IL
DES BAIIVS.
Le bain est l'immersion du corps dans l'eau. On peut le distinguer sous différons points de vue : — en particulier ou général ; — en isolé ou collectif 5 — en simple ou composé ; — enfin sous le rapport de la température, en froid, tempéré ou chaud. Sans nous arrêter à ces distinctions dont il sera tenu compte plus tard , nous dirons tout d'abord que , dans notre établissement, les bains sont la base du traitement j c'est le principal agent de la médication thermale. Il ne sera donc pas inutile de l'étudier en lui-même pour en faire comprendre le mode d'action, les effets, et l'importance.
L'eau agit sur le corps qui s'y trouve plongé par sa chaleur, et par les principes minéraux qui pénètrent avec le liquide dans l'organisme.
C'est par la peau que s'effectue cette transmission j c'est cette membrane qui est directement affectée. Aussi devons-nous considérer d'abord les phénomènes dont elle est le siège. Ce n'est pas ici le lieu de nous occuper de ses fonctions , et de l'influence qu'elles exercent en s'altérant sur la production des maladies chroniques. C'est un sujet spécial que nous taiterons au chapitre de Vaction thérapeutique des eaux. 11 nous suffît d'établir que, primitivement ou consécutivement, la peau se
trouve modiGée dans presque toutes les affections chroniques. Ces modifications portent sur sa texture et sa vitalité. Elle devient flasque, terne, sèche, sa caloricité est diminuée, l'absorption et la perspiration liquide et gazeuse s'y opèrent imparfaitement, d'une manière irrégulière et critique. La qualité des sécrétions est viciée. Il en résulte que l'économie générale est troublée. Les produits qui devaient être éliminés par cet émoncloire séjournent dans le sang, et en altèrent la composition. La pénétration de l'air, du calorique, de la lumière est en quelque sorte interceptée, et l'action végétative de ces agents s'en trouve amoindrie.
Le bain place la peau dans des conditions plus favorables. Il détache les produits de sécrétion qui obstruaient les pores, et rend ainsi la membrane plus perméable. L'excitation provoquée par la chaleur de l'eau développe sa vitalité ; les réactions déterminées par l'impression subite de l'eau froide mettent en jeu ses forces organiques; l'eau tiède adoucit l'irritabilité ou tension nerveuse dont la peau est parfois le siège. Ainsi peuvent être régularisées les fonctions de cet organe.
Là ne se borne point l'action du bain. L'eau minérale est absorbée en quantité variable suivant l'aptitude propre à chaque individu, suivant aussi la température du bain. Cette eau introduite dans le sang y réagit d'une manière particulière sur les humeurs et les tissus. La chaleur des eaux n'agit pas seulement sur la peau; mais elle transmet son influence à tout le système nerveux, et modifie secondairement les actes vitaux de circulation, de respiration et de sécrétions diverses.
Pour bien connaître ces modifications, il faut les observer séparément dans chaque variété de température oii l'on peut prendre les bains.
Nous les distinguerons sous ce rapport en quatre espèces :
1« le froid, de 10° à 20«R.— 2° le /rais ou ft'èé/e, de 20° à 26oR. — 3» le tempéré , de 26° à 29» R. — 4° le chaud, de 29° à SS» R.
Nous avons donné plus de latitude qu'on n'en accorde généralement à la limitation thermométrique assignée à chacune de ces divisions^ parce que nous avons reconnu que le thermomètre n'offrait pas toujours un moyen rigoureux d'apprécier les effets produits par la chaleur. Le même bain peut être chaud pour l'un et froid pour l'autre. La susceptibilité individuelle pour le calorique est en effet très-variable; on peut bien jusqu'à un certain point la prévoir par la considération du tempérament, de l'âge, des habitudes, ou de l'état de maladie ^ mais on ne saurait rien affirmer de positif. L'expérience seule doit en dé cider; la sensation est le meilleur thermomètre.
Ainsi, au lieu d'imposer telle ou telle température , il faut, si l'on veut obtenir les effets du bain tiède , recommander au malade de se placer dans un bain qui ne produise aucune impression de chaud ni de froid, ou mieux, l'impression d'une fraîcheur agréable.
Le bain tempéré sera celui qui, à quelle température que ce soit, fera éprouver une sensation de chaleur bien prononcée, mais encore agréable. Enfin, le bain chaud donnera la sensation d'une chaleur vive.
Cette division n'est ni arbitraire, ni futile; elle repose sur des données physiologiques positives , et elle sert de base à la médication. Ces quatre espèces de bains ne sont pas, en effet, les degrés d'une même action; ils ont chacun une spécialité, et remplissent des indications tout-à-fait distinctes.
1° Bain froid. Jusqu'à présent, nous n'y avons eu recours que d'une manière exceptionnelle. Les réactions que nous cherchions à provoquer par le froid , étaient obtenues de préférence avec la douche russe. Cependant , les bons résultats que j'ai
retirés de ce dernier moyen , m'encouragent à user plus largement des ressources de l'hydrothérapie, et à combiner plus souvent avec nos eaux thermales l'usage des bains froids. Il ne sera donc pas hors de propos d'en faire connaître ici les effets.
