‹ Des dyspepsies gastro-intestinalesChapitre 9 sur 69 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Composition des matières stercorales. - Nature des produits d'excrétion en général.

La digestion pancréatique des principes albumineux, sous l'influence des ferments digestifs, ne dépasse pas en général la formation de la leucine, de la tyrosine, de l'acide aspartique ; mais la digestion peut aller plus loin, et constituer une véritable décomposition putride, qui entraîne la formation de substances infectes, à savoir : de Vindol, du phénol, du skatoL

1° IndoL — Cette décomposition a lieu, en tous les €as, d'une manière certaine dans le gros intestin (Hûfner,Nenki).Enmême temps il se forme du Co2,H2S, et il se dégage H et CH*.

L'indol (C^HTN) s'obtient artificiellement par la coction des matières albumineuses avec les alcalis. La quantité est minime dans l'intestin, si les produits de digestion vraie des albuminates, c'est-à-dire si les peptones sont rapidement absorbées dans l'intestin ; mais si, la résorption étant faible, la putréfaction peut s'exercer sur une grande quantité de produits de la digestion pancréatique, l'indol devient abondant.

Le phénol, qui est constant dans les fèces, se forme surtout par la putréfaction de la fibrine (Bauman).

Le skatol, qui a l'odeur la plus infecte, peut également se produire artificiellement par la putréfaction de l'albumine de l'œuf sous l'eau (Nenki et Secrétan). Mapports de l'indol et du phénol avec l'indican

CLINIQUE

des urines. — Toutes ces substances sont d'autant plus utiles à signaler, qu'elles ont un rapport direct avec la coloration bleue, c'est-à-dire avec Vindican des urines ; il y a une véritable proportion entre la production de l'indol dans les selles, et de l'indican dans les urines ; c'est ainsi que JalTé trouva, lorsque les matières fécales arrêtées par un obstacle matériel (étranglement interne, volvulus) viennent à se décomposer, une grande quantité d'indican passée dans l'urine, si bien que cet excès peut devenir le signe de l'étranglement. Quand les fèces contiennent beaucoup de phénol, on retrouve l'indican avec de l'acide sulfophénique dans les urines (Salkowski).

2° Acides de décomposition. — C'est dans ces mêmes conditions, qu'il se produit une quantité considérable des gaz indiqués ci-dessus, et une quantité non moins grande d'acide acétique, butyrique, isobutyrique (Brieger), capronique. Ces acides se combinent en général avec l'ammoniaque, qui ne manque pas de se produire dans ces circonstances.

3° Réaction acide du gros intestin. — La réaction du gros intestin est due à la même cause. La réaction dans le duodénum au voisinage de l'estomac est encore acide ; le suc pancréatique et intestinal présentent cependant déjà une réaction neutre ou alcaline qui va prédominer dans tout l'intestin grêle ; puis dans le gros intestin la réaction est acide, à cause de la fermentation acide, de la décomposition des ingesla, et surtout de la présence des matières fécales dans la dernière portion du gros intestin ; toutefois, s'il y a beaucoup d'ammoniaque, la réaction peut devenir alcaline.

4° Débi;is de substances digestibles. — Quelle que soit la digestion, et quelle que soit la digestibilité des aliments, il en passe presque toujours des fragments absolument intacts, surtout si la masse alimentaire est en excès, ou si elle n'a pas été suffisamment broyée ; mais, même en dehors de ces conditions physiques, on trouve, dans les matières, des parties qui ont échappé à la digestion.

Fibres musculaires. — Ainsi des fragments de fibres musculaires, des parcelles de jambon, de viande sèche.

Albumine. — Des blocs d'albumine durcie.

Graisse. — Des flocons de graisse.

Végétaux. — Des cellules végétales, des grains de fécule, de pommes de terre, d'amidon cru, de légumes secs, etc.

Lait. — Le lait, lorsqu'il est pris en quantité, se traduit toujours dans les selles; ainsi on constate des acides gras, combinés avec la chaux (savons calcaires), mais surtout si le régime lacté prédomine, comme chez les enfants, ou chez les malades soumis à la cure de lait, on ne manque pas alors d'y trouver de nombreux grumeaux, qu'on attribuait autrefois à la caséine, mais qu'on sait aujourd'hui consister principalement dans la graisse (oléine, palmitine et stéarine) mêlée, d'après Wegscheider, avec quelques peptones; toutefois, dans l'état pathologique il passe aussi de la caséine inaltérée, de la syntonine et d'autres albuminates.

S" Débris des substances iiidigestibles. — Tous les tissus animaux ou végétaux inattaquables par les sucs digestifs se retrouvent dans les selles ; ainsi les tissus cornés, les tissus élastiques, la cellulose presque tout

CLINIQUE. '

entière, telle qu'elle a été ingérée; des noyaux de fruits, lesvaisseaux spiroïdes des cellules végélales,les gommes.

6° Matières colorantes et acides biliaires. — La masse stercorale présente des colorations très diverses, qui toutes proviennent de la transformation de la bilirubine et delà biliverdine, qui est elle-même déjà un produit d'oxydation de la première.

C'est un produit plus oxydé encore et plus foncé, quicolore les matières sans donner lieu à aucune des réactions de Gmelin.

Le premier degré d'oxydation de la biliverdine donne la couleur verte ; aussi si le contenu intestinal est évacué promptement, la biliverdine sort avec cette nuance; or, quand les garde-robes sont primitivement vertes, elles sont considérées généralement comme un signe de mauvaise digestion ; je fais abstraction de la teinte verte, qui est communiquée aux matières stercorales par la chlorophylle des végétaux.

Le fait clinique est facile à vérifier pour les enfants ; mais si la teinte verte se manifeste seulement à l'air, elle n'a plus de signification ; la coloration verte initiale indique que la bile verte a passé sans avoir été utilisée ; c'est un signe de dyspepsie intestinale.

Si au contraire les matières sont décolorées, c'est qu'il n'arrive plus assez de bile dans l'intestin ; qu'elle soit moins sécrétée ou moins excrétée, c'est un signe de dyspepsie par acliolie.

Dans tous ces cas, on peut retrouver les acides biliaires, mais transformés en leur produit final et mêlés avec la dyslysine, qui est à son tour le dernier terme de la métamorphose des cholates et clioléates.

Chez les enfants naissants, on trouve dans le méconium tous ces principes inaltérés ; ainsi la bilirubine, la biliverdine, les acides biliaires.

7° Divers produits intestinaux. — La masse stercorale renferme aussi de la muciiie, qui peut diminuer l'acidité du contenu, si elle est abondante, du nucléin intact, qu'on retrouve surtout après l'usage du pain.

Enfin il n'y a pas une seule selle, même du type normal, qui ne contienne des épithéliums intestinaux, à divers états de transformation.

8° Sels. — Les sels sont variés ; les sels diffusiblea sont rares, savoir les chlorures, les phosphates, les sulfures. Il n'en est pas de même des sels insolubles, tels que le phosphate ammoniaco-magnésien, le phosphate calcaire et magnésien ; ils constituent 70 p. 100 des cendres.

lis proviennent des aliments qui en renferment, tels que les os, les substances albuminoïdes.

9° Eau. — Consistance des matières. — La consistance dépend surtout de la quantité d'eau, qui est en moyenne de 75°, mais le taux de l'eau dépend :

a) De la nourriture. Un régime exclusif de viandes donne des fèces sèches, le sucre augmente la liquidité des selles; la quantité d'eau ingérée n'y fait rien.

b) Du mouvement péristaltique. — C'est le mouvement intestinal, qui exerce l'effet le plus marqué ; plus l'évacuation est pi ompte, plus les fèces sont aqueuses ; elles entraînent tout le liquide intestinal, avant que la résorption ait pu s'exercer sur les parties liquides soit des sucs digestifs, soit des aliments.

La consistance dépend aussi de la faculté d'absorption de la muqueuse du gros intestin; elle est plus marquée

CLINIQUE

que le pouvoir sécrétoire, d'où il résulte que la consistance (lu contenu, qui dans le côlon Iransverse est encore ijqiieux, devient de plus en plus cohérent dans le trajet ultérienr de l'intestin.

10° Variations des matières selon F organe où elles se forment. — Les fèces ne sont entièrement formées que dans la dernière porlion du gros intestin.

Le csecum chez la plupart des animaux est très considérable, les décompositions y sont très actives, et provoquent le développement d'une réaction acide.

Le caecum chez l'homme est au contraire, ainsi que le démontre sa richesse en follicules lymphatiques, surtout un organe de résorption.

La résorption n'y porte pas seulement sur l'eau et les produits de digestion à l'état de solution, mais aussi sur la syntonine et, dans certaines circonstances, sur Valbumine liquide intacte (Yoït et Bauer, Czerny et Latschemberger).

Dans le côlon transverse la résorption peut continuer, mais les matières y prennent une consistance plus marquée ; elles sont cohérentes dans l'S iliaque et surtout dans le rectum.

11° Matières d'indigestion. — Quoi qu'il en soit, les substances excrétées sans être digérées peuvent être considérables, si le repas a dépassé la ration ordinaire au point de constituer une indigestion commençante ou absolue ; les aliments sortent alors entièrement intacts. Cbez l'enfant en sevrage, on les retrouve souvent tout entiers, attendu que la digeslion n'a pas eu la moindre prise sur eux ; chez les enfants qui sont en lactation, on trouve aussi des grumeaux de caséum avec

G. Sée, Dyspepsies. 6

graisse s'ils lèlent avec avidité et en grande qnanlité.

Les matières fécales comprennent les aliments inaltérés, s'ils renferment des substances compactes, inattaquables par les sucs digestifs ; il en est de même, après l'ingestion de graisses ou d'huile en excès; on sait en effet que l'absorption des corps gras est très limitée.

ARTICLE II Quantité de matières.

La quantité de matières ne saurait être estimée en moyenne. Dire que par l'inanition elles sont au minimum, que par des repas copieux elles peuvent être de 500 grammes, dire enfin que la moyenne est de 6 à 2S0 grammes i^ar jour, c'est se livrer à des appréciations insignifiantes; ce qu'il importe de savoir, c'est l'influence du régime.

a. Genre de régime. — Régime végétal. — Les aliments végétaux contiennent, comme les aliments d'origine animale, des alburainates, des matières grasses, des hydrocarbones, de l'eau et des sels, mais ils se comportent tout autrement dans l'intestin ; ils y séjournent bien plus longtemps ; ils s'éliminent en quantité bien plus considérable.

