales réduites, les autres gonflées répondent à la pauvreté en pepsine ; c'est la période d'abstinence.
La pepsine se forme donc dans les cellules capitales ; elle s'y forme directement ou à l'état de propepsine à l'aide des albuminates du protoplasma; pendant la période d'inanition ces albuminates se transforment en pepsines (doctrine de Heidenhain).
Puis lors de la réplétion de l'estomac, commence l'œuvre sécrétoire, pendant laquelle deux processus intimement connexes vont se passer, à savoir, d'une part, la transformation de la propepsine en pepsine liquide qui est sécrétée ; d'une autre part, l'intussusception de nouveaux albuminates, et par là une augmentation du protoplasma des cellules, destiné à la formation de nouveaux ferments peptiques.
ARTICLE X Effets des aliments.
On a pendant longtemps considéré l'aliment albuminoïde comms le seul capable d'exciter la sécrétion gastrique ; on s'est fondé surtout sur ce fait, que cet aliment contient un principe indispensable à l'action des glandes; c'est une erreur relative : ils excitent la sécrétion plus que tout autre aliment, mais en général, dès l'ingestion du repas, quel qu'il soit, la sécrétion commence, d'abord incomplète, imparfaite, pauvre en pepsine, puis de plus en plus active, ayant son maximum vers la 6^ ou 7° heure. S'il y a eu une abstinence préalable, la sécrétion est bien plus abondante, et.reste en quantité considérable jusqu'à la 9° heure.
Si le jeûne se prolonge après, au delà de 60 heures, la pepsine commence à être sécrétée spontanément sans aucun excitant alimentaire ; le maximum serait donc après un long jeûne.
S'il y a une inflammation gastrique, comme on la voit chez les chiens fistuleux, il y a une sécrétion morbide, qui empêche l'excitant physiologique d'agir, et la sécrétion est neutre.
En dehors de cet état anormal, la pepsine digère à peu près la même quantité d'albumine pendant toute la durée de la digestion, quel que soit d'ailleurs son degré de dilution.
A la fin elle peut digérer les cellules de revêtement elles-mêmes, de là des pepto7ies, dont la présence enraye singulièrement l'action digeslive.
Mode d'action des aliments. — Comment les aliments
agisse7it-Us? Exercent-ils une simple action mécanique sur les organes sécrétoires pour les mettre en activité, ou bien opèrent-ils en même temps par leur composition chimique. — Par une irritation mécanique on ne met en jeu que les glandes de la portion irritée de la muqueuse, et on n'obtient qu'une sécrétion très limitée; elle augmente proportionnellement si l'irritation mécanique s'étend sur une plus grande surface ; c'est cependant à peine si on obtient ainsi 10 à 12 grammes de liquide chez un chien. Lorsqu'on introduit des aliments ordinaires dans le cul-de-sac de l'estomac, la sécrétion commence après 15 à 30 minutes et continue jusqu'à ce que l'estomac soit entièrement vidé, c'està-dire 13 à 14 heures par un repas moyen.
Si on donne au chien une nourriture difficile à digérer (tendons, etc.), la sécrétion ne commence qu'au bout d'une heure, et ne continue qu'une heure et demie à 4 heures.
Il résulte de là que par les aliments indigestes, la sécrétion reste locale ; mais elle se générahse, dès qu'il y a commencement de résorption dans l'estomac. Il se fait donc une sécrétion primitive, et une secondaire. — Ainsi la digestibihté des aliments et leur absorbabilité exercent sur la sécrétion ultérieure une influence très considérable.
Excitants divers de la sécrétion. — Outre les aliments, il y a des excitants puissants de la sécrétion ; l'alcool, l'éther, le sel commun et surtout les alcalins; de faibles solutions alcalines sont absorbées par l'estomac, et n'en laissent pas moins dans l'estomac un flot de liquide gastrique (Blondlot).
ARTICLE XI Autres modificateurs delà sécrétion gastrique.