En entrant dans un bain froid, on éprouve un saisissement général désagréable, qui prend un caractère d'anxiété précordiale au moment où l'impression du froid s'exerce sur le ventre et la poitrine. La peau se crispe et prend l'aspect de chair de poule ; elle se décolore , ou se couvre de marbrures violacées. Les membres sont agités par le tremblement convulsif qui constitue le frisson. Le pouls devient petit et fréquent, les battemens du cœur tumultueux, la respiration précipitée, irrégulière, suspirieuse, il y a même de l'oppression. La vessie se contracte et donne lieu à des envies d'uriner. Ces premiers phénomènes résultent de la secousse éprouvée par le système nerveux qui, surpris par une cause délétère, — la soustraction brusque de la chaleur animale, — réagit d'une manière désordonnée dans tous les appareils organiques. Cet état de spasme dure plus ou moins longtemps, suivant le degré d'abaissement de la température du bain , et la force de résistance au froid particulière à l'individu. Il peut même arriver, si le sujet est débile, ou l'eau très-froide, que cette période de concentration se prolonge j alors le malaise augmente, la tête s'embarrasse , il survient des crampes, de l'engourdissement, le pouls devient plus petit, irrégulier, et' certainement la mort terminerait cette scène si l'on ne se hâtait de soustraire le corps à cette action déprimante. Mais si l'eau est modérément froide et le sujet robuste, les actes organiques se régularisent, l'anxiété disparaît pour faire place à un sentiment de bien-être et de vigueur -, le pouls se relève un peu , tout en restant fréquent.. Ces bonnes dispositions persistent un temps plus ou moins long f
mais le frisson et le malaise primitif reparaissent , et il faut se garder de continuer l'expérience.
On comprend que le laps de temps et le degré de froid nécessaires pour produire ces effets, sont extrêmement variables j ils dépendent de la susceptibilité individuelle trèsdiverse à cet égard.
Les effets immédiats du bain froid ne sont pas les seuls à considérer ; il en est de consécutifs qui offrent un plus grand intérêt 5 ils consistent dans les phénomènes de réaction et dans le développement du calorique animal. Quand on est sorti du bain froid, la peau s'échauffe, rougit, le sang y afflue avec d'autant plus d'impétuosité qu'il en a été refoulé plus vivement. Le pouls se développe, et souvent la sueur apparaît. En général , cette réaction est très-prononcée lorsque le bain a été très-froid, de courte durée, et que le sujet est robuste.
Le but qu'on doit se proposer en administrant des bains froids , c'est de tonifier la peau, en exerçant la conlractililé de son tissu , c'est de favoriser l'hématose, en activant la circulation dans les réseaux vasculaires , c'est enfin de fortifier le système nerveux en développant la puissance de caloricité.
Pour atteindre ces résultats, il faut que les bains froids soient répétés fréquemment, et qu'on en obtienne de vives réactions. Quand l'expansion périphérique est indécise , imparfaite, ce qui a lieu chez les sujets faibles, il faut la seconder par des frictions énergiques , et par l'exercice au soleil. On peut éprouver l'aptitude des individus, et graduer les effets, en commençant par des bains moins froids et moins longs. C'est en tâtonnant, en marchant avec méthode et circonspection que l'on parvient à faire supporter aux personnes délicates et nerveuses ce moyen actif de guérison.
C'est un tonique par excellence j et , pris en même temps
que les eaux minérales, il me semble devoir être précieux dans certaines circonstances pour contrebalancer l'influence énervante de la médication thermale. Il ne saurait contrarier les effets de cette dernière, car son action est purement dynamique, et l'on n'y voit rien qui puisse neutraliser les combinaisons médicatrices déterminées par les principes minéraux de nos eaux chaudes.
Ces sortes de bains froids pourraient être pris dans le milieu de la journée, une heure avant les repas, à onze heures ou à six heures. — Ainsi y par exemple, on se placerait pendant dix minutes sous la chute d'eau d'un moulin, — il en est plusieurs à proximité , — on aurait assez de temps pour faire une promenade avant de dîner. Ces exercices seraient suffisamment éloignés des bains et des boissons du matin, pour que l'action de ces derniers n'en fût pas dérangée.
Avant d'indiquer les cas dans lesquels les bains froids sont utiles, et ceux où ils sont nuisibles, il importe de bien distinguer deux modes d'action que nous avons déjà fait pressentir.
Le bain très-froid et de courte durée , — il peut être avantageusement remplacé par l'application d'un drap mouillé , — agit comme stimulant et tonique. Mais, modérément froid, et quelque peu prolongé, il agit surtout comme sédatif, comme calmant du système nerveux. Il semble que chez l'homme, comme dans la nature inorganique , le calorique soit lié dans son développement à l'électricité, ou fluide nerveux; — si, même, ce ne sont pas les deux manières d'être d'un seul agent. — On comprend alors que la soustraction de l'un , affaiblisse la surexcitation de l'autre. Cette action sédative est immédiate, et ne serait point durable si on ne la répétait. Alors elle devient réellement tonique. Et, en effet, le système nerveux ne peut être calmé et raffermi d'une manière définitive que par un traitement tonique. C'est ainsi que ces actions, distinctes
d^abord, s'enchaînent et se confondent dans leurs résultats. Ce sont deux voies pour arriver au but ; on choisit suivant les circonstances.
