OBSERVATION XII
Goutte datant de vingt-cinq ans. — Essai de différentes stations thermales. —
Attaque de goutte viscérale. — Deux saisons à Contrexéville. — Résultats
remarquables.
M. le comte de X***, ancien député, âgé desoixante-dijc ans et né d’un père goutteux, est depuis vingt-cinq ans sujet à la goutte et a tous les ans plusieurs accès plus ou moins rapprochés et plus ou moins douloureux. Nous ne pouvons retracer ici en détail la marche de ces accès, qui durèrent d’abord quelques jours, puis quelques semaines, et enfin plusieurs mois, et qui, après avoir débuté assez régulièrement par les articulations de l’un ou l’autre pied, envahirent successivement les genoux, les poignets et les coudes. En dehors de ces accès, la santé générale de M. de X***, qui est d’ailleurs d’une vigoureuse constitution, est demeurée bonne, et à part un accident qui, du reste, se rattache à la diathèse goutteuse et sur lequel nous allons revenir; M. le comte de X*" menait une vie relativement assez active, marchant beaucoup à Paris et chassant lorsque la saison le permettait. Cependant, dans ces dernières années, il ne pouvait plus faire de longues marches que sur des terrains plats. La sensibilité des articulations du pied lui rendait la marche pénible sur un sol inégal, et il avait dû, pour ce motif, restreindre son goût pour la chasse, à laquelle il était obligé de renoncer au bout de quelques heures de marche. M. de X*f* avait fait depuis 1863 l’essai de différentes stations thermales. Plombières, Schinznach, Cauterets n’avaient amené aucun soulagement dans l’état du malade; bien plus, après cette dernière saison faite en 1866, notre malade eut, dans l’hiver qui suivit, une violente attaque de goutte pendant laquelle survinrent des accidents thoraciques qui mirent sa vie en danger.
Le 25 juillet 1868, M. le comte do X¥*¥ se rend à Controxéville : il a bien supporté le voyage et ne souffre pas des articulations des pieds ni des mains. Nous pouvons y constater, de même que sur le pavillon do l’oreille, quelques tophus plus ou
moins volumineux. Dès le lendemain do son arrivée, lo malade commence le traitement hydro-minéral consistant exclusivement en boisson, et débute par une dose do trois demi-verres seulement : le cinquième jour, il ressentit dans les articulations des mains et des pieds des douleurs assez vives, mais néanmoins assez tolérables pour qu’il pût continuer son traitement et venir le matin, appuyé sur deux cannes, faire usage de l’eau à la source. Les douleurs disparurent au bout de huit jours, et M. de X**’ put quitter Contrexéville dans un état de santé trèssatisfaisant. Lorsque notre malade prit congé de nous, nous pûmes, nous fondant sur de nombreux cas analogues, lui présager un hiver meilleur que les précédents, et sinon sans accès do goutte, du moins avec des accès dont l’intensité et la durée seraient amoindries.
Nous reçûmes, en effet, le 20 juin 1869, une lettre do M. lo comte do X*** par laquelle il nous apprenait qu’il venait de passer une année sans la plus petite atteinte de goutte, ce qui ne lui était pas arrivé depuis vingt-cinq ans. « Le fond de ma santé, ajoute-t-il dans cette lettre, s’est raffermi, et je constate chaque jour une amélioration telle, que je viens vous demander s’il est utile de retourner à Contrexéville. » Nous dûmes engager M. le comte de X*” à venir confirmer un si brillant résultat, ne pouvant admettre avec lui qu’il était à tout jamais débarrassé d’une affection telle que la goutte. Ajoutons que, sur notre conseil, il avait fait pendant l’année usago à différentes reprises de l’eau transportée, mais sans rien éprouver de particulier.
Le 12 juillet 1869, nous vîmes de nouveau M. de qui nous confirma de vive voix le contenu de sa lettre. Il reprit le même traitement hydro-minéral et en obtint comme l’année précédente un effet purgatif qui se résumait par deux à trois selles chaque matin et vit encore le quatrième jour survenir dans les articulations des deux pieds des douleurs analogues à celles do l’année précédente, mais de moindre intensité, c’est-à-dire qu’elles ne 1 arrêtèrent pas un seul instant. Elles disparurent
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également au bout d’une semaine, et M. de X444 nous quitta de nouveau dans les meilleures conditions de santé.
Nous voyons dans cette observation un exemple d’un fait qui se présente journellement à Contrexéville, je veux parler des douleurs ressenties par les goutteux pendant leur cure; généralement elles se bornent, comme chez ce malade, à une gêne plus ou moins accentuée des articulations atteintes antérieurement par la goutte, que ces douleurs passent successivement en revue. Mais quelquefois l’effet va jusqu a une véritable attaque de goutte, mais moindre en intensité et en durée que celles qu’éprouve habituellement le malade. Loin d’être d’un pronostic fâcheux, il nous a été donné d’observer, ainsi qu’à tous ceux de nos confrères qui ont exercé à Contrexéville, que cette sorte de poussée articulaire était du plus heureux augure au point de vue de l’effet consécutif des eaux, et c’est en nous basant sur cette remarque que nous avons pu, lors du départ de M. de X*** en 1868, lui promettre une amélioration notable. L’événement est venu, comme on le voit, justifier notre manière de voir.