DE LA TOUR HYDRAULIQUE OU CHATEAU D'EAU ET DES RÉSERVOIRS
Objet principal de la tour hydraulique. — Réservoir d'air. — Tour et aqueduc de Marly. Anecdote : Perrault, Huyghens, CcJbert, M. de Prony. — Des réservoirs.
Dans le chapitre XIII, nous avons fait connaître les conditions hygiéniques qui doivent présider à rétablissement des prises d'eau soit de superficie, soit de fond. Sans vouloir usurper le rôle de l'ingénieur, nous reviendrons sur la manière dont elles agissent ; nous avons besoin d'entrer dans ce détail, afin de donner une idée des fonctions des tours hydrauliques ou châteaux d'eau, qui ont été autrefois fort en usage, mais qu'on tend à abandonner aujourd'hui, comme étant trop dispendieux.
Dans toute distribution d'eaux publiques, il y a un réseau de conduites d'une certaine longueur et de diamètres divers. L'eau circule dans ce réseau en vertu
d'une force qu'on a désignée sous le nom de pression et qui la pousse jusqu'aux orifices de puisage.
Dans les prises d'eau de superficie la pression est naturelle ; c'est-à-dire que le liquide parcourt toutes les ramifications de la distribution en obéissant à son propre poids. Si le liquide rencontre un obstacle, il s'arrête, et, reculant de proche en proche, il vient dégorger en arrière, en remontant jusqu'à son point de départ où il déborde..
Pour les prises d'eau de fond, il faut un mécanisme composé d'un équipage de pompes qui aspirent l'eau et la refoulent jusqu'aux extrémités de la distribution. Chaque coup de piston de la pompe doit faire mouvoir la colonne d'eau tout entière; et son effort se fait sentir jusqu'au point le plus élevé. La pression à laquelle obéit alors le liquide n'est plus naturelle, elle est artificielle ; l'eau est poussée par un mécanisme qui agissant comme toute force aveugle n'évite pas les obstacles, mais les brise, ou se brise elle-même contre leurs résistances : si, dans le système de la distribution, on n'a pas sû prévoir tous les cas possibles et pris des dipositions particulières contre les accidents qu'ils peuvent faire naître.
La tour hydraulique a pour objet principal de transformer la pression artificielle en une pression naturelle. On porte une cuvette à une hauteur égale au point culminant du réseau : on relie cette cuvette aux pompes par un tuyau ascensionnel, dans lequel l'eau
DE LA TOUR HYDRAULIQUE 285
est directement poussée par les pompes. Au moyen de cette disposition, le piston n'a qu'une colonne à mouvoir : son action directe cesse à l'extrémité de cette colonne, au moment où l'eau se déverse dans la cuvette. Un autre tuyau descendant reçoit l'eau à son tour et la conduit dans le réseau, qui la distribue alors comme si la pression avait été, dès l'origine, toute naturelle.
Telle est, à notre avis, la fonction principale du chàeau d'eau ou de la tour hydraulique. Mais on en peut
tirer aussi un autre avantage. On peut disposer, à proximité de la cuvette, un appareil de jauge qui, recevant l'eau du tuyau à mesure qu'elle arrive, fait connaître la quantité qui est lancée et permet d'évaluer, à chaque instant de la journée, le travail effectif accompli par l'usine hydraulique, le travail en eau élevée. Au point de vue économique, c'est là un moyen de contrôle qui n'est point à négliger.
La cuvette, ainsi disposée au haut de la tour hydraulique, avec ou sans appareil de jauge, porte aussi le nom de réservoir de pression.
En Allemagne, les châteaux d'eau sont généralement adoptés : nous avons eu l'occasion de visiter ceux de Prague, de Leipsig, de Magdebourg, de Hambourg, etc. Les ingénieurs modernes les négligent. « Si on avait raison, dit M. Dupuit, de construire « autrefois des châteaux d'eau, les mêmes motifs «n'existent plus, depuis l'invention des réservoirs
« d'air, qui peuvent parfaitement les remplacer. »
Il faut voir dans les ouvrages spéciaux en quoi consistent les réservoirs d'air et leur mécanisme; nous en dirons un mot plus loin. Cependant les ingénieurs ne sont pas tous, là-dessus, de la même opinion. Tel est au moins le. sens qu'il faut attacher, selon nous, aux paroles suivantes, que nous lisons dans un mémoire de M. Mallet :
« La question de savoir, dans l'intérêt de la diminution du travail, lequel est le plus avantageux d'élever l'eau dans des réservoirs de pression, ou de la forcer directement dans les conduites principales, est une question d'une haute importance. Nous pensons, d'abord que la solution ne peut en être due qu'à Inexpérience, ensuite qu'elle dépend beaucoup des localités. M. Philippe Taylor, ingénieur très-distingué, donne la préférence à l'emploi des réservoirs de pression ; M. Wilson, ingénieur non moins distingué, nous a paru être du même avis. Voilà déjà deux autorités imposantes en faveur de ce mode. » (Mallet, Notice historique sur une distribution, etc. Paris, 1830.)
L'usage des réservoirs de pression est généralement répandu en Angleterre. A Glascow, ils portent le nom ue y oroi>ny~iio%ÂyCt»
A Paris, la pompe Notre-Dame, aujourd'hui détruite, avait un réservoir de pression ; il y a aussi un réservoir de pression à la pompe à feu du Gros- Caillou. Les réservoirs de Chaillot, de Passy, de Vau-
DE LA TOUR HYDRAULIQUE
girard, de la rue Racine, du Panthéon, font également office de réservoirs de pression relativement à la partie du réseau qui leur est inférieure.
La tour hydraulique située sur les hauteurs de Louveciennes,etqui reçoit les eaux de la machine de Marlyy est aussi un réservoir de pression. On lit, à propos de cette tour qui commence l'aqueduc de Marly, une anecdote assez curieuse dans les Mémoires de Perrault, de l'Académie française :
c M. Colbert mena un jour M. Huyghens à Versailles pour le lui faire voir. Ce savant admira tout ; mais ayant vu une tour fort haute sur la chaussée de l'étang de Clagny, il me demanda à quel effet on avait bâti là cette tour. Je lui dis que c'était pour élever l'eau de l'étang. « Est-ce, reprit-il, qu'on veut faire une fontaine sur cette tour? — Nullement, lui répondis-je; c'est pour la faire aller de là dans les réservoirs à toutes les fontaines. — n n'était point nécessaire, me dit-il, de faire monter l'eau sur cette tour ; la pompe l'aurait portée aisément de l'étang dans les réservoirs, sans aucun entrepôt, et la dépense de la tour est assurément très-inutile. » Je compris la chose dans le moment même, et je le dis à M. Colbert, qui en demeura d'accord sans hésiter, en ajoutant : « Que voulezvous? Il faut bien payer son apprentissage. • Mais ce qui est encore bien plus étonnant, c'est qu'on a fait la même faute à Marly, où l'on a bâti une tour encore plus large et plus haute, et d'une dépense incompara-
blcmcnt plus grande que celle de Versailles, et qui n'est pas moins inutile ; car, avec la même force qui élève l'eau d'une hauteur immense sur cette tour, on pouvait la pousser, dans des tuyaux de conduite, dans les réservoirs de Versailles, sans l'élever ainsi. Je ne me mêlai point du tout de ce travail ; et comme M. Colbert en savait autant que moi sur cet article, je ne crus point devoir lui en parler. »
M. Dupuit, qui a reproduit l'anecdote, admet qu'on ne se rende pas immédiatement compte de l'utilité des châteaux d'eau. 11 convient qu'ils ne remplissent pas une fonction mécanique; mais il reconnaît qu'en coupant la colonne ascensionnelle, le tronc initial du réseau de distribution, ils facilitent le mouvement du piston des pompes. • Nul doute, ajoute-t-il, qu'Huyghens n'eût aperçu la difficulté, s'il avait pris le temps d'y réfléchir. »
M. de Prony a donné une description de la machine de Marly, dans un rapport sur divers projets présentés pour la remplacer ; et il a émis, à propos de la tour, l'opinion suivante :
« L'eau est forcée, dit-il, au haut d'une tour, à une hauteur de 47G pieds (154 mètres) au-dessus de la rivière, dont cette tour est à 634 toises (plus de 1 ,230 mètres) de distance. Cette tour forme les extrémités d'un aqueduc, aussi fastueux qu'inutile, de 330 toises de longueur, porté sur trente-six arcades, et dont l'autre extrémité est également terminée par une tour ou
DE LA TOUR HYDRAULIQUE
château d'eau : on conçoit que les tuyaux de conduite auraient pu descendre immédiatement de la première tour, et qu'ainsi l'aqueduc et la deuxième tour sont entièrement superflus. »
En citant ce passage de M. de Prony, M. Dupuit fait remarquer avec raison, d'une part le rôle de la tour placée au sommet de la montagne et faisant château d'eau, tour critiquée par Perrault, qui n'en avait pas compris l'usage ; et, d'autre part, l'inutilité des trentesix arcades et de la seconde tour qui avait échappé à la critique de Perrault et a été justement blâmée par M. de Prony.
Les réservoirs d'air consistent dans une capacité cylindrique interposée entre la pompe à eau, avec laquelle ils sont en communication, et la conduite ascensionnelle.
La tour hydraulique rend la vitesse de l'eau uniforme dans le réseau de distribution. Le rôle essentiel du réservoir d'air est beaucoup moins de rendre la vitesse uniforme, que de réduire, dans une grande proportion, la masse que le piston d'eau doit mettre en mouvement, et de lui permettre de prendre la vitesse qui convient aux organes de la machine, sans provoquer un surcroît de résistance.
Dans le passage suivant, M. Dupuit a déterminé avec beaucoup de précision la valeur réelle du réservoir d'air. Il apporte à son efficacité des restrictions qu'il est utile de connaître.