Les bains froids conviennent aux tempéraraens lymphatiques, aux constitutions faibles, détériorées, soit naturellement, soit à la suite de longues maladies , — quand les fonctions sont languissantes, — dans ces états asthéniques, résultant d'excès de tous genres, — dans les affections nerveuses générales, hystérie, hypocondrie, etc. Prolongés pendant plusieurs heures, à une température de 18*' à 20° R., ils calment et peuvent guérir les personnes atteintes d'exaltation mentale, de manie, de tremblemens convulsifs, de chorée. Ils sont nuisibles dans les cas d'altérations organiques , d'engorgement interne , chez les sujets trop délicats et trop irritables, chez les pléthoriques, disposés aux congestions sanguines, aux hémorragies, chez les personnes qui ont la poitrine suspecte, ou le cœur anévrismatique.
2° Le Bain frais ou tiède est très- employé , parce qu'il est le plus bénin , le plus agréable, et que les femmes, les personnes nerveuses pour lesquelles il est indiqué, sont en grand nombre à nos thermes. Il s'accommode parfaitement à la qualité douce de nos eaux ; il permet une absorption active et l'introduction dans l'économie d'une quantité de principes minéraux plus grande que dans tout autre bain. C'est surtout avec lui qu'on peut compter sur une médication minérale dégagée de l'excitation thermale.
Le bain frais , avons-nous dit , ne doit faire éprouver en y entrant aucune sensation, quelquefois seulement une légère impression de froid autour des reins, impression qui doit être supportable et ne pas donner lieu au frisson. Le degré de cha-
leur approprié à ces conditions varie de 22 à 26° R. Non pas que l'on puisse indifféremment faire prendre au même malade des bains à l'une ou l'autre de ces températures, — Je me suis expliqué sur la valeur des mesures thermométriques. C'est surtout pour le bain frais qu'il importe de saisir le degré précis de chaleur capable de déterminer les effets propres à ce genre de bain. Un demi-degré en plus ou en moins change complètement ces effets. Ce doit être un objet d'étude et d'expérience pour chaque personne ; et souvent quand on a fixé le degré convenable, des dispositions accidentelles peuvent encore nécessiter des modifications. Il faut donc bien connaître les caractères spéciaux da bain frais, et les phénomènes qui doivent s'y produire, afin de prendre pour guide l'effet physiologi que, plutôt que le chiffre du thermomètre.
Dans ce bain, le corps placé dans un milieu d'une température un peu plus basse que celle à laquelle il est habitué, cède son calorique d'une manière lente, graduelle, sans secousse et sans réaction. Aussi, après un certain temps, la chaleur animale diminue-t-elle, les actions vitales se ralentissent: le pouls , lorsqu'il est accéléré, revient d'abord à son rhythme normal , puis il diminue de fréquence, et faiblit un peu; la respiration est régulière, les inspirations moins nombreuses. La peau, n'étant point stimulée par la chaleur, reste pâle , elle se détend , devient onctueuse par la combinaison des alcalis avec l'enduit sébacé qui la recouvre; l'exhalation diminue, et l'absorption augmente, ce qui donne lieu à des émissions d'urines trèsrépétées.
Le bain tiède, ne déterminant aucune excitation, n'entraîne point de fatigue; on y éprouve plutôt une vigueur musculaire qui porte au mouvement. Il peut être prolongé avec avantage, deux, trois, et même quatre heures. Il est cependant des personnes qui s'y refroidissent tellement qu'elles ne sauraient le
continuer pliis d'une heure. Alors on est bien obligé d'ajouter un peu d'eau chaude dans la baignoire , ou de passer dans une' piscine d'une température plus élevée. Mais il faut le faire avec précaution, et rester très-peu de temps dans cette nouvelle température , car on aurait bientôt détruit les effets sédatifs du premier bain. Dans ce cas, il est préférable de quitter ce dertiier avant que le refroidissement ne devienne intolérable , et de le renouveler dans l'aprés-midi.
En général, on supporte mieux le bain frais quand on s'est livré préalablement à un léger exercice , — on est moins frileux qu'en sortant du lit.
L'effet immédiat de ce bain est donc la sédation ; il est calmant et antiphlogistique. Il trouvera son indication dans les cas de surexcitation du système nerveux j — quand une sorte de fièvre lente consume l'organisme 5 — dans ces dèrangemens de santé si fréquens aux époques d'évolution organique, à la puberté et à l'âge critique; — dans les eng^rgemens internes, les inflammations chroniques, où il faut laisser agir les principes fondans des eaux, et en même temps diminuer l'excitation tnorbide à la faveur de laquelle la maladie fait des progrés ; — chez les individus en proie à une pléthore vraie ou apparente , disposés aux congestions et aux hémorragies, alors qu'une impulsion exagérée du cœur , et l'éréthisme des vaisseaux donne à toute la circulation et au système nerveux une exaltation très-grande. Cette disposition que j'observe souvent chez les adultes ne me paraît pas avoir été suffisamment indiquée par les auteurs 5 elle est cependant intéressante, car elle précède de quelques années l'invasion des plus graves accidens cérébraux ; elle leur survit souvent , et laisse craindre alors une prochaine rechute. Le bain frais prolongé est le meilleur moyen de lutter contre cette fâcheuse tendance.
