Puits du palais Schwartzenberg
Les sels dominants sont le muriate de soude, les nitrates, les sulfates et les carbonates de soude et de chaux. L'eau des aqueducs vient des montagnes dont j'ai dit la constitu-
NOTES
lion : taies sunt aquœ, qualis terra.,. Le muriate de soude, qui surabonde dans certains puits, s'explique par l'habitude où sont les propriétaires d'y jeter, de temps à autre, des quantités assez considérables de sel de cuisine : ils pensent que l'eau en devient meilleure.
Tels sont les faits que j'ai recueillis à Vienne touchant les trois éléments du climat d'Ilippocrate : l'air, l'eau et les lieux.
L'action de tout climat se manifeste par la santé générale et la mortalité.
Santé générale, — Les faits suivants m'ont été fournis par le docteur J.-J. Knolz, protomedicus de Vienne, et par le docteur SchiiTner, qui, en outre, m'a fait dresser un tableau authentique des malades admis et traités dans tous les établissements sanitaires de Vienne pendant cinq années consécutives, 1833-1837. Les hôpitaux de Vienne représentent assez fidèlement la santé générale, parce qu'on y admet aussi des malades payants. Les bourgeois vont s'y faire soigner sans difficulté : habitude consolante pour les malheureux, dont aucun préjugé d'hôpital ne vient troubler la confiance dans les soins qu'ils y vont chercher.
Dans une période de cinq ans sont entrés. 139,618 malades.
» sont morts. 17,986 morts.
C'est un peu plus de 1 mort sur 8 malades.
Sur ce nombre, la phthisie pulmonaire en a enlevé 5,255, la fièvre nerveuse (typhoïde) 2,110, Fhydropisie 1,000, la fièvre hectique 836, les inflammations abdominales 746, la fièvre puerpérale 772, etc.
Mortalité, — La population de Vienne, d'après le dernier recensement, serait de 579,457 individus. En 1838, des renseignements puisés à des sources variées en portaient le chiffre à 350,000 Ames. Trois observateurs me donnèrent les moyennes de mortalité suivantes :
Wertheim. de 1789 à 1807, moyenne annuelle. 15,056 morts.
Klein, de 1807 à 1812, moyenne annuelle. . . 16,470 Une statistique sans nom d'auteur, de 1801 à
1805, moyenne annuelle 13,779
Total 45,305
Moyenne de 36 ans 15,101
soit 45 pour 1,000 ou 1 mort sur 22 vivants.
NOTES 330
A la même époque, je conférais ce chiffre avec celui de Paris, et je trouvais 1 mort sur 33, et mes calculs étaient d'accord avec les statisticiens les plus sévères anglais et français.
Conclusion. — Le climat devienne est vicié par les mouvements atmosphériques, par la prédominance des trois rhumbs de vent ouest, ouest-nord-ouest et nord-ouest. Il est vicié par les lieux : l'existence d'une fosse sans clôture hermétique, dans la cour de toutes les maisons, est une mauvaise condition d'hygiène. Il est vicié par les eaux, comme leur analyse le démontre.
On remédiera aisément aux eaux et aux lieux. Il n'est pas aussi facile de corriger la constitution atmosphérique. Cependant j'émettrai un avis en m'appuyant d'un exemple qui est dans l'histoire. On raconte qu'Empédocle délivra la ville d'Agrigente d'une épidémie qui l'affligeait tous les ans. Ayant constaté que la maladie se manifestait sous l'influence de certains vents, il donna le conseil de boucher, au moyen d'un grand mur, une gorge formée par deux montagnes. Le vent n'ayant plus accès sur la ville, la peste disparut pour toujours. Le vent du nord ne souffle jamais sur Vienne. La ville est protégée par le Léopoldsberg et le Kahlenberg qui terminent les Alpes sur le Danube. Mais cette protection des Alpes qui forment autour de Vienne une demi-ceinture dans la direction du nord-ouest, de l'ouest et du sud-ouest, ne se continue pas, parce que les gorges de ces montagnes livrent passage aux vents de ces trois rhumbs. Peut-être en étudiant ces gorges et en déterminant le point culminant de chacune, arriverait-on pour Vienne à un résultat analogue à celui qu'Empédocle obtint pour Agrigente. Le point de partage des eaux entre Siegardskirchen et Burkersdorf, sur la route de France, me parait être, sauf meilleur avis, un lieu d'élection pour un semblable objet. Ces vents des trois rhumbs d'ouest conjurés apporteraient une diminution notable dans les fièvres nerveuses et toute la série des maladies abdominales, en neutralisant une des plus puissantes causes de leur développement à Vienne. (Compte-rendu des séances de l'Académie des sciences , tome LIV, page 45.)