Ainsi, par un régime de viande, un chien de 10 kilos ne rend que 30 à 40 grammes de résidu, tout en prenant 500 à 1,500 grammes de viande. Par un régime mixte, la quantité de fèces est de 50 ; par un régime végétal, 600 grammes.

Cause. — La raison de cette éhmination de végétaux est celle-ci : bien que leurs qualités nutritives soient

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les mêmes, ils sont incrustés comme les substances corticales et culiculaires des graines; ils sont emprisonnés dans des enveloppes de cellulose dont la dissociation exige un certain temps.

b. Graisse. — La graisse passe en grande quantité, 35 sur 100. La viande passe le moins, et donne peu de résidu, mais, si elle est mêlée de graisse, elle s'élimine en plus grande quantité.

c. Le sucre s'éli?nine facilement.

d. Les fécules encore plus ; le pain passe en quantité énorme. — Cependant un individu qui ajoute 302 grammes de viande à 354 d'amidon ou 800 grammes de pain, rend moins d'excréments que par la fécule seule ; celle-ci est expulsée parce qu'il se développe dans l'intestin, par suite de la transformation des fécules en sucre, des acides organiques qui excitent les contractions intestinales (Bischof).

Il n'y a aucun moyen d'épuiser le pain ou les pommes de terre; elles passent en grande quantité.

Les fécules ne peuvent pas d'ailleurs remplacer la graisse ; car si 2,4 d'amidon sont l'équivalent chimique ou thermique de 1 partie de graisse, ils ne peuvent pas la remplacer ni pour l'épargne de l'albumine, comme le fait la graisse, ni pour l'absorption plus facile d'oxygène.

Diarriiées.

La dyspepsie peut s'accompagner de diarrhée, de fausse diarrhée ou de constipation ; chacun de ces symptômes a une signification distincte.

a. Diarrhée lientérique. — La diarrhée, qui se compose d'aliments non digérés, de fragments de muscles crus, d'albumine coagulée, si surtout ces fragments sont nombreux, volumineux, constitue un des signes les plus certains de l'indigestion stomacale ou intestinale ; il y a un état morbide appelé lientérie, où tous les aliments protéiques ou graisseux passent entièrement intacts ; c'est le type exagéré de l'indigestion intestinale, c'està-dire la plus grave de toutes les dyspepsies, en ce sens que, si l'intestion ou le pancréas ne fonctionnent plus, il n'y a plus de ressource, tandis que dans et après la dyspepsie gastrique les aliments trouvent encore leur dissolvant dans les sucs inteslinaux.

Celte diarrhée lientérique est d'autant plus grave qu'elle élimine ordinairement en même temps les liquides digestifs eux-mêmes préexistants, et dont quelques-uns, comme les acides de la bile, sont encore susceptibles d'être résorbés.

b. Diarrhée par excès de motricité. — Si au contraire la diarrhée n'entraîne au dehors que cesUquides, laissant les peptones pénétrer par absorption dans le sang, la diarrhée n'a plus ni gravité ni signification au point de vue de la séméiologie de la dyspepsie. Dans ce cas il s'agit simplement d'un phénomène de motricité exagérée.

c. Diarrhée vasomotrice-paralytiqiie . — Mais ce n'est pas la seule ; il se peut, d'après les expériences de Budge, que l'extirpation du plexus solaire soit suivie d'.une diarrhée sanguinolente; il semble que dans ce cas, comme aussi dans les expériences de Moreau sur les purgatifs (voir ce mol), il y ait une paralysie vaso-

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motrice, donnant lieu à une hypersécrétion de suc inteslinal.

d. Diarrhée muqueuse. — D'après Yulpian, il s'agit dans ce cas d'une hypersécrétion inflammatoire avec production de mucus.

Ainsi dans ces diverses conditions la diarrhée n'a qu'une relation très éloignée avec la dyspepsie ; les selles lientériques indiquent seules la dyspepsie intestinale, comme les selles très fétides indiquent une décomposition putride des aliments.

ARTICLE IV Fausse diarrhées.

Chez certains malades, il y a des diarrhées d'irritation muqueuse, qui sont précisément le résultat du séjour des matières ; ces diarrhées alternent avec la constipation, qui en est la cause réelle ; si l'accumulation des matières siège dans le rectum, l'irritation ne porte que sur le bout inférieur du rectum, cet organe devient le siège, même jusqu'à la muqueuse anale, d'une sécrétion qui se mêle avec les matières fécales^ les ramoUit, et simule la diarrhée. Chez d'autres malades, les selles paraissent régulières parce qu'elles se font journellement; mais elles sont incomplètes, et laissent subsister la constipation, qui alterne de temps à autre avec une évacuation liquide.

Dans ces diverses circonstances, il faut au praticien un grand discernement pour ne pas commettre de méprise ; l'erreur, consistant à traiter comme diarrhées

des constipalions réelles, porlerait les plus graves préjudices au malade, qui finit ordinairement par refuser les obstruants qu'on lui impose.

ARTICLE V Constipation.

Un des phénomènes les plus importants dans l'histoire des dyspepsies, c'est la constipation ; ce n'est pas qu'elle puisse en être le signe, mais elle contribue singuhèrement à en aggraver les manifestations, et surtout à augmenter la tympanite, qui gêne d'une manière si marquée le fonctionnement des organes digestifs.

La constipation ne peut pas se rapporter au défaut de matières, à l'absence du corps du délit. Par suite de la diète, ou des vomissements alimentaires, ou des obstructions pyloriques, la masse stercorale ne se forme plus ; il n'y a pas de rétention possible des matières.

a. Définition de la constipatioii.— La constipation vraie, c'est le trouble fonctionnel dû à l'accumulation des matières dans le gros intestin, c'est-à-dire à la difficulté de progression de la masse stercorale. Ordinairement cette perturbation de fonction se traduit : 1° par la diminution du nombre des évacuations ; 2" par la cohésion des résidus; 3Ma difficulté d'excrétion: mais tous ces phénomènes peuvent manquer, bien que la constipation soit caractérisée.

Il y a d'abord une constipation relative, qui rentre dans le domaine de la physiologie ; il est en eflfet des

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individus, qui ne remplissent celte fonction que to s les deux à trois jours, sans éprouver les inconvénients Je la constipation; loin de là; le malaise les prend lorsque les évacuations sont multipliées.

Au contraire, on voit des individus qui ont des évacuations incomplètes quoique répétées, et qui en réalité restent constipés, c'est-à-dire reliennent encore les résidus alimentaires; le nombre des évacuations n'a donc pas de signification absolue.

L'augmentation de consistance des matières évacuées n'est pas davantage une condition sine quâ non de la constipation ; l'élimination peut s'exercer encore sur ces matières durcies ; mais souvent il s'établit dans celte masse une sorte de départ ; les parties liquides sortent avec les apparences diarrhéiques, tandis que les parties solides restent, et la constipation persiste.

La condition vraie de la constipation n'est même pas toujours la difficulté d'évacuation par l'anus, mais la lenteur du cheminement des matières stercorales dans leur trajet intestinal; en effet, à moins d'obstacle matériel au rectum ou à l'anus, l'excrétion peut se faire facilement, tandis que la progression s'est faite lentement, dans le côlon, et a déterminé tous les phénomènes de l'accumulation.

Au résumé, l'arrêt prolongé des matières constitue la constipation, surtout quand ces matières ne contiennent plus de principes alimentaires, ou de liquides intestinaux résorbables ; c'est le contraire de la diarrhée ; ici il y a une évacuation avant l'élaboration des principes digestifs, et avant l'absorption des peptones.

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b. Effets de la eonstipation. - Si la constipation dépend surtout du défaut de glissement de la TZ te corale, c'est qu'il peut se produire une accumw a-

colon. Des lors, la cavité intestinale étant envahie les gaz ne peuvent plus être éliminés par le rectum'; ils s accumulent au-dessus de l'obstacle, puis, par suite de leur dilatabilité, ils gagnent l'intestin grêle et l'estomac ; la ils subissent les effets des contractions antipenstaltiques de l'intestin, aidées ou non par la contraction des muscles droits de l'abdomen, et ils sortent par la cavité buccale ; si au contraire la musculature gastro-intestinale et abdominale est affaiblie, il y a rétention des gaz, météorisme plus ou moins prononcé Dans tous les cas, la constipation joue un rôle important, sinon dans la production de ce météorisme, du moins dans l'aggravation de cet état; aussi n'est-il pas étonnant que les purgatifs produisent un soulagement momentané.

^ c. Conséquences pratiques. — La contractilité de l'intestin et des parois de l'abdomen constituant la condition fondamentale des fonctions intestinales, la tonicité musculaire de ces organes n'étant qu'un reflet, un corollaire de la vitalité générale des muscles, il est naturel que plus l'individu est vigoureux, au point de vue dynamique, plus aussi le système musculaire est mis en action, plus les contractions des organes digestifs et de leurs annexes doivent être énergiques et efficaces ; c'est pourquoi les traitements externes, l'hydrothérapie, les douches de toute espèce qui augmentent la contractilité, le tonus musculaire, ont une si grande

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importance clans le traitement des dyspepsies ; en supprimant cette cause d'aggravation de la tympanite et de la lenteur digestive, on simplifie pour ainsi dire la maladie.

d. Conséquences diagnostiques. — La conséquence thérapeutique tirée de la constipation n'est pas la seule ; il se peut qu'elle signifie une dyspepsie biliaire : c'est lorsque les selles sont décolorées ; en effet, la bile ou plutôt les acides biliaires sont de puissants excitants de la contraction intestinale ; s'ils viennent à manquer, si en un mot il y a une dyspepsie biliaire, la constipation en est le premier signe.

Sensations douloureuses ou anormales.

Les malades se plaignent de sensations douloureuses à l'épigastre, de crampes d'estomac, à' irradiations douloureuses et de troubles dans l'appétence des solides ou des liquides.

ARTICLE PREMIER Douleurs épigasti'lques.

Elles se modifient sous diverses influences telles que a) l'alimentation, b) la digestion, c) les excitants anormaux, d) la pression.

a. Influence de r alimentation. — En général, les douleurs précoces, c'est-à-dire qui se manifestent dans la première heure qui suit l'introduction des ali-

menfs, sont comparées à un sentiment de torsion ou de brûlure; elles constituent un véritable danger; le malade redoute alors de se nourrir, bien que celte douleur ne soit pas liée à la dyspepsie, car, quand la souffrance est surmontée, la digestion se fait.