Il y a, outre les aliments, un bon nombre de modificateurs de la sécrétion gastrique, mais en général beaucoup moins efficaces qu'on ne l'a affirmé.
a. Agenis physiques, douteux. — On compte sur la température basse des boissons pour favoriser la sécrétion ; certes le froid est de tous les agents d'excitation, le seul qui réveille la sensibilité de l'estomac, mais il n'est pas démontré qu'il active la sécrétion.
La digestion serait facilitée, dit-on, par les contractions stomacales, c'est-à-dire par l'agitation de la masse alimentaire, c'est-à-dire par sa mise en contact avec le suc gastrique.
Un point plus important est relatif à l'état de division et à la mollesse des aliments ; la viande dure et en fragments volumineux, n'est pas accessible au suc gastrique, lequel pénètre facilement dans les faisceaux musculaires réduits en pulpe, ou dans l'albumine demiconsistante.
b. Agents mécaniques. — Les corps irritants, qui agissent mécaniquement, font bien sécréter un liquide, mais qui n'a pas d'efficacité ; c'est simplement un liquide acide, d'après M. Edvards; en tous les cas, ce liquide est pauvre en pepsine ; les condiments, comme le poivre, agissent ainsi.
c. Les purgatifs, d'après Frericlis et Blondlot, provoquent plutôt une sécrétion.
Les a^ners et les carminatifs, d'après Buchl.eim, ne font rien sécréter.
d. Agents pepmiogènes.~LQs agents pepsin.gènes véritables sont les aliments quelconques, ils agissent tous dans ce sens, les azotés plus que les autres.
Les alcalins provoquent la sécrétion d'une manière indubitable. Les légumes frais, qui conliennent des sels sodiques ou potassiques, présentent également le même avantage.
Pepsinogènes en général. — Outre ces substances sécrétoires, il existerait, d'après Schiff, des substances qui font naître la pepsine, dans les circonstances les plus graves, où elle fait défaut. Les types, d'après cet éminent chercheur, seraient constitués par des principes solubles dans l'eau, par le bouillon, la dextrine, la gélatine, l'extrait aqueux des viandes, en un mot, par des substances qui n'ont pas de valeur nutritive intrinsèque, mais qui étant introduites dans l'estomac, dans le rectum (non dans l'intestin grêle), dans le sang, ont la propriété de ranimer l'estomac épuisé par une digestion laborieuse, de faire naître la pepsine qui vient à faire défaut, en rendant le sang apte à fournir les éléments nécessaires à l'élaboration du ferment peptique.
A cela GrQtzner répond : le bouillon, la dextrine ont le pouvoir non de faire la pepsine, mais de la faire sortir des glandes qui en renferment ; ce serait déjà important ; mais le fait lui-même ainsi réduit n'est pas prouvé, comme nous le verrons au chapitre de l'inanition.
e. Agents antipep tiques. — Les métaux lourds, l'acétate de plomb, les chlorures de mercure, l'alcool
pnYSIOLOGIE CHIMIQUE. *'
concentré, les alcalis concentrés, l'acide phénique, arrêtent la digestion.
C'est surtout la bile, ou plutôt ce sont les acides biliaires qui troublent la digestion en reHuant vers l'estomac (Cl. Bernard, Burkardt), mais il faut pour cela, (voir dyspepsies biliaires) de grandes quantités de bile. L'acide glycocholique entraîne le ferment pepsique et les peptones d'une manière mécanique.
Plus tard le suc gastrique se sécrète encore, et redissout le précipité ; la pepsine redevient libre, et le dommage est réparé.
D'une autre part, les albuminates arrivés dans l'intestin, finissent par se dissoudre clans le suc intestinal ; dès lors l'influence funeste de la bile est annihilée.
ARTICLE XII Conclusions pratiques.
