‹ Des eaux minérales de ContrexévilleChapitre 7 sur 38 · MALADIES TRAITÉES A CONTREXÉVILLE · texte numérisé non relu

MALADIES TRAITÉES A CONTREXÉVILLE

Historique et statistique.

C’est à une cure remarquable déterminée, vers le milieu du siècle dernier, sur une jeune enfant de dix ans que remonte la première connaissance des eaux de Contrexéville, qui semblent avoir eu avant cette époque une réputation toute locale. Cette jeune fille, après avoir fait usage des eaux, expulsa une pierre relativement volumineuse dont son état maladif n’avait point permis l’extraction. Aussi les graveleux prirent-ils les premiers le chemin de Contrexéville, que les malades atteints d’affections de la vessie et surtout de catarrhe vésical apprirent bientôt à connaître. Ce n’est que beaucoup plus tard que les goutteux, aujourd’hui si nombreux autour de la source du Pavillon, vinrent lui demander un remède à leur souffrance. Enfin, parmi les maladies que l’on rencontre encore assez fréquemment dans cette station, il faut citer la lithiase biliaire et divers troubles fonctionnels liés dans la majorité des cas à la diathèse urique.

Nous ne voulons pas étendre outre mesure le cadre nosologique de la station dont nous allons nous occuper, persuadé que cette manière d’agir est des plus gênantes pour le médecin praticien, auquel il devient

alors fort difficile de savoir quels effets il doit attendre de la source sur laquelle il dirige ses malades. Nous ne pouvons d’ailleurs donner une meilleure idée générale des maladies que nous sommes le plus souvent appelé à traiter à Contrexéville qu'en exposant, dans un tableau aussi simplifié que possible, la statistique d’environ deux mille malades. La majeure partie provient de la clientèle de notre honorable confrère, le docteur Legrand du Saulle, qui pendant onze années consécutives a exercé dans cette station, au développement de laquelle il a puissamment contribué et où il a laissé d’unanimes regrets.

Gravelle urique

— phosphalique

— oxalique

— et goutte

Goutte

Catarrhe de vessie

Maladies delà vessie ou de la prostate. . . .

— du foie

— diverses, telles que diabète, maladies

des reins, de l’estomac , maladies des femmes, etc

On voit par ce tableau que la gravelle tient le premier rang par le nombre des malades qui viennent faire appel à l’efficacité de la source du Pavillon. Nous serions plus exact en disant que c’est la diathèse urique avec ses diverses manifestations; car, pour nous, malgré l'opinion contraire émise par notre re-

gretté maître, le professeur Trousseau, nous pensons que la goutte et la gravelle urique ne sont que deux expressions différentes de la meme diathèse. Nous aurons lieu de revenir sur cette manière de voir, qui compte aujourd’hui de nombreux partisans. On remarquera enfin dans notre statistique que les affections de la vessie et surtout le catarrhe de la vessie se montrent très-nombreux à Contrexéville. Sans nous livrer à une étude approfondie de ces maladies tout à fait en dehors du cadre de cette brochure, nous allons dire un mot de chacune d’elles, et surtout de celles de leurs formes auxquelles conviennent le mieux les eaux de Contrexéville.

Gravelle.

Le mot gravelle , qui signifie petite pierre , a été donné par extension à une affection qui détermine la formation, aux dépens de l’urine, de corps de forme et de volume variables, et dont la consistance varie suivant la composition.

Ces corps ont reçu le nom de sables , de graviers, de calculs ou de pierres, suivant leur volume, qui, après un séjour prolongé dans la vessie, peut acquérir des dimensions considérables.

La gravelle comprend de nombreuses variétés.

M. Civiale les avait classées suivant leurs dimensions, Magendie d’après leur couleur, M. Leroy d'Eliolles les a divisées en deux types : gravelle accompagnée d une urine acide, gravelle existant dans une urine alcaline. Cette division, de beaucoup la pluslo-

gique, a été aussi reproduite par M. Durand-Fardel sous le nom de gravelle diathésique et gravelle catarrhale.