La douleur tardive, qui a lieu pendant les trois premières beures, consiste ordinairement en pesanteur, distension, tiraillement, toutes sensations qui se font sentir jusqu'à ce que la masse alimentaire ait franchi le pylore.

b. Le genre, la préjmration, la température, la quantité des aliments n'ont généralement pas d'action uniforme et constante sur la douleur, et la plupart des malades accusent les mêmes sensations, quelle que soit la nature de l'alimentation. Toutefois, lorsqu'ils remarquent quelque influence nuisible, c'est de la part des acides, des graisses, et c'est tout; car les aUments qui passent pour être lourds et indigestes comme les gros légumes, les crustacés, se supportent tout aussi facilement et souvent même mieux que les substances du meilleur renom, comme le lait; il n'y a donc aucune règle à établir sous ce rapport, et en effet il ne s'agit pas ici d'une digestion plus ou moins difficile ; il n'est question que d'une impression sur les nerfs sensibles de l'estomac : c'est pourquoi les aliments féculents, qui se décomposent si facilement, ne sont pas plus nuisibles que les viandes.

Il en est de même pour les diverses préparations culinaires et l'assaisonnement des mets ; si par exemple l'addition des sauces et des ingrédients est en général nuisible aux dyspeptiques, d'autres malades les récla-

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ment, surloiil si elles contiennent des épices, des arômes et des excitants de la sensibilité tactile de l'eslomac.

Ce qui le prouve mieux encore, c'est l'action de la température des corps ingérés ; les boissons trop froides, les aliments glacés ou trop chauds^ peuvent réveiller les douleurs, ou môme des accès aigus; ici on ne saurait invoquer d'autre mode d'action que la pertiubation de la sensibili té spéciale de la muqueuse à la température.

On a accusé les boissons excitantes, le café, le thé (Brinton), c'est possible; mais ici il ne s'agit évidemment encore que des premiers effets produits sur la muqueuse.

La quantité des aliments est encore plus indifférente à l'estomac des dyspeptiques que la nature de l'alimentation. Si l'appétit est conservé^ les malades parviennent ordinairement à le satisfaire impunément.

c. Influence de la digestion. — La digestion peut être plus ou moins avancée, ou bien au contraire plus ou moins difficile, sans provoquer le retour des douleurs ; si les sensations anormales se reproduisent parfois pendant la première digestion, cela tient à une circonstance capitale, à savoir la production des gaz, qui a lieu à ce moment, et qui constitue un des phénomènes importants de la dyspepsie, mais à une condition, c'est que ces gaz soient des produits de décomposition, sinon ils n'empêchent pas la digestion de se faire.

D'une autre part, si la douleur se produit indépendamment du tympanisme, ce ne sera encore qu'un épisode, qui n'entraîne nullement la formation du trouble chimique de la digestion, et qui par conséquent n'indique pas l'existence de la dyspepsie.

y2 DES DYSPEPSIES.

d. Influence des excitants anormaux. Médicaments et poisons. ~ Outre les aliments, certaines substances toxiques peuvent produire aussi le phénomène de l'excitation; les unes déterminant une astriction des tissus, ainsi le 1er, le tannin, le sublimé; ou bien elles agissent par l'état de concentration, tels sont le bromure, le tartre slibié, qui cessent de provoquer la douleur lorsqu'ils sont délayés dans une quantité suffisante d'eau.

D'autres médicaments n'agissent qu'au retour ; ils sont éliminés par l'estomac et irritent les nerfs au moment de passer du sang dans la cavité muqueuse ; l'iode est du nombre.

Enfin il en est un grand nombre, comme la digitale, l'arsenic, le quinine, qui, sans léser l'estomac, directement ou indirectement, n'agissent que par l'intermédiaire du système nerveux central, et déterminent soit des nausées et des vomissements par l'action sur le bulbe, soit des effets douloureux par voie d'irradiation centrifuge.

e. Influence de la pression sur les douleurs. — Les effets de la pression sur la douleur sont bien remarquables; la pression étant exercée à pleine main n'augmente jamais la douleur; souvent même elle procure un soulagement, et, au moment du plus fort de la souffrance, les malades prennent des attitudes spéciales, afin d'exercer une compression sur l'épigaslre ; l'interprétation de ce phénomène présente de l'intérêt au point de vue de la pathogénie de la douleur.

CLINIQUE

Interprétation des douleurs.

Il s'agit maintenant d'interpréter ces douleurs, et les variations qu'elles éprouvent.

La première pensée qui surgit dans l'esprit du pathologiste se trouve formulée, et résumée, dans les dénominations d'état nerveux, de névralgie, ou d'hypéreslhésie, trois termes mal définis, qui se rapportent tous à une seule et même notion, à savoir une excitation des nerfs sensibles de l'estomac. Si l'excitation est attribuée à un état névrosique, on la suppose d'origine centrale, ce qui est plus que douteux au point de vue de la précision ; si on admet une névralgie, celle-ci laisse à désirer, car il serait difficile d'indiquer son siège et ses joints saillants ; dans la troisième supposition, c'est, pour les pathologistes peu soucieux de la physiologie, une localisation mathématique dans les expansions terminales des nerfs gastriques sensibles; e'est une hypéresthésie de la muqueuse.

Mais quels sont les nerfs affectés par cette hypéresthésie, et où siègent ces névralgies? Dans les nerfs vagues, ou bien dans les fdets nerveux des ganglions cœliques et dans les rameaux splanchniques du grand sympathique. Yoici ce que l'expérimentation nous apprend à ce sujet.

Les nerfs vagues à l'état normal chez l'homme perçoivent à peine l'impression du passage des aliments ; chez l'animal, lorsque l'estomac est mis à nu, le nerf

est d.slinctement sensible, bien plus par les tiraillements que par la piqûre ou le pincement, bien plus au pylore que clans la région des courbures; il est surtout sensible à la température. La section des nerfs au-dessous du diaphragme entraîne l'extinction de la sensibilité douloureuse, perçue distinctement.

Les nerfs sympathiques ne donnent aucun signe d'impression perçue ; mais, quand on détruit les nerfs vagues, l'estomac peut encore donner heu à des actes réflexes, par conséquent à l'aide de la sensation inconsciente exercée par l'intermédiaire des terminaisons des nerfs sympathiques. Si, en effet, après la section des nerfs vagues, on pratique la ligature de l'estomac audessus du pylore, cette opération provoque les mouvements réflexes dans les muscles abdominaux ; ce ne peut-être que par l'impression produite sur les fibres nerveuses sympathiques, propagée à la moelle, et réfléchie sur les nerfs moteurs de l'abdomen.

Donc il ne peut exister deux genres de perceptions douloureuses, comme on l'a dit ; la sensation par le pneumogastrique est la seule consciente, la seule perçue.

Mais ce dernier nerf ne semble lui-même sortir de son apathie que par des tiraillements, ou par l'apphcation du froid ; sa sensibilité naturelle est obtuse, il faut donc admettre un développement anormal de sa sensibilité, c'est-à-dire une hyperesthésie morbide, ce qui ne résout nullement la difficulté.

L'hyperesthésie morbide n'est, en effet, qu'une hypothèse, en tant qu'elle s'applique à un nerf doué d'une sensibilité obtuse, et la clinique elle-même le prouve comme la physiologie, car le contact des substances et

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des aliments les plus irrilanls ne suffit pas ordinairement pour réveiller celle sensibilité excessive anormale ; \Qnolimetangere delà muqueuse stomacale n'existe pas dans la dyspepsie ; s'il est des malades qui redoutent de prendre des aliments par crainte de ladouleur, il doit être facile par la morphine en injections sous-cutanées d'y mettre lin, et défaire rentrer le cas indiqué dans la catégorie des dyspepsies simples.

On a bien dit que l'état morbide détermine et réveille des sensibilités qui n'existent pas normalement; l'exemple des articulations et des synoviales ordinairement indolentes, et devenues excessivement douloureuses au moindre mouvement, semble péremptoire en faveur de la doctrine de l'hypereslhésie créée par la maladie ; or c'est là précisément le triomphe de la doctrine mécanique que nous soutenons ; dans les arthrites, les nerfs terminaux sont comprimés, tiraillés par les exsudats intra- ou péri-articulaires ; c'est une lésion matérielle de ces nerfs ; mais où est la cause du pincement des nerfs vagues dans l'estomac gastralgique ? Est-ce dans une gastrite avec exsudats? Non, c'est dans les contractions musculaires exagérées, qui comprennent les nerfs inlra-musculaires.

La conclusion est celle-ci: l'hypéresthésie n'existe pas, il ne s'agit, dans la dyspepsie douloureuse, que de douleurs provoquées par les muscles contractés, douleurs siégeant dans les expansions nerveuses terminales; c'est là aussi une des causes des paroxysmes connus sous le nom de spasmes, de crampes d'estomac, de cardi algie.

ARTICLE III Interprétation des spasmes et crampes d'estomac.

La compression des plaques nerveuses terminales peut s'exercer de trois façons.

a. Compression c?2>ec/e. — Supposez les muscles gastriques télanisés pendant les douleurs paroxystiques, l'accès durera ce que durent les contractures, c'est-àdire rarement plus de quelques minutes ; la contraction se traduit par la rétraction de la région épigastrique, et même des parois de l'abdomen ; elle cesse brusquement sans phénomène incident.

b. Compression par distension. — La compression des filaments nerveux intra-musculaires peut avoir lieu par un autre procédé ; supposez eu elTet, ce qui a lieu presque généralement, que l'estomac soit météorisé, •c'est-à-dire distendu par des gaz quelle qu'en soit la nature ; la distension ne peut porter sur la muqueuse, ni sur le péritoine ; elle affecte surtout la tunique musculaire qui possède une trame élastique, extensible, et des fibres musculaires, dont la distension est limitée elle-même par la résistance des éléments élastiques faisant partie intégrante de la membrane de ce nom, et des fibres musculaires elles-mêmes ; — dans ces tiraillements excessifs les filets nerveux intra-musculaires, qui sont sensibles, sont eux-mêmes exposés à être allongés, froissés ; de là la douleur sourde, conlinue, dont les malades se plaignent à certaines heures de la digestion, lorsque précisément la cavité stomacale se remplit de gaz de la fermentation, surtout de Co^.

Ce qui prouve qu'il en est ainsi, c'est qu'aussitôt que (les gaz sont expulsés par la bouche, ou par l'intestin, on constate deux phénomènes simultanés, synergiques:, la région stomacale se dégonfle, et la douleur cesse ou diminue en raison directe de l'émanation des gaz.

c. Un troisième mécanisme qu'on peut appeler mixte' préside souvent à la formation de la douleur ; c'est le spasme succédant à la distension exagérée des parois musculaires; dans ce cas la douleur est violente, brusque comme dans les spasmes tétaniques, et elle cesse,, comme dans le deuxième cas, par l'émission des gaz.