« Cependant, dit-il, nous devons faire observer que, lorsque la conduite branchée sur le réservoir d'air fait un service en route susceptible de varier, les variations qui en résultent peuvent déterminer, ou une accélération, ou des retards, ou des arrêts dans la machine qui fait marcher les pompes. Supposons par exemple, qu'il s'agisse d'élever de l'eau à 50 mètres et que le diamètre et la longueur de la conduite soient tels que la perte de charge soit de 12 mètres, quand toute l'eau est envoyée à l'extrémité. U est clair que la pression moyenne du réservoir d'air pourra varier entre 50 et 62 mètres par l'elFet des prises d'eau en route. Or, si cette variation avait lieu brusqueni&it, il pourrait en résulter de graves inconvénients pour certaines machines ; mais il est évident qu'on ne peut redouter l'ouverture simultanée de tous les robinets, et qu'il suflira, dans la pratique, de pouvoir, au moyen d'un régulateur, parer à une variation de charge de quelques mètres. Il n'y a guère de machine qui ne soit exposée à éprouver des variations de résistance, par suite du travail plus ou moins considérable qui lui est demandé, et pour laquelle on n'ait besoin de régulariser le moteur où la résistance. Cependant nous devons faire observer que le château d'eau a pour résultat de régulariser complètement la résistance à vaincre par la machine. Lorsqu'il n'y a pas de réservoir d'air, il y a bien avec le château d'eau une variation de résistance , mais cette variation est régu-
DES RÉSERVOIRS 201
liére et périodique, et ne peut par conséquent amener aucun accident imprévu. Avec un réservoir d'air et un château d'eau, le machiniste se trouve dans une sécurité complète; mais cette sécurité s'achète, du reste non-seulement par la dépense du château d'eau ; mais par l'obligation d'élever toujours l'eau à son maximum de hauteur. On ne profite ni de la diminution de charge due au débit en route, ni de la hauteur des réservoirs.
« La dépense des châteaux d'eau dépend à un trèshaut degré des circonstances locales ; si l'eau ne doit être élevée qu'à une très-faible hauteur, ou si la conduite ascensionnelle, dans son tracé naturel, s'élève immédiatement à une hauteur voisine de celle qui exprime la charge, il est évident qu'alors la dépense du château d'eau peut se réduire à celle de quelques mètres de tuyau, et que l'ingénieur peut alors avoir recours à ce système avec de justes motifs, surtout si la conduite ascensionnelle doit faire en route un service dont l'importance peut varier brusquement.
« Quant à la dépense du réservoir d'air, elle est toujours si faible par rapport aux avantages qu'on en retire, que cet appareil doit être considéré comme une annexe indispensable de toute machine destinée à élever de l'eau à l'aide d'un mouvement de va-e!-v."enf. » (Dupuit : Traité de la conduite et de la distribution des eaux, in- 4° p. 191.)
Les considérations que nous avons à présenter cou;
cernant les réservoirs ont été l'objet d'une note que nous avons lue à l'Académie des sciences. Nous nous bornons à en reproduire le texte tel qu'il a été imprimé dans les comptes-rendus des séances de l'Académie tome 53 p. 147.
« Quand la source est permanente et que son abondance permet d'y puiser selon les besoins de chaque moment, le réservoir n'est qu'un lieu intermédiaire apprêté pour avoir des quantités toujours disponibles avec la pression voulue. L'eau ne fait qu'y passer en quelque sorte.
« La source est permanente quand elle est constituée par un cours d'eau qui ne tarit jamais. Telles sont, pour Paris, la Seine et le canal de l'Ourcq. Ces deux cours d'eaux permettent de tenir constamment en charge les conduites qui s'y alimentent.
« Le canal de l'Ourcq, par la hauteur de son niveau, qui domine naturellement les divers étages des coteaux de la rive droite de la Seine, de La Villette à Monceaux, vient dominer aussi ceux de la rive gauche, selon une ligne qui va du réservoir de Saint-Victor à ceux de la rue Racine et de Vaugirard.
• Sur la rive droite de la Seine, la pression est donnée par l'aqueduc de ceinture qui part du bassin de la Villette et vient aboutir au réservoir de Monceaux. L'eau y coule par sa propre pente.
« Sur la rive gauche la pression est donnée par la hauteur du plafond des réservoirs de Saint-Victor, de
DES RÉSERVOIRS
la rue Racine et de Vaugirard. Des conduites principales partant de l'aqueduc de ceinture viennent en syphon alimenter ces réservoirs en traversant la Seine. De façon que si l'on suppose ces conduites et ces réservoirs en rapport convenable par leur débit et leur capacité avec les besoins du service auquel les eaux de l'Ourcq ont été affectées, il n'y a qu'à tenir les conduites en bon état pour la libre circulation de l'eau dans leur intérieur.
« En ce qui concerne la Seine, les choses se passent différemment. Le fleuve coulant au fond de la vallée, pour utiliser ses eaux, il faut les élever avec des machines, soit en les forçant directement dans des conduites, ou les faisant monter dans des châteaux d'eau,soit en les accumulant pour un temps donné dans des réservoirs supérieurs où elles conservent lapression fournie par la machine ; ces réservoirs sont ceux de Ghaillot, de Passy et du Panthéon. Les nécessités du service ne permettent pas que l'eau séjourne dans ces réservoirs pendant un long temps. Et en effet, c'est tout au plus si, pour la Seine, le travail des machines marchant jour et nuit, suffît à la consommation de chaque jour.
« Je passe aux sources qui ne sont pas permanentes. Pour utiliser leurs eaux il faut les réunir dans des dépôts, les emmagasiner en quelque sorte.
« Le plus grand de ces dépôts que j'aie visités est celui qui alimente la ville de Manchester, en Angleterre. Ce réservoir occupe soixante acres de terrain
(vingt-quatre hectares). On y recueille toutes les eaux environnantes. Celles-ci y séjournent un temps plus ou moins long, le départ étant journalier et continu , tandis que l'arrivée est soumise au caprice du temps, qui augmente ou diminue le produit des sources.
« Dans le plus grand nombre des cas, ces dépôts sont établis sur une petite échelle. Telles sont les citernes, espèces de chambres souterraines où Ton recueille les eaux de pluie. Tous les forts des environs de Paris en sont pourvus»
« Ces chambres des forls sont construites avec solidité, comme tous les travaux du génie militaire ; elles sont parfaitement étanches ; l'eau s r y conserve, c'està-dire qu'elle ne s'y perd pas. Mais, pour éliminer les altérations qu'elle y doit subir à la longue, par le fait même de son immobilité, par la privation longtemps continuée de tout contact avec l'air, et pour la rendre toujours excellente, il suffirait d'y joindre un appareil à la vénitienne ; chose facile, les lieux s'y prêtant parfaitement et l'espace n'y manquant point.
« D'après ce que je viens d'exposer ci-dessus, on voit qn'il faut diviser les réservoirs généraux en deux catégories.
9 « 1° Ceux qui sont alimentés par des sources permanentes et où l'eau ne fait que passer.
« 2° Ceux qui sont destinés à emmagasiner les produits des sources intermittentes où d'un faible débit
DES RÉSERVOIRS
actuel et dans lesquels les eaux doivent séjourner pendant un certain temps.
« Maintenant quelles sont les conditions de salubrité dans les uns et dans les autres?
« Pour les réservoirs de la première catégorie, ceux où Teau ne fait que passer, il faut tenir compte des conditions dans lesquelles elle y arrive et ménager des moyens faciles de nettoiement afin de débarrasser leur fond des impuretés que la poussière et les corpuscules flottant dans l'air y accumuleraient à la longue.
« Si l'eau y arrive par des conduites fermées, il n'y a point à craindre d'altération dans le trajet, autre que la perte d'une portion d'air par le fait du frottement sur les parois des tuyaux. Si la conduite est à ciel ouvert, si c'est un canal ou une rigole, il faut que l'eau y coule avec une vitesse de 35 centimètres par seconde, comme nous l'avons dit ci-dessus.
« Pour les réservoirs de la seconde catégorie ceux où l'eau doit séjourner, il faut tenir compte de deux circonstances.
« Si vous les couvrez hermétiquement, vous privez l'eau qu'ils renferment du contact bienfaisant de l'air et par conséquent d'oxygène. Si vous ne les couvrez pas, vous les exposez à la chaleur des rayons solaires.
« Lequel de ces inconvénients est le plus grave ?
a L'expérience pourrait être invoquée.
« Il résulte des détails que j'ai donnés sur Manches-
ter que, dans cette ville, on ne craint pas réchauffement par les rayons solaires.
« Ailleurs aussi, par expérience, on craint beaucoup plus les inconvénients du renfermé que ceux de l'air libre. Dans les citernes vénitennes l'eau est emmagasinée dans le sable et par conséquent renfermée ; le bassin central où elle vient se rendre est à l'air libre et l'on y puise l'eau, non point avec une pompe dormante, mais avec une corde et un seau pour l'agiter et la battre, avant de la tirer, en vertu du proverbe qui dit : Yacqua battuta (c'est-à-dire aérée) è Vacqua migliore. (Académie des sciences, séance du 22 Juillet 1861.)
QUESTION ÉCONOMIQUE
L'utilité est de deux sortes. — Devoir des administrateurs de la commune. — Solution des difficultés financières. — L'œuvre doit être conçue aussi en vue de l'avenir. — L'eau est-elle livrée gratuitement? — Un mot de Mirabeau. — L'impôt le plus lourd. — Le tarif de vente.
