‹ Des eaux publiques et de leur application aux besoins des grandes villes, des communes et des habitations rurales principes fondamentaux concernant la recherche et l'amenagement de l'eau dans tous les paysChapitre 2 sur 54 · VI · texte numérisé non relu

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pereur Ferdinand qui l'inaugura. Mais déjà je n'étais plus à Vienne.

Ce succès des travaux hydrauliques du Dianabad avait été remarqué. Le ministre de l'intérieur, comte de Kolowrat, me demanda un rapport sur les eaux de Venise.

A la suite d'une première exploration, où je reconnus l'insuffisance des moyens d'approvisionnement pour le développement de l'industrie de cette ville, qui avait dû autrefois à l'industrie et au commerce ses immenses richesses et sa puissance merveilleuse, Son Excellence m'engagea à pousser mes études jusqu'au bout, me promettant l'appui du gouvernement de l'Empereur, pour l'exécution de projets utiles.

La chambre aulique rendit en effet, en ma faveur, plusieurs décrets concernant l'aqueduc de Venise. L'exécution fut retardée, d'abord par la fantaisie inopinément inspirée aux Vénitiens par un chercheur d'eaux souterraines (voyez Venise, Histoire de ses puits artésiens à l'Académie des sciences), ensuite par la révolution de 1848, qui, là, dure encore, après avoir accumulé tant de ruines, partout où elle s'est montrée.

Les études de l'aqueduc de Venise ont donné lieu à plusieurs projets. Dans le premier, on prenait l'eau à Fusine, non loin de la lagune, un peu au-dessous des portesine de la Seriola. Gomme l'alimentation de Venise avait toujours eu lieu avec les eaux de la Brenta, qu'on allait chercher pour alimenter les citernes en supplément à l'eau du ciel, on avait l'avantage de ne rien changer, de ce côté-là, au régime de la ville. Ensuite, on profitait, pour élever l'eau, d'une

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force motrice naturelle, qui se trouvait sur place.

On renonça aux eaux de la Brouta pour celles du Silo, petite rivière d'un cours toujours égal, qui prend naissance au-dessus de Treviso, et dont les eaux excellentes avaient une réputation méritée.

Deux projets furent étudiés dans cette direction. Par le premier, on faisait au Silo une prise d'eau de superficie et une rigole , à l'imitation de la Seriola, conduisant l'eau jusqu'à Campalto, sur les bords de la lagune. Là, une tour hydraulique et la vapeur lui donnaient sur Venise, une pression convenable.

Le second projet, auquel on s'est fixé, a eu un commencement d'exécution très-avancé ; le décret de concession de la prise d'eau a été rendu, les terrains pour les bassins dans Venise ont été achetés ; il en a été de même de la force motrice sur le Sile.

Dans ce projet, la tour hydraulique est à Cannissano, sur le même point que la prise d'eau. La raison déterminante du choix avait été le peu de pente qu'aurait eu la rigole , cette pente n'aurait pas été supérieure à celle de la Seriola. La vitesse uniforme du courant nous aurait empêché d'augmenter la quantité d'eau à volonté, ou plutôt selon les besoins de l'industrie vénitienne, qui ne pouvaient manquer de s'accroître immédiatement après l'arrivée de l'eau. La conduite avait, il est vrai, 28 kilomètres de longueur, mais la force motrice était naturelle, tandis qu'à Campalto il fallait élever l'eau avec la vapeur.

Pendant que ces études d'aqueduc pour Venise se poursuivaient, le comte de Stadion, gouverneur du littoral, me demanda un travail analogue pour Trieste.