Ainsi les phénomènes douloureux trouvent leur interprétation dans l'éîat spasmodique, dans l'état d'atonie, ou dans leur alternance.

Le système nerveux sensitif n'est donc pas intéressé d'une manière primordiale, il n'y a là ni névralgie, ni hypéresthésie ; il n'y a que des troubles de motricité en plus ou en moins.

Ceci étant admis, il s'agit de savoir qu'est-ce qui détermine les contractions tétaniformes? Lorsqu'elles succèdent à une distension préalable des fibres musculaires par les gaz, tout s'explique ; c'est la contraction succédant à l'épuisement nervomoteur ; mais lorsque le spasme se produit en dehors du météorisme, circonstance d'ailleurs exceptionnelle, on est bien forcé de conclure à son point de départ dans le système sensitif; l'impression produite par une boisson glacée, par un aliment acide, ou gras, par des mets indigestes produisant des gnz irritants, impression d'ailleurs parfaitement inconsciente, se porte vers la moelle épiiiière et l'encéphale, et de là à la périphérie de l'estomac par les

G. Sée, Dyspepsies. 7

filets moteurs des nerfs vagues ; ces nerfs jouent d'abord le rôle de transmission sans être directement, primitivement, consciemment irrilés ; au retour de l'acte réflexe ils agissent comme nerfs centrifuges et moteurs; c'est sous leur influence en effet que les contractions de l'estomac s'opèrent très évidemment.

Ainsi, quel que soit le point de départ du spasme, qu'il soit dû à une impression locale, ou bien qu'il succède à la fatigue du muscle stomacal distendu, la douleur spasmodique, de même que toutes les autres douleurs de la gastralgie, est uniquement un effet de la motricité et non de la sensibilité.

La meilleure preuve qu'il s'agit surtout de l'atonie d'un muscle, dont l'irritabilité succède à raffaiblissement, c'est l'existence presque constante du météorisme stomacal, dont nous connaissons déjà le mécanisme.

Il nous reste à signaler les contractions douloureuses des parois musculaires de l'abdomen, et particulièrement des muscles droits à leur attaclie sternale ; ces crampes extérieures si souvent méconnues, malgré les avertissements de Briquet dans son beau traité de l'hystérie, sont précisément celles qui ont servi de base à la doctrine des névralgies locales, d'abord généralisées ; par suite, les douleurs thoraciques, dorsales, etc., passaient pour des névralgies intercostales.

Il est encore à remarquer, qu'en intervertissant la succession chronologique, on a souvent placé les douleurs gastriques sous la domination du système nerveux central frappé d'une névrose innominée comme le serait l'irritation spinale; la douleur disparaît alors dans

l'abîme des névropatliies primitives ; il n'y a plus à s'en occuper.

En réalité, comme on ne saurait rayer les douleurs gastriques du cadre nosologique, ni généraliser les névralgies par le système des nerfs périphériques, force est de recourir à l'interprétation de ces douleurs par acte réflexe moteur et non sensitif.

Il est assez étrange de voir avec quelle facilité on admet aujourd'hui des douleurs réflexes ; c'est-à-dire des troubles réflexes aboutissant à un nerf sensible ; c'est le renversement de toutes les données les plus solidement acquises de la physiologie ; un acte réflexe doit nécessairement aboutir à un mouvement ; dans le cas présent l'arc diastaltique est posé sur la muqueuse stomacale, siège d'une douleur ; il passe par la moelle, et aboutit aux muscles thoraciques, œsophagiens, intercostaux, dorsaux, etc. Ces muscles en se contractant déterminent des douleurs, comme nous avons vu les muscles de l'estomac provoquer des paroxysmes douloureux.

Sensations prédigestives. — Faim et soif.

ARTICLE PREMIER Causes de l'inappétence.

Dans les dyspepsies, l'appétit est rarement perverti comme dans les pseudo-dyspepsies : ordinairement il est amoindri au moins par i)ériodes ; en général il est naturel.

a. Causes accidentelles de l'anorexie. — La dimii nution de l'appélil peut tenir à des causes accidentelles ou adjuvantes. Un besoin moindre tle réparation se fait sentir chez les individus qui se privent d'activité physique, qui s'adonnent au coniraire à la vie inlellecluelle^chezceux qui prennent l'habitude de la demi-diète, chez les yieillards, chez tous, dans les climats chauds.

— La faim disparaît à la suite de préoccupations morales, de douleurs physiques, et surtout à l'occasion du dégoût qu'inspirent certains régimes, certains aliments, souvent même les circonstances les plus étranges, les plus insignifiantes.

— L'appétit se perd, et la soif augmente infailliblement sans l'influence des boissons .alcoohques en excès, et surtout des narcotiques.

— La crainte de la douleur locale, provoquée par l'ingestion des aliments, peut arriver au point que les malades s'imposent la diète ; mais ce n'est là qu'un phénomène temporaire, qu'il ne faut d'ailleurs pas confondre avec la diminution de l'appétit.

— Toutes ces influences passagères ou durables doivent être prises en considération par le médecin qui observe cette grave complication des dyspepsies; l'analyse la plus minutieuse de ces causes si multiples est de rigueur, avant qu'on ne recoure à ces moyens dont la banalité traditionnelle n'est surpassée que par leur complète inefficacité, et qu'on se hâte de prescrire, sous le nom d'apéritifs, d'amers, de toniques, de gouttes de Baumé, etc.

h. Dyspepsies anorectiques. — L'anorexie n'appartient de droit qu'à certaines dyspepsies, plus pai ticu-

tièremont à celles qui sont dues à l'altération du suc Ltri-iue par le mucus; sous ce rapport elles constipent la pire espère ; l'inappétence tient dans ce cas a deux causes, d'une part l'étendue de la lésion ou plutôt l'intensité de la neutralisation du suc gastrique, d une autre part l'état de la langue.

c Cause permanente. - Enduits de la langue. - Chaque fois que la langue est recouverte d'enduits muqueux c est-à-dire de mucus avec épithéliums exfolies occupant la surface et surtout la base de la langue, l'appétit est gravement compromis, par cette raison que le goût est perdu; les nerfs gustatifs de la base, les nerfs glossopharyngiens et trijumeaux sont sépares de la masse alimentaire, non seulement par la muqueuse elle-même, mais par la couche anormale de mucus, de sorte qu'il n'y a plus de contact possible entre les expansions terminales des nerfs, et les aliments; il n'y a plus d'impression, par conséquent plus de désir; tous les amers sont impuissants à faire renaître la sensation de goût et de dégustation ; on dit que dans ce cas les vomitifs font disparaître les enduits de la langue, et en môme temps ceux qu'on suppose exister dans l'estomac ; mais la corrélation entre les deux parties de l'appareil muqueux digestif est loin d'être constante, elle n'est même pas prouvée.

Il est certain d'ailleurs que ces enduits peuvent exister sans le malaise gastrique, qui caractérise le catarrhe muqueux; de môme ils peuvent disparaître sans que l'npiiétil soit reconstitué; ce qui tient à la diversité des causes de l'innppétence en général, et de l'anorexie dyspeptique en particulier.

ARTICLE n Caractères de l'anorexie.

Dans la dyspepsie la perte de l'appétit est rarement durable ; elle subit des rémissions, et de temps à autre le malade reprend ses fonctions. Elle est d'ailleurs plus rarement encore complète et absolue, elle porte de préférence sur les viandes, sur le pain, et en général sur les aliments qui exigent l'acte de la mastication; on peut y remédier par l'usage de viandes réduites en purée, ou par les boissons alimentaires; il suffît aussi parfois d'user de viandes froides salées, vinaigrées, épicées pour avoir raison de cette répugnance qui ne porle presque jamais sur l'alimentation par les légumes, les fruits. On peut donc toujours trouver des moyens dilatoires pour tromper au moins temporairement la perte de l'appétit, mais à une condition, c'est qu'il ne soit pas question de ces anorexies voulues, préméditées et souvent d'une extrême gravité qu'on trouve chez 'les hystériques, et qui mènent à l'inanition souvent irrémédiable.

ARTICLE III Fausses faims.

C'est dans les états névropathiques, bien plus que dans les dyspepsies, que l'on retrouve les boulimies et les fausses faims qui ont manifestement leur siège dans l'estomac, tandis que la faim réguhère, normale, effet

clinique; physiologique de ladénulntion, indice dubesoin de réparation, semble Î'ser sa souree, comme le dit Scldfl, dans 1 orgaiiisme entier.

On voit des malades qui éprouvent la faim, une, deux, quatre heures après le repas, et ce besoin est souv n si impérieux, que s'il n'est pas satisfait immeiatement, il peut entraîner une défai lance. Or a e moment la digestion stomacale est t-^ -^- ^ masse alimentaire a franchi en grande partie le pylore si alors les muscles viennent à se contracter à vide, ou bien encore si, après l'expulsion des gaz, des contractions se reproduisent à jeun, elles peuvent provoquer ou des douleurs dites crampes, ou des sensations pénibles se rapportant à la sensibiUté spéciale et digestive de l'estomac. Je n'en conclus pas que la faim a son siège dans l'estomac, mais bien la fausse faim. Ce qui prouve qu'en pareil cas il s'agit simplement d'une impression et non d'un besoin réel de réparalion, c'est quil suffit de- quelques fragments d'aliments même indigestes, pour faire cesser la sensation si étrange qm constitue un vrai anachronisme. Ce qui le prouve mieux encore, c'est que ces faims-vales n'empêchent pas de digérer; les névropathes en souffrent plus que les dyspepti-

ARTIGLE IV

Rapports de Tanorexie avec la digestion et l'assimilation.)

Supposons maintenant que la faim ait disparu, qu'il y ait une anorexie bien constatée, il ne faut pas en conclure que le malade doive suivre son instinct ; il y a des

■individus qui, dons l'état de santé, se mettent à table sans des.r et sans plaisir; ils prennent des alimenis n Ta.son etils digèrent. Il en est exactement de têL dans 1 état anormal ; les aliments une fois arrivés da's es organes digestifs y subissent les mêmes modifîca- ' ions, et se peptonisent, excepté dans les dyspepsies ib.en caractérisées chimiquement, et même dans ces dyspepsies y a-t-il presque toujours une faveur exceptionnelle pour certains aliments, qu'ils soient pris ou non avec plaisir. D'ailleurs l'assimilation de ces peplones n est jamais enrayée, comme nous le démontrerons à .propos du degré d'utilisation des aliments.

