OBSERVATION XVII
Alonie vésicale. — Conjonctivite chronique. — Emploi de l’eau de ta source du Prince comme collyre.
M. X***, négociant, âgé de soixante-deux ans, est d’un tempérament nerveux et d’uno bonne constitution. Il éprouve depuis trois ans des troubles dans la miction, consistant en une certaine difficulté d’accomplir cette fonction lorsqu’il ne satisfait pas immédiatement au besoin d’uriner, et en un sentiment de cuisson dans le canal de l’urèthre pendant et après la miction; de plus, malgré tous ses soins, M. X"* ne peut s’empêcher de tacher son linge après avoir uriné. Le jet est d’ailleurs relativement assez
vigoureux ; l’urine, sensiblement normale, no contient ni mucus, ni pus, ni spermatozoaires. Pendant le jour, M, X*‘* n’urine que toutes les deux heures et la nuit une fois seulement. II a été un an environ, avant son arrivée à Contrexéville, pris après un repas copieux d’une rétention d’urine qui a nécessité le cathétérisme.
M. X*** est en outre atteint d’une conjonctivite chronique avec affaiblissement très-notable de la vue. Il ressent très-manifestement, le soir surtout, la sensation de sable dans l’œil et ne peut lire plus d’un quart d’heure de suite. Il lui devient alors impossible de continuer la lecture commencée. Il en attribue la cause à de longues séances de travail à la lumière du gaz. La conjonctive oculaire est injectée et la conjonctive palpébrale, surtout au niveau du bord libre des paupières, est légèrement œdématiée. Cet état dure déjà depuis plusieurs années et a même en partie été cause que M. X***, homme très-actif pour son âge, a renoncé aux affaires.
C’est dans ces conditions qu’il se présenta à nous le 19 juin 1869. Nous lui prescrivions l’eau de la source du Pavillon en boisson, des douches froides portées de cinq à dix minutes sur le périnée et la région hypogastrique, et deux fois par jour des bains d’yeux avec l’eau de la source du Prince.
Le 10 juillet, M. X*** vient prendre congé de nous et résume ainsi son état. Il ne souffre plus en urinant, ne tache plus son linge et ne ressent plus le soir la fatigue qu’il éprouvait dans les yeux. Il peut du reste lire sans difficulté une heure de suite.
Laissons de côté dans cette observation ce qui touche à l’affection des voies urinaires, car nous pourrions énumérer de nombreux exemples de guérison dans des cas beaucoup plus compliqués; nous parlerons du traitement de la conjonctivite chronique par beau de la source du Prince. Celte source jouissait, trente ou quarante ans avant la découverte faite par le docteur Bagard, en 1759, des propriétés qui amènent aujourd’hui de si nombreux malades à Contrexé-
ville, d’une grande réputation pour le traitement des affections de l’appareil oculaire. Tous les habitants de la contrée qui avaient des maux d’yeux venaient se bassiner les paupières à Contrexéville et emportaient de l’eau dont ils se servaient comme collyre. Depuis, quoique cet usage se soit encore en partie perpétué parmi eux, aucune observation médicale ou aucune recherche dans ce sens n’a encore été publiée. Nous pensons donc, en faisant connaître le seul cas où il nous a été donné d’user de l’eau du Prince en collyre, rendre service cà nos confrères de Contrexéville et les encourager à nous aider dans la recherche des propriétés de nos sources.