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Cette ville est encore aujourd'hui dans une situation analogue à celle où était Marseille, avant que M. de Montricher y eût amené les eaux de la Durance. La montagne du Carso, composée en grande partie de calcaire caverneux, entoure la ville et s'étend fort loin sur le continent, vers l'Illyrie et la Dalmatie. Là, point d'eaux torrentielles comme dans les vallées de Gorizzia, de la Pontebba et du Tyrol. Les eaux pluviales sont englouties, elles coulent dans les profondeurs du sol et n'apparaissent en aucun point à la surface; elles vont se perdre dans l'Adriatique, où elles arrivent audessous de son niveau. En deux points, cependant, elles viennent se faire jour et produisent alors de véritables fleuves, dont l'un est le Timave et l'autre les sources d'Aurésina, émergeant à quatre pas et presque au niveau de la mer, dont les flots, quand ils sont émus, viennent se mêler à leurs eaux.

L'éloignement de ces sources et leur niveau étaient un obstacle très-considérable au point de vue financier. Car le prix de revient de l'eau à amener, supportable pour les besoins de la population seulement, n'eut pas permis d'en tirer aucun parti pour l'industrie. Il fallait chercher encore.

Il y a des eaux à Bolliunz, à Dollina, Podjama, Glinciza, dans la vallée du Zaule; mais elles ne résistent pas aux sécheresses. Il y a le Risano, cours d'eau sur la côte d'Istrie, dans un grand éloignement et avec une pression insuffisante. Il y a la caverne de Trebich; mais l'eau n'a, sur Trieste, qu'une pression de 60 pieds de Vienne, environ 20 mètres ; et, pour l'atteindre, il faut percer dans le Macigno un tunnel de 2 kilomètres.

Enfin , il y a la Recca : c'est un cours d'eau perma-

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nent qui prend sa source dans les montagnes de la Carniole, et, après un parcours de quelques lieues, disparait dans une grotte, à San-Canciano, à 12 kilomètres de Trieste. De trois nivellements que j'ai fait pratiquer et dont le dernier est du mois de juin 1843, il résulte que la Rccca ' pourrait être amenée sur Trieste, avec une pression de 320 mètres. De plus, la prise d'eau pourrait être disposée de manière à produire des effets égaux, sinon supérieurs aux effets de la prise d'eau du Groton de New- York. (V. page 320.)

Pour amener l'eau de la Recca, il faut percer un tunnel de 12 kilomètres et creuser des puits de 60 à 120 mètres. Je démontrai que le prix de revient de l'œuvre n'était pas aussi disproportionné qu'on pouvait le croire au premier abord, avec le rendement qu'on en doit attendre ; et les esprits sérieux furent de mon avis. Le fondateur du Lloyd autrichien, M. de Bruck, plus tard ministre des finances de l'empire, était alors à la tête du mouvement industriel et commercial de Trieste ; il adopta entièrement mes idées et voulut être associé à la réalisation du projet Nous échangeâmes, sur ce sujet, une longue correspondance ; et ce fut pour céder à ses instances réitérées, que je publiai le résultat de mes études définitives dans l'Observateur de Trieste, (année 1843, numéros 12, 13, 14.) Ce Mémoire a été analysé d'une manière étendue, dans un travail sur le même sujet de M. Pietro Stancovich, membre des congrès scientifiques de Turin, de Florence et de Padouc (1). (Venise, 1844.)

(1) Au mois de janvier de cette année 1862, j'ai pris, pour me rendre à Athènes, la route de Vienne et de Trieste. Un élève de Pabbé Paramelle, appelé, dit-on, a Trieste par l'archiduc Maximilieu, avait fait creuser inu-

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J'étais trop désireux de voir l'acqueduc de Venise en pleine exécution, et la chose devait avoir lieu prochainement, pour penser à m' occuper, avec l'activité nécessaire, du tunnel de la Recca. M. de Bruck et moi , nous renvoyâmes donc, d'un commun accord, à un peu plus tard toute cette affaire de l'aqueduc de Trieste. Les événements ont fait le reste.

Depuis lors une société locale a procuré, à grands frais, de l'eau à la ville et au chemin de fer, en élevant les eaux de la source d'Auresina à la hauteur de 69,17 klafters devienne (environ 130 mètres 86). Dans des conditions semblables, le prix de revient de l'eau sera toujours de beaucoup trop supérieur aux sacrifices que peut faire une industrie quelconque, pour obtenir par l'emploi de l'eau des résultats rémunérateurs.