Dans une distribution d'eaux publiques, il y a pour une commune deux sortes d'utilité de premier ordre : la santé publique d'abord et par conséquent les intérêts de la salubrité générale ; et ensuite, avec l'accroissement du bien-être des habitants qui est la conséquence de la salubrité, le développement de l'industrie que vient favoriser une plus grande abondance de l'un de ses principaux éléments. Si bien que, dans une commune, l'approvisionnement de l'eau est pour les habitants un principe incontestable de santé et de richesse.
En présence de si graves intérêts, le devoir imposé aux administrateurs communaux est donc d'une importance extrême; et par conséquent ceux qui, connaissant tout le prix de ce devoir etpossédant le nécessaire, ne
mettraient pas tout leur zèle à l'accomplir, non-seulement ils dédaigneraient le soin de leur propre renommée, mais encore ils se montreraient peu dignes de la confiance de leurs concitoyens, et ils engageraient, au moins moralement, leur responsabilité réelle et personnelle.
Dans cet ouvrage nous avons démontré que partout on peut avoir de Feau et de la bonne eau; au moins pour la boisson, attendu que toute eau, soit superficielle, soit profonde, provenant de la pluie, on peut toujours, quand manquent les autres moyens, retenir la pluie au passage.
Pour ce qui est de l'eau, la question n'est donc insoluble nulle part; à la condition qu'on appellera, pour la résoudre, le concours simultané du médecin de la localité et celui de l'ingénieur.
Naguère encore on pouvait dire comme M. Dupuit dans un passage que nous citerons tout à l'heure : la question n'est pas assez connue des administrateurs et inêmc des ingénieurs : à quoi nous pouvions ajouter de notre côté,que,les hygiénistes ne s'étant pas préoccupés davantage de cette étude spéciale, ils n'en avaient pas àélXièté les vrais principes. Aujourd'hui que la queslioii eS ^ émcic ^ e *> l'ingénieur et le médecin sont par-
titeï* 1 ® 1 ^ en mesure de S ui(ler sûrement, avec fermeté ^ A hésitation, les administrations communales, fondation et l'exécution rationnelle de pareilles
QUESTION ÉCONOMIQUE
11 ne reste donc plus que les difficultés financières- Pour les communes qui n'ont pas de revenu, ces difficultés semblent considérables. Mais il est bon de regarder au fond de la question avant de renoncer à la résoudre.
Qu'une commune n'ait pas de revenu en tant que commune, nous l'admettons. Toutefois, si Ton examine le cadastre, on arrive à se convaincre aisément qu'il n'y a pas de localité qui ne soit productive, dès le moment qu'elle sert d'asile à une population agglomérée. Et en effet il n'y a que les déserts qui ne produisent rien : mais aussi amenez de l'eau au désert et vous y amènerez la vie, amenez de l'eau à une commune pauvre qui en manque et vous y amènerez la richesse.
Pour les communes pauvres, comme pour celles qui ont des revenus abondants, c'est donc au cadastre, c'est-à-dire, en d'autres termes, c'est aux centimes additionnels qu'il faut demander la solution.
Or, grâce aux institutions financières du pays, il ne saurait maintenant y avoir,nulle part, d'utilité publique en soufîrance. Quand le choix de l'eau est fait, que les dépenses nécessaires pour ramener et la distribuer sont bien prévues, le conseil communal vote des centimes et le Crédit Foncier de France, avance la somme nécessaire moyennant un intérêt et un amortissement dont le taux adouci permet de répartir le remboursement sur un demi-siècle et au delà. S'il est vrai qu'il n'y ait pas moins de trente mille communes en France
qui aycnt besoin d'eau ; les administrateurs de ces communes peuvent donc bien mériter de leurs concitoyens, acquérir des droits légitimes à leur reconnaissance et attacher leur nom à de véritables monuments d'utilité publique en réalisant le précepte du verre d'eau. Et quiconque aura donné seulement à boire
un verre d'eau à l'un de ces plus petits je vous
le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense, (Évangile Math., ch. X, v. 42).
Mais quand on entreprend de telles œuvres il faut considérer l'avenir plus que le présent : ce ne sont plus seulement les besoins effectifs des habitants du moment, ce ne sont pas non plus les besoins de leur industrie présente, ce sont aussi des habitants à venir plus nombreux qu'il faut songer à desservir et une industrie plus développée
Sans compter que la nature même de l'œuvre et ses conditions d'exécution ne s'opposent point, bien loin de là, invitent au contraire à avoir souci de l'avenir autant que du présent. Il faut entendre là-dessus un savant et habile ingénieur qui est aussi l'un des économistes les plus sérieux de notre époque.
« Un des motifs les plus puissants, dit M. Dupuit, qui doivent déterminer les administrations municipales à établir des distributions d'eau, c'est que ces entreprises se prêtent plus que toutes les autres à un morcellement qui permet de répartir les allocations sur un grand nombre d'années, sans que les sacrifices
QUESTION ÉCONOMIQUE 301
antérieurs restent stériles. Il n'en est pas ainsi de la plupart des travaux plublics, qui en général ne deviennent utiles que quand ils sont achevés. On ne peut se servir d'un marché, d'un théâtre, que lorsqu'ils sont couverts ; on ne peut passer sur un pont que lorsque la dernière arche est fermée ; et si des circonstances obligent à interrompre les travaux, ce qu'on a fait jusqu'alors est à peu près perdu. Au contraire, dès que les premières dépenses sont faites, une distribution d'eau donne immédiatement des résultats utiles, et chaque nouvelle dépense vient successivement les accroître. Nul doute que, si tout ce qui se rattache à cette question était plus connu soit des administrateurs, soit des ingénieurs, les travaux de distribution d'eau prendraient un développement bien plus grand qu'ils ne l'ont fait jusqu'à ce jour. »(Dupuit : Traitéde la conduite des eaux, etc. Avant propos. Paris 1854.)
Ici se présente une question capitale. L'eau doit^elle être livrée gratis? Il y a, sur ce point, une distinction importante à établir. La commune s'est obérée pour un double service, pour satisfaire aux besoins domestiques de ses habitants et pour leur ménager la jouissance d'un élément utile à leur industrie. Evidemment la commune doit tirer son profit, au moins de cette partie de l'eau ; car, en la procurant à ses habitants et en les autorisant à l'appliquer à l'industrie, c'est un moyen de gain qu'elle leur fournit et il est do stricte justice que tout gain remonte à sa source.
Quand on a comparé l'eau à l'air, on a eu sans doute raison: nous avons besoin de l'un autant que de l'autre. Mais on n'obtient pas l'un et l'autre au même titre, et quand Mirabeau s'écriait : «Qu'on ne s'y trompe « pas, il s'agit de l'eau, de cet aliment qui, avec l'air, • est presque le seul bienfait que la nature ait voulu « soustraire à la tyrannie... » Il faisait de la déclamation. Qu'on ne s'y (rompe pas, et Mirabeau s'y trompait lui-même. L'eau n'arrive pas gratis dans l'estomac de celui qui a soif, comme l'air dans les poumons. Pour avoir de l'air il suffit qu'on respire : Si l'on veut de l'eau, il faut aller la chercher ou payer pour qu'on vous l'apporte. Si c'est là une tyrannie, il faut bien convenir que la nature n'a rien fait pour nous y soustraire.
Croire qu'on a de l'eau gratis est donc une profonde erreur, et les municipalités qui en font l'objet d'un service public ne sauraient la donner pour rien à leurs administrés, pas plus qu'elles ne leur donnent pour rien d'autres services.
Une ville qui établit des fontaines, est obligée d'y consacrer un capital de fondation et une somme annuelle pour l'entretien. Avec quoi paye-t-elle l'une et l'autre ? Si ce n'est avec le produit de ses revenus, avec son octroi, avec des centimes additionnels, lesquels pèsent sur tout le monde, sur le pauvre comme sur le riche.
L'eau coule à la fontaine : et parce que l'on peut y
QUESTION ÉCONOMIQUE
puiser à volonté, sans que personne soit là pour exiger une redevance, on s imagine qu'on y puise gratis. Encore une fois, c'est là une grande erreur : la gratuité n'est qu'apparente, et le pauvre, en vue duquel, au fond, elle est établie, n'est pas celui à qui elle profite le plus; car c'est lui qui consomme le moins. Et il ne faut pas dire qu'il y a compensation, attendu que le pauvre paye moins d'impôts que le riche : y a-t-il un impôt plus lourd que celui de la misère !
Dans une distribution bien conçue, il y a toujours un excédant, dont la vente peut devenir la source d'un bon revenu pour la commune. On comprend que le tarif à établir dans ce cas, pour être régulier, doit être en rapport avec les nécessités locales. Ce que nous avons dit précédemment est plus que suffisant, et nous dispense d'entrer là-dessus dans aucun détail particulier.D'ailleurs les considérations exclusivement fiscales ou financières n'entrent pas dans l'objet du présent livre.
DES ÉTABLISSEMENTS LES PLUS IMPORTANTS DE DISTRIBUTION D'EAUX PUBLIQUES
Les aqueducs de Rome, — Ce que les Romains faisaient de leurs eaux. — L'hydraulique née sous Louis XIV. — Les galeries filtrantes de Toulouse ne sont pas un progrès. — Leur imitation a été funeste. — Les deux plus beaux établissements hydrauliques du monde. — L'aqueduc du Croton, à New- York. — Le docteur Brown. — Son opinion sur les eaux qui flattent le goût. — Préjugé exploité par des intérêts privés. — On fore des puits artésiens. — Caractère scientifique du forage du puils de Grenelle, à Paris. — Barrage du Croton. — Le Harlem-Bridge. — Ventilateurs. — Bassins. — Prix de revient de l'œuvre accomplie — Réflexions. — Un mot de Prony. — L'œuvre de Marseille. — Raison de sa grande valeur. — Situation actuelle de la ville de Vienne sous le rapport des eaux publiques. — L'aqueduc de Montpellier.