1° La véritable utilité de la pepsine se manifeste surtout dans les digestions incomplètes, lentes, qui ne sont pour ainsi dire que .les ramollissements des albuminates par l'acide ; en d'autres termes, lorsque l'opération chimique naturelle ou artificielle s'arrête à la formation de la syntonine, laquelle est absolument inassimilable, et ne peut être résorbée, que si à l'aide d'une nouvelle action du ferment pepsique, elle a passé à l'état de pcptone. Malheureusement ce genre de dyspepsies n'a même pas été signalé, <à plus forte raison étudié sur le malade, ce qui ne constituerait pas un problème insoluble; il suffirait en effet d'examiner le
contenu stomacal, retiré à l'aide de la pompe stomacale, comme on l'a étudié au point de vue de l'acide chlorhydrique. Ce serait dans ces pseudo-digestions qu II faudrait recourir aux pepsines arlificielles, mais à une condition, c'est que ces ferments soient absolument frais, et tirés de l'estomac d'un animal (surtout du porc) qu'on vient de sacrifier; ce n'est qu'à l'aide d'une muqueuse fermentifère, que Hamarsten est parvenu à transformer la parapeptone de Meisner, c'està-dire la syntonine en peptone.
2'^ Si le suc gastrique jouit de toute sa puissance digeslive, si le ferment qu'il contient est énergique, il n'est pas besoin d'une grande quantité de ce ferment pour arriver à la peptonisation: on sait en effet qu'à l'instar de tous les ferments, il agit à petites doses et s'use peu pendant la fermentation digeslive; donc il est rare, difficile, de trouver des dyspepsies par défaut de pepsines; si elles existaient, elles seraient faciles à modifier, peut-être même à guérir par les préparations pepsiques, à moins qu'il ne s'agisse d'une lésion alrophiante des glandes pepsiques.
3° Si le défaut de pepsine ne constitue que rarement la dyspepsie, il est au contraire des conditions variées qui peuvent empêcher la pepsine concrète, ou propepsine, dé passer à l'état soluble; or, comme il n'y a que celle-ci qui agit dans l'acte digestif, si elle vient à manquer, l'estomac devient impuissant ; c'est une véritable apepsie.
Que faire en ce cas? Dans les expériments, la liquéfaction de la propepsine est favorisée par le chlorure de sodium ou par l'acide chlorhydrique qu'on ajoute à la
glycérine; pour faciliter, sur le vivant, cette même transformation de la propepsine en pepsine soluble, il n'y a que les aliments azotés et l'alcool, qui pourraient opérer ce dégagement.
Nous sommes loin ainsi de ces prescriptions banales fondées sur une physiologie de mauvais aloi, qui s'est empressée de conclure de la marmite au chien, et du chien à l'homme, sans tenir compte de l'organisation de l'estomac, surtout des glandes pepsiques, de leurs modificateurs, de leurs mutations incessantes.
§ lY
Adultération du suc gastrique par le mucus.
a. Origine pathologique du mucus. — Le suc gastrique subit parfois une altération chimique par suite de l'immixtion du mucus, et de ses divers éléments, au suc digestif; c'est ce qui a lieu dans les affections décrites sous le nom de catarrhe muqueux, ou gastrite chronique; on ne saurait comprendre autrement l'action si vraie, si énergique du catarrhe muqueux, que les Allemands ont complètement identifiée avec la dyspepsie, effaçant celle-ci du cadre nosologique, pour y établir exclusivement le catarrhe muqueux, comme en France on a cherché récemment à détrôner la dyspepsie en faveur de la dynastie inflammatoire.