ACTICLE V Soif.

La soif n'a pas de règles fixes et ne présente pas le momdre rapport avec la dyspepsie; on a bien dit qu'il faut une certaine quantité de liquide pour digérer; cela •est vrai jusqu'à un certain point, car tous les aliments ■contiennent de l'eau en quantité suffisante pour délayer la masse alimentaire; il est des individus qui ne sont 'pas excités à boire pendant le repas, et qui se réservent pour la fin de la digestion, c'est-à-dire pour la troisième •ou quatrième heure de la digestion; les liquides intro- •dnits à ce moment contribuent à l'expulsion de la masse alimenlaire hors de l'estomac; c'est un moyen ■de finir la digestion stomacale.

Le contraire a heu plus souvent; les repas sont noyés •dans une masse de liquides, si bien qu'on a admis une

dyspepsie des liquides; je ne vois d'aulre inconvénient à cet excès que la précipitation prématurée du bol alimentaire dans les intestins avant que le suc gastrique ait pu le transformer en chyme véritable; la digestion s'établit alors dans la deuxième partie du tractus digestif et le danger n'est pas réel.

§VII

État de la langue et de la bouche.

La langue, d'après la croyance populaire, serait le miroir de l'estomac; lorsque la surface de la langue est nette^ les organes digestifs sont^ dit-on, en bon état; lorsqu'elle est rouge, lisse, dépouillée de son épiihélium, c'est le reflet de la muqueuse gastrique enflammée et desquamée; lorsqu'enfin elle est couverte d'enduits grisâtres ou jaunes, l'estomac est luimême le siège d'un catarrhe muqueux.

La vérité est que dans les affections simples de l'estomac, ainsi dans les atonies, de même que dans les dyspepsies, la langue peut conserver son aspect normal et remplir ses fonctions motrices et sensibles; il semble même que son intégrité parfaite indique la bénignité de la maladie des organes digestifs, mais comme on retrouve le même état de la muqueuse linguale dans les maladies les plus graves, comme les ulcères, les cancers du tube digestif, on n'est pas en droit de conclure de la netteté de la surface linguale à l'absence de lésions gastro-intestinales.

La coloration rouge, avec dépouillement de la lan-

gue, dont la surface serait piquetée, pointillée, ne correspond pas plus à une phlogose de l'estomac, car on retrouve ces modifications dans les fièvres et dans les tuberculoses, qui n'ont rien de commun avec le tube digestif; l'élévation de la température suffît par ellemême pour tarir les sécrétions buccales, enlever à la muqueuse son humidité, et déterminer une desquamation épilhéliale qui laisse le derme muqueux à nu. Dans les aiïections apyrétiques, d'autres causes, la plupart locales, peuvent déterminer une inflammation superficielle, qui ne reflète en rien l'état de la muqueuse gastro-intestinale ; ainsi l'usage du tabac, d'aliments épicés, peut dans toutes circonstances provoquer soit à l'état permanent, soit de temps à autre, une desquamation qui inquiète les malades, et souvent conduit les médecins à la prescription d'un régime blanc, impossible à tolérer.

S'agit-il enfin d'un de ces enduits qu'on a appelés saburral (faute de mieux), muqueux, bilieux ; on affirme sans hésiter que le miroir est des plus fidèles, et que l'estomac est atteint d'un catarrhe muqueux; l'enduit de la langue équivaut en effet à un catarrhe buccal; il consiste dans des cellules épithéhales, plus ou moins dégénérées, des stries d'épithélium comme corné, des globules muqueux, avec du pigment, avec ou sans globules de sang, des bâtonnets résultant de la chute des prolongements des papilles filiformes (Kolliker); à cette couche épithéliale s'ajoute souvent une masse granulée, jaune sale, qui couvre parfois entièrement la surface des cylindres épithéliaux ; on y retrouve aussi des filaments parasitaires, des vibrions, etc. ; or cette

description, qui s'applique au catarrhe lingual, se retrouve à l'état (l'ébauche dans les conditions normales de la santé la plus parfaite ; il faut tenir compte de cette circonstance avant de porter un jugement sur la valeur de ces enduits, qui, en définitive, constituent un signe des moins indicateurs.

Sécrétions chez les dyspeptiques.

a. Les sécrétions ne paraissent nullement modifiées. Les salives ne subissent aucune altération de quantité ni de composition ; la peau peut être sèche ; plus fréquemment elle devient le siège d'une sécrétion exagérée, et ces sueurs, dont le malade se préoccupe vivement, se manifestent au moindre exercice corporel; c'est, du reste, un phénomène habituel chez les individus sédentaires. On a cru remarquer une alternance entre l'état de la peau et celui des organes digestifs ; l'excès de sueurs déterminerait une diminution de liquides digestifs, et en outre une moindre acidité du suc gastrique par suite de la réaction acide des sueurs ; mais avant tout il fallait démontrer l'acidité des sueurs, tandis qu'il est prouvé aujourd'hui que l'acide est fourni par les glandes sébacées.

La même alternance a été établie entre l'acidification du suc gastrique et celle des urines qui diminue en raison directe de la quantité des urines.

Ce qui est certain, c'est que les urines tendent à diminuer de quantité, et présentent souvent des dépôls

d'Lirates, d'oxalates, elmême de phosphates, ce qui est pkis grave ; tout ceci s'explique facilement; l'acide urique, les urates se déposent par suite de la quantité insuffisante d'eau, c'est-à-dire par la diminution des urines ; les oxalates indiquent une transformation incomplète des aliments albuminoïdes, et les phosphates, éliminés en excès provenant de l'usure des tissus corporels.

b. Sécrétions comme causes de dyspepsies. — Lorsque ces anomalies se produisent dans les urines, on se demande naturellement s'il ne faut pas intervertir l'ordre des phénomènes, et considérer la dyspepsie comme un résultat; — ainsi s'il y a des urates en dépôt, c'est la gravelle dont la dyspepsie ne serait qu'un épiphénomène, mais comme la gravelle se lie souvent à la goutte, on en conclut qu'il s'agit d'une dyspepsie goutteuse ; cette conclusion est d'autant plus hasardée que la gravelle peut exister sans la goutte, et ne consister qu'en un simple dépôt d'urates par défaut de solubilité. Lorsque la gravelle est primitive et précède les troubles d'estomac, ceux-ci consistent plutôt dans des troubles nervomoteurs.

Si l'acide urique est en défaut, la question n'est plus douteuse aux yeux de la plupart des médecins ; il s'agit d'une dyspepsie goutteuse, dont nous aurons à étudier le mécanisme.

Voxalurie a joué un grand rôle dans la dyspepsie, aux yeux des médecins anglais, et surtout de Bence Jones ; la chronologie dans ce cas est difficile à établir, et la primogéniture est le plus souvent douteuse.

La phosphatiirie semble réellement pouvoir dominer

CLINIQUE PHYSIOLOGIQUE. l"*

la scène; j'ai vu des cas de phosplmlurie précédant la dyspepsie, d'autres lois elle persiste sans troubler la digestion, tout en entraînant une grave déimhilion ; mais il est des cas complexes où la phosphaturie et l'apepsie marchent parallèlement, augmentant ou diminuant ensemble.

§ YIII bis.

Résumé général. — Les phénomènes chimiques sont les seuls qui caractérisent la dyspepsie ; tous les autres symptômes ne sont qu'un résultat, un effet consécutif, et par cela même ils présentent un caractère aléatoire. On n'a donc à prendre en considération que les altérations du suc gastrique :

1° C'est-à-dire le degré de l'acidité chlorhydrique ;

2° La quantité et surtout l'état des pepsines;

3° Les altérations du suc gastrique par le mucus;

4° Ses modifications physiologiques, par la présence despeptones en excès;

5° Les troubles peptiquespar l'inanition;

6° Les signes de la fermentation putride des aliments, à savoir les matières vomies, et les gaz de la fermentation anormale.

§ IX

phénomènes nerveux, psychiques et vasomoteurs.

La dyspepsie ne se traduit pas toujours par ses troubles chimiques, ni par ses phénomènes classiques; souvent elle reste pour ainsi dire latente, ou plutôt ne

retentit que sur le système nerveux, sans avoir l'air de troubler les fonctions gaslro-intestinales. On voit des malades qui ne se plaignent que d'insomnie, de céphalalgie, de douleurs dorsales ; il faut deviner chez eux la source cachée de leurs souffrances, et en analysant ces symptômes avec soin, on parvient à constater leur corrélation exacte, proporlionnelle avec la digestion.

Les troubles des fonctions cérébro-spinales peuvent se résumer ainsi :

1° Insomnie et somnolence ;

2° Phénomènes psychiques;

3° Vertiges à stomacho Issso ;

4° Troubles vasomoteurs ;

S° Douleurs musculaires ;

6° Anesthésies et hyperesthésies ;

7° Accidents hystériformes et hypochondriaques ;

8° Palpitations; syncope; dyspnée.

On pourrait facilement augmenter la liste des accidents nerveux d'origine dyspeptique, en écoutant les récits fantaisistes des malades ; mais ils ne présentent d'intérêt qu'à la double condition du contrôle chnique, et de l'interprétation physiologique.

ARTICLE PREMIER Somnolence. — Insomnie.

a. Somnolence. — Un grand nombre de malades ont une tendance invincible à s'abandonner au sommeil après le repas; est-ce simplement le besoin d'un repos nécessité par le fonctionnement de l'estomac et qui absorbe pour ainsi dire toutes les forces physiques à

son profit? ou bien est-ce un signe de dyspepsie? ou bien enfm l'indiee ou la menace d'une congestion cérébrale? Ces questions, que je pose, sont précisément celles qu'on soumet journellement aux médecins. Le besoin de repos et l'aversion pour tout exercice physique paraissent d'autant plus naturels que les fonctions respiratoires et de circulation sont singulièrement modifiées par et pendant la digestion ; l'une est genee par la réplétion de l'estomac, l'autre est accélérée par le travail digestif; il est donc illogique de recommander l'exercice corporel après le repas ; à l'exception tout au plus d'une promenade lente, en plein air sur un sol horizontal. Il n'est même pas rationnel, que dis-je, il n'est pas possible de s'opposer au sommeil surtout chez les vieillards, et les femmes qui jeunes ou vieilles n'ont pas d'embonpoint.