Les travaux accomplis pour l'approvisionnement de Rome étaient, dans l'antiquité, l'objet d'une grande admiration. Nous avons là-dessus le témoignage de Pline, nUiil magis mirandum fuisse in toto orbe terrarum (Pline, XXXVI, 15.)
Frontin en a donné une description complète, le
commentaire. Cette description se trouve résumée
avec clarté dans le précieux ouvrage de G. Dezobry
Rome au siècle 'd'Auguste. Nous y renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudront connaître à fond le sujet.
L'eau amenée à Rome, au moyen de sept aqueducs, avait nécessité autant de canaux, dont le développement total ne mesure pas moins de 260 kilomètres : 24 kilomètres en substructions monumentales, et 236 kilomètres en parties souterraines et à ciel ouvert. En réunissant les eaux de ces sept canaux, on aurait eu un fleuve pareil au bras gauche de la Seine à Paris, en temps moyen.
Que faisaient les Romains de cette masse d'eau, car ils n'avaient point nos industries? Ils la répandaient pour rafraîchir l'air, que la chaleur rendait intolérable //i/amis, (urbis in fa mis aer, Frontln.) Ils la consommaient en bains ; du temps de Valentinien, il y avait à Rome 12 thermes, et 850 bains publics : on se baignait tous les jours et jusqu'à 7 et 8 fois par jour. De plus, dans certaines circonstances, ils l'accumulaient brusquement dans les naumachies. L'eau du lac Martignano aqua alsictina aboutissait au pied du Janicule, à la naumachie d'Auguste, où 30 trirèmes et beaucoup de petits bâtiments manœuvraient à l'aise. Voilà ce que les Romains faisaient des eaux de leurs septaque- / ducs.
De semblables abus ne sont pas dans nos mœurs ; notre civilisation et notre climat ne provoqueront jamais de tels besoins. Si nous amenons dans nos villes d'abondantes eaux, c'est pour en tirer une utilité
plus réelle. Nous faisons bien aussi des monuments comme eux : Mais on conviendra que, le pont du Gard, construit pour amener aux bains de Nimes les eaux calcaires d'Eure etd'Airon, esta coup sur moins digne d'être imité pour le même but que le pont aqueduc de Raquefavour, qui, en dérivant la Durance, a transforme l'affreux désert des alentours de Marseille en une riante campagne.
L'œuvre de Marseille a été accomplie avec les ressources d'une seule ville et le concours d'un ingénieur : tandis que Rome, dans toute sa puissance, et disposant des trésors du monde entier, n'a pas su dessécher les marais Pontins, où était véritablement Ywf fa mis acr. Il faut donc laisser à l'archéologue et à l'artiste, leur admiration pour ces antiquités, qui n'en sont pas moins éloquentes et très-pittoresques. Que si nous voulions absolument contempler des ruines grandioses, les restes de l'aqueduc de Maintenon valent bien celles de l'aqueduc de Claudio, dont la campagne romaine s'énorgueillit.
Les anciens avaient des idées de grandeur en rapport avec les lumières dejeur époque. Les nôtres sont le fruit d'une science plus profonde, ayant donné naissance à des arts plus subtils à la fois et plus capables de grands, d'incomparables efforts.
Les Romains ont laissé partout des conduites d'eau, mais leur science de l'hydraulique est restée dans l'enfance. Pour amener les eaux jusqu'au lieu où elles
devaient être employées, ils ne connaissaient qu'un moyen, qui consistait à les réunir dans un canal et à les soutenir au même niveau depuis le point de départ jusqu'au lieu d'arrivée, en leur ménageant seulement une pente suffisante. Quand ce canal rencontrait une vallée, on construisait des arcades pour le soutenir.
L'aqueduc du mont Pyla, qui conduit les eaux à Fourvières, sur la partie la plus élevée de Lyon, et qui date de l'empereur Claude, fut établi sur un autre principe. La construction en arcades ayant été jugée impossible à cause de la profondeur des vallons qu'il
fallait traverser, on eut l'idée d'un syphon et de subs-
tituer au canal, qui eût régné jusqu'au sommet des arcades, une série de tuyaux en plomb dont la matière fût susceptible de se plier aux diverses inclinaisons du terrain.
Lorsque, plus tard, l'empereur Constantin eut transféré le siège de l'empire à Byzance, et qu'il fallut amener des eaux dans cette ville, on se souvint du pont à syphon de Lyon, et les imitations qu'on en fit prirent le nom de souttrazi.
C'est là le seul progrès que les anciens aient fait dans l'art de conduire les eaux. Ils ne surent pas les élever; ils ne connaissaient pas la loi physique de la pesanteur de l'air, découverte de notre temps par Galilée, et confirmée par Torricelli, qui, le premier, expliqua, par cette loi, le phénomène de l'ascension de l'eau dans les corps de pompe.
La science de l'hydraulique a eu son premier essor sous le règne de Louis XIV. Les études qui durent être faites, par les ordres du grand roi, pour amener des eaux à Versailles, contribuèrent à l'établissement de la plupart des principes sur lesquels elle se fonde, tels que beaucoup de lois relatives au mouvement de l'eau, tant dans les canaux que dans les rivières et dans les tuyaux de conduite.
« Les grands travaux hydrauliques exécutés sous Louis XIV, dit Genieys, ont eu le précieux avantage de fournir l'occasion de perfectionner les méthodes de nivellement, de présenter une application des premières découvertes sur la pesanteur de l'air, la pression des liquides, les phénomènes de leur écoulement, et de fournir les moyens de faire des expériences qui, plus tard, ont servi de base à des théories plus parfaites et plus rigoureuses... ce qui doit faire absoudre ce prince du reproche tant répété d'avoir voulu vaincre la nature à Versailles, pour transformer un site sauvage en un lieu de délices. » (Genieys, Essai sur l'art de conduire et d'élever les eaux.)
Il faut arriver jusqu'au commencement du siècle présent pour voir s'accomplir de nombreux travaux hydrauliques destinés à alimenter de grandes villes. Les Anglais nous ont précédés, de quelques années seulement, si l'on ne veut point tenir compte de l'établissement de la pompe à feu de Chaillot. Que nous ayons été ainsi devancés, cela tient à deux causes.
Nous avons découvert la puissance de la vapeur, mais c'est un Anglais, Watt, qui, par ses perfectionnements, en a facilité l'application à l'industrie et propagé l'emploi. C'est là une cause réelle et qui a été très-efficace. L'autre cause est d'ime nature différente. Elle tient au crédit, qui s'est promptement popularisé chez nos voisins. Les distributions d'eaux publiques ne peuvent jamais être que des œuvres d'association; or, nous commençons à peine à comprendre que c'est là un puissant moyen d'opérer de grandes choses en ce genre.
Lorsqu'en 1824 M. Maîlet alla en Angleterre étudier cette question, il trouva des distributions d'eaux publiques établies sur une grande échelle à Londres, à Manchester, à Liverpool, à Glascow, à Greenock, à Édimbourg. Aujourd'hui, il n'y a peut-être pas, outre- Manche, de ville qui n'ait la sienne.
En France, en fait de villes importantes, c'est Toulouse qui a ouvert la voie ; puis sont venues Marseille et Lyon. Dans cette dernière ville, l'œuvre s'est accomplie aux frais d'une compagnie. A Toulouse et à Marseille, c'est l'administration municipale qui a tout fait.
L'établissement hydraulique de Toulouse offre un intérêt tout particulier ; nous dirons un mot de son histoire. "
Un ancien capitoul, dont le nom mérite d'être conservé, M. Lagane, mort en 1789, donna par son testa-
DISTRIBUTIONS D'EAUX PUBLIQUES 311 ■ i — ■
ment une somme de 50,000 francs à la ville, pour y introduire les eaux de la Garonne, pwres, claires, agréables à boire. Ce legs était exigible dix ans après la mort de sa femme, et révocable par les héritiers de Madame Lagane, si, dix ans après avoir été exigé, la conduite des eaux n'était pas terminée.
Madame Lagane mourut en 1817. Le conseil municipal accepta le legs, malgré les hésitations de quelques membres. Qu'était-ce, en effet, qu'une somme de 50,000 fr. pour un travail qui, en fin de compte, a coûté plus d'un million. Il eût été permis d'hésiter, même pour une somme moitié moindre. On hésita donc, mais on se décida, et, une fois le parti pris, les magistrats de Toulouse, qui avaient alors à leur tête un homme éclairé et dévoué au bien public, M. le bar ron de Montbel, comprenant toute la grandeur de leur mission, se posèrent franchement devant le problème, avec la ferme résolution de n'éluder aucune de ses difficultés ; et ils parvinrent à doter leur patrie de Tune de ces améliorations qui changent une ville de face, en augmentant ses conditions de salubrité, et en ménageant à son? industrie un moyen d'action dont elle avait été privée jusqu'alors.
Quatre ans se passèrent en propositions et en discussions de plans ; on pouvait emprunter l'eau à deux cours : au canal du Midi et au fleuve ; on se décida pour la Garonne»
Mais le testateur avait demandé des eaux pures et
claires, et celles de la Garonne sont souvent troubles. Gomment remplir cette condition onéreuse?
Tout près du point choisi pour l'emplacement du château d'eau il existe un banc composé de gravier et de sable entremêlés souvent de gros cailloux ; ce banc, qui dataitalors d'une cinquantaine d'années seulement, est le résultat d'un léger déplacement dans le lit de la rivière. Dans un établissement fondé pour l'avenir aussi bien que pour le présent, cette circonstance n'était peut-être pas indifférente ; car si la Garonne s'en est allée, elle peut fort bien revenir, et les exemples d'un changement quelconque dans le lit des rivières ne sont pas rares.