Si jamais la ville de '/Trieste se décide à canaliser la Recca par un tunnel, on peut lui prédire qu'elle aura à bon marché à sa disposition, pour l'industrie une force motrice considérable; pour ses habitants et les navires de son port une grande abondance d'eau, et

tilement un grand trou au château de Miramare, au pied du Carso. il prétendait qu'on trouverait là des eaux abondantes. J'ai vu le trou parfaitement à sec. En rentrant en France, on m'a montré, dans le Cosmos, des détails fort circonstanciés touchant les succès obtenus en Allemagne par le môme élève de M. l'abbé Paramelle. Il avait découvert des eaux partout. Il avait découvert le cours souterrain de la Recca ; il avait découvert la caverne de Trebich ; il avait conseillé un tunnel. J'ignore les succès d'Allemagne; pour ce qui est de Trieste, à l'exception de la caverne de Trebich, où l'on avait pénétré dès 18A1, tout le reste était hypothèses pures ; et, pour le coure supposé de la Recca spécialement, depuis 1850 il est figuré et lilhographiô dans un rapport imprimé du docteur Caro'i, ancien président de la municipalité de Trieste, qui, précisément à cette occasion, s'est empressé de m'en faire tenir un exemplaire.

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de plus qu'elle jouira de l'avantage inapréciablc d'avoir, en toule saison, sur le penchant de l'amphithéâtre de rochers toujours arides qui l'entoure (scmpre ■piètre, acqua e ciclo, selon l'expression des habitants de ce paysage désolé), mais dont l'aspect grandiose saisit d'admiration une campagne toujours verdoyante et fleurie.

L'un des résultats les plus précieux de mes études sur les eaux est exclusivement hygiénique.

J'ai .dégagé nettement la valeur fondamentale et l'influence immédiate de l'un des éléments du climat sur la vie de l'homme.

A Vienne et à Paris, les eaux ne sont pas de la même qualité : à Paris, on boit de l'eau courante ; à Vienne, des eaux de source ou de puits agréables au goût, mais chargées de sels. A côté de ce fait bien positif, j'en trouve un autre qui n'est pas moins avéré : c'est une différence considérable dans le chiffre de la mortalité, au détriment de Vienne. J'en conclus que ce chiffre de la mortalité est dû en partie à l'usage d'une boisson malsaine.

Au premier abord , ma conclusion peut bien ne pas paraîlre très-rigoureuse ; je la soutiendrais néanmoins comme infiniment probable, attendu qu'après tout, malgré la différence des longitudes, il n'y a pas, entre Vienne et Paris, autant de choses différentes qu'on pourrait le croire.

Mais voici qui rend ma thèse inattaquable : à Venise, on ne boit que des eaux de pluie ou de rivière ; à Padouc et à Vicence, on boit des eaux de puits , or, il y a, entre la mortalité de Venise et les mortalités de

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Padouc et de Vicence, une différence énorme. J'en tire la conclusion, mais cette fois rigoureusement, qu'à Venise on vit plus longtemps parce qu'on y boit d'excellentes eaux, tandis qu'à Padoue et à Vicence c'est tout le contraire. Il n'y a pas à invoquer ici les mœurs des habitants, ou les circonstances de Yair et des lieux, puisque Vicence et Padoue sont à quatre pas de Venise, et qu'à l'exception de l'eau, les habitants de ces trois villes vivent absolument de la même vie.

J'ai dit l'histoire de mon livre ; j'en vais indiquer le plan. Dans la première partie, j'ai exposé les principes; j'ai fait connaître les différentes espèces d'eau d'après leur origine ; les caractères essentiels que doivent avoir des eaux publiques, tels qu'ils se déduisent de leur emploi dans l'économie domestique et dans l'industrie ; l'influence relative des matières qui sont susceptibles d'en altérer la pureté.