NOTES
Note B (page 14).
Après la grande et célèbre expérience dans laquelle Cavendish parvint, à l'aide d'une étincelle électrique, à réunir en acide nitrique liquide les deux éléments gazeux dont se compose l'air que nous respirons (l'azote et l'oxygène), il n'était guère permis de douter, que la foudre ne sillonne pas impunément de ses traits enflammés d'immenses étendues d'atmosphère. Peu d'années cependant se sont écoulées depuis l'époque où un chimiste allemand. M. Liebig, a soumis cette idée si naturelle à des épreuves décisives.
En 1827, le professeur de Giessen publia l'analyse de 77 résidus obtenus par la distillation de 77 échantillons d'eau de pluie, recueilis dans des vases de porcelaine, à 77 époques différentes. Parmi ces 77 échantillons d'eau, 17 provenaient de pluies d'orage. Eh bien 1 ces47 pluies d'orage contenaient toutes de l'acide nitrique en plus ou moins grande quantité, combiné à de la chaux ou à de l'ammoniaque. Dans les autres échantillons, au nombre de 60, M. Liebig n'en trouva que 2 où il existât des traces, de simples traces, d'acide nitrique.
Voilà donc la matière fulminante réalisant une des plus brillantes expériences de la chimie moderne. Ces réunions subites de l'azote et de l'oxygène, que l'illustre chimiste anglais (Cavendish) opérait en vases clos, la foudre les détermine dans les hautes régions de l'atmosphère. Il y a là, pour les physiciens et les chimistes, un vaste et important sujet d'expériences. Il faudra examiner si, toutes les autres circonstances restant égales, les quantités d'acide nitrique engendrées pendant les orages ne varient pas avec les saisons, avec la hauteur et par conséquent aussi avec la température des nuées d'où la foudre s'élance ; il faudra rechercher aussi si dans les régions intertropicales, où, pendant des mois entiers, le tonnerre gronde chaque jour avec tant de force, l'acide nitrique créé par la foudre aux dépens des deux éléments gazeux de l'atmosphère ne suffirait pas à l'entretien des nitrières naturelles, dont l'existence dans certaines localités où les matières animales ne se voyaient nulle art était pour la science une véritable pierre d'achoppement. Peutêtre qu'en se livrant à ces investigations savantes, on découvrira
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aussi l'origine encore cachée de quelques autres substances, de la chaux, de l'ammoniaque, etc. , que M. Liebig a trouvées dans les eaux provenant des pluies d'orage. Mais ne parvînt-on à éclaircir que la seule question des nitrières naturelles, ce serait déjà beaucoup de gagné. Ne voit-on pas, au surplus, tout ce qu'il avait de piquant à prou ver que la foudre prépare, qu'elle élabore dans les hautes régions de l'air, le principal élément de cette autre foudre (la poudre à canon), dont les hommes font un si prodigieux usage pour s'entredétruire.
(Arago, sur le tonnerre, Annuaire de 1838).
Note C (page 329).
Les notes suivantes, recueillies pendant que le canal de Marseille était en construction, [\ 842) contiennent des détails susceptibles de compléter, à certains égards^ ce qui est dit de cette belle œuvre, dans le texte.
Le canal de Marseille amènera, de la Durance, l'eau nécessaire aux usages domestiques et manufacturiers des Marseillais, à l'arrosage de leurs rues, à l'assainissement de leur port, à l'irrigation de leur territoire qu'effectueront qninze lieues de dérivation, et fournira la force motrice de diverses fabriques. 11 aura 82,654 mètres de longueur, dont 15,634 en souterrain.