L'effet consécutif du bain frais est tonique, il développe
l'appélit. Le sentiment de bien-être qu'on y éprouvait se prolonge, on se sent rafraîchi, plus souple. Les fonctions nutritives sont régularisées et plus actives. Aussi, le conseille- t-on dans l'anémie et l'asthénie , c'est-à-dire aux personnes dont le sang est appauvri et les forces épuisées. Il convient précisément dans les cas où Peau froide n'est pas applicable, — chez les vieillards et les individus trop faibles pour qu'on puisse compter sur une réaction .
5" Le Bain tempéré est compris entre 26 et 29" R. ; dans ces limites on éprouve ordinairement une sensation de chaleur agréable; aussi, est-il choisi comme bain usuel de propreté, et lorsqu'il n'y a point d'indication thérapeutique à remplir.
Cependant , il ne faut pas s'y méprendre ; quoique cette température se trouve en rapport avec celle du sang, et même au-dessous, elle détermine une certaine excitation vasculaire. La chaleur du sang étant de 30° R. ou 07° centigrades, dans un bain à 36° centigrades, le pouls s'accélère constamment de quelques pulsations. A 38° centigrades, il augmente de quinze à dix-huit pulsations à la minute. Il est plein, large et mou. On peut voir par là que ce n'est pas, comme on l'avait cru , le mouvement d'équilibre du calorique extérieur et intérieur qui produit directement les modifications observées dans l'économie. La transmission de la chaleur ne se fait point dans les corps organisés, comme dans les corps bruts j il y a dans les premiers une puissance productrice indépendante, qui n'est point soumise aux lois ordinaires de propagation. Le système nerveux est l'agent principal de cette puissance ; aussi les impressions qu'il reçoit sont-elles des causes très-influentes des modifications apportées dans la chaleur animale. Dans l'action du calorique sur le corps vivant, il n'y a donc pas pénétration de cet agent, mais seulement impression sur le système nerveux
périphérique. Là s'arrête cette action ; les modifications ultérieures sont produites par le système nerveux lui-même, ou plutôt par les actions organiques qu'il régit. La stimulation qu'il a éprouvée retentit dans tout l'appareil , et active les sources de la caloricité. Cette stimulation se produit dans un bain à 33" centigrades, c'est-à-dire au-dessous de la chaleur normale du sang , ce qui prouve seulement que ce bain constitue un milieu d'une température plus élevée que celui auquel est habituée la peau de l'homme.
Le bain tempéré produit donc sur le système nerveux une excitation modérée qui élève l'organisme au ton d'une fièvre légère. La circulation et la respiration sont un peu activées. La peau ne se colore et ne se congestionne pas d'une manière sensible ; elle se détend , se ramollit , l'absorption s'y fait assez activement ; aussi , les urines y sont-elles abondantes ; — les membres ont plus de souplesse ; — les aptitudes génératrices sont plus prononcées que dans les bains froids ou frais. A la vérité les effets consécutifs sont inverses. A la suite des bains chauds et tempérés, les ardeurs de procréation sont sensiblement calmées, et on finit même par éprouver un certain amollissement.
Cette différence entre les effets immédiats et consécutifs s'observe également à l'égard des forces musculaires. Quand le corps est très-fatigué , les bains froids ou même frais seraient difficilement supportés , tandis que les bains chauds ou tempérés délassent positivement. S'il est permis de citer cet exemple, je rappellerai que l'instinct porte les chiens, après une chasse prolongée , à se rapprocher du foyer le plus ardent. Mais il n'est pas douteux que les bains chauds , pris d'une manière suivie, énervent et amènent un état de langueur, d'abattement qui persiste quelque temps. Au contraire, les bains
froids laissent à leur suite une vigueur et une virilité incon^ testables.
On peut faire durer le bain tempéré une heure et demie et deux heures avec avantage.
C'est celui dont les indications se présentent le plus souvent. On y goûte cette volupté spéciale, si bien appréciée des paresseux qui se délectent le matin dans la molle tiédeur d'un bon lit. — Une chaleur douce et agréable enveloppe le corps ; — les forces languissantes sont ranimées par une stimulation faible, soutenue, régulière; — il y a une sorte d'expansion, d'épanouissement de tous les organes ; — la vie semble se dilater et se développer, comme dans l'œuf placé sous une couveuse. On ne saurait, en effet, mieux comparer l'action du bain tempéré qu'à V incubation. Les conditions physiques sont les mêmes : — uniformité et modération dans la pénétration du calorique ; — les effets physiologiques doivent être analogues : — les transformations organiques s'exécutent mieux, — les forces vitales sont aidées , régularisées , elles se débarrassent plus facilement des causes délétères.
Ce genre de bain conviendra aux constitutions faibles et aux tempéramens lymphatiques, chez lesquels les mouvemens vitaux sont lents, embarrassés. — Quand il y a une mauvaise répartition des fluides nerveux et sanguins, lorsque des congestions s'effectuent sur certains points , comme cela arrive dans l'âge critique, le bain tempéré rétablit l'équilibre dans les fonctions.