Il est certain en effet que la sécrétion muqueuse ne provient que des épithéliums de la surface de la muqueuse; parmi les glandes de l'estomac, il n'est aucune espèce qui soit destinée à la fonction sécrétoire du
G. Sée, Dysp.epsies. 4
mucus ; celles qu'on avait considérées comme glandes muqueuses, entre autres les glandes pyloriques, ne diffèrent que par des degrés, des vraies glandes à pepsine ; or si cette hypersécrétion muqueuse ne compromet aucune glande pepsique et ne procède que de la surface, la sécrétion gastrique ne saurait être troublée, d'une manière mécanique, par l'état anatomique, irritatif de la muqueuse, c'est-à-dire de la couche épithéliale, qui seule est en jeu; le suc gastrique ne peut donc être modifié que par un procédé chimique, c'està-dire par son mélange avec une quantité considérable de mucine ou par le mucus ; voyons d'abord ce qu'est le mucus.
b. Origine physiologique du mucus. — Glandes à mucus. — On considère encore le mucus comme provenant de glandes spéciales, auxquelles on a assigné pour caractère : — 1° de siéger uniquement dans la région pylorique, ce qui serait étrang e ; — 2° de ne pas contenir de cellules à pepsine ou de revêtement ; mais celles-ci ne manquent pas entièrement au pylore ; — 3° souvent leur extrémité se diviserait en deux ou trois culs-de-sac comme les glandes de Brunner ; orunepareille division existe aussi pour les glandes pepsiques ; — 4° enfin leur contenu celluleux consisterait en une sorte de détritus de cellules sécrétoires, analogue à celui des cellules capitales .
Aucun de ces caractères n'est précis ; il n'y a pas de différence fondamentale entre les glandes dites à mucus, et les glandes à pepsine (RoUet, Heidenhain, Henle).
c. Muqueuse. — Le mucus provient des cryptes mu-
queux, et de la couche épithéliale qui couvre la surface de la muqueuse ; cette membrane présente en effet un grand nombre de dépressions ou cryptes (Donders), c'est-à-dire des tubes en caecum sous-divisés ou bifurques ; elle se trouve revêtue par un épithélium cylindrique à une seule couche, qui se compose principalement de cahces à mucus (Schultze); il se sépare nettement du vrai épithélium cylindrique tel qu'on le trouve dans le duodénum, et plus nettement encore de l'épithélium pavimenteux qui tapisse l'œsophage.
Les cellules cyhndroconiques qui composent l'épithélium de l'estomac seraient, d'après Biderman, limitées latéralement par une membrane, et remplies dans leur partie antérieure par un corpuscule arrondi, une sorte de bouchon, qui serait formé par du protoplasma cellulaire, et peut-être par des débris d^épithélium (Ebstein).
Ce qui est certain, c'est que ces cellules épithéUales remphes de noyaux elliptiques à nucléoles se trouvent, du côté de la surface libre, entièrement ouvertes, sans membrane hmitante, de sorte que le protoplasma contenant du mucus se met facilement à découvert (Schultze).
Tous les cryptes, de même que les glandes à pepsine, sont soutenus par une couche musculaire, d'où s'élèvent, entre les glandes, des tractus fibreux, qui les entourent, et semblent destinés à favoriser l'évacuation des tubes glandulaires.
d. Etat de la muqueuse sécrétante. — A l'état d'abstinence la muqueuse n'est recouverte que par une couche bien mince de mucus; pendant la digestion il augmente dans des proportions qui^ varient selon les
animaux ; la mucino est au minimum chez les carnivores (chiens, chats), au maximum chez les herbivores (lapins).
L'appareil muciyène siège dans l'épilhélium de la surface de lu muqueuse gastrique; le protoplasma des cellules subit la métamorphose en mucine, et celle-ci semble iprocéder de la base libre de la cellule jusqu'à la pointe ; dans l'estomac qui digère, il n'y a que la partie antérieure du protoplasma qui présente la propriété de se boursoufler ; finalement la transformation envahit le •reste de la cellule : ce qui le prouve, c'est la présence d'enveloppes desquamées et mêlées au mucus qui entoure les masses alimentaires.
e. Mucine. — La mucine se dissout dans l'eau de chaux ou dans les alcalins; cette solution se précipite par les acides minéraux, et le précipité se redissout dans un excès de ces acides.
Précipitée par l'alcool fort, elle ne peut plus se gonfler.