Quoi qu'il en soit, on ouvrit, dans ce banc d'alluvion, trois fossés, que l'on transforma en galeries, avec des briques simplement superposées; on remplit ces galeries de gros cailloux bien lavés, on mit par dessus une couche de gravier et de sable, puis la terre sablonneuse extraite de la fouille et on sema du gazon par dessus.
• L'eau, dit M. D'Aubuisson, est parfaitement bonne et limpide, tant que la Garonne demeure dans son lit ; mais dans les crues, lorsqu'elle déborde et qu'elle recouvre le terrain sous lequel sont les excavations, ses eaux y pénètrent, soit par quelque fissure encore inaperçue, soit en traversant des terres non suffisamment tassées, et elles en sortent un peu louches.
« En temps ordinaire, le seul reproche qu'on puisse
faire à ces filtres, c'est de n'être pas entièrement exempts d'une végétation souterraine : les brins de bissus qui s'en détachent sont souvent portés par les eaux jusqu'à la cuvette du château d'eau, où il faut employer des toiles métalliques pour les retenir.
t Mais si, par un malheur que rien d'ailleurs ne présage, dont tout au contraire éloigne la crainte ; car la rivière, dans son régime actuel, tend à agrandir plutôt qu'à diminuer le banc d'alluvion qu'elle nous a donné et qui nous procure ces avantages ; si enfin ce banc nous était enlevé, si les petits canaux afférents, contenus dans cette masse sablonneuse, et qui, en retenant les matières terreuses, cause de la saleté de l'eau, la livrent entièrement pure, venaient à s'obstruer, alors nous aurions recours à une clarification artificielle. » (D'Aubuisson de Voisins, Histoire de l'établissement des fontaines à Toulouse. Paris, 1839).
L'établissement de Toulouse, bien conçu et bien exécuté, comme œuvre d'ingénieur, est loin de marquer un progrès réel dans l'art de la distribution des eaux publiques. Il a été funeste à la ville de Vienne, qui s'est empressée d'imiter sur les bords du Danube, les galeries filtrantes de M. D'Aubuisson.
Les eaux de la Garonne, en traversant le terrain, n'y rencontraient point de substances solubles capables de les altérer dans leur composition chimique. A NussdorfF, au contraire, il y avait absence complète de banc de gravier; et, à la place de celui-ci, au
Ml
contraire, un attcrrissement formé par les débris du grès viennois et par un lœss mêlé de chaux et quelquefois de salpêtre {Partsch^.
En France on a imité aussi les galeries filtrantes de Toulouse. Quel est le résultat qu'on en a obtenu à Lyon? Mais laissons cette question du filtrage en grand qui sera éternellement pour les inventeurs, le pendant du problème mathématique de la quadrature du cercle avec la différence cependant que les uns n'exposent aucun capital, tandis que les autres courent le risque de ruiner des compagnies.
Les plus beaux et en même temps les plus grands établissements de distribution d'eaux publiques qui aient été exécutés de notre temps, sont ceux de Marseille et de New- York : l'aqueduc de la Durance et l'aqueduc du Croton. Fondés sur les plus larges bases, ce sont aussi ceux qui ont produit les plus grands résultats-
L'ingénieur qui a conçu et exécuté la distribution de Marseille, M. de Montricher, n'a pas vécu assez pour iouir de sa gloire, car c'est de la vraie gloire que d'avoir fertilisé des rochers et fait naître l'abondance où régnait autrefois la stérilité.
Nous n'avons encore aucune description des travaux de Marseille : nous avons plus de détails concernant Faqueduc du Croton» qui alimente la ville de New- York, et dont la longueur est de 71 kilomètres.
New-York est dans une ile Manhattan island , à
l'embouchure de l'Hudson. Son sol, entouré d'eau salée, présente des inégalités qui ont jusqu'à 238 pieds d'élévation. Ellea 13 5/8 milles dans sa plus grande longueur sur 2 1/4 milles de large. En 1770 on y comptait 22,000 urnes ; en 1840,400,000; en 1855, 625,000.
Le sol est composé pour la plus grande partie de gneiss renfermant du carbonate de chaux, dans la proportion de moitié environ de son volume.
C'est dans ce terrain que les premiers habitants creusèrent des puits. En 1795 la question d'une distribution d'eaux publiques fut sérieusement agitée. On discuta pendant trois ans : à la fin on fut convaincu qu'on ne pourrait résoudre la difficulté qu'en sortant de l'île, et en allant chercher de l'eau sur le continent.
Dans un rapport daté de 1798, le docteur Brown fait le tableau le plus alarmant de la situation. Il accuse l'eau dont on fait usage, d'être la cause des épidémies et de plusieurs maladies qui affligent la population. 11 blâme fortement la prédilection des habitants pour les eaux de puits. • Si, d'un côté, dit-il, ces eaux flattent le goût par leur fraîcheur et l'acide carbonique qu'elles contiennent; d'un autre côté leur usage devient fort pernicieux, attendu qu'avant d'arriver aux puits, elles se chargent d'impuretés de toute espèce qu'elles reçoivent des rues, des cours et des écuries, par voie de filtration à travers le soL »
Il démontra encore que l'état sanitaire d'une ville
dépend bien plus de la qualité de l'eau que Ton y consomme, que de celle de tout autre aliment.
Le docteur Brown était dans les bons principes, il proposa un barrage sur la rivière de Broncx. La quantité d'eau qu'elle pouvait fournir fut jugée insuffisante. Les projets se succédèrent les uns sur les autres et le temps se passa ainsi jusqu'en 1834 où fut adopté celui qui est relatif au Croton.
M. Schramke, qui nous fournit ces détails, termine son exposé par la réflexion suivante, qui s'applique à l'histoire de la plupart des établissements d'eaux publiques. « Il fallait que tant d'années s'écoulassent « avant qu'on pût parvenir à une décision définitive « pour l'exécution d'une conduite d'eau. A la vérité la • principale cause de ces lenteurs était dans la saveur « piquante et agréable (plcasant taste) d'une eau im- « pure et malsaine (unwholesome) qui flattait le goût « et à laquelle la population était habituée. Grâce au « zèle infatigable de quelques hommes éclairés, on fi- « nit par renoncer à un préjugé funeste, et par songer « aux moyens à employer pour se procurer une eau pure <« et saine. Grâce aux efforts de ces hommes, qui n'a- « vaient reculé devant aucune des difficultés de tout « genre, qu'un parti entiché des anciens préjugés leur « avait opposées, même pendant le cours des travaux, « la grande entreprise a été commencée , conduite « avec sagesse et terminée "avec un plein succès. » (T. Sciihamke, description of the New-York Croton aqueduct.)
Ce goût de la population fut exploité par des intérêts privés, et, comme c'est l'ordinaire, sordides et mesquins. On amusa le public en creusant des puits plus nombreux, dont on aspirait l'eau avec des pompes. Dans les points élevés, ils ne fournirent pas une eau constante ; dans les parties basses de la ville ils se gâtèrent, l'eau salée ayant fini par les envahir.
Après les puits ordinaires vinrent les puits artésiens : c'était en 1827, époque de leur plus grande vogue. On en creusa plusieurs, et à des profondeurs diverses, depuis 90 jusqu'à 448 pieds. Leur succès immédiat fit concevoir de grandes espérances. Mais quand on vit, avec le temps, que, dans les uns, le produit primitif allait en diminuant ; que, dans les autres, l'eau était ou chargée de substances minérales, ou gâtée par les infiltrations de la mer, force fut bien de les abandonner, comme on avait abandonné les puits ordinaires. Cependant les souffrances d'une population entière s'étaient prolongées et accrues.
Nous avons dit, au chapitre X, de quelle utilité pouvaient être les puits artésiens, quand il s'agit d'alimenter de grands centres de population. A New-York, le service de la ville aurait exigé plus de deux cents puits, sans compter les machines élévatoires nécessaires pour amener l'eau au dehors ; car ils ne fournissaient pas tous une eau jaillissante.
Le succès du puits de Grenelle a donné lieu à beaucoup de tentatives malheureuses, et l'on peut dire fu-
nestes, à plusieurs populations éblouies et dirigées par des administrations mal éclairées. Il est utile de faire connaître la véritable signification de ce succès, qui a été célébré dans le monde entier, et tellement admiré, que, même à Paris, on a voulu en avoir un second exemple.
Le puits de Grenelle fut entrepris pour le service d'un abattoir. Quand on l'eut poussé jusqu'à une profondeur raisonnable et qu'on vit qu'il ne donnait point d'eau, on parla de l'abandonner. Mais la science avait, à l'Hôlel-de-Ville de Paris, un représentant énergique et surtout infatigable. Or, d'un côté, la géologie donnait au sol de Paris une certaine constitution; d'un autre côté, la grande question de la chaleur centrale était à l'ordre du jour, et l'on admettait, un peu à l'aventure, que la chaleur va toujours croissant à mesure qu'on pénètre plus avant dans le sein de la terre. Le raisonnement, jusqu'alors, avait eu, dans l'établissement de cette loi, plus de part que l'observation. Tout cela était donc très-curieux, et, sous le point de vue scientifique surtout, très-utile à constater d'une manière directe. Il n'en fallut pas moins de grands efforts à M. Arago pour obtenir que l'on continuât le sondage. L'on arriva enfin à la nappe d'eau.
Le peuple de Paris fut émerveillé de son abondance, de l'élévation de son jet, de la hauteur de sa température qui marque 28° ; et les savants le furent bien plus encore. Ds avaient vu leurs prévisions complètement
réalisées; ils avaient reconnu la véritable succession des terrains sous Paris ; en obtenant de l'eau à 28°, ils avaient conquis, au profit de la physique du globe, un fait immense venant confirmer expérimentalement une grande théorie, en lui fournissant la seule preuve directe et affirmative qui lui avait manqué jusqu'alors.
