OBSERVATION XIII
Goutte chez un enfant de quinze ans.
M. Albert X**4, âgé de quinze ans, est fils de goutteux et a accompagné en 1869 son père à Contrexéville pour y suivre lui même un traitement hydro-minéral. Il a, en janvier 1869, ressonti une attaque do goutte dans le gros orteil droit, qui dura trois semaines. Depuis, dans le courant de l’année, le pied et le genou gauche ont été envahis et ont retenu encore un mois le malade au lit ou à la chambre. Il prit à Contrexéville l’eau du Pavillon en boisson, et la supporta bien : elle lui amena deux selles dans la matinée et détermina l’évacuation d’une certaine quantité do sable rouge dans les urines.
Cette observation, comme toutes les observations prises en 18G9, n’est pas complète et ne pourra être complétée que lorsque notre jeune malade pourra nous renseigner sur l’effet consécutif des eaux. Mais si j’ai cru devoir la citer, c’est à cause de l’àge du jeune goutteux. Le docteur Hervez de Chezoin a en effet dit, dans une note lue à la Société médicale des hôpitaux dans sa séance du 28 mai 1869 : « La goutte est exclusive à l’âge adulte et aux vieillards, un enfant affecté de la goutte serait une singularité qui surprendrait tous les médecins. » Or je ne crois pas que l’on puisse refuser à notre malade le triste privilège d’être goutteux et franchement goutteux. J’ai eu d’ailleurs occasion de voir d’autres cas de goutte chez des enfants, et je les ai rapportés dans une note publiée par Y Union médicale à la fin d’août 1869. Quant au docteur Legrand de Saulle, qui nous a précédé à Conlrexéville, voici ce qu’il écrit dans une brochure intitulée Huit Années de pratique médicale à Contrexèville, publiée en 1865 :
« En huit ans, j’ai donné des soins à seize enfants de cinq à treize ans : neuf avaient la gravelle, trois la gravelle et la goutte et quatre la goutte. M. Civiale pense que la gravelle passe habituellement inaperçue dans l’enfance, et que c’est là ce qui pourrait expliquer sa rareté. »
L’existence de la goutte chez les enfants ne peut donc, on le voit, être mise en doute. Quant à la gravelle, nous la voyons si souvent être méconnue pendant quelque temps chez les adultes, que l’assertion de notre regretté maître M. Civiale na rien qui doive surprendre, car on cherche généralement encore moins chez les enfants à incriminer la gravelle des souffrances qu’elle peut leur occasionner.