DES EAUX DE RIVIÈRE
source, puisque tous les cours d'eau prennent naissance d'une source. Mais cette composition ne tarde pas à être modifiée par plusieurs causes dont il nous reste à étudier les effets.
Les sources retiennent toujours une quantité plus ou moins grande des substances solubles du terrain que leur eau a traversé ; et comme, dans un cours de quelque étendue, toute rivière reçoit les affluents de nombreuses sources, son eau semble devoir se charger en définitive de tous les éléments que ces affluents contenaient à leur origine ou qu'ils ont rencontrés en chemin.
Une rivière étant donnée, on pourrait donc dire quelle est la moyenne, le récipient général des eaux, et le dissolvant universel des substances solubles du bassin qu'elle parcourt. Mais il n'en est pas ainsi, et voici pourquoi : la solubilité des sels que ses eaux peuvent contenir, et notamment du carbonate de chaux, est toujours le résultat d'un excès d'acide ; si cet excès d'acide vient à s'évaporer par une cause quelconque, le sel se précipite et ne reste plus combiné. Or, la rivière, en roulant ses eaux, en divise les molécules et les présente toutes au contact de la lumière et de l'air, c'est-à-dire aux deux agents les plus puissants de toute évaporation. D'où l'on voit que, si c'est un vice dans les eaux de source de contenir des sels, il est dans la nature des choses que ce vice-là s'élimine de plus en plus dans les eaux de rivière, au
fur et à mesure que leur cours se prolonge, se grossit et s'étend.
Quant à l'air atmosphérique, perdu par les eaux de source dans leur trajet à travers le sol, ce gaz leur est amplement restitué dans les rivières, puisqu'à force de rouler à l'air libre et au soleil elles ne peuvent manquer d'absorber la quantité d'oxygène nécessaire à leur saturation.
Jusqu'ici nous avons raisonné dans la supposition que les rivières et les fleuves roulent seulement des eaux de source ; mais la pluie, en tombant, donne naissance à des torrents qui, s'ils ne font pas les fleuves, déterminent trop souvent leur grossissement subit, et entrent pour la plus grande part dans les ravages que ces derniers produisent par leurs inondations. Or, la pluie, c'est l'eau la plus pure et la plus aérée, et si les rivières'en sont influencées, ce ne peut être qu'au profit des bonnes qualités de leurs eaux.
Toutefois il est pour les eaux courantes une autre condition à étudier. Partout où les rivières passent, dans les lieux qu'elles traversent, dans les grands centres de population qu'elles lavent, arrosent ou abreuvent, bon ou mauvais, elles entraînent tout ce qui leur est livré; et c'est, en définitive, dans leur lit que viennent se rendre et les saletés des rues et les immondices des égouts. Quelle influence délétère n'exercera pas sur leurs eaux cette réunion inévitable de tant de principes corrupteurs?... Ceci paraîtra paradoxal; la vérité