Nous devons signaler toutefois ce fait, reconnu d’ailleurs par l’auteur, que la gravelle phosphatique peut se rencontrer sans catarrhe, et nous ajouterons que souvent cet état catarrhal, au lieu d’être, comme l’ont pensé beaucoup de chirurgiens, la cause déterminante de la gravelle phosphatique, n’en est souvent que la conséquence.

Aussi, si pour la gravelle on peut ne reconnaître que deux types : gravelle acide , gravelle alcaline, est-on forcé, lorsqu'il s’agit de calculs ou même de graviers un peu gros, d’admettre des calculs mixtes dans lesquels les diverses couches appartiennent successivement à l’une ou l’autre de ces deux variétés. Disons aussi que le plus souvent c’est le noyau de la pierre qui diffère des couches périphériques.

Nous adopterons cette division en gravelle acide et gravelle alcaline, parce qu'elle ne préjuge pas de la cause de l’affection et qu’elle échappe au reproche que nous venons de faire à la division de M. Durand- Fardel.

La gravelle acide comprend la gravelle urique, oxalique, cystique.

La gravelle alcaline comprend la gravelle grise de phosphate ammoniaco - magnésien et la gravelle blanche de phosphate de chaux.

Nous ne parlons pas des calculs xantiqnes, presque identiques aux calculs uriques par leur composition,

ni des calculs de carbonate de chaux, qui ne se rencontrent presque que chez les animaux.

Nous passerons également sous silence les calculs pileux, qui n’ont été expliqués chez la femme que par des kystes para ovariques, et chez l'homme par des inclusions fœtales. La question du trichiasis des voies urinaires, quoique bien étudiée par M. Rayer, dans un mémoire lu en 1850 à la Société de biologie, est encore trop obscure, et les deux seuls faits que nous avons recueillis ne sont pas assez concluants pour que nous puissions la traiter ici.

Nous nous bornerons donc à donner les caractères physiques et chimiques des principaux types de gravelle qui permettent, étant, par exemple, donné un gravier rendu par un malade, d’en reconnaître la nature.

1° Graviers uriques. Assez consistants, on les reconnaît à leur couleur rouge-brique. Traités par l’acide nitrique et l’ammoniaque à une température élevée, ils donnent naissance à une couleur roüge-vif (murexide).

2° Graviers oxaliques (d’oxalate de chaux). Bruns, noirâtres, mamelonnés (calculs mûraux), très-durs, ils sont insolubles à froid dans les acides et laissent, après calcination, déposer un résidu de chaux vive.

3" Graviers cystiques. Très-rares chez l’homme, ils sont solubles dans l’ammoniaque et exhalent, en brûlant, une odeur d’acide sulfureux.

4U Graviers de phosphate ammouiaco - magnésien. Grisâtres, de consistance assez faible, ils sont très—

solubles dans les acides, solubles dans la potasse, avec dégagement d’ammoniaque, et surtout fusibles au chalumeau.

5° Graviers de phosphate de chaux. Plus blancs que les précédents, ils sont également peu consistants; mais traités par la potasse, ils ne dégagent pas d’ammoniaque. Enfin ils sont infusibles.

Parmi ces variétés, celles qui nous intéressent surtout sont la gravelle urique et la gravelle phosphatique. Les graviers de cystine sont tellement rares, que sur les deux mille malades dont nous avons rapporté la statistique, il n’en a été observé que deux cas. Quant à la seconde espèce, on ne la rencontre que fort rarement isolée; c’est à peine si on a signalé quelques graviers d’acide oxalique. On la trouve à l’état d’oxalate de chaux, sous forme de corps noirs hérissés d’aspérités qui leur ont valu le nom de calculs muraux. Quant à la présence de cet acide dans l’économie, nous devons dire que, si l’acide oxalique ne fait pas, comme l’acide urique, partie des urines dans leur état physiologique, ou il y est introduit par une alimentation composée de végétaux qui le contiennent en grande quantité, ou il se produit dans les organes urinaires en vertu d’un état pathologique indéterminé, et cela aux dépens de l’acide urique, comme tendent à le démontrer les expériences de MM. Liebig et Woehler.

Page 1