/. Action du mucus. — Voyons maintenant le mode d'action du mucus sur le suc gastrique. On a remarqué que le mucus gastrique neutre ou alcalin, comme on l'observe chez les animaux à jeun, ou qu'on retire de l'estomac atteint de catarrhe muqueux, ne parvient pas à dissoudre la plus petite quantité d'albumine, tandis qu'acidifié par l'acide chlorhydrique, il prend un pouvoir dissolvant très énergique. — Il en est ici comme pour la pepsine non acidifiée, ou pour le suc gastrique, qui a été exactement neutralisé par un alcali ; si les liquides neutres sont soumis avec des albuminates à une digestion artificielle, ils se décomposent rapidement.
PHYSIOLOGIE CHIMIQUE. oJ'
Si donc dans le catarrhe muqueux qui trouble la digestion c'est la mucine qui agit, c'est à grande dose seulement ; les petites doses de mucine ne modifient pas le suc gastrique; c'est ce qui ressort des recherches que nous avons entreprises avec mon sous-chef de laboratoire de chimie, M. Hardy.
On peut se demander encore si les éléments figurésque le mucus contient (surtout les débris de cellules) n'ont pas la propriété d'entraver l'action des ferments digestifs organisés, et défavoriser ainsi la putréfaction des aliments, qui cessent alors de subir une fermentation utile. Hoppe-Seyler, parlant de cette idée, a constaté qu'à l'aide d'une substance antiputride, telle quel'acide salicylique à petite dose, on pouvait enrayer les mauvaises digestions ; le hasard m'a fourni l'occasion de vérifier le fait chez certains dyspeptiques; en. prescrivant cet acide à une femme atteinte de rhumatisme noueux, j'ai remarqué chez elle une amélioration considérable de la dyspepsie dont elle était atteinte depuis longtemps.
Il faut ajouter un autre mode d'action du mucus sur la digestion ; il constitue une sorte de dépôt à la surface de la muqueuse ; il empêche, en s'interposant, le contact de la pepsine acidifiée avec les aliments ; si ce contact est amoindri dans le grand cul- de-sac, où se trouvent les glandes à pepsine, la dyspepsie en est la conséquence nécessaire.
Les causes qui produisent l'état muqueux^ à savoir, l'abus du vin, de la bière, des féculents, des fruits, d'aliments sucrés ou de graisses, ne contribuent pas peu au développement d'acidités surajoutées, qui nuisent à la
DES DYSI'EPSILS.
digestion ; il so forme alors de l'acide lactique et acé tique, des acides gras et surtout bulyrique, qui entra vent l'action delà pepsine chlorliydrique.
Adultération du suc gastrique par les peptones. - Dyspepsies alimentaires.
Le suc gastrique subit souvent une altération chimique des mieux démontrées, qui trouble singulièrement ses fonctions. Après les repas copieux de viandes ou d'albuminates, il reste souvent dans la cavité stomacale une quantité considérable d'aliments protéiques inaltérés ; la digestion s'est arrêtée, et voici pourquoi : les produits de transformation des aliments azotés par le suc gastrique, c'est-à-dire les peptones, s'accumulent souvent dans l'estomac en quantité plus ou moins considérable ; naturellement cette accumulation sera d'autant plus marquée que le repas aura été exagéré ; or chaque fois que les peptones séjournent dans l'estomac, elles empêchent le suc gastrique de continuer son œuvre de liquéfaction et de métamorphose des aliments, qui restent à digérer ; la présence des peptones constitue un impedimentum à la digestion, c'est-à-dire à la fonction physiologique , ce trouble, qui à son origine est purement chimique, fmit par devenir fonctionnel ; on doit le supposer chez l'homme, on le constate facilement chez l'animal, car, dès que les peptones sont chassés de l'estomac, le travail digestif recommence et suit sa marche régulière.
L'alimentai ion par excès détermine donc une dyspepsie par peptones en excès.
