OBSERVATION XVIII
Catarrhe vésical. — Hypertrophie prostatique. — Dyspepsie.
M. X***, de Valparaiso (Chili), âgé do soixante ans, d’une constitution affaiblie, est venu chercher en France un soulagement à un état dont un si long voyage entrepris dans le but exclusif de se guérir explique suffisamment la gravité. Il so présente à nous, le 18 juin 1869, porteur d’une lettre de M. le docteur S. Duplay, chirurgien des hôpitaux do Paris, dans laquelle celui-ci nous apprend que M. X*** a eu à plusieurs reprises des coliques néphrétiques et rend habituellement des graviers d’acide urique. 11 possède une prostate énorme, et l’examen avec la sonde, en démontrant qu’il n’existe pas de pierre dans la vessie, permet de constater un état variqueux et fongueux du col qui explique les hématuries survenues à diverses époques, et quoique le malade, qui a depuis quelque temps notablement maigri , présente un faciès pâle et môme verdâtre, notre honorable confrère ne croit point à une dégénérescence. Du reste, la famille de M. X***, qui l’a accompagné, a un teint qui se rapproche sensiblement du sien et qui doit être rapporté à leur origine étrangère, Le malade a difficilement
supporté le voyage et nous (lovons différer pondant quelques jours le traitement hydro-minéral pour lui permetttro de lo commencer sans danger, 11 éprouve des douleurs gravatives dans la région périnéale, des besoins d’uriner fréquents ; la miction est accompagné de cuisson dans l’urèthre. L’urine contient un abondant dépôt de muco-pus. De plus, M. X*4‘, dont l’affection remonte à douze ans, a suivi dans son pays divers traitements, et a entre autres fait pendant trois années consécutives, usage de capsules de copahu, et depuis cette époque les fonctions de l’estomac sont assez profondément troublées, le malade se préoccupe vivement de son état, et c’est, on le voit, sur un bien mauvais terrain que nous allons expérimenter les vertus curatives de la source du Pavillon.
Le 22 juin, nous commençons l’usage de l’eau en boisson à faibles doses et nous arrivons, en fractionnant, à faire boire environ un litre d’eau chaque matin à notre malade. A l’usage interne nous adjoignons bientôt celui de douches froides périnéales d'abord très-courtes et alternant de deux jours, l’un avec un bain tiède d’une demi-heure ; puis, lorsque nous croyons pouvoir obtempérer aux instances du malade, qui se trouve fort bien des douches, nous nous bornons exclusivement à ce moyen mis chaque jour en usago et prolongé davantage. L’eau est tant à l’intérieur qu’à l’extérieur fort bien supportée, à part une légère purgation chaque matin qui ne fatigue du reste en rien M.X*". La miction, fréquente comme toujours pendant la séanco du matin devient de jour en jour plus facile, et lorsque le 12 juillet M. X**' quitte Contrexéville, non-seulement il urine sans douleur et moins fréquemment, mais l’estomac a repris ses fonctions régulières et le malade a bon appétit et digère très-facilement, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Ses forces reviennent de jour en jour et son état général s’est notablement amendé. — L’urine, quoique contenant encore une faible quantité do mucus se rapprochant sensiblement par ses qualités de l’urine normale.
Lorsque les troubles de l’estomac sont liés de près ou de loin à la diathèse urique ou lorsqu’une autre cause, comme ici, par exemple, l’abus du copahu, est venue les occasionner, l’eau de Contrexéville peut rendre des services éminents, et son effet à cet égard n’est pas aussi connu qu’il devrait l’être; car, si nous n’avons pu constater souvent chez les nombreux goutteux et graveleux que nous avons eu occasion d’y voir les perturbations de la digestion dont parlent les auteurs, il n’en est pas moins vrai que lorsque nous avons eu occasion de les rencontrer, les résultats que nous avons obtenus du traitement hydro-minéral ont été des plus satisfaisants.