OBSERVATION XIV
Goutte Ires-ancienne. — Déformations articulaires nombreuses et profondes.
M. X“\ homme de cinquante-cinq ans, est goutteux depuis 1835. Du reste, le père, le grand-père, la mère et la grand’mèro maternelle de M. X“* étaient goutteux II avait au début de chaque année un seul accès plus ou moins long. Il fit à cette époque une saison à Bagnères-de-Luchon, qui n’amena aucun résultat. Depuis, M. X’** passa en revue tous les moyens de traitement connus, même les plus empiriques, et dut les abandonner sans avoir vu s’arrêter les progrès de sa maladie, qui lui fait depuis six ans garder pendant sept à huit mois consécutifs le lit ou la chambre, et ne lui laisse que peu de répit, car il a, dit-il, la goutte presque toute l’année.
C’est dans ces conditions qu’au mois d’août 1868 M. X*** se rend [tour la première fois à Conlrexéville. 11 ne marche qu’avec la plus grande peine au moyen de deux béquilles et d’un bras qui assure son équilibre. Toutes les articulations sont plus ou moins ankylosées ; le tronc est fléchi sur le bassin, la jambe sur la cuisse, les mains profondément déformées, couvertes de tophus qui, ainsi que ceux du pied, donnent de temps en temps issue à de l’urate de soude. Aucun des doigts n’a conservé ses mouvements, à ce point que ce n’est qu’à grand’peine que M. X'" peut porter les aliments à sa bouche. Toutes les articulations, même les articulations sacro-vertébrales, slerno-claviculaires et tcmporo maxillaire droite ont été envahies. Malgré, ces nombreuses infirmités, le moral de notre goutteux n'est pas trop affecté et son estomac est meilleur qu’on ne serait en droit do le supposer. Il put même, quoiqu’il ne prît aucune espèce d’exercice autour de la source qu’il gagnait à grand’peine, boire sans le moindre inconvénient do quart d’heure en quart d’heure un grand verre d’eau, et cela pendant deux heures. Il obtint pendant cette première saison un effet purgatif très-accentué et eut jusqu’à cinq selles chaque matin. Il éprouva aussi dans toutes
ses articulations malades les douleurs caractéristiques dont nous avons parlé, mais relativement avec peu d’intensité, car il put continuer sa cure sans encombre.
Le 25 juin 1869, nous revoyons M. X*** toujours avec ses béquilles, mais, suivant lui, avec plus do force et de facilité dans la marche. Mais ce qui surtout mérite d’être noté, c’est qu’il n’a eu pendant toute son année que trois accès de goutte, l’un de vingt, l’autre de quinze et le troisième de dix jours, ce qui, comparé à ses hivers précédents, est déjà un résultat remarquable. 11 prit, comme l’année précédente, l’eau du Pavillon à la meme dose ; l'effet purgatif fut moindre, car il n’eut chaque matin que deux à trois selles au plus. Mais vers le quinzième jour du traitement, il fut pris de douleurs beaucoup plus vives qu’en 1868, surtout à l’épaule et au coude du bras droit. Néanmoins ce petit accès dura peu et n’empêcha pas M. X**‘ de terminer sa saison cl d’en constater les bénéfices, car lorsque huit jours après il vint prendre congé de nous, il avait, à 200 mètres de notre porte, abandonné ses béquilles et vint lentement, c’est vrai, mais sans aide, nous faire sa visite d’adieu.
Nous avons cru devoir porter à la connaissance de nos confrères l’histoire de ce malade, quoiqu’elle ne soit point -terminée, parce que, lorsqu’un goutteux est arrivé à la période qu’avait atteinte M. X***, il est rare que l’on espère obtenir les résulfats que nous avons atteints, et qui, j’espère, ne se borneront pas à ceux déjà obtenus. Nous ne voulons pas avancer que M. X*** recouvrera les mouvements dans des articulations aussi profondément atteintes que les siennes. Mais ne fût-ce que par les résultats qu’elle a déjà amenés, la médication hydro-minérale aurait droit à la reconnaissance du malade et du médecin. Ce cas n’est évidemment pas isolé. Nos prédécesseurs pourraient certes en citer de nombreux exemples que nous regrettons de ne pas leur avoir vu publier en détail, car les faits cliniques sont raalheureu-
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sement difficiles à recueillir complètement dans les stations thermales et à Contrexéville en particulier.