Un seul repas assez exagéré pour produire une indigestion n'agit pas autrement que par l'accumulation des peptones dans l'estomac. Une indigestion n'est pas le fait d'une simple réplétion mécanique de l'estomac parles aliments; celle-ci détermine le vomissement; elle n'est pas le résultat d'un excès de suc gastrique, qui d'ailleurs ne peut pas être nuisible ; elle est due uniquement à la présence des peptones qui s'opposent à l'action ultérieure delà pepsine ; dès que les peptones ont passé dans l'intestin, l'indigestion cesse.
Il en est de même lorsque les repas, au lieu d'être trop copieux, sont trop rapprochés ; il n'y a là ni dilatation stomacale, ni contractions antipéristaltiques ; si l'estomac n'est pas débarrassé de ces peptones libres, au moment où l'organe sécrète la pepsine, celle-ci ne peut plus développer son pouvoir chimique, et les repas trop nombreux entraînent une série d'indigestions et une dyspepsie à répétitions.
Voyons maintenant ce que produirait une alimentation du genre de celles qu'on appelle irritantes, un régime de viandes ou un régime fortement épicé ; que peut-on supposer en pareil cas ? ou bien des contractions stomacales exagérées, qui ne sauraient constituer une dyspepsie, ou une gastrite, ou bien enfm une hypersécrétion? comment une gastrite peut-elle se développer? Les excitants, comme le poivre et le sel, ne produisent pas d'inflammation. Ils semblent plutôt favoriser les digestions en déterminant une sécrétion plus ou moins efficace de suc gastrique ; or même une
hypersécrétion de suc gastrique ne produit pas la dyspepsie.
Ainsi le genre de régime a moins d'influence que lu quantité d'aliments sur la production de la dyspepsie alimentaire.
§ VI
Inanition. Ses effets chimiques et physiologiques sur le suc gastrique et les organes digestifs.
L'inanition, quelle qu'en soit l'origine, est une des causes les plus puissantes des dyspepsies, par l'altération de la sécrétion ou plutôt des organes sécrétoires ; dans l'apepsie de la fièvre, c'est l'inanition qui joue le premier rôle.
Tous les vices de régime agissent à la façon de l'alimentation insuffisante, tandis que les excès de régime agissent tous chimiquement, par l'influence nuisible des peptones.
Un régime uniforme peut avoir l'inconvénient de laisser les muscles digestifs dans un état d'atonie qui empêche les aliments d'être agités, brassés avec le suc gastrique ; mais ce n'est pas ainsi que se forme la dyspepsie. Le régime monotone, outre qu'il produit le ^ dégoût, cesse à un moment donné de suffire à la nutrition, s'il n'est pas combiné avec d'autres ahments pour fournir la ration d'entretien ; les meilleures viandes, les albuminates les plus digestibles, pris exclusivement, aboutissent à l'amaigrissement ; chez l'homme sain il faut le concours d'aliments hydrocarbonés ; sinon la dyspepsie commence, et cela par inanition relative.
comme tout à l'heure elle était le résultat de l'abstinence par dégoût des aliments.
Comment l'inanition agit-elle ? Deux opinions sont en présence. Tous les physiologistes décrivent des modifications très évidentes des cellules glandulaires, et de la sécrétion pepsique, après la digestion, c'est-à-dire à jeun ; mais ces changemenls, qui constituent le postscriptum de la digestion, n'épuisent pas l'estomac, et n'en détruisent la fonction, que si les glandes sécrétoires subissent elles-mêmes les effets de la dénutrition générale, ou si le sang ne fournit pas de matériaux au protoplasma des cellules pepsiques.
Scliiff soutient au contraire que l'estomac n'est pas prêt pour la sécrétion dans l'intervalle des repas, et que l'état de jeûne l'épuisé.
1'^'' théorie. — Tant que l'estomac est vide, la sécrétion y est enrayée, dit-on ; toutefois Spallanzani la considère comme continue, Braun a toujours pu chez les chiens fistuleux retirer du suc gastrique ; enfin la sécrétion acide cesse dès que la digestion est terminée (Heidenhain); mais, lorsque l'abstinence est prolongée, un peu de sécrétion acide reparaît.