Dans la deuxième partie, j'ai compris tout ce qui m'a semblé avoir quelque rapport avec l'application des principes établis dans la première. Après une analyse critique des moyens employés pour la recherche de l'eau, j'ai fait connaître les procédés indiqués par la science et par l'expérience, pour l'aménager et la conserver.

Un coup d'œil jeté à la table, suffira au lecteur pour démontrer la richesse de la matière et la variété des sujets que j'ai dû traiter dans cette seconde partie, sans avoir la prétention d'en avoir ni épuisé ni oublié aucun.

Mon livre n'a rien de commun avec l'art de l'ingénieur. Mes prétentions sont absolument et exclusive-

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ment relatives à l'hygiène; j'ai voulu indiquer les moyens d'alimenter, sous le rapport de l'eau, les populations agglomérées, de manière à leur ménager à cet égard, dans chaque localité, les meilleures conditions d'existence.

Quand on a étudié un sujet pendant de longues années, que les résultats ont reçu la sanction d'une expérience longuement poursuivie , sur une grande échelle et dans les pays les plus divers ; qu'en un mot la conviction acquise est solide, ferme, éclairée et sincère, il doit être permis de prendre la parole pour proclamer ce que l'on croit la vérité, et l'affirmer avec assurance.

La question est plus neuve qu'on ne pense. De l'eau ! mais rien n'est si vulgaire ; il semble qu'il soit facile à tout le monde d'en parler avec connaissance de cause. C'est là une erreur : il en est de l'eau, comme de beaucoup d'autres choses dans la nature, que l'on croit bien connaître parce qu'on les a toujours sous les yeux.

Seuls, les chimistes ont parlé de l'eau convenablement. Mais ils en ont parlé uniquement à leur point de vue, pour raisonner soit des principes qui la constituent, soit des matières qui viennent se mêler à sa composition et la diversifier dans ses qualités. Quant à l'application générale, les chimistes n'en ont à peu près rien dit : ce n'était pas leur affaire; c'était l'affaire des hygiénistes.

Mais, d'un autre côté, peut-on citer un hygiéniste qui ait embrassé la question dans son ensemble?... Chacun a parlé de l'eau de son pays, de l'eau qu'il a

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autour de lui, qu'il s'est accoutumé à boire dès l'enfance. Influencés par l'habitude qui crée les goûts les plus variés et souvent les moins rationnels, plusieurs même ont été entraînés à prendre, pour des qualités louables, des propriétés réellement nuisibles. L'habitant de Vienne fait grand cas de l'eau du palais Schwarzenberg au Mehlmarkt, qui doit sa fraîcheur et sa saveur piquante aux matières fixes qu'elle contient (1), et il tient pour mauvaise l'eau de la Seine qui jouit d'une juste célébrité et qui est bien loin d'avoir la même saveur. (Voyez ci-après, page 80.)

Pour se trouver à la hauteur de cette grande question de l'eau, il faut remonter jusqu'à Hippocratc. Ce sublime génie, en donnant à la médecine, pour raison d'être, l'observation, a consacré, par l'observation même et d'un seul trait, l'importance hygiénique de l'eau : car il a fixé les lois du climat, il en a déterminé les trois éléments et démontré que l'eau était du nombre.

Après Hippocrate, plus de ces grands horizons, plus de ces grandes vues d'hygiène qui permettent de faire regarder la science comme universelle, et ses préceptes applicables partout, pouvant partout accompagner l'homme, à qui le privilège d'habiter tous les lieux du globe a été si libéralement départi par le Créateur.

Comme je l'ai dit, cette absence d'ouvrages spéciaux (2) a été pour moi une cause de grande surprise

(1) 6,040 parties, dont 1,433 de nitrate de soude.

(2) Les ingénieurs eux-mêmes ont été longtemps dans la même pénurie. En 1854, M. Dupuit s'exprimait en ces termes : c II y a quatre ans, en c prenant, disait-il, la direction des eaux de Paris, nous avons trouvé de

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et do longue gêne, il y a vingt-cinq ans. Et aujourd'hui encore, il ne faut pas s'en étonner, elle laisse au dépourvu les écrivains de tout ordre que des circonstances particulières appellent à traiter l'une ou l'autre des questions soulevées par l'étude des eaux publiques, devenues enfin, à si juste titre, un objet important de l'attention de tous.