En effet, dans la plupart des cas, il s'agit d'une circulation défectueuse; chez les vieillards, c'est l'athérome artériel, et le défaut de l'élasticité des parois, qui empêchent le sang d'arriver à l'encéphale, où il s'établit une oligaimie temporaire ou permanente, cause de la somnolence ; cette oligaimie se produit facilement, dès qu'à la faiblesse d'action des tuniques vasculaires, il vient se joindre une gêne de la respiration, par conséquent une difficulté pour le sang veineux de revenir au cœur ; l'ohgaimie cérébrale par déficit de sang artériel, jointe à la stase veineuse, constitue la véritable cause de la somnolence, qui saisit les vieillards et les effraie.

Chez les individus plus jeunes, mais doués d'embonpoint, l'oligaimie ne dépend plus de l'alhéronie ; elle

UES DYSPEPSIliS.

provient de la faiblesse d'impulsion du cœur gaucii." le cœur s'épuise à faire passer le sang rouge au delà des capdlaires, perdus pour ainsi rlire dans une trame cellulograisseuse qui en diminue le calibre. Dans ces diverses circonslances, il n'y a donc pas à craindre la congestion cérébrale active, comme on le croit généralemenl°; c'est le contraire, c'est-à-dire ce sont les effets de l'oligaimie qu'il faut prédire, et rien autre; la dyspepsie n'y est pour rien, car la digestion est à peine commencée quand la somnolence s'établit.

h. Insomnie. — L'insomnie constitue au contraire, dans l'ordre des troubles nerveux, l'expression la plus nettement caractérisée et cependant la moins souvent soupçonnée de la dyspepsie. Quand en effet le sommeil fuit ou s'interrompt, il ne s'agit plus de la digestion gastrique, l'estomac est pour ainsi dire oublié et les alimenls ont franchi le pylore. La digestion intestinale commence en général à la troisième heure et fiuit à la huitième ou neuvième heure ; ainsi, après le repas du soir l'agitation commence, surtout au moment où le malade recherche le sommeil, vers dix ou onze heures du soir, et elle continue jusque vers quatre heures; c'est la durée de la digestion pancréatique intestinale ; quand celle-ci est terminée, le malade finit souvent par s'endormir; la preuve que c'est la deuxième digestion qui est en jeu, c'est qu'U suffit de changer l'heure des repas principaux ou de diminuer la ration alimentaire du soir pour voir disparaître cette insomnie, contre laquelle tous les narcotiques viennent échouer.

Dep uis le travail intéressant de Prieger^ sur les causes du sommeil ou plutôt sur l'agent du sommeil, on a

atlribiié une grande part à l'acide lactique et au lactate de soude, qu'on introduit expérimentalement ou' qui se forme dans les organes digestifs pendant la digestion des aliments hydrocarbonés, et surtout des sucres ; on a môme prétendu ramener le sommeil en faisant, prendre de l'eau chargée de sucre, qui développe de l'acide lactique ; ce moyen est certainement insuffisant ou inutile dans ces agitations nocturnes, qui trahissent une origine digestive, et en elTet c'est la bradypepsie seule qui eu est la cause ; il s'agira donc de faciliter, de hâter la digestion en général, ou de supprimer la digestion nocturne pour ramener le sommeil.

Si au contraire cette agitation persiste, il faut la considérer comme un phénomène cérébral rentrant dans l'ordre des troubles psychiques, que nous aurons à préciser.

ARTICLE II Phénomènes psychiques et sensoriels.

Le malade se plaint souvent de la diminution de ses facultés intellectuelles, de la perte de la mémoire, de l'inaptitude au travail, des efforts auxquels il est obligé pour porter un jugement, surtout pour prendre une décision.

Un sentiment de tristesse accable souvent le malade, qui digère lentement ou mal; le météorisme et les éructations pénibles le plongent dans un véritable état d'abattement. Si, ce qui est fréquent, il éprouve en même temps quelques phénomènes sensoriels, des troubles de l'accommodation, des bourdonnements d'breil-

G. SÉE, Dyspepsies. 8

les, il se voit menacé du péril de la congestion cérébrale, et la prostration morale augmente en même temps que les sentiments afTectifs tombent en déshérence.

Cause des phénomènes psychiques. — Yoici comment on expliquait et comment on doit interpréter ces phénomènes. Sous le nom banal de sympathie, on attribuait à un consensus fonctionnel ce qu'on appelait l'activité cérébrale, ou quand elle dépassait la mesure, c'était une irritation à distance provoquée par l'estomac sur le cerveau et les sens.

Plus tard, sous le nom de réflexe, on imaginait une série d'impressions inconscientes partant des organes digestifs et aboutissant au système nerveux central, et produisant là, quoi? une surexcitation qu'on ne s'est jamais expliquée. En réalité, il n'y a qu'une seule manière d'interpréter ces faits, et tout d'abord rectifions l'idée de réflexe ; un acte réflexe comprend toujours un mouvement terminal et non une excitation imaginaire ou une sensation anormale ; or, lorsque la digestion est ralentie ou défectueuse, les acides et les gaz résultant de la fermentation gastro-intestinale produisent sur la muqueuse une impression inconsciente qui gagne, non pas l'encéphale^ mais le bulbe, c'est-à-dire le centre vaso-moteur principal ; de là elle se réfléchit par l'intermédiaire des nerfs vasomoteurs constricteurs, sur les muscles vasculaires de l'encéphale, rétrécissent ainsi par la contraction le calibre des vaisseaux cérébraux, et le champ de la circulation; le cerveau devient oligaimique ou anémique.

A une période avancée de la maladie, s'il y a une inanition relative, l'ischémie cérébrale peut être totale

CLINIQUE PHYSIOLOGIQUE. llo

el tenir aussi à la composition du sang, insuffisant au point de vue de ses éléments constituants.

ARTICLE III Vertiges et troubles vaso-moteurs.

Les vertiges conslitueiit un des accompagnements les plus fréquents de la dyspepsie, et de Tatonie gastrointestinale. Ils consistent soit dans une sensation de vide ou de vague dans la tête, ou de resserrement autour du crâne, soit dans une obnubilation ou divers troubles de la vue, soit par des mouvements gyratoires personnels ou objectifs.

a. Conditions. — ' Ils se produisent souvent dans l'état de vacuité de l'estomac, et ils cessent par l'ingestion des aliments ; d'autres fois c'est pendant la digestion; parfois, et c'est là un fait des plus constants, ils se développent en même temps que le tympanisme gastrointestinal, alors surtout qu'il est porté au point de provoquer des crampes de l'estomac ou des intestins ; dans ce cas le vertige cesse par l'expulsion des gaz. Enfin ces sensations se manifestent souvent dans les intervalles, loin des digestions, à l'occasion de la vue d'objets lumineux, rayés, de mouvements animés; ce sont ces perceptions si diverses, et dans des conditions si variées, qui ont été confondues sous le nom collectif de vertige à stomacho lœso.

b. Objections. — Si c'est J'estomac qui en est la cause, pourquoi cessent-ils à la fm de la deuxième digestion, ou par l'expulsion des gaz, ou bien instantanément par l'introduction d'un aliment, qui a eu à

peine le temps de toucher à la paroi stomacale? Comment se lait-il que les lésions les plus graves de l'estomac, telles que l'ulcère rond ou le cancer, ne produisent rien de semblable ? Quelle est enfin la cause de ces vertiges, qui ont élu droit de domicile en jjermanence. Ce sont des questions insolubles, si on admet l'origine dyspeptique directe.

c. Théories. — Ici comme pour les troubles psychiques, ni l'estomac ni l'intestin ne sont directement en jeu, et ne seraient capables de produire un phénomène appelé sympathique ; comme pour la faiblesse des sens et de l'intellect, il n'y a que deux causes possibles :

1° C'est une anémie totale par inanition ; une anémie générale, locahsée dans l'encéphale, c'est ce qui a lieu dans les périodes avancées de la maladie; c'est ce qui fait que le vertige, comme la syncope, disparait par le seul fait du décubitus horizontal.

2° Ou bien le vertige est le résultat de l'excitation bulbaire ; une sensation inconsciente part des intestins irrités, engorgés, gagne le bulbe, et par l'excitation des nerfs vaso-moteurs détermine une contraction de tous les vaisseaux, particulièrement des artérioles de l'encéphale.

La sensation originelle cesse dès qu'il pénètre des aliments dans l'estomac, dès que l'intestin est débarrassé de ses gaz, dès que la digestion est terminée.

ARTI .LE IV

Douleurs et fatigues musculaires. Douleurs en général.

Tous les observateurs ont noté les douleurs dites rétlexes

OU par irradiations, qu'on considère généralementcomme des névraljiies; c'est une erreur de localisation, car elles ne suivent pas le trajet des nerfs ; elles ont manifestement leur siège dans les muscles et surtout dans les muscles qui fournissent la plus grande somme de travail mécanique, ainsi les muscles dorsaux, ceux des parois abdominales, plus rarement ceux des membres. Yoici l'explication.

a. Explication de toutes ces douleurs. — Les douleurs dorsales, que nous prenons pour exemple et qu'on attribue ordinairement à Virritation spinale, siègent le long des épiphyses épineuses, dans les masses charnues du long dorsal ; elles s'exaspèrent toujours par la pression, par les mouvements et les efforts, c'est-à-dire par la contraction des muscles, ou bien encore par certaines attitudes qui tendent les fibres musculaires.

