OBSERVATION XI
Gravelle phosphatique. — Coliques néphrétiques tr'es-fréquenles qui cessent complètement après une saison.
Mlle X***, âgée de vingt-huit ans, se présente à nous le 12 juillet 1868 avec toutes les apparences d’une anémie des plus caractérisées. Cette dame, vient, sur le conseil de M. le professeur Schützenberger, de Strasbourg, demander aux eaux de Contrexéville un soulagement à des douleurs de reins dont elle souffre depuis 1865. Elles débutèrent à cette époque par une hématurie. Peu après vinrent des coliques néphrétiques assez violentes qui se répétaient tous les dix jours, duraient un ou deux jours et étaient suivies de l’émission de graviers gris pou consistants, mais assez volumineux. Un traitement aux eaux d’Enghien, dirigé contre une affection dularynx, amena MIleX*‘* à essayer d’une douche chaude et énergique sur les reins. Dès ce moment, les symptômes, au lieu de s’amender, s’aggravèrent à ce point que les médecins qui soignaient MUo X*** désespérèrent de la sauver. Je tiens ce détail de l’un d’eux. Les coliques reprirent avec une plus grande fréquence et la malade n’eut un moment de répit que lorsqu’on eut essayé les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine, qui eurent chez elle un résultat tel qu’elles enlevaient la douleur instantanément; à toi point qu’un jour elle put, grâce à ce moyen employé au moment
où elle allait paraître en public, remplir son rôle comme si rien n’était survenu.
Lorsqu’elle arriva à Contrexéville, cette malade rendait des urines épaisses et fétides qui contenaient du mucus, du sang, du pus et du phosphate ammoniaco-magnésien en abondance. Elles s’améliorèrent d’ailleurs dès les premiers verres d’eau, et Mile x*** vjt son app5tit se développer, sa santé générale s’améliorer ; elle put supporter facilement une cure de vingt-cinq jours. Les trois ou quatre selles qu’amenait chaque matin l’ingestion de l’eau ne fatiguèrent nullement la malade, qui quitta Contrexéville dans les conditions les plus satisfaisantes, et sans qu’aucun accident eût été à signaler dans le cours de son traitement.
Le 5 juillet 1867, nous revîmes de nouveau cette dame, dont l’apparence extérieure était cette fois celle d’une santé parfaite. Elle nous avoua ne plus avoir ressenti du côté des reins la moindre douleur, et avoir rendu seulement sans la plus petite colique des graviers blancs grisâtres, mous et friables, de la grosseur d’un pois. Enfin nous no pouvons donner un meilleur certificat de sa santé qu’en répétant, d’après notre malade, qu’elle dut feindre une maladie pour ne pas aller à la seule répétition à laquelle elle manqua.
Cette observation offre un exemple des bons effets des injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine dans le cas de coliques néphrétiques, et quoique ce moyen ne donne pas toujours des résultats aussi décisifs, nous ne saurions trop recommander en pareille occurence à nos confrères d’en faire au moins l’essai. Nous voyons ensuite de quel secours ont été ici les eaux de Contrexéville chez une malade du rétablissement de laquelle les médecins désespéraient.