Telle est la véritable signification du puits artésien de Grenelle. Quant à l'eau qu'on devait en retirer, sa considération y entrait pour la plus faible part ; la population n'en avait pas besoin. Mais les recherches de physique et de géologie regardent les savants et les sociétés dont ils font partie. Les devoirs des administrations municipales sont d'une toute autre nature : si elles se mêlent parfois d'expériences, c'est pour encourager la science, comme c'est leur droit incontestable, en lui fournissant des fonds, quand le budget municipal le permet, et qu'il a été hien et dûment pourvu par elles aux besoins de leurs administrés.
Nous avons dit que la longueur de l'aqueduc de Croton était de 71 kilomètres (44,056 milles de 1,609 mètres). Sa prise d'eau est établie au moyen d'un barrage pratiqué sur la rivière ; et la rivière est elle-même le résultat d'une quantité d'affluents, dont les trois principaux prennent leur origine dans le Putnam county et portent les noms de East branch, Middle branch et West branch Ces trois branches du Croton river se réunissent, après un cours de plus de dix
milles, à Owen-Town ; et l'aqueduc commence seulement à environ quinze milles au-dessous de ce dernier point.
Le barrage a eu pour objet d'élever le niveau de l'eau de 40 pieds (le pied anglais est de 3 décimètres 047), plus de 12 mètres. Le débordement de la rivière, en amont, en a été la conséquence; il s'est formé un grand lac, le Croton lake, c'est-à-dire un vaste bassin qui sert de réservoir alimentaire à l'aqueduc et contient, sur une profondeur moyenne de 6 pieds (i mètre 82), un volume d'eau de 500,000,000 de gallons (2,270,000 mètres cubes, en comptant le gallon à raison de 4 litres 54). Par cet arrangement, le Croton peut fournir 35,000,000 de gallons (158,900 mètres cubes) en vingt-quatre heures, quantité suffisante à la consommation de 1,750,000 habitants, en comptant une dépense journalière de 20 gallons par tête (90 litres 80) et en y comprenant les besoins des manufactures, de la navigation, de l'arrosage des rues, de l'horticulture, des établissements de bains, etc.
Il arrive quelquefois que, pendant deux ou trois mois de l'été, le Croton roule moins d'eau; le minimum a été trouvé égal à 27,000,000 de gallons par jour (122,580 mètres cubes). Mais ce volume augmente bientôt par les eaux de pluie. On voit qu'en admettant ce minimum de 27,000,000 de gallons (122,580 mètres cubes), il faut, pour compléter le volume de la consommation journalière, qui est de 35,000,000 de gal-
Ions (158,900 mètres cubes), soutirer au bassin de ré^ serve, au Croton lake, 8,000,000 de gallons par jour (36,320 mètres cubes); mais ce bassin contient 500,000,000 de gallons (2,270,000 mètres cubes), quantité suffisante aux besoins pendant 62 jours et demi. Or, une pareille durée dépasse de beaucoup la durée observée pour le niveau des plus basses eaux de la rivière. Le volume des eaux affluentes du Croton, joint à celui que fournit le bassin de réserve, peut donc être fixé avec certitude à 35,000,000 de gallons (158,900 mètres cubes). Si jamais on avait besoin d'une quantité d'eau plus considérable, la disposition heureuse du terrain permettrait d'établir encore d'autres réservoirs très-étendus en amont de Croton lake.
L'aqueduc prend naissance au barrage. Il est voûté dans toute sa longueur, afin de garantir l'eau des influences de la chaleur et du froid. La pente est de 0,021 pour 100 mètres.
La grille qui précède les vannes de la prise d'eau avait d'abord des intervalles d'un pouce de largeur. Ces intervalles livrèrent passage à une quantité de poissons qui séjournèrent dans l'aqueduc et s'y multiplièrent. Pour obvier à cet inconvénient, on garnit la grille d'une toile métallique ; mais cette toile n'empêche pas le frai de passer.
L'œuvre d'art la plus remarquable est le pont sur le Harlem river, qui sépare du continent l'île de Manhattan, sur laquelle est bâtie la ville de New- York.
Ce pont se compose de quinze arches dont huit ont 100 pieds de hauteur sur 80 d'ouverture, les sept autres n'ont que 50 pieds d'ouverture.
On avait eu d^bord le projet de faire passer la conduite sous l'eau, en syphon, l'eau étant renfermée dans quatre tuyaux en fonte de 3 pieds de diamètre chacun. Sous le bras de mer, on aurait construit deux tunnels accouplés, chacun large de 12 pieds avec 8 pieds de hauteur. Le dessus de ces tunnels aurait été à 24 pieds au-dessous du niveau des eaux à marée basse. On aurait pénétré dans leur intérieur par le haut, des deux côtés. Quant à l'exécution, on aurait barré le bras de mer d'un bord à l'autre, et le travail se serait accompli à sec, entre deux bâtardeaux.
Nous dirons peut-être comment nous avions été amené à faire l'étude d'un travail analogue, pour traverser la lagune de Venise, avant qu'on eût décidé la construction du pont du chemin de fer, qui la traverse aujourd'hui, et à l'exécution duquel les obstacles n'ont pas manqué, même de la part des Vénitiens.
Dans le but d'établir une communication entre l'atmosphère et l'eau enfermée dans l'aqueduc, on a armé l'aqueduc de trente-trois ventilateurs, dont le troisième est toujours d'une dimension plus grande que les deux autres. Ce sont des ouvertures circulaires surmontées d'une cheminée en pierre ou en marbre, fermée par une grille. Les plus grandes ont une en-
trée par où l'on pénètre pour aller faire les réparations oecurrentes.
Le bassin de réception en ville a une superficie de 35,05 acres, dont 31 acres de nappe d'eau, il est partagé en deux par une digue transversale : dans nne division il y a 20 pieds d'eau, dans l'autre 25 pieds. La contenance totale est de 150,000,000 de gallons (plus de 680,000 mètres cubes). Ce réservoir occupe l'espace compris entre la 6 e et la 7 e avenues et la 86 e et la 79 e rues.
Le bassin de distribution situé au sommet de Murray-Hill, point culminant de la ville, a une capacité de 21,000,000 de gallons (plus de 95,000 mètres cubes).
Les tuyaux de distribution sont en fonte. Le développement de leur réseau ne comprend pas moins de 134 milles (environ 216 kilomètres).
Les embranchements qui desservent les habitations sont en plomb. Ces tuyaux, du diamètre de un demipouce à un pouce, sont fixés aux conduites en fonte au moyen d'un taraud ; ils vont dans les cuisines, ordinairement situées dans les sous-sols, comme en Angleterre, et ils montent jusqu'aux étages supérieurs, pour alimenter les cabinets de bains placés à coté des chambres à coucher. L'aqueduc de Croton a été exécuté aux frais d'une compagnie ; elle a dépensé, dans sa construction, 8,575,000 dollars (46,476,500 francs), sans compter le réseau de distribution, qui a coûté 1,800,000 dollars (9,756,000 francs).
Pendant l'exécution de l'œuvre, les emprunts qu'on a été obligé de faire ont motivé un escompte de 647,157 dollars, de façon qu'à la fin des travaux, en y comprenant les intérêts payés pendant la durée de la construction, la dépense totale s'est trouvée monter à 12 millions 500 mille dollars, 67,750,000 francs.
Les maisons, au nombre de 33,500, (1846) quand elles sont de grandeur moyenne, payent 10 dollars par an. Les hôtels et les industries diverses sont imposés suivant leur étendue et leurs besoins
Les détails dans lesquels nous venons d'entrer sont importants, ils s'appliquent, comme nous l'avons déjà dit, à Tune des deux plus grandes œuvres de distribution d'eaux publiques qui existent sur le globe, l'une des plus grandes, et, sans aucun doute, des mieux comprises. Grâce à un médecin qui, dès le principe, montra une intelligence parfaite de la salubrité générale, il n'a été commis, dans les parties capitales de l'œuvre, aucune erreur de disposition susceptible de porter dommage à ce premier intérêt, à cet intérêt souverain de toute population, salus populi.
A New-York, on ne s'est point créé des difficultés en cherchant, pour satisfaire des nécessités de second et même de troisième ordre, à vaincre des impossibilités réelles. On n'a point tenu compte de fausses délicatesses, ni de fausses idées. L'eau sera-t-elle chaude ou froide? Sera-t-elle livrée trouble ou limpide?
Avant tout, on s'est préoccupé d'avoir de l'eau, de
Tavoir de la meilleure qualité possible, en ayant soin de ne pas prendre pour des qualités réelles des fantaisies de goût créées par l'habitude ; et l'on s'est préoccupé de l'avoir en abondance.
On a couvert l'aqueduc dans toute sa longueur; mais c'est pour éviter les effets de la gelée bien plus que ceux de la chaleur, attendu que quand l'eau est gelée elle coule en dessous ; en outre elle n'aurait point coulé en quantité suffisante, c'est-à-dire à plein canal comme l'approvisionnement le demande; et enfin, chose grave ! elle n'aurait pas été en contact avec l'air.
On ne s'est pas inquiété de couvrir les réservoirs, l'eau ne faisant qu'y passer et s'y renouvelant tous les jours.
A New-York enfin, on n'a pas tenté de résoudre le nouveau problème de la quadrature du cercle, posé par les Anglais aux inventeurs de filtrage : on n'a pas tenté de filtrer l'eau en grandes masses, on a laissé à chacun le soin de traiter, comme il voudrait, sa provision. Les consommateurs de New-York imitent les consommateurs de Toulouse, de Marseille et même de Lyon, où cependant les grands filtres, galeries ou bassins, font partie intégrante de l'œuvre.