La fibre musculaire n'étant pas sensible par ellemême, il faut de toute nécessité que la douleur affecte les nerfs musculaires et surtout les plaques terminales, pour être perçue par le malade ; mais pourquoi cette sensibilité exagérée? Chez les dyspeptiques, particulièrement chez ceux qui ont longtemps souffert, pâti de leur maladie, le sang s'appauvrit en globules, et les muscles, dont lanutrition exige incessamment une rénovation, dont le travail ne s'accompUt qu'en raison du sang suffisant en qualité comme en quantité, ne fonctionnent plus parce qu'ils ne respirent plus ; ils ne font plus leurs échanges gazeux avec l'atmosphère, parce que les globules et l'oxygène leur manquent ; dès lors le fonctionnement normal lui-même suffit pour les épuiser, les surmener. Une fois que la fatigue a envahi le

muscle, il détermine une sensation locale de courbaui^, analogue au sentiment de contusion et d'endolorissement qu'on éprouve après une marche forcée

Les produits de la fatigue musculaire, l'acide lactique entre autres, viennent-ils contribuer à provoquer ou à augmenter ces sensations douloureuses? c'est probable Parmi les muscles qui sont le plus souvent le siège de cette souffrance, se placent, après les muscles du tronc ceux du thorax et de l'épigastre.

b. Douleurs épigastriques. - Pseudo-gastralgie. - Bans la dyspepsie et même dans les atonies gastriques les parois de l'abdomen, les muscles droits surtout' deviennent souvent le siège de douleurs qu'on prend pour la gastralgie, c'est-à-dire pour une névrose ou névralgie de l'estomac; or il s'agit ici d'une myosalgie qui occupe les attaches épigastriques des muscles dé cette région ; elle augmente toujours en effet par l'attitude verticale, par la tension des muscles, par le tympanisme gastrocolique, par l'irritation légère des bouts supérieurs, tandis que les douleurs stomacales ne sont modifiées ni par la position du malade, ni par le tiraillement des muscles; le tympanisme est la seule cause qui, dans les deux cas, augmente la douleur; mais encore y a-t-il à noter cette différence, à savoir : la pseudo-gastralgie ou myosalgie de l'épigastre se manifeste et persiste en tout temps avec tout son cortège douloureux ; la dyspepsie ou même la gastralgie a trop de rapports intimes avec les périodes digestives, pour ne pas en être sans cesse influencée. Donc si les deux genres de douleurs, celle qui provient des nerfs de l'estomac, et celle qui appartient aux muscles, viennent à

coïncider, ce qui est loin d'être rare, une analyse sévère et physiologique, telle que je viens de 1 esquisser, peut faire la part de chacune de ces localisations douloureuses. Il est clair que si c'est l'alTeclion stomaca e nui domine la niyo.algie, comme elle règle souvent la rachialgie, l'épigastre doit reprendre sa souplesse a mesure que la fonction stomacale reprend son mtegrilo.

c. Céphalalgie. - Les muscles péri-crâniens, c'està-dire les fronlo-occipitaux, les muscles des tempes sont fréquemment le siège de contractions douloureuses, de constrictions qui s'exaspèrent souvent par le froid sans qu'il y ait rien de rhumatismal, qui se soulagent par le repos horizontal de la tête, et par une compression douce, uniforme.

Il est facile de distinguer la céphalalgie des névralgies, quand elle est double; si elle est unilatérale, les points douloureux ne correspondent nullement aux divisions, ni aux points d'émergence des rameaux nerveux.

d. Migraine dijspeptiqiœ. — Dans ces dyspepsies à forme nerveuse, on cite avant tout et surtout la dyspepsie hémi-crânienne; on considère la dyspepsie comme une cause si habituelle de la migraine qu'on intervertit souvent la proposition, eu traitant toutes les migraines indistinctement comme d'origine gastrique. C'est là une erreur aussi enracinée dans les doctrines médicales, que le vertige à stomacho Iseso, qui n'est, comme nous l'avons démontré, qu'une oligaimie partielle et vaso-motrice de l'encéphale, ou le résultat d'une anémie totale.

La migraine, qu'il faut d'ailleurs nettement séparer de la névralgie du trijumeau, se compose de deux phé-

DES DYSPEPSIlîS.

nomènes connexes, h douleur unilatérale, les troubles de la e,reula.,o„ faeiale, oeulaire, eneéph^inue.

I roubles vaso-moteurs. — nim u i . ;',^veloppe, ,e visa.e devient pfle Ta „ f iTa;! teres temporales battent avec force, le globe e fœ 1

s'enfonce dans IWbite et S'injecte ; ^r ce 1 „ LlTe .n*,„ent une e.citaUon du file, .ynrpiM ~ donne, con,™e on sait, une décoloration de la face eHe lelrait du globe oculdre, le refroidissement des tégum nts. L ong,ne de celte excitation du sympathique est dans la parl.e afférente de la moelle cervicale

c'est le bulbe qui est envahi, comme il l'est dans le vertige, les vaisseaux cérébraux se contractent ; il en résulte une oligaimie cérébrale, avec surexcitation de tous les sens, particulièrement de la vue, de l'oïe, de l'odorat Si enfin le foyer central des nerfs vagues dans le bulbe est affecté, il en résulte des nausées et des vomissements.

Voilà la première série de phénomènes, qu'on peut appeler vaso-moteurs et bulbaires.

Douleurs. — La douleur constitue le phénomène parallèle ; les artérioles des muscles de la tête se contractent; les muscles se tétanisent, compriment les nerfs intra-musculaires, et provoquent la douleur.

L'hémicrânie est donc une excitation générale de tous les nerfs vaso-moteurs constricteurs, de l'encéphale, de la tête, excitation suivie d'une contraction douloureuse des muscles de la tête.

Y a-t-il là une différence notable avec le mode de production du vertige, qui accompagne d'ailleurs la migraine d'une manière constante ; il n'y en a qu'une

seule, c'est que la migraine porte et sur le bulbe et sur le lilet syinpalliitiue cervical, ce qui provoque i'oligaimie, par conséquent, les contractions douloureuses des

muscles de la tête.

Dans la migraine, comme dans le vertige, il s'agit d'une impression qui, parlant des organes digestifs, gagne le bulbe ou la moelle, se réfléchit sur les nerfs vaso-moteurs des vaisseaux des muscles de la tête, et des vaisseaux de l'encéphale.

S'il en est ainsi, il n'y a pas plus de raison d'admettre toujours l'origine dyspeptique de la migraine, que le vertige à stomacho Ixso ; je vois journellement la migraine méconnaître l'origine gastrique, déjouer tous les moyens digestifs, et ne céder qu'au traitement des névroses vaso-motrices primitives.

e. Troubles vaso-moteurs de la face sans migraine. — On voit des malades, surtout des femmes^ qui se plaignent, après le repas, d'avoir le sang au visage ; lorsqu'elles approchent de la ménopause, les remarques se convertissent en craintes. Il s'agit là de phénomènes qu'on rencontre dans les digestions les plus naturelles, et qui paraissent tenir à l'excès de pression vasculaire, que les excitations de l'estomac produisent sur tous les vaisseaux; il y a une sorte de congestion faciale passagère, que nous expliquerons à la page 128.

ARTICLE V Troubles de la sensibilité.

Après avoir traité longuement des douleurs musculaires, il nous reste à signaler les névralgies périphé-

riques, les hypereslhésies cutanées, qui sont rares, les anesthésics, qui se voient surtout chez les hystériques et les hypochondriaques, et qui se lient d'ailleurs intimement aux troubles de la circulation capillaire.

a. Les névralgies intercostales sont les plus fréquentes de toutes; elles sont indéniables et faciles à distinguer des douleurs musculaires intercostales.

b. Les névralgies de la tête et des membres sont infiniment plus rares ; je n'ai pas trouvé de névralgie faciale, sciatique, humérale, qui fût sous l'influence de la dyspepsie; en examinant bien le trajet de ces douleurs, leur modalité, leur localisation, on voit clairement qu'il ne s'agit que de douleurs musculaires ; il paraît donc inutile de rechercher le mode de production de ces névralgies ; on a parlé de névralgies réflexes, c'est une hérésie physiologique ; on a parlé de névralgies par irradiations ; les recherches de Tripier en ont prouvé clairement l'existence, mais ce qui n'est pas moins évident, c'est l'existence de névralgies d'origine centrale ou médullaire ; dans ces cas elles peuvent être bilatérales, ou bien les deux côtés sont envahis successivement.

c. Les aneslhésies sont l'apanage de l'hystérie et de l'hypochondrie, mais non leur monopole ; on constate des hémianesthésies, ou des insensibilités par plaques, ou une paralysie complète de la sensibiUté sur une grande surface, ou bien encore l'analgésie dans les diverses dyspepsies.

d. Anesthésies avec troubles vaso-moteurs. — Chez les dyspeptiques et les gastralgiques, quand un membre est frappé d'aneslhésie, la circulation capillaire y est

plus faible ; la température s'abaisse dans coite région, et les malades accusent le froid. — L'innervation est en corrélation directe avec la quantité et la qualité du sang en circulation. Si le sang a perdu de ses éléments bistologiques, qui sont destinés à nourrir et à oxygéner les tissus, les nerfs, surtout de la sensibilité, perdent de leurs fonctions ; il en est de même si le sang n'arrive pas en quantité suffisante dans le système nerveux central ou périphérique ; car c'est ce qui paraît avoir lieu dans les anesthésies d'origine gastrique ; elles sont, comme la plupart des troubles nerveux, l'effet des contractions vasculaires réflexes, provoquées par l'irritation de l'estomac.

ARTICLE VI Phénomènes hystériformes et hypochondriaques.

C'est l'ensemble des phénomènes si longuement énumérés, surtout des troubles vasomoteurs aboutissant aux vertiges et à l'état psychique, qui constitue l'hypochondrie ; il faut se garder de la prendre pour une maladie primitive, quand les phénomènes digestifs sont là pour témoigner de son origine.

L'hystérie peut être cause ou effet ; la distinction est souvent difficile; toutefois on peut établir, comme règle générale, que la dyspepsie produit rarement l'hystérie par accès; mais si les phénomènes nerveux se bornent aux troubles de la sensibilité sensorielle, musculaire, cutanée, ils sont plus fréquemment un effet de la dyspepsie qu'un signe de l'hystérie primordiale.

ARTICLE VII

Phénomènes circulatoires et respiratoires. Effets sur la pression

artérielle.

Un des phénomènes les plus curieux, et qui n'a encore été signalé qu'à l'état d'expériment, c'est l'influence de l'excitation des nerfs splanchniques et de l'estomac sur l'augmentation de la pression vasculaire.

a. Etudes des réflexes vasciilaires des nerfs splanchniques et gastriques. — L'irritation (chez le chien) du bout central du nerf grand splanchnique sectionné détermine une augmentation considérable delà pression artérielle, d'après Asp; le phénomène a même lieu lorsque les deux splanchniques sont coupés ; ce qui veut dire qu'après la suppression de ces nerfs, qui animent pourtant la plus grande partie du territoire vasculaire de l'abdomen, il reste encore un grand réseau vasculaire sur lequel le splanchnique agit par voie réflexe. L'excitation des bouts périphériques agit moins.

Les excitants qu'on apphque à l'estomac passent sans doute aussi par les splanchniques. Ilerman et Ganz constatèrent, en injectant de l'eau glacée dans l'estomac d'un chien curarisé, une notable augmentation de la pression artérielle ; ces expériences toutefois ne furent pas confirmées par S. Mayeret Pribram ; mais ils constatèrent cette élévation de tension, en irritant directement l'estomac et surtout sa tunique musculaire.