Je dois dire en terminant que je n'ai pas été avare de citations ; il m'eût été facile d'analyser les auteurs que j'ai consultés, ou sur l'opinion desquels je me suis appuyé. Je n'aurais fait en cela qu'imiter beaucoup d'écrivains, même des plus illustres. Il m'a toujours semblé que c'était là une façon de faire croire au lecteur que le livre est sorti tout entier du cerveau de celui qui l'a composé, comme Minerve du cerveau de Jupiter. Il n'en est jamais ainsi : quelle que soit la nouveauté d'un sujet, on a toujours été précédé par quelqu'un. Les citations textuelles font la part du dernier venu; et c'est pour lui un véritable bénéfice, quand il se trouve que réellement il a eu quelques aperçus nouveaux à faire connaître.

Paris, 12 décembre 1862.

t bien grandes difficultés pour compléter les notions théoriques et prati-

« ques qui nous étaient nécessaires » Il constate qu'il n'y avait que

des notices éparses parmi lesquelles la plus remarquable était celle de M. D'Aubuisson, relative à la distribution de Toulouse. Quant à des traités ex-professo sur la question, il n'y avait que l'essai de Genieys.

Aujourd'hui la science de l'ingénieur possède le traité théorique et pratique de M, Dupuit, livre excellent à tous les points de vue, et la belle publication de M. Darcy, sur les fontaines publiques de Dijon, qu'on peut aussi regarder, au moins par les notes, comme un traité général sur la matière.

On remplace le pain, on ne peut pas remplacer l'eau. — Les distributions d'eaux publiques sont de première nécessité dans les villes. — L'homme ne modiûe point le climat. — Conditions fondamentales du climat. — L'eau est la plus accessible de ces conditions. — Ignorance générale du sujet. — Objet du livre.

L'eau constitue partout l'une des premières nécessités de l'existence humaine. L'homme peut se passer de tous les autres liquides, il ne peut pas se passer de l'eau : on remplace le pain par d'autres aliments, on ne remplace pas l'eau de la fontaine.

L'accroissement d'une ville et sa prospérité sont limités par la quantité d'eau que cette ville peut se procurer. La plupart des travaux publics entrepris pour en rendre le séjour commode, agréable et salubre, tels que l'élargissement des rues, le pavage, l'éclairage, etc., sont des travaux accessoires et les indices

d'une civilisation et d'une prospérité plus ou moins

avancées ; une seule chose est essentielle, parce que, sans elle, il ne peut y avoir dans une ville, ni agrément , ni commodité, ni salubrité ; et cette chose est une large distribution d'eau propre à tous les usages.

La santé publique surtout y est intéressée. Une substance malsaine prise chaque jour, quoiqu'en petite quantité, sufïït pour constituer la cause des différences de salubrité qui se remarquent dans les divers pays : on ne doit donc pas s'étonner que la moindre amélioration dans le régime des eaux d'une population ait toujours eu pour conséquence une diminution dans le chiffre de la mortalité.

C'est là un beau côté de notre travail, dont les considérations suivantes feront comprendre l'importance.

Par son activité et son industrie l'homme est parvenu à vivre sous toutes les latitudes, et à combattre les effets pernicieux des climats les plus opposés. Il n'en est pas moins certain que tous les climats exercent sur lui une influence immédiate. Ce n'est qu'eu pliant sa constitution primitive aux exigences du climat, que l'homme devient capable d'en neutraliser les effets. La lutte commence au moment où il ouvre les yeux à la lumière, à la première inspiration qu'il fait pour introduire de l'air dans ses pou-

nions ; et si la victoire se range de son côté, s'il remporte quelques triomphes, ce n'est jamais sans avoir soutenu de grands combats et reçu de nombreuses et profondes blessures.