Partout, nous l'avons dit, quand on veut avoir de l'eau claire et à une température agréable, on en met la provision dans un lieu frais, à l'ombre, après l'avoir renfermée, les pauvres, dans un pot à beurre ; les consommateurs plus aisés, dans une fontaine filtrante.
Et en cela, s'il fallait en croire M. de Prony, les pauvres seraient le moins à plaindre. « Ce sont les pauvres, « disait-il à M. Mallet, qui boivent la meilleure eau, a parce qu'ils la puisent à la surface de leurs grands « pots qui leur tiennent lieu de fontaine, et ont ainsi « l'eau qui est la mieux chargée d'air. (Mallet, Notice historique,)
A quoi nous ajouterons que les longs vases étrusques du Louvre, et les grandes amphores posées sur trépieds, venues d'Êgypte, de Grèce ou d'Italie, dont les formes et les ornements excitent, dans nos musées, l'admiration des archéologues et des antiquaires, n'avaient pas, chez les anciens, d'autre usage que le pot à beurre des modestes ménages de nos jours.
Il est facile de s'en convaincre en remontant les bords du Nil. Là, en effet, on peut voir, tous les matins, au lever du soleil» les femmes arabes des villages, venir au bord du fleuve, portant jusqu'à trois vases vides, qu'elles remplissent, après en avoir rincé et lavé les parois, dehors et dedans : vases oblongs, au fond ovoïde et souvent tout à fait pointu. Ces brunes ménagères aux pieds nus, ayant pour tout vêtement une longue et large chemise flottante, de coton bleu, s'en retournent au village ayee leurs trois amphores élégamment plantées, l'une sur la tête, l'autre sur la hanche droite, la troisième sur la main gauche relevée, le coude s'areboutant sur le flanc du même côté.
New- York est donc une ville bien pourvue, et son aqueduc mérite d'être cité comme; un grand et bel ouvrage hydraulique.
L'œuvre de Marseille lui est certainement supérieure, en ce qui regarde les conséquences, sinon par son étendue et les parties relatives à la prise d'eau, si habilement traitées à Owen-Town, quand on a déterminé la formation du Croton lake.
Nous ne connaissons de l'œuvre de M. de Montricher que ce qu'en connaissent les touristes, ce qu'on en voit à Roquefavour, ou quand on va se promener sur le bassin d'arrivée des eaux de la Durance. Ce bassin est couvert et planté comme une promenade. On a les filtres sous ses pieds, sur une superficie de 8,800 mètres. Et ici, ilpeut être permis de le dire, l'ingénieur a sacrifié aux préoccupations anglaises ; il a même avantageusement lutté avec les ingénieurs d'outre-Manche, puisque son filtre donne un produit beaucoup plus considérable, que les mieux installés d'Angleterre et d'Ecosse. Mais il n'en est pas plus parfait, ni plus économique. Il faut le nettoyer souvent; à la suite du nettoyement qui dure pendant un temps plus ou moins long, l'eau en sort avec une teinte ocreuse, et, quand elle est absolument limpide, la quantité du produit est bien près de devenir insuffisante.
Ce qui dans l'œuvre hydraulique de Marseille, doit exciter l'admiration, ce n'est donc pas la grandeur de
ses bassins filtrants, ni leur perfection plus ou moins approchée; ce n'est pas non plus le pont-aqueduc de Roquefavour, dont les proportions sont le double des proportions du pont du Gard. Ce qui fait la gloire de l'ingénieur, c'est d'avoir eu affaire à une grande ville, ramassée sur les flancs d'une roche aride, constamment brûlée par le soleil du midi, sans avoir autour d'elle aucun moyen de désaltérer ni ses habitants, ni son sol. Ce qui fait la gloire de M. de Montricher, c'est d'avoir envisagé la situation de cette ville dans son présent et dans son avenir, d'avoir su reconnaître de quelles richesses immenses il la doterait, s'il parvenait à lui donner assez d'eau, non pas seulement pour boire, mais pour rendre ses rues salubres, assainir son port, arroser au loin ses alentours, et faire pousser la verdure et de riants paysages, là où il n'y avait jamais eu que des rochers nus, desséchés, friables et répandant en l'air, au moindre vent, une poussière ténue, qu'auraient redouté même les chameaux d'Égypte, ou du Sahara d'Alger. Ce qui fait la gloire de M. de Montricher, c'est d'avoir prévu toutes ces conséquences, d'avoir porté la conviction dans l'esprit des administrateurs de la cité, et de les avoir ainsi décidés à courir même le danger de troubler leurs finances, pour travailler à la prospérité de leur ville avec une efficacité, dont ils n'avaient certainement pas, dès l'abord, calculé toute l'importance.
Avant l'exécution du canal de la Durance, les ro-
chers de Marseille pouvaient être comparés aux rochers de Syra, qui est encore aujourd'hui le plus grand port de la Grèce, et qui n'en est pas moins la plus nue et la plus dépouillée de toutes le Gyclades. Marseille était comparable àTrieste, où, il y a maintenant vingt ans, le comte de Stadion, gouverneur, nous disait, en nous faisant l'honneur de nous demander nos conseils : t II y a des périodes où il est véritablement dange-
• reux de demeurer à Trieste, le manque absolu d'eau
• faisant craindre à tout le monde de devenir enragé. » Quelle est, encore aujourd'hui, la véritable situation de cette dernière ville sous le rapport de l'eau? (V. Préface, p. XI.)
En ce qui concerne Marseille, nous devons insister auprès de Tadministation intelligente de cette ville, pour qu'elle ne laisse pas plus longtemps sa belle œuvre ignorée ; pour qu'elle publie in extenso tous les détails de sa construction ; pour qu'elle confie enfin à un ingénieur capable et lettré qui sache les mettre en ordre, et en faire ressortir le mérite et la valeur sous tous les rapports, les plans et les notes qu'a dû laisser M. de Montricher. C'est encore là, qu'elle en soit convaincue, une manière de travailler à sa propre gloire, comme à celle de la France, dont le canal de la Durance est, en son genre, l'un des plus beaux, des plus importants et des plus utiles monuments qui aient été construits dans les temps anciens aussi bien que de nos jours. (Voyez note G.)
Nous avons en France une autre œuvre d'eaux pu-
bliquQs aussi très-remarquable : c'est Faqueduc du Peyrou à Montpellier. Mais, avant d'en parler, nous introduirons ici une parenthèse. Il y a en Europe, une capitale de premier rang, qui est, en ce moment encore, victime du préjugé combattu en 1798 à New-York par le docteur Brown. Cette capitale est Vienne. Sa mortalité comparée avec la mortalité de Paris se juge par les chiffres suivants.
Si vous demandez combien de personnes sur mille arrivent à l'âge de dix ans, l'un des statisticiens les plus accrédités, sir Francis Baily, vous répond qu'à Vienne il y en a 327, et à Paris 600. Combien à l'âge de cinquante ans? Réponse : à Vienne 147; à Paris 396.
La population de Paris boit l'eau de la Seine ; celle de Vienne boit de l'eau de puits, ou de sources venant des montagnes, et dont les eaux sont plus ou moins chargées de sel (voyez au chapitre VI les analyses de l'eau du Danube et de la Seine) (1).
(1) En 1839, on construisit un aqueduc, pour soutirer au Danube, en imitant les galeries filtrantes de Toulouse, une certaine quantité d'eau que le terrain vicia, comme on devait s'y attendre. Cet aqueduc ne suffisant plus, ou fonctionnant d'une manière peu satisfaisante, on a senti la néceslité d'augmenter la quantité des eaux publiques. Eh bien! les administrateurs de la cité ont confié la solution de la question à une commission qui, parce que la population est habituée à l'eau de puils (dont noiu avons signalé tous les vices, (voyez chapitre I page 20) n'a pas craint d'abandonner l'eau du Dannbe malgré sa pureté chimique, ponr aller chercher vers Neustadt, des eaux de source, dont la quantité est bornée et la
Si le régime des eaux publiques n'explique pas tout dans ce résultat de la statistique concernant la mortalité comparée des deux capitales, il n'y a pas de médecin, il n'y a pas de physiologiste, il n'y a pas d'hygiéniste qui se refuse à reconnaître que ce régime y entre pour une grande part.
L'aqueduc de Montpellier est un véritable monument. C'est même, en fait d'aqueducs modernes, la seule œuvre d'art complète qui existe. Les Romains n'ont laissé que des ouvrages qui, comme le pont du Gard, servent à faire passer l'eau, d'une colline à l'autre. Tel est également le cas de l'imitation qu'en a faite à Roque favour M. de Mon tricher. Tous ces ouvrages ornent des solitudes ; il faut aller les admirer dans la campagne, loin des lieux habités. Mais on ne trouve nulle part une série de 133 arches supportées
qualité relativement médiocre : et cela, uniquement pour avoir limpide et fraîche, la petite provision, la provision réellement minime qu'il faut aux Viennois pour se désaltérer. La commission satisferait donc ainsi un préjugé que la science et l'expérience condamnent comme funeste a la Muté publique ; elle n'hésiterait pas à sacrifier les besoins réels et multipliés de l'économie domestique et de l'industrie de près de 700,000 habitants, besoins à coup sûr infiniment plus dignes de considération qu'un goût nuisible, en tout cas rutile, et, comme le disait le docteur Brovvn aux habitants de New-York, véritablement dépravé.
A voir la marche rapide des idée», surtout en ce qui concerne les principes dout l'industrie a reconnu la solidité et l'importance pour son développement, le temps n'est pas éloigné où un pareil projet, s'il s'exécute, sera regardé, sinon comme nuisible à la santé publique, au moins comme insuffisant et peu favorable aux divers usages des manufactures et des arts : et en dcfiuilivc sera imputé avec raison à ses auteurs comme une cause de retardement dans le progrès matériel du pavs.
par 53 arcades venant affleurer le point culminant et le plus beau côté d'une belle ville.