— On voit souvent des individus tourmentés par une irritabilité nerveuse incohérente qui se traduit en souffrances vagues et fugaces j cette mobilité des nerfs est détruite par un certain degré d'excitation vasculaire, en vertu de l'axiome : Febrîs spasmos solvit.
— Quand la nature n'est plus assez puissante pour opérer la résolution des inflammations chroniques, des engorgemens internes , rebelles aux remèdes , — sur lesquels l'économie s'est en quelque sorte blasée, — le bain tempéré vient donner un coup de fouet à la puissance raédicatrice , et déterminer le départ vers la guérison.
On peut juger par ces aperçus combien sont nombreuses les indications de ce genre de bain.
^° Le Bain chaud doit faire éprouver une sensation de chaleur vive et saisissante. Dans ce but, la température de l'eau peut être portée de 50° à 56° R. Les phénomènes qui se produisent dans ce bain sont très-remarquables : gonflement général, rougeur de la peau, sueurs, distension des veines, battemens des artères, vitesse, concentration, dureté du pouls, congestions sanguines vers les principaux viscères, palpitations, angoisses, oppression, irrégularité et accélération des mouvemens respiratoires, étourdissemens, tintemens d'oreille. Tous ces symptômes se réduisent à une seule action, l'exaltation des fonctions circulatoires. La peau est le siège d'une forte fluxion ; elle est le point d'application de l'excitant j c'est sur elle que s'opère le travail de réaction le plus énergique, c'est là où l'orgasme vasculaire esif le plus développé.
Cependant, il retentit partout, et lès hémorragies cérébrales ou pulmonaires, qui sont parfois la conséquence d'une administration imprudente de ces bains, indiquent suffisamment que, pour être moins évidentes, les congestions internes existent également.
Pour lutter contre l'influence délétère d'un calorique excessif, la nature développe ses moyens de refroidissement. Les transpirations pulmonaires et cutanées sont les sources les plus actives de déperdition de la chaleur animale; le système circu-
latoire réagit éDergiquement, afin que, dans un temps donné, une plus grande masse de sang se présente aux surfaces d'évaporation.
Dans le bain chaud, l'exhalation cutanée est donc trésabondante, et l'absorption presque nulle. La sécrétion urinaire en est proportionellement diminuée.
Ce bain ne doit pas être continué longtemps, une demiheure suffit en général pour produire tout l'effet désirable j le prolonger davantage, serait s'exposer sans bénéfice aux accidens dont les plus fréquens sont les vertiges, la syncope , et ultérieurement la céphalagie et l'accablement. Il est cependant des personnes, — ce sont surtout les habitans de la campagne, — qui y restent deux heures et davantage. Il est vrai, qu'étant moins impressionnables , il faut plus de temps au calorique pour amener leur système nerveux au degré d'excitation nécessaire.
Le but qu'on doit se proposer dans l'usage du bain chaud, c'est d'exciter fortement la peau , et de provoquer d'abondantes sueurs. Or , il est préférable , aussitôt que la fièvre thermale est arrivée à son complet développement, de se retirer, et d'entretenir dans un lit le mouvement sudorifique.
Il y a des circonstances où l'on ne vent que développer la vitalité de la peau chez les sujels faibles 5 il faut administrer un bain très-chaud à 06 ou 57° R. de quelques minutes seulement. C'est en sortant de ce bain qu'on se trouve bien de faire appliquer sur le corps le drap mouillé d'eau froide. Ces transitions brusques exercent la contractilité de la peau , et fortifient son tissu.
A part les cas où l'on recherche surtout la sudation , cette pratique devrait être généralement suivie ; car elle aurait pour résultat de s'opposer aux conséquences fâcheuses des bains chauds qui finissent par débiliter et faire perdre l'appétit.
On a recours aux bains chauds dans les rhumatismes chroniques, articulaires et sciatiques , dans les engorgemens scrofuleux , les maladies cutanées rebelles, les paralysies anciennes qui ne dépendent pas de lésions cérébrales. Dans toutes ces affections, il faut exciter fortement la peau, soit dans un but de révulsion , soit pour rétablir les fonctions de transpiration j il faut activer lecoursdusang dans les vaisseaux, pour déblayer les tissus engorgés; il faut enfin stimuler le système nerveux pour y ranimer une vitalité qui s'éteint. Le bain chaud remplit ces indications, il appelle et retient dans les réseaux vasculaires du tégument une grande quantité de liquides j l'évaporation de la sueur est activée, les canaux sanguins se dilatent et réagissent sur le fluide qui les parcourt, les globules rouges pénètrent et vont donner la vie dans les tissus engourdis où n'arrivait plus que la lymphe.
Les contre-indications du bain chaud sont faciles à saisir. S'il y a dans un parenchyme quelconque : cerveau, poumon, etc., une altération telle que l'on puisse craindre une rupture par l'effort du sang, ou s'il y a une irritation locale susceptible de s'exaspérer et de maintenir une congestion, ou enfin s'il y a quelque dérangement dans la machine circulatoire, — rétrécissement des soupapes, insuffisance du piston, — dans tous ces cas , le bain chaud peut déterminer des accidens funestes.
Bains composés. Nous avons posé les principales indications qui se rattachent aux bains, eu ne tenant compte que de la chaleur. C'est la seule chose, en effet , que nous puissions modifier. La composition chimique des eaux est toujours à peu près la même, et ne permet guère d'en varier les applications thérapeutiques.
