DES E AUX DE PUITS
d'absence de renouvellement d'air déterminent cette odeur de renfermé particulière aux atmosphères des puits et des citernes. Il se passe là véritablement quelque chose de ce qui a lieu dans les grands salons mal aérés, où la foule s'amasse pendant l'hiver ; survient toujours un moment où tout le monde se plaint qu'on étouffe : alors la flamme des bougies perd de son brillant et de son intensité ; on ouvre les croisées, l'air extérieur se précipite dans le salon, et personne ne se plaint plus, car les choses sont revenues à leur état normal. Tout cela n'avait qu'une cause ; les besoins de la respiration et l'entretien de la chaleur et de la lumière avaient consumé rapidement l'oxygène de l'air contenu dans le salon, et le moment était venu de remplacer ce gaz bienfaisant sans lequel il n'est point de feu ni de vie.
La condition d'insalubrité particulière aux eaux de puits que nous venons de signaler exerce son influence sur une grande échelle dans les villes de Berlin et de Vienne, dont la population ne s'abreuve qu'avec de l'eau de pompe ou de puits.
A Berlin, les rues, d'ailleurs larges et aérées, sont parcourues, selon leur longueur, par deux ruisseaux d'un pied et demi de profondeur, dans lesquels on jette les eaux ménagères. Ces ruisseaux côtoient les trottoirs et répandent, même par de basses températures, une odeur infecte qui a provoqué plus d'une fois les plaintes des habitants. Quand le choléra envahit la
capitale de la Prusse, on voulut remédier, autant que possible, à cette cause trop évidente d'insalubrité, en couvrant les ruisseaux avec des planches ; mais l'expérience a surabondamment prouvé combien ce moyen était insuffisant. Comme la clôture en planches n'est point hermétique, les ruisseaux répandent toujours dans l'air leurs malfaisantes exhalaisons et constituent la ville de Berlin dans un état permanent d'insalubrité. Toutefois, ce n'est pas là l'unique mal que ces ruisseaux produisent; car, chaque coin de rue a son puits où les habitants viennent pomper l'eau nécessaire à leurs besoins domestiques. (Ceci a été écrit en 1841 : les conditions hygiéniques de la capitale de la Prusse ont été depuis lors considérablemant améliorées, ne serait-ce que par la distribution des eaux de la Sprée, dont l'établissement n'existait pas alors.)
A Vienne, cette condition d'insalubrité des eaux de puits s'exerce d'une autre manière. Les rues de cette ville sont très-propres ; d'une part , elles ne retiennent point d'immondices, parce que le pavé en est très-dur et assez bien établi : et d'autre part, on n'y jette point d'eaux ménagères. Celles-ci sont reçues dans les lieux d'aisances, dont chaque maison est pourvue, et qui consistent en de simples canaux communiquant avec l'égout principal de chaque rue. Mais cet égout ne fonctionne bien que dans les temps de pluie; de fortes averses étant nécessaires pour en-