Les maladies qui dérivent de l'influence des climats, portent le nom de maladies endémiques.

Chaque climat a les siennes, et par conséquent il a aussi des conditions tout à fait spéciales Ces conditions dépendent surtout du plus ou moins de moyens de résistance aux causes morbifiques dont Tlmbitude a fortifié la constitution des habitants.

Trois choses fondamentales déterminent le climat : 1° les qualités de l'air; 2° la nature des eaux ; 3° la configuration et l'exposition de lieux. (Voyez à la fin du volume note A.)

Ces trois choses renferment tous les éléments de la question. Lorsqu'on les connaît bien, on possède la clef du caractère d'une population, de ses mœurs et de son génie.

C'est par l'étude de ces trois éléments appliquée aux contrées de la Grèce ancienne, que le père de la médecine, Hippocrate, s'est immortalisé. Son traité des airs, des eaux et des lieux, a fourni à Montesquieu l'idée fondamentale de son livre intitulé : de l'Esprit des lois. Hippocrate ayant trouvé dans les conditions du climat, la raison pour laquelle, malgré l'identité de l'espèce, les hommes différaient entr'eux par des nuances graduées et successives, il était naturel d'en

('.ON SI DÉ II AXIONS PIIÉLI M l N AI M E S

conclure que la nièruc raison déterminait aussi leur véritable condition politique et sociale.

Partout où vous trouverez un climat différent, vous verrez des mœurs analogues à ce climat. Mais les lois, pour être sages, doivent être en rapport avec l'esprit et les mœurs des nations.

Or, puisque le génie et les mœurs tiennent au climat, que le climat n'est pas le même partout, qu'il modifie les hommes et qu'il ne se laisse pas modifier par eux, il est évident que pour faire de bonnes lois, il faut les mettre en rapport avec ses exigences.

Le climat influe donc d'une manière inévitable sur la différence des gouvernements.

Telle est la question envisagée sous son point de vue le plus élevé.

Ainsi, l'homme ne modifie point le climat ; mais il apprend peu à peu à se mettre à l'abri de ses atteintes ; et c'est en cela surtout que l'on voit briller son intelligence.

S'il ne peut pas arrêter les courants atmosphériques, il changera quelquefois leur direction. Dans l'antiquité Empédocle délivra la ville d'Agrigcnte d'une épidémie qui l'affligeait tous les ans. Ayant constaté que l'épidémie se manifestait à l'époque de certains vents, il donna le conseil de boucher, au moyen d'un grand mur, une gorge formée par deux montagnes,-;

le vent n'ayant plus accès sur la ville, la peste disparut pour toujours.

Une armée anglaise débarque en Hollande; Fair humide et marécageux saisit les soldats, leur donne la dyssenterie, et à la première affaire ils sont vaincus. On donne aux soldats des gilets de flanelle, la dyssenterie disparaît, et la victoire se range sous leurs drapeaux.

Dans les pays où les eaux sont stagnantes, la fièvre intermittente désole les habitants. Mais si l'on creuse des canaux, si l'on déssèche les marais en les faisant traverser par une eau courante, les fièvres disparaissent avec la cause qui les avait amenées.

Des trois conditions qui fondent le climat, la plus accessible est celle qui est relative à la qualité des eaux. Il est toujours possible de les assainir plus ou moins complètement : c'est un soin que les administrations éclairées ne négligent jamais. Le plus grand bienfait que l'on puisse rendre à une population, c'est de lui offrir une eau abondante et salubre, le pauvre n'ayant pas d'autre boisson.

Mais, comme il est prouvé par l'expérience, l'eau est dans le cas de ces choses vulgaires qu'on croit bien connaître, parce qu'on les a tous les jours sous sa main, et qui n'en sont pas moins complètement ignorées.

L'objet de ce travail est l'exposition des principes

qui doivent servir de guide, non pas seulement à l'administrateur d'une grande cité et au maire d'une commune, mais encore au propriétaire d'un domaine et à son fermier.

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