Si, d'une part, l'eau la plus chaude est la plus riche en minéraux, l'absorption s'y fait moins activement que dans l'eau tiède où la dissolution saline est plus faible.
Ainsi donc, au point de vue de la minéralisation, nous avons peu de chose à signaler. Nos eaux ne sont pas assez chargées de substances minérales pour qu'il y ait lieu d'en diminuer l'action par le mélange d'eau simple de fontaine ^ seulement on pput l'adoucir par l'addition d'amidon, de gélatine, de farine de lin, etc.
Il m'arrive parfois d'altérer la composition de l'eau thermale pour satisfaire à des indications particulières. Ainsi , chez les scrofuleux je fais ajouter une ou deux livres de sel commun dans un bain chaud j de la sorte, on corrige l'action relâchante que pourraient avoir nos eaux sur les chairs molles et lymphatiques.
Dans quelques irritations cutanées , et certains engorgemens viscéraux, on peut rendre les bains plus alcalins en y ajoutant 500 grammes de carbonate de soude.
Enfin, dans les affections dartreuses, j'observe que la combinaison des bains thermaux ordinaires avec des bains rendus sulfureux par l'addition d'une ou deux onces de sulfure potassique, produisent de bons résultats, — meilleurs que par l'administration isolée de l'un ou l'autre. — Je fais alterner l'usage de ces bains j mais si le sujet est robuste, que son séjour doive être de courte durée, je fais prendre le bain naturel le malin et le bain artificiel le soir.
Bains en piscines. Le bain peut être pris isolément dans une baignoire , ou en commun dans les piscines. Le choix est déterminé le plus souvent par des motifs de convenance ou de répugnance individuels ; cependant , il n'est pas toujours indifférent.
En général, les bains de piscine sont préférables, parce que la température y est maintenue constamment au même degré. Cette circonstance fait des bains thermaux administrés prés des
sources un moyen spécial , qui ne peut être imité par les bains domestiques , quelque précaution que l'on puisse prendre d'ailleurs. L'eau qui remplit les bassins, incessamment renouvelée par des sources, dont la température est fixe^ exerce sur la peau une action toujours égale. C'est en cela que la chaleur des eaux se rapproche de la chaleur animale. Ce qui fait paraître celle-ci plus douce et plus pénétrante , c'est que l'impression reste constamment la même , aussi forte au commencement qu'à la fin de son application.
Dans une baignoire, la stimulation vive qu'on éprouve au moment où l'on se plonge dans l'eau chaude , va s'affaiblissant peu-à-peu , jusqu'à produire une sédation , dont les effets détruisent entièrement la première action. Dans un bassin , au contraire, l'excitation est lente, continue, elle s'étend et s'équilibre partout.
Dans les piscines, la masse d'eau exerce sur le corps une pression plus considérable, et les principes minéraux, sans cesse reproduits , sont absorbés en plus grande quantité.
L'eau des sources arrive directement, sans avoir séjourné dans les tuyaux et les réservoirs , où elle peut perdre quelque chose de ses principes volatils.
Est-il besoin d'ajouter que l'agrément d'une société aimable permet de prolonger sans fatigue et sans ennui le séjour dans les bains ?
On fait cependant aux bains collectifs diverses objections. On dit , par exemple , qu'il est impossible d'y adapter la température à la susceptibilité individuelle. Nous répondrons d'abord qu'il y a des bassins différemment gradués , qui s'approprient aux indications les plus générales. Ainsi, au Bain de la promenade, il y a des bassins à ^o° — 27» — et 29» R. Au Bain-Romain, il y a 26° — 28^^ — et 31° R. Les personnes qui ne trouveront pas dans l'une ou l'autre de ces piscines la
température qui leur convient devront se baigner dans une baignoire.
Il en sera de même de celles chez qui la mobilité nerveuse très-grande peut faire varier chaque jour l'aptitude à la chaleur du bain. Pour celles-là, l'impression est la seule règle. Mais je dois les prévenir qu'elles s'exposent à des mécomptes , si après avoir adopté un degré, elles ne le maiotiennenl pas, le thermomètre à la main, en ajoutant de temps en temps la petite quantité d'eau chaude suffisante. Il faut du soin et de l'exactitude dans cette surveillance ; et c'est parce qu'ils font le plus souvent défaut , que j'ai moins de confiance dans les effets du bain particulier. — On veut renouveler son bain ; on ouvre les deux robinets ; on s'aperçoit qu'il y a trois ou quatre degrés de trop , on évacue et on ajoute de l'eau froide ; alors c'est un ou deux degrés de moins. Et il y a des baigneurs qui répètent ces fausses manœuvres plusieurs fois pendant la durée de leur bain. Quels bons résultats peuvent-ils en attendre?
On objecte aussi que dans les piscines l'eau est souillée par des mélanges de toutes sortes qui doivent en altérer la composition. Théoriquement, je reconnais dans ce motif quelque chose de plausible , mais l'expérience en démontre le peu de valeur. La cause la plus ordinaire de répugnance , c'est la crainte de la contagion des maladies si diverses auxquelles l'eau peut servir de véhicule.
