OBSERVATION IX
Gravelle urique. — Évacuation, sous l’influence du traitement hydro-minéral, de plusieurs fragments de calcul de forme bizarre.
M. X"’, ancien avoué, âgé de soixante-cinq ans, a une bonne constitution et un tempérament sanguin. Il se rend à Contrexéville le 30 juillet 1869. Ce malade a éprouvé, il y a dix ans, plusieurs hématuries sans douleurs d'aucune sorte qui cédèrent à l’emploi de bains et ne reparurent que l’année, suivante. M. X*”* rendit à celte époque, toujours sans douleur, une certaine quantité de sable urique dans ses urines En 1863, il ressentit dans le côté droit, sur le trajet de l’uretère, des douleurs qui, quoique vives, ne rappelaient en aucune façon celles de la colique néphrétique. Elles furent suivies de l’expulsion de deux concrétions uriques du volume d’un petit haricot. En 1865, M. X*** eut de nouvelles hématuries, toujours sans douleurs intenses de rein ni de côté, et rendit du sable et des graviers en assez grande quantité. Il éprouva à cette époque des douleurs au niveau du col de la vessie. Enfin cette année 1869, à la suite de l’expulsion de graviers, il eut une crise de dysurie qui dura cinq jours et depuis ne put faire usage de la voiture sans voir survenir une hématurie. Depuis huit ans, M. X”* se rend tous les ans à Vichy et fait usage aux repas de l’eau des Célestins.
L’urine du malade est claire, les besoins d’uriner fréquents, la nuit surtout, six fois en moyenne. M. X’*’ ressent impérieusement ce besoin chaque fois qu’il monte un escalier. L’urine est d’ailleurs, dit-il, lente à venir et le jet faible. A part ces troubles du côté des organes urinaires, la santé générale est satisfaisante. L’estomac est bon : on observe seulement une tendance assez marquée à la constipation. Ajoutons que M. X"’ s’est toujours refusé et se refuse encore à une exploration do la
vcssio, bien indiquée cependant par les différents symptômes que nous venons de noter.
Quoique notre malade ne présentât pas le cortège complet des signes rationnels d’un calcul vésical, nous croyions néanmoins à l'existence d’un corps étranger dans le réservoir urinaire et, dans l’impossibilité de nous en assurer directement, nous fîmes commencer à M. X‘** un traitement hydro-minéral dans le but de démasquer la présence de ce corps étranger, ainsi que le fait tous les jours la source du Pavillon à l’égard des calculs ignorés ou douteux. Mais, à notre grande surprise, au lieu de voir les symptômes s’accentuer davantage, nous les vîmes diminuer, et tous les deux ou trois jours M. X*’* nous apportait non pas des graviers, mais des fragments de calculs de forme bizarre, ronds, lisses, uniformément grisâtres sur une de leurs faces convexes et offrant sur les trois autres, disposées en coin et par conséquent planes, l’indice d’une stratification disposée par couches de nuances diverses.
Tous ces fragments , sortes de segments de sphère , au nombre de six, quoique assez volumineux, étaient rendus sans douleur. Malgré cette disposition, qui avait fait supposer à ceux de nos maîtres ou de nos confrères auxquels nous les avions montrés une lilholrilie préalable que le malade ne nous aurait pas voulu avouer, ces calculs étaient composés presque exclusivement d’acide urique d’après la minutieuse analyse que nous en avons faite avec notre confrère le docteur Chalvet, professeur agrégé de la Faculté de Paris, si compétent en pareille matière. Quant à l’idée d’une supercherie de la part du malade, nous ne saurions l’admettre, car nous connaissons personnellement M. X*’* en dehors de nos relations médicales.
Nous avons donc cherché une explication à ce fait bizarre, et c’est à M. le docteur Mallez, qui possède une riche collection de calculs, que nous la devons. Notre confrère nous a en effet montré un gravier de tous points semblable au nôtre, provenant d’un malade qui s’était également refusé à exploration, et qui l’avait rendu après l’usage prolongé de différentes eaux alca-
lines. Co gravier est seulement beaucoup plus complet, en ce sens qu’on peut le reconstituer et qu’on observe au sommet de chacun do ces petits segments de sphère dont nous avons parlé une cupule qui, si on réunit ces fragments, ce qui est facile, forme une petite loge centrale, qui renfermait un noyau plus dur également d’acide urique. Ce petit noyau qui existe dans la pierre de notre confrère permet d’expliquer, par imbibition et inégale dilatation des couches concentriques de la pierre, l’éclatement de celle-ci dans la vessie. On observe dans celle dont notre malade nous a rendu six fragments une disposition identique seulement, le noyau nous manque, et il a peut-être été rendu antérieurement, car il est difficile desavoir à quelle époque cette rupture a eu lieu chez M. X*** : elle doit être assez ancienne, puisque si sur certains fragments on retrouve une cupule au sommet, sur d’autres l’usure qu’ils ont subie par lo frottement pendant un séjour assez prolongé dans la vessie permet à peine de les deviner. Néanmoins ces deux faits sont, on n’en peut douter, identiques. Ils sont, de plus, fort rares et fort curieux. Disons en terminant que M. X*** vit de jour en jour s’amender l’état de ses fonctions urinaires. La miction, plus facile et moins fréquente, n’avait plus lieu qu’une fois seulement, la nuit, les hématuries ne reparurent plus et notre malade put faire sans inconvénient avant son départ deux longues promenades en voiture.