La promenade du Peyrou est regardée, avec raison, comme Tune des plus belles du monde. Par un ciel pur, on voit à la fois l'Espagne et l'Italie, les Pyrénées et les Alpes, le Canigou et le mont Ventoux, et, au sud, la mer avec son horizon infini.
L'aqueduc vient augmenter encore la beauté de ce merveilleux site. On suit dans l'éloignement, jusqu'à une distance de 900 mètres, le développement de ses deux rangs d'arcades. L'eau se déverse dans un bassin circulaire abrité sous un pavillon hexagone supporté par des colonnes isolées et accouplées. Les six faces de ce pavillon s'ouvrent sur le bassin par de larges portiques et laissent à l'air un libre passage. De ce premier réservoir, l'eau tombe en cascade sur des rochers où elle se brise et s'aère. Elle est enfin recueillie dans un large bassin, d'où elle part pour sa destination, après avoir formé une belle nappe qui n'est pas un des moindres ornements de la promenade.
L'auteur de ce beau travail est Pitot, membre de l'Académie des sciences, esprit éminent et plein de ressources (1). Il avait le sentiment du beau. En présence de cette nature si grande, il n'y avait à cher-
(1) Pitot était ingénieur en chef du Languedoc, en 1740 : il a publié une théorie de la manoeuvre des vaisseaux, que le gouvernement adopta pour l'instruction de la marine, et qui lui valut d'être nommé membre de la société royale de Londres.
cher, pour la construction, que des lignes; et, pour principe de décoration, l'eau en mouvement, dont l'aspect chatoyant et agité charme et entraîne l'œil et l'esprit, forcent à contempler et à méditer. Cette agitation incessante n'est-elle pas véritablement une image de la vie humaine toujours inquiète et active ?
Pendant longtemps la seule eau potable de Montpellier a été l'eau des puits et celle de deux petites sources. Dés le xui e siècle, on avait formé le projet d'amener les eaux de Saint-Clément, dont la source est à 61 mètres au-dessus du niveau de la mer, le niveau du Peyrou étant à 51 mètres. La construction a duré treize ans. Comme c'est l'ordinaire, les oisifs discutaient, contestant le mérite de l'œuvre: ils mettaient en question le succès. — « Quand l'aqueduc sera terminé l'eau n'arrivera pas, » disaient-ils. — L'archevêque de Narbonne, M. de Dillon, président des États,, avait fini par laisser ébranler sa confiance. Il fit venir Pitot. — « M. Pitot, lui dit-il, êtes-vous bien sûr de vos opérations? On affirme que les eaux de Saint-Clément ne monteront pas au Peyrou. — C'est vrai, monseigneur, lui répondit Pitot, on a parfaitement raison ; les eaux ne monteront pas, elles descendront au Peyrou. »
Les sources de Saint-Clément sont au nombre de trois. L'eau est calcaire et dépose du carbonate de chaux. L'une d'elles est enfermée dans une construction carrée, sur les parois de laquelle, à l'intérieur, on
lit en faco : C'est icy ma nessance; à gauche, ces mots : le fais icy mon ceiour ; à droite: Adieu mes amxis, ie par.
La longueur de l'aqueduc est de 13,904 mètres, et sa pente totale de 4 mètres. De nombreuses filtrations, que les gelées rendaient désastreuses, ont obligé l'administration de faire revêtir le canal dans lequel l'eau coule, avec des lames de plomb, sans danger pour la salubrité, parce que l'eau n'y séjourne pas.
La ville de Montpellier n'a donc que des eaux de source.
Chaque pays, en effet, boit les eaux qu'il a sous la main : là où il n'y a ni source ni rivière, on recueille les eaux du ciel. Le présent livre a précisément pour objet d'indiquer le moyen d'utiliser les unes et les autres; et, quand on a le choix, d'apprendre à distinguer les meilleures, sans s'inquiéter si elles proviennent d'une source ou d'une rivière, les qualités de l'eau tenant essentiellement à sa composition et non pas à son origine.
NOTES
Note A (page 3).
Dans la séance de l'Académie des Sciences, du 6 janvier dernier, nous avons eu l'honneur de lire le Mémoire suivant sur le climat de la ville de Vienne (Autriche).
J'ai eu l'occasion d'étudier en divers pays le climat d'Hippocrate, c'est-à-dire l'influence positive que l'air, les eaux et les lieux exercent sur les hommes réunis en grandes masses et habitant un môme point circonscrit et déterminé. La présente note a pour objet les conditions hygiéniques de la capitale de l'Autriche que j'ai habitée plusieurs années.
§ L Les lieux. Configuration du sol. — La ville de Vienne est assise en pente, par étages, regardant l'est et le sud, du pied du Wienerberg qui termine les Alpes ISoriques à la plaine où coule le Danube,
La colonie romaine s'établit sur la rive droite du fleuve : mais les atterrissements, descendant des Alpes a chaque pluie, repoussèrent peu à peu le fleuve vers les plaines d'Enzersdorf et de Wagram, qu'il envahit même encore tous les jours, comme on le voit par les îles nombreuses qu'il forme, en sortant de la gorge du YAsamberg et du Kahlenberg.
En 1598, le baron Ferdinand Hoyos ramena le Danube au pied de la ville. Il détourna une partie de ses eaux à Nussdorf, pour former le canal de Vienne. Ce canal baigne une portion des murs de circonvallation, les deux faubourgs de la rive gauche et les extrémités du croissant formé sur sa rive droite par les autres faubourgs.
La ville occupe trois plans superposés et les pentes qui mènent de l'un à l'autre. Le premier plan est dans la plaine au niveau du fleuve. Le second plan est occupé par la ville, par les glacis qu'on est en train de faire disparaître et par les faubourgs de droite et
336 NOTES
de gauche. Le troisième plan comprend les faubourgs les plus élev és.
Constitution géologique. — La chaîne adoucie qui termine les Alpes Noriques domine Vienne et porte le nom de Kahlenberg. Elle a pour base un grès bleu-grisâtre mêlé de stries de chaux et de marne mergel-kalk, d'argile schisteuse schiefer-thon, de marne schisteuse mergels-chiefer. On y trouve des empreintes fossiles de fucus setangen. C'est la formation qu'on a appelée grès de Vienne ou des Karpathes. Le grès de Vienne est donc un sable lié par de la chaux, de l'argile et de la marne schisteuse. Les principes calcaires y abondent tellement, que la chaux s'y fait remarquer en stries. Le loess forme la partie supérieure, la couche superficielle du terrain. Selon le professeur Partsch, dont le nom est bien connu des géologues, le lœss est un terrain d'eau douce dans lequel on rencontre de petites crevasses remplies de chaux farineuse kalkmehl et de nitrate de chaux kalk-salpeter. Il est le résultat des atterrissements formés par les eaux pluviales et torrentielles entraînant les débris des montagnes qui couvrent la ville à l'ouest et au nord.
§ II. L'air. — Le savant directeur de l'observatoire de Vienne, M. J.-J. Littrow, mit la plus grande complaisance à me communiquer ses observations concernant la température, la pression barométrique et les mouvements de l'atmosphère ou la direction des vents. Je possède un tableau décennal entièrement écrit de sa main, comprenant les années 1828-1837 inclusivement.
a. Température. — Moyenne maximum de dix ans + 27°, 17 R. Moyenne minimum — 12°,94 R. La plus grande chaleur a eu lieu le iU juillet 1832 : elle s'est élevée à -f 29°,0 R. Le plus grand iroid est descendu à — 17°,0 R : il a eu lieu le 30 janvier 1830.
b. Pression barométrique. — Moyenne générale de dix ant, 27°, 501. La plus grande hauteur barométrique s'est manifestée le 18 janvier 1828, elle a atteint 28%322. La moindre élévation a été de 26»,638, le l tr avril 1829.
c. Mouvements de l'atmosphère. — Les observations des vents dominants de chaque mois comprennent cent vingt mois, durant lesquels ont prédominé les quatre directions suivantes :
Les vents du sud-est ont dominé 9 fois; l'ouest-sud-ouest et Je sud-sud-est chacun 3 fois; le nord-nord-ouest et le sud-ouest cha-
NOTES 337
cun 2 fois. Les vents d'ouest, d'ouest-nord-ouest et de nord-ouest soufflent d'une direction analogue : pris ensemble ils ont domine 202 fois. Le vent de sud-est, qui leur est directement opposé, a dominé 76 fois seulement. Je ne crois pas qu'il existe une constitution atmosphérique mieux caractérisée et plus tranchée.
d. Pluie. — Elle tombe pendant un peu plus de 100 jours : en 1835 on a compté 29 jours de neige.
§ III. Les eaux. — A Vienne chaque maison a son puits dont on boit l'eau assez généralement ; les fontaines publiques sont alimentées par neuf aqueducs ; et le Danube baigne la ville. L'eau des puits est altérante ; elle excite à boire. Elle contient des nitrates qui lui viennent d'une circonstance particulière. Dans la cour de chaque maison, il y a sous le sol une fosse carrée couverte en bois, dans laquelle on jette tous les jours les matières qu'à Paris on jette en tas dans la rue. Quand il pleut, les matières contenues dans la fosse sont atteintes, l'eau pluviale les traverse, s'infiltre et vient se rassembler dans le puits qui est à côté et dans lequeT elle entraîne toutes les substances solubles.
En 1838, M. Wilhem Wurlzler, pharmacien distingué, qui m'avait été désigné par les premiers médecins de Vienne, analysa, sur ma demande, les eaux des neufs aqueducs, celle du Danube et celle de deux puits dont l'eau est fort goûtée par la population.
Les chiffres suivants indiquent des grains et des millièmes de grain par livre d'eau de 16 onces :
Grains. Millièmes.