On ne sait encore exactement si ces excitations passent par le splanchnique ou par le nerf vague ; la

CLINIQUE PHYSIOLOGIQUE. l^o ■

seule raison qui milite en faveur de ce dernier nerf, t'est qu'avec l'accroissement de tension, il se produit aussi un ralentissement du pouls.

b. Effets de la pression exagérén sur r encéphale. — Cong(3stions eérébro-spinales. Faut-il attiibuer un certain nombre des phénomènes cérébi-aux à l'excès de pression; dans ce cas, il s'agira de congestions; la théorie générale nous éclairera à ce sujet.

c. Effets de la pressionartérielle exagérée sur le cœur lui-même. Palpitations. — Des palpitations se développent souvent chez les dyspeptiques ? sont-elles un effet d excilationrénexe des fibres nerveuses gastriques surles fibres nerveuses cardiaques? Cette théorie paraît simple et inéluctable ; mais il y a une difficulté, c'est que l'excitation des nerfs gastriques, appartenant aux nerfs vagues, ne peut pas se propager aux nerfs vagues cardiaques sans arrêter le cœur. Il faut donc admettre un efiet réflexe partant de l'estomac, se dirigeant vers la moelle cervicale et se propageant par voie centrifuge aux nerfs accélérateurs. La théorie ne serait pas inadmissible, si les palpitations consistaient uniquement dans une accélération des battements ; mais il faut compter avec les intermittences, les irrégularités, qui font partie du cortège des palpitations.

Selon toute vriiisemblance, elles sont l'effet de l'obstacle que la pression exagérée intra-vascuiaire oppose au cours du sang, c'est-à-dire à l'action du cœur, lequel réagit par le nombre et l'intensité des battements contre l'obstacle artériel, sauf à faire quelques faux pas.

d. Uynertrophie transitoire du cœur. — Un excel-

lent observateur, mon collègue Potain, a aKiré l'attention sur une hypertrophie transitoire du cœur droit qui se produirait sous l'influence d'une excitation des nerfs vagues gastriques dans la dyspepsie; cette excitation se propagerait directement aux nerfs vagues du cœur droit, dont l'action augmenterait, en même temps que sa nutrition ; cette théorie soutenue par mon ami Tessier de Lyon, au point de vue clinique, et par F. Frank, au point de vue physiologique, n'a pas encore reçu la sanction générale.

e. Syncope. — Les excitations douloureuses, les crampes de l'estomac et de l'intestin, peuvent déterminer l'arrêt du cœur, c'est-à-dire la syncope. Ici l'elïet est simple ; de l'estomac l'excitation gagne le bulbe, et de là le nerf vague, qui est un nerf d'arrêt du cœur^ et détermine en même temps l'anxiété, la suffocation!

f. Àlgidité. — Dans le bulbe se trouve aussi le centre vaso-moteur principal ; son excitation réflexe détermine la contraction des vaisseaux périphériques, d'où le refroidissement général, la cyanose, la décomposition des traits du visage, la petitesse du pouls.

g. Dyspnée. — La dyspnée est un effet tellement fréquent, qu'on peut la considérer comme un des signes les plus certains, quelquefois comme le seul signe de la dyspepsie, et de l'atonie gastro-intestinale. L'oppression dans l'immense majorité des cas est certainement un effet mécanique, résultant du refoulement du diaphragme vers la poitrine, par l'estomac et les intestins météorisés, remplissant pour ainsi dire la cavité abdominale ; cela est si vrai, que les purgatifs, les désobstruants, les poudres absorbantes triomphent aisé-

ment de ce phénomène qui est l'unique préoccupation des malades.

Mais n y a-t-il pas une autre dyspnée, dépendant d'une action nerveuse réflexe des nerfs vagues gastriques sur les nerfs vagues pulmonaires? Le chemin de ces excitations paraît ici encore nettement tracé ; mais comment une excitation directe ou réQexe des nerfs vagues pulmonaires peut-elle exercer une dyspnée, sans que le diaphragme soit tétanise'? C'est là le premier effet de l'excitation des nerfs vagues; or dans la dyspnée gastrique c'est le contraire qui a lieu; le diaphragme, loin d'être abaissé, est toujours refoulé vers la poitrine ; ceci juge la question en faveur du mécanisme indiqué en premier lieu.

ARTICLE VIII

Résumé du paragraphe IX. — Résumé des théories nerveuses.

a. Nous avons admis, pour la plupart des phénomènes nerveux, la théorie des actions réflexes vasculaires, c'est-à-dire l'excitation partant de la muqueuse gastrointestinale, se propageant parles nerfs vagues ou sympatliiques, au bulbe, et se réfléchissant sur les nerfs vaso-moteurs de l'encéphale, en déterminant l'astriction des vaisseaux de l'organe ; de là l'ohgaimie cérébrale, qui nous a servi à expliquer les phénomènes psychiques, surtout les vertiges, les migraines.

Les douleurs musculaires s''expUquent de même par l'excitation réflexe des nerfs musculaires; l'oligaimie des muscles est la cause principale de leur fonctionnement défectueux, de leurs contractions exagérées, et des compressions douloureuses exercées sur les terminaisons

nerveuses inlra-musculaires. Les anesthésics n'ont pas d'autre origine que la contracture des artérioles capillaires de la peau.

b. La deuxième cause, par ordre d'importance et par série chronologique, des troubles psycho-moteurs, c'est l'altération totale du sang, consécutive aux dyspepsies.

Cette anémie générale nous rend parfaitement compte des phénomènes tardifs, ainsi du vertige persistant, des migraines subintrantes, des fatigues douloureuses des muscles.

c. Excès dejoressionvasculaire. — Un certain nombre de phénomènes me paraît devoir se rattacher à la découverte des pressions vasculaires excessives, qui se produisent sous l'influence des irritations gastro-splanchniques. Les palpitations surtout ne peuvent guère s'expliquer que par ce mécanisme.

Il en est de même des congestions faciales (je dis faciales) qui se produisent après le repas chez les femmes adultes, ou à l'époque de la ménopause.

d. Congestions cérébrales. — S'il existe sous l'influence de la dyspepsie des congestions cérébrales vraies, elles doivent dériver de la même cause et se produire par le mécanisme de la haute pression vasculaire. Hammond assigne à la congestion les signes distinctifs suivants : Insomnie, agitation, hallucinations, perte de la mémoire, oubli des mots, incohérence dans les idées; or ces signes, sauf l'insomnie, ne se retrouvent pas dans les dyspepsies, et ceux qui présentent avec les phénomènes congestionuels une certaine analogie en diffèrent par leur peu de gravité, par la facilité avec laquelle ils cèdent au traiteiiient tonique.

Il me semble donc que les interprétations de chacun des phénomènes nerveux ne comportent pas d'objections physiologiques.

Phénomènes de la dénutrition.

Un des effets les plus constants de la dyspepsie, lorsque celle-ci est permanente, c'est-à-dire lorsqu'elle ne se produit pas seulement par accès plus ou moins éloignés, c'est la dénutrition sous toutes ses formes.

ARTICLE PREMIER Amaigrissement.

L'amaigrissement est général, il porte sur tous les tissus, sur tous les organes ; ce premier signe de la dénutrition tient à des causes multiples.

a. La transformation incomplète des aliments, surtout des ahments azotés, par conséquent la déperdition de ceux qui ne sont pas métamorphosés en substance assimilable, en peptones.

h. L'amoindrissement de la résorption alimentaire entraîne une augmentation correspondante de la résorption moléculaire des tissus.

c. La résorption rendue plus difficile par les couches de mucus.

d. L'évacuation des ahments par les vomissements Cependant la dénutrition n'est pas constante, ni assez marquée pour enti'aîner la mort; la guérison est tou-

G. Sée, Dyspepsies. 9

jours leiUc, difficile el souvent interrompue par des récidives.

ARTICLE II Dénutrition de la peau.

Un phénomène des plus frappants de la dénutrition générale est relatif à la peau ; celle-ci devient sèche, pHssée^ flasque et en même temps prend une coloration terne, grisâtre, qui diffère totalement de la décoloration anémique.

ARTICLE III Anéiaiie.

La dénutrition frappe les éléments du sang, au même litre que les tissus ; les globules sont diminués ou de nombre ou de volume ; ou bien ils perdent une partie de leur pouvoir colorant et respiratoire; en un mot il se produit une véritable anémie hémoglobulaire; si cette lésion prédomine sur la dénutrition générale, les téguments présentent la coloration pâle, ou jaunâtre comme dans les anémies en général.

Suites de l'anémie. — A son tour l'anémie peut contribuer à la production de certains des phénomènes nerveux, entre autres du vertige, de la céphalalgie el des palpitations. En présence de ces troubles nerveux, une question préalable se présentera toujours sur leur origine; sont-ils dus aux troubles vaso-moteurs, c'està-dire à des actes réflexes, ou. bien sont-ils la conséquence de l'anémie? La constatation des signes physiques de l'anémie, surtout des souffles vasculaires et

carduiques, constituera une forte présomption en faveur de l'origine anémique des névropathies.

ARTICLE IV Tubercules.

Depuis l'époque où Beau écrivit sur la dyspepsie, et attribuait à la perversion des fonctions gastriques toutes les maladies chroniques, toutes les affections dialliésiques, surtout la tuberculose, on n'a plus guère songé à relever cette doctrine, bien qu'encore aujourd'hui on se plaise parfois à considérer . le tubercule comme un collectivisme de cellules embryonnaires, qui ne se développerait que sur les natures épuisées. C'est là une véritable hérésie anatomique et clinique ; le tubercule n'est pas une formation misérable, et n'est pas le privilège des déshérités. Aussi je n'insisterais pas sur cette fâcheuse assertion si un livre spécial et récent sur la dyspepsie n'avait édicté une erreur plus grave encore sur un autre genre de lésions organiques.

ARTICLE V Cancer de l'estomac. — Ulcère de l'estomac.

Cette fois il ne s'agit plus de maladies générales comme dans la doctrine de Beau ; mais bien de lésions de l'estomac^ c'est-à-dire de l'ulcère ou même du cancer de l'estomac. Voici le dogme : la dyspepsie est le résultat d'une hyperémie, devenue inflammatoire;, c'est-àdire une gastrite ; celle-ci devient ulcéreuse^ ou finit

dans d'autres circonstances par se transformer en cancer, de sorte qu'au résumé, en partant d'un phénomène physiologique, la dilatation nervo-vasculaire provoquée par la digestion, vous êtes sous le coup de la dyspepsie, qui est la gastrite ; de l'inflammation simple on passe à la gastrile ulcéreuse (bien que l'ulcère soit simple et n'ait rien de la gastrite) ; ou bien la gastrite vire au cancer et à la mort, qui est donc amenée par une série de mauvaises digestions; ce codicille est triste.

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