Cette crainte est entièrement illusoire. D'abord, on a toujours soin d'écarter des bassins toutes les maladies réputées contagieuses ; et ensuite , il est certain qu'on n'a jamais observé d'accidens provenant de cette origine.
Le bruit, le mouvement qui se fait dans les salles communes , l'abondance des vapeurs et la chaleur qui régnent quelquefois dans l'atmosphère , peuvent rendre le séjour des piscines insupportable à certaines organisations délicates. Dans la baignoire.
on jouit d'une tranquillité plus grande, et, il faut le reconnaître, c'est une condition nécessaire dans bien des cas.
Bains partiels. Il est des circonstances dans lesquelles on limite l'action du bain à quelques parties du corps.
Ainsi, dans le demi-bain, on ne laisse arriver l'eau que jusqu'à la ceinture. On est bien forcé de s'en tenir là, quand il y a de la gène dans la respiration , — que cette gêne provienne d'une affection du poumon, du cœur, ou des parois thoraciques. — De même , pour éviter la céphalagie chez les individus sujets aux congestions cérébrales, je recommande surtout dans le bain chaud de n'y entrer que graduellement, et d'y rester debout la plus grande partie du temps, et même en ayant soin de tenir sur le front des compresses d'eau fraîche.
Les personnes à poitrine faible, qui prennent des demi-bains tempérés, doivent envelopper le cou et les épaules d'un mouchoir de grosse flanelle.
Dans le bain de siège ^ l'eau n'agit que sur le bas-ventre et la partie supérieure des cuisses. Il n'est guère employé chez les hommes, mais il est d'une grande utilité chez les femmes pour combattre certaines perversions des organes utérins. L'appareil nécessaire pour cet usage est une cuvette dans laquelle s'engage le siège, le dos renversé sur un fauteuil, et les pieds relevés sur un tabouret. La condition essentielle de ce genre d'appareil , c'est qu'un courant d'eau arrive constamment dans le fond, et qu'un déversoir soit placé à un certain niveau. On peut de la sorte maintenir une température invariable.
Tantôt l'eau sera très-chaude, à '5A ou 56° R., quand on voudra déterminer une fluxion , exciter la vitalité au sein de ces organes inertes et languissans qui retiennent tant déjeunes filles dans un état de chlorose et d'hystérie.
Tantôt, l'eau sera très-froide, et l'application de courtd durée , quand on voudra arriver au même résultat par une voie différente, suivant un des procédés le plus usités de la médecine hydropathique.
Tantôt enfin, et c'est le cas le plus ordinaire, T eau sera tiède, de 18 à 22° R. , et ce bain de siège durera de quinze à vingt minutes, quand on voudra combattre une irritation , une inflammation chronique de la matrice ou de ses dépendances. Le ton et la sédation apportées dans ces parties seront maintenues par le repos.
Lisfranc a beaucoup discrédité ce genre de bain , et à sa suite bien des médecins le repoussent aujourd'hui d'une manière absolue. Le motif de leur proscription, c'est qu'au lieu d'être antiphlogistique et calmant, il congestionne et irrite les organes du bas-ventre. Cela peut être vrai quand on ne détermine pas d'une manière précise la température et qu'on fait prendre un bain de siège chaud ou tempéré , alors qu'il devrait être frais j mais en observant avec soin les prescriptions que nous avons formulées , je maintiens que c'est un moyen très-avantageux.
Les bains de pieds sont d'un usage assez fréquent : l*' Comme moyen de dérivation , dans les dispositions congestionnelles des organes sus-diaphragmatiques , dans les maux de tète , les oppressions, etc. 2° Comme moyen de fluxion dans les anémies des organes sous - diaphragmatiques , dans les aménorrhées avec disposition si habituelle au refroidissement des extrémités inférieures.
On prend les bains de pieds avant les repas, quelquefois avant et après les grands bains. Il ne faut pas les prolonger trop longtemps, ni les prendre trop chauds dès le début, on risquerait de provoquer une réaction vers les parties supérieures.
Je n'ai rien à dire des Manuluves- ils sont très-peu employés.
RÈGLES GÉNÉRALES POUR l'uSAGE DES BAINS.
Les bains se prennent ordinairement le malin , depuis quatre^ jusque neuf heures. Dans certains cas exceptionnels, chez les sujets trop faibles , on peut les faire prendre de quatre à six heures du soir.
Il est essentiel de ne pas déranger ses habitudes de sommeil.
On supporte mieux les bains tièdes après avoir fait d'abord une petite promenade.
Quand on prend des bains chauds, il faut attendre que la fraîcheur du matin soit dissipée , pour ne pas s'exposer à un refroidissement funeste.
Un seul bain suffit dans la journée. Ceux qui pensent hâter leur traitement en doublant le nombre ou la durée du bain font un faux calcul. Ils provoquent souvent une excitation trop forte, qui nécessite un repos de plusieurs jours. Nous avons indiqué les cas dans lesquels il y a avantage à partager le bain en deux temps.
Pendant la période menstruelle , les femmes devront s'abstenir des bains, toutefois, lorsque l'écoulement est difficile, douloureux, il est facilité par un bain tempéré; il peut être rendu plus abondant par un demi-bain chaud.
