DES EAUX DE RIVIERE
est pourtant que cette influence est nulle ou à peu près. Ainsi, pour la Seine, par exemple,l'analyse de son eau plusieurs fois répétée, et par des chimistes dont la compétence ne saurait être discutée, cette analyse, dis-je, n'a montré qu'une différence insignifiante dans les principes constituants, à la suite d'expériences rigoureuses faites avec de l'eau prise en amont et en aval, au-dessus de Paris et au-dessous, avant l'entrée de la rivière dans la ville et après sa sortie. (Consulter au chapitre VI le tableau des substances fixes contenues dans les différentes eaux analysées du territoire français et autres.)
On conçoit qu'il n'est question ici que de principes chimiques, de principes combinés, et que nous n'entendons nullement parler des matières étrangères que l'eau peut tenir en suspension. Ces matières, qui troublent la limpidité des eaux, abondent dans toutes les rivières, et elles leur donnent un aspect sale et repoussant qui éloigne trop souvent, et à tort, les populations de leur usage : je dis à tort, parce que ces matières n'étant point combinées, l'on a partout des moyens faciles de les éliminer.
Cette impossibilité de retrouver dans l'analyse des eaux de fleuve des traces manifestes des principes corrupteurs que les immondices semblent y introduire nécessairement, n'est pas aussi inexplicable qu'elle le paraît à la première vue. D'abord, les matières végétales ou animales qui composent les im-
mondices et qui nous paraissent si abondantes dans les égouts sont en fort petite quantité, comparativement à la masse d'eau qui coule dans la Seine. Ensuite, elles arrivent au fleuve dans un état de décomposition plus ou moins avancée. Or, cette décomposition n'est que la séparation naturelle de leurs principes constituants: ce sont des gaz d'un côté qui s'évaporent et se combinent peu avec les eaux courantes, et, de l'autre côté, ce sont des principes fixes, ou non encore atteints par la décomposition, qui tombent au fond de l'eau, ou qui, par leur légèreté, y restent suspendus et se bornent à troubler sa transparence. Dans un pareil état de choses, la composition chimique n'est point altérée ; tous les changements portent sur la constitution physique seulement, et l'analyse chimique n'en peut rien dire.