Etat des glandes pendant rina7iition. — A la fin des digestions, quand la pepsine estéliminée, les cellules qui étaient tuméfiées se dégonflent ; en même temps la transformation des albuminates absorbés par le protoplasma des cellules se ralentit ; c'est pourquoi les cellules deviennent troubles touten restant riches en protoplasma.
Puis, après la digestion, terminée entièrement, pendant que les albuminates du protoplasma se transforment de nouveau en substances ferment itères, les cellules
s'éclaircissent à nouveau, et se rapprochent de l'état qu'elles présentent dans l'inanilion.
Ainsi l'inanition a une influence double sur le mode de fonctionnement des glandes à pepsine; si l'estomac a ete complètement vide, elles sécrètent plus longtemps • la cessation complète de la sécrétion n'a lieu alors qu'après la 15« ou la 20« heure ; d'une autre part, si l'abstmence est complète, il est naturel de supposer que les cellules ne trouvent à absorber qu'une quantité moindre d'albuminate pour leur protoplasma qui est destiné, comme on sait, à l'état à jeun, à préparer les ferments.'
L'inanition produit par conséquent dans les glandes pepsiques des troubles chimiques et biologiques, qui ont une action directe sur la digestion et peuvent, par conséquent, être le point de départ d'une dyspepsie permanente. Si nous ne possédons pas de moyen exact de mesurer chez l'homme la quantité de pepsine produite, ni d'apprécier l'état des glandes, on ne peut cependant nier qu'un des modes d'action de l'inanition ne soit basé sur les modifications histologiques des glandes pepsiques, et sur les divers états delà pepsine, avant et pendant la digestion.
2« ^/^eone. — ScliiiTémit, il y a trente ans, une théorie de l'inanition, qui repose sur une donnée des plus intéressantes, qu'on pourrait appeler la préface de la digestion, et la thérapeutique de l'inanition. D'après cette théorie, la formation de la pepsine n'est pas continue ; elle dépend de l'apport, dans les glandes pepsiques, de certaines substances qu'il appelle peptogènes, qui ne sont pas nulrilives par elles-mêmes, mais qui incitent le mieux la sécrétion ; le type, c'est le bouillon, pauvre
PUYblOLOGIE CHIMIQUE.
en albiiminales de toutes espèces; puis la dextrine, l'extrait aqueux de pain, la gélatine. Les peplones, le café, le sucre, les pommes de terre, le lait, les végétaux, l'albumine sont impuissants.
Les substances peptogènes doivent être solubles et absorbables ; elles agissent étant absorbées par l'estomac, ou par le rectum^ ou parles injections ; elles n'agissent pas par, ni dans l'intestin grêle, c'est-à-dire quand le chyme a passé dans cet intestin, ce qui a lieu ordinairement au bout de quatre heures. — Ainsi, après un repas copieux de viande, c'est-à-dire après une digestion complète^ la pepsine fait défaut pendant neuf à seize heures ; à cette période un lavement de bouillon ou de dextrine rétablit la digestion ; — les peptogènes deviennent indispensables aussi dans l'inanition ; un bouillon favoriserait la sécrétion pepsique ; à ce prix on éviterait la dyspepsie d'inanition. En effet, d'après Schifï, la dyspepsie vraie ne serait pas due à une sécrétion insuffisante, car on peut y remédier par les peptogènes, mais c'est un vice de sécrétion, dont il s'agit de trouver le mécanisme et le remède. Mais voici de graves objections :
i° Le pouvoir digestif, d'après Dreke et Goldstein [Centralblatt, 1871), n'est pas diminué seize heures après le début de la digestion ; l'inanition elle-même n'enlèverait pas ce pouvoir. — Schiff répond qu'après les repas insuffisants pour épuiser l'estomac, il survient une sorte d'auto-digestion des éléments de l'estomac, les substances ainsi absorbées deviennent elles-mêmes peptonigènes.