Dès le règne de Louis XII, il était question d'un canal de Provence, alimenté par la Durance. Cinquante ans après, Craponne, qui s'est immortalisé par la création du canal qui porte son nom, avait conçu le projet d'établir une communication entre la Durance et la mer. Plus tard, par les ordres de Louis XIV, Vauban s'apprêtait à exécuter le canal de Provence lorsque la mort vint l'arrêter. Depuis lors le projet du canal fut repris et abandonné plusieurs fois. Le duc de Richelieu en 1751, l'avait pris sous son patronage ; un Ingénieur distingué, Floquet, avait tracé les plans; les travaux furent commencés et poussés avec une certaine énergie; mais les
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fonds manquèrent bientôt, et l'entreprise resta suspendue. 11 en fut de nouveau question sous Louis XVI, sous la République, sous l'Empire. En 1821, un habile ingénieur des ponts et chaussées, M. tiarella, se livra à une suite d'études approfondies, qui durèrent plusieurs années. Au tracé de M. Garella vint bientôt s'opposer celui de M. Bazin. Aujourd'hui enfin ce sont les plans d'un jeune ingénieur, M. de Monlricher, acceptés par le conseil municipal de Marseille et approuvés par le conseil général des ponts et chaussées, que le projet de loi recommande.
Pour l'irrigation de mille hectares de terre sous le ciel de la Provence, il faut une prise d'eau de 660 litres (deux tiers de mètre cube) par seconde. On estime à 6,000 hectares au moins les terrains des environs de Marseille qu'il conviendrait d'arroser ; ce serait donc 3 mètres cubes et demi par seconde qu'exigerait le territoire Marseillais. D'après les évaluations admises par le conseil général des ponts et chaussées, la Durance n'en aurait jamais moins de 74. En outre les eaux potables et domestiques sont très-rares à Marseille. En 1834, le maire se vit obligé d'employer deux compagnies de grenadiers pour garder le filet d'eau que la rivière de l'IIuveaune fournissait encore : A diverses reprises, la disette d'eau y a causé des épidémies et des émeutes. La prise d'eau totale devrait être de 8 à 9 mètres cubes par seconde, c'est-à-dire au plus du huitième de ce que débile la Durance aux plus basses eaux. Pour compenser les pertes d'eau causées par les filtrations et l'évaporation, le canal devrait emprunter à la Durance un mètre cube de plus par seconde, A ce compte la prise d'eau eût été de 10 mètres cubes par seconde.
Malheureusement la requête de la ville de Marseille avait soulevé beaucoup d'opposition. H a fallu respecter les droits acquis des propriétaires des canaux d'irrigation dont les prises d'eau se trouvent en dessous de Saint-Paul, point de départ adopté par M. de Montricher. Il a été reconnu nécessaire de laisser à la Durance une certaine quantité d'eau pour la branche septentrionale du canal Boisgelin, appelé canal des Alpines. Par ces motifs, la ville dt Marseille n'a été autorisée à puiser dans la Durance que 5 mètres cubes 3?Zt qui en raison des pertes n'en produiront effectivement que 5. Cette réduction est vraiment exagérée. Le conseil général
NOTES
des ponts et chaussées admet que la quantité d'eau roulée par la Durance est de llx mètres cubes, et qu'il suffit qu'elle en conserve 12 à son embouchure dans le Rhône. Or les concessions actuelles ne s'élèvent qu'à 32 mètres cubes, il en restait donc 30 à concéder. Quoi qu'il en soit, de guerre lasse les Marseillais ont accédé à ces conditions. Ils renoncent au projet qu'ils avaient formé de distribuer de l'eau sur tout le parcours de leur canal, et ils garderont pour leur clocher tout ce qui leur a été attribué. Frappés de ce que le canal débouchait du souterrain de Notre-Dame (hameau situé à 2 lieues de Marseille) à une hauteur de 150 mètres au-dessus du niveau de la mer, ils avaient pensé