Il serait à désirer que chaque baigneur fût vêtu pour se rendre au bain d'un peignoir en flanelle et d'un pantalon à pied de la même étoffe. Une robe de chambre ou un manteau compléteraient l'habillement commode avec lequel on ferait le trajet de l'hôtel à l'établissement. Ce vêtement est surtout indispensable à ceux qui font usage des bains chauds , des douches , ou des étuvesj ils peuvent le conserver en se recouchant et ne pas interrompre la transpiration commencée.
Pour le bain lui-même, on doit donner la préférence à la robe de grosse toile grise qui , s'appliquant moins exactement sur la peau , permet à l'eau de se renouveler et d'agir directement.
11 ne faut entrer dans le bain que peu à peu, en accoutumant le corps à l'impression de la chaleur.
Dans l'eau on devra exercer des frictions sur les parties souffrantes, principalement sur le ventre.
Certaines personnes ne peuvent pas uriner dans le bain, soit par faiblesse des organes , soit par un sentiment d'appréhension morale , elles doivent alors se baigner dans un cabinet et se lever hors de l'eau pour satisfaire ce besoin.
Un malheureux usage s'est établi dans nos thermes , c'est de se faire apporter à déjeûner dans le bain. Sans doute cela devient nécessaire lorsque la durée de ce dernier se prolonge trop , et qu'on éprouve une faiblesse et des tiraillemens d'estomac , ou enfin qu'on a l'habitude de manger de très-bonne heure ; mais dans la généralité des cas , on se trouverait mieux de ne prendre ce repas qu'en rentrant à la maison.
Après le bain, il convient de se recoucher pendant une heure, afin de laisser agir les eaux dans le calme et le recueillement. Ce précepte n'est pas absolu : après les bains frais, on peut se promener lentement, aller et venir dans la maison; les personnes sujettes aux maux de tête, où qui doivent éviter les sueurs , feront bien de rester quelque temps assises dans un fauteuil, dans le silence et l'oisiveté. Mais après les bains chauds , les douches , ou les étuves , il est de rigueur de favoriser et d'entretenir la transpiration. A cet effet, on a dû se hâter de rejoindre son lit préalablement bassiné, ou mieux, dans lequel on a laissé séjourner un réchaud placé dans un moine. On se couvre bien , et on prend une tasse de lait ou de potage. On peut rester ainsi une heure ou deux dans la sueur„
Il est très-important, dans cet état, de ne pas se laisser aller au sommeil , car on se réveillerait certainement avec un mal de tête, qui persisterait plus ou moins de temps. Quoique moins fâcheux après les bains frais et tempérés, le sommeil supplémentaire , et en quelque sorte forcé , que l'on prend pendant le jour, peut cependant encore devenir nuisible. On ne le permettra que dans les cas d'extrême faiblesse, ou après une nuit d'insomnie.
Comme nous l'avons dit , au point de vue médical , les différences dans la nature des bains reposent seulement sur les variations de température. Le choix entre les piscines du Bain-Romain et du Bain de la promenade est déterminé le plus souvent par des considérations de convenance de société. Dans le premier établissement , les prix sont un peu plus élevés , ce qui éloigne les gens parcimonieux j dans le second , les bassins sont plus encombrés , ce qui éloigne les gens plus habitués à la propreté. Mais il n'y a pas de propriétés spéciales attachées à tel ou tel bassin. Dans le Bain-Romain , l'eau des piscines et l'air de la salle sont plus chauds ; — cette circonstance peut le faire préférer ou rejeter suivant les cas.
Les réglemens exigent qu'avant d'être admis dans les piscines, on ait préalablement pris un bain de propreté dans une baignoire. Celte garantie donnée au public est trop souvent regardée comme une mesure réglementaire , sans importance. Elle en a cependant une assez grande ; non pas tant dans l'intérêt du public, que dans celui du baigneur lui-même. Beaucoup de personnes se persuadent qu'il suffit de séjourner quelque temps dans l'eau chaude , sans se frictionner, pour en sortir parfaitement propre. C'est une illusion. Je sais des baigneurs qui seraient bien surpris , à la fin de leur saison , s'ils étaient soumis à un vigoureux nettoiement, de se voir dépouiller, comme un poisson qu'on racle, d'une grande quantité
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de débris plus ou moins écailleux. Indépendamment de Is malpropreté apparente , la peau est recouverte de lamelles épidermiques , et de sécrétions graisseuses , que l'eau ne saurait dissoudre, et que le frottement seul peut détacher. Cet enduit ferme les pores , et s'oppose à l'absorption de l'eau minérale. Si l'on veut retirer quelque profit de ses bains , il faut donc commencer par décaper la peau. Je regarde cette sorte de décapage comme une opération fort utile. Je fais placer le patient dans un bain de 30° R. pendant une demi-heure environ ; puis une personne de service, la main armée d'un gant de crin , exerce sur toute la surface du corps d'énergiques frictions , jusqu'à ce que la peau, devenue lisse et brillante, ne laisse plus échapper la moindre parcelle étrangère. On termine par une douche, de quelques minutes, presque froide.
Il est bon de renouveler cette opération deux ou trois fois pendant le cours de la saison pour entretenir l'intégrité des fonctions absorbantes.