2" L'expérimentation directe sur les peptonigènes,
DES DYSl'EPSIES.
telles que l'infusion de pain, la dexlrine, a démonlréà tous les observateurs que ces substances n'augmentent nullement la formation des peptones; l'erreur deScliiff provient de son procédé de recherches. Lorsque, l'estomac étant vide, il introduit dans la fistule stomacale des morceaux de blanc d'œuf durci, et enveloppés dans des sacs de tulle ; si l'albumine reste inaltérée, cela tient simplement à ce qu'on produit ainsi une irritation mécanique, qui ne fournit pas de suc digestif ^;m^.
3° Les résultats variables obtenus par Schiff dépendent de ce qu'il n'a pas toujours pris en considération les deux genres de pepsines libre et combinée ; il n'a calculé que la pepsine dissoute ; mais, comme l'estomac peut contenir plus ou moins de pepsine combinée, ces conclusions n'ont pas de valeur.
On peut chez un chien, dont l'estomac est très appauvri en pepsine totale, six heures après la digestion, obtenir néanmoins par l'acide chlorhydrique dilué, plus rapidement de la pepsine soluble que dans l'estomac maiiitié, qui est pourtant plus riche en pepsine totale ; c'est que, comme l'a démontré Grutzner, dans les premières heures de la digestion, malgré la diminution de la masse pepsique, une plus grande partie devient soluble; c'est aussi ce qu'on obtient en injectant certaines substances dans le sang comme le sel, comme les dextrines, les opérations de Schiff n'ont rien fait que rendre soluble la pepsine combinée, qui préexistait.
Au résumé, comme dans la cinquième et sixième heure le suc gastrique contient le maximum de pepsine, on pourrait croire à une richesse plus grande de la muqueuse en pepsine sous rinlluence des ingesta ; mais eu
réalité la digestion ne fait que rendre soluble une pepsine combinée ou propepsiue ; ceci rappelle les eiï'ets de la piqûre du quatrième ventricule, qui transforme en glycose soluble la matière glycogène préformée. Puis, pendant l'abstinence, les ferments se préparent à l'aide des albuminates qui pénètrent dans les glandes. Enfin, à un degré plus avancé d'inanition, les glandes elles-mêmes prennent part à la dénutrition générale, la sécrétion devient impossible ou, si elle se fait, elle est imparfaite surtout au point de vue de l'acide chlorliydrique, comme on le constate dans les fièvres, qui avant tout sont des inanitions; dans ces cas, l'introduction des substances peptonigènes ne produit plus rien, Schift l'atteste lui-même ; et comme alors la digestion ne peut plus avoir lieu, il faut nourrir, avec des sucres, des peptones directement absorbables ; ce serait donc la conduite à tenir aussi dans toutes les dyspepsies vraies, c'est-à-dire par vice de sécrétion ; — mais la condition prédigestive ou préparatoire manque en permanence, et on ne saurait y remédier, car, quand même le sang apporterait les matériaux nutritifs, le fonctionnement de l'estomac reste vicieux, défectueux. — C'est Schiffqui parle ainsi; mais alors je demande quelles sont les dyspepsies qui guérissent par le bouillon? et comment les dyspepsies d'inanition sont encore possibles? La réponse est celle-ci : c'est que l'inanition ne produit en aucun cas de dyspepsies irrémédiables ; celles de Scliitî sont trop faciles ou trop difficiles à guérir.
Résumé général. — Cinq genres de dyspepsies : 1° par défaut d'acides ; 2° par défaut do pepsine efficace ou
dissoute ; 3" par immixtion de mucus au suc gastrique • 4° par alimentation excessive, c'est-à-dire par pepto nés en excès dans l'estomac ; 5» par inanition.
Cela posé, comment se traduisent ces dyspepsies chimiques? quelle est leur caractéristique pour le clinicien ?