qu'avec 5 mètres cubes tombant de cette hauteur , ils auraient une force motrice suffisante pour un nombre considérable de fabriques. Et, en effet, la puissance ainsi créée eût été équivalente à trois mille chevaux. Ils abandonnent cette espérance. Mais leur cité sera admirablement arrosée et parfaitement approvisionnée, môme pour le service courant des fabriques ; le port cessera d'être un cloaque infect. D'ailleurs le canal sera creusé de manière à recevoir 10 mètres cubes, et il pourra les emprunter à la Durance même pendant la majeure partie de l'été; car, grâce aux glaciers des Alpes, dont le tribut augmente pendant les chaleurs de l'été, l'étiage extrême est un accident qui ne dure que pendant quelques jours. Plus tard enfin on se décidera peut-être à établir des réservoirs semblables à ceux qui aliment les canaux de navigation, et où l'on amassera, aux époques de pluie ou pendant la fonte des neiges , d'immenses approvisionnements pour les temps de sécheresse. Le lac Mœris, de classique mémoire, était une création de ce genre. L'écluse de Caromb, dans le département de Vaucluse, a été construite dans ce but, et a enrichi les cantons voisins, quoiqu'elle n'ait d'eau à accumuler que celle que fournit une petite source. Que seraient les magnifiques réservoirs du canal du midi et du canal de Bourgogne ; que serait le lac Mœris lui-même, en comparaison des gigantesques bassins que Ton pourrait pratiquer, à l'aide de barrages peu dispendieux, dans les vallées profondes des Alpes, et parmi les chaînes plus humbles qui servent de contrefort aux Alpes?
A Roquefavour, non loin de Marseille, le canal offre un acqueduc en pierre de taille dont la hauteur est de 80 mètres; c'est autant
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que la lanterne du Panthéon, et iti mètres de plus que la balustrade des tours de Notre-Dame, la longueur de cette construction extraordinaire est au couronnement, de 375 mètres. On sait que le célèbre pont du (lard n'a que 50 mètres d'élévation.
Parmi les souterrains au nombre de quarante, trois ont environ 3,500 mètres, un seul, celui des Taillades, a donné de rembarras à cause des épuisements.
On compte sur la ligne 230 ponts ou aqueducs ; parmi ces derniers, il en est un de 25 mètres de hauteur et de 170 mètres de longueur.
Nous avons dit que la ville de Marseille avait été autorisée à puiser dans la Durance 5 mètres cubes 3/4 seulement. La section et la pente du canal ont été calculées de manière à débiter ce volume d'eau avec un mouillage del" 50 e , et une vitesse moyenne de 0™ 86 e environ par seconde. On a rempli cette condition en donnant au canal une largeur de 3 mètres à la cuvette, de 7 mètres à, la ligne d'étiage, et une pente de 0 m 30 e par kilomètre. La profondeur totale du canal est d'ailleurs de 2 m ZiO% et sa largeur de 9 ra U0 e au sommet. Dans ces conditions, les eaux peuvent atteindre sans inconvénient une hauteur de 0 m 50 e au-dessus de l'étiage; elles acquièrent alors une vitesse de 0 ra 90 e environ, et fournissent 10 mètres cubes par seconde : ce volume peut être considéré comme le produit habituel du canal. Dans' les souterrains, la largeur a été réduite à 3 W 40 e avec une hauteur de 3- 70 e sous clef; mais en même temps, la pente a été portée à 1 mètre par kilomètre, de manière à déterminer une vitesse d'écoulement de 1 B 55 e par seconde, et à maintenir ainsi le débit ordinaire de 10 mètres cubes.
TABLE DES MATIERES
Pages.
Préface , I — XVI
On remplace le pain, on ne peut pas remplacer l'eau. — Les distributions d'eaux publiques sont de première nécessité dans les villes. — L'homme ne modilie point le climat. — Conditions fondamentales du climat. — L'eau est la plus accessible de ces conditions. — Ignorance générale du sujet. — Objet du livre. 1 — 6