‹ Des eaux thermales de Bains-en-VosgesChapitre 9 sur 26 · BE LA BOISSON · texte numérisé non relu

BE LA BOISSON

C'est le moyen le plus simple et le plus direct pour faire pénétrer l'eau minérale dans l'organisme.

Elle y agit de deux manières, — par ses qualités physiques : la chaleur, et peut-être l'électricité magnétique j — par ses qualités chimiques : c'est-à-dire par les substances dissoutes.

La première action est immédiate , locale ; elle s'exerce sur l'estomac lui-même , et, par expansion, sur l'appareil nerveux organique dont le centre est à l'épigastre.

La deuxième est à la fois topique , par une certaine stimulation exercée sur là muqueuse intestinale j mais elle est surtout indirecte , consécutive à l'absorption de l'eau et à la réaction des matériaux qui y sont contenus sur l'ensemble des humeurs.

Dans le chapitre suivant , nous verrons en quoi consistent ces deux genres d'action. Nous ne voulons que les signaler maintenant pour faire comprendre la nature de l'influence exercée par les boissons , et pour qu'on puisse mieux se rendre compte des indications qu'elles présentent.

L'eau thermale agit donc sur le système nerveux gastrique par le calorique et l'électricité dont elle peut être imprégnée, en même temps qu'elle agit sur la muqueuse , à la manière des eaux purgatives, par les sels qu'elle tient en dissolution.

A ces effets primitifs, viennent s'enjoindre de secondaires^

résultant de l'absorption de l'eau minérale. Celle-ci, introduite dans la circulation , est promptcment éliminée par la sécrétion urinaire et la perspiration pulmonaire et cutanée. Le jeu de ces importantes fonctions se trouve ainsi excité.

Mais l'eau n'est pas expulsée avec ses qualités premières, les principes médicamenteux séjournent dans l'économie, et modifient les humeurs d'une manière lente et graduelle.

Toutes ces actions ne sont point liées si étroitement , qu'on ne puisse, suivant les circonstances, accroître ou diminuer les unes sans les autres.

Ainsi, dans les affections gastralgiques, avec atonie, l'eau de la Grosse source agit localement par sa vive chaleur. Quand il y a irritabilité, c'est l'eau tiède de la source de la Vache, et même l'eau refroidie qu'on emploie de préférence. Dans les engorgemens , les cachexies, lorsqu'on veut modifier la composition des solides et des liquides , ce sont les eaux tempérées savonneuses que l'on prend à grande dose.

Enfin, — si l'on veut exciter la sécrétion urinaire, on se place dans un bain frais, ou l'on se promène doucement le matin, en buvant abondamment une eau froide, ou tiède j — si c'est la transpiration qu'on cherche à provoquer, on se place dans un bain chaud ^ ou l'on se promène vivement , en prenant l'eau la plus élevée en température,

A Bains, autrefois, on usait bien plus des eaux en boisson qu'en bain. Ce dernier moyen était accessoire j aujourd'hui, c'est le contraire qui a lieu. On subordonne la boisson au bain^ et souvent on n'use de celle-là qu'au gré du caprice.

L'usage exagéré des anciens, et l'indifférence des modernes, me semblent également fâcheux. J'emploie une méthode mixte,, qui consiste à faire boire l'eau chaude concurremment avec les bains.

— SS- II est des cas dans lesquels l'un ou l'autre de ces moyens doit encore être employé exclusivement. Le plus souvent ils sont combinés. La nature des maladies, la tolérance propre à chaque individu , fournissent les indications à cet égard.

Quand il y a sécheresse, rougeur de la langue, avec un état saburral ancien, dyspepsie, amaigrissement, léger mouvement fébrile, en un mot véritable inflammation chronique des voies digestives , la boisson de nos eaux , quelle qu'yen soit la source , est toujours nuisible.

Au contraire, s'il y a gastralgie , compliquée d'une excessive faiblesse, ou qu'il y ait à craindre une congestion vers un organe intérieur, la boisson seule conviendra.

Mais, nous le répétons, dans la généralité des cas, ces moyens s'administrent d'une manière concomittente. Nos eaux n'ont pas assez d'énergie pour qu'on puisse réserver exclusivement l'un ou l'autre à tel ou tel cas.

C'est le matin , à jeun , qu'il faut boire l'eau minérale. La meilleure manière serait de se promener dans l'intervalle de chaque verre. Mais l'empressement qu'on met à se rendre au bain, l'heure et le temps, souvent peu propices, font que, le plus ordinairement , on se fait apporter à boire dans le bain même. Cette promenade matinale serait cependant salutaire sous bien des rapports. En sortant de l'atmosphère viciée d'une chambre à coucher, n'y aurait-il pas avantage, — au lieu de se plonger de suite dans les vapeurs de l'établissement, — à dilater ses poumons par l'air vif et pur de la campagne? En même temps, on donnerait de l'exercice aux muscles, on activerait la circulation , et, de la sorte, le bain lui-même serait plus efficace.

Quelques personnes, d'ailleurs, ne peuvent digérer l'eau qu'en se promenant, d'autres qu'en se couchant.

L'eau de la Grosse source se boit souvent dans le milieu de la journée, avant et après le repas ^ — celle de la Vache, de quatre à six heures.

Il en est qui boivent à toute heure. C'est une mauvais méthode. On fatigue son estomac sans profit. Au milieu des alimens de toute sorte, et de l'excitation qui en résulte, l'action minérale est neutralisée. Pour toute espèce de remède, à plus forte raison pour un agent aussi délicat et aussi subtil que les eaux, l'estomac doit être vide, libre, tout entier à l'action médicatrice qui s'opère en lui. L'eau de la Grosse source que l'on prescrit après les repas est une exception j mais alors, elle agit principalement par sa chaleur.

Le buveur doit autant que possible aller lui-même à la source. Il remplit d'abord le verre , pour en échauffer les parois, jette le liquide, et le remplit de nouveau, pour le boire d'un trait. La capacité du vase peut varier suivant l'aptitude individuelle. Le terme moyen est de quatre à cinq onces. On renouvelle l'opération chaque dix ou vingt minutes , selon la facilité avec laquelle on a digéré.

Quant à la quantité de verres que l'on peut ainsi avaler, le nombre en est très-variable. Il est des individus qui font des tours de force dans ce genre j — ce n'est pas toujours impunément. Dans les cas ordinaires , je fais commencer par deux et et augmenter d'un chaque deux jours, jusqu'à huit; les derniers jours on diminue graduellement. La tolérance propre à chaque malade , le goût, la nature de l'affection servent de guide à cet égard.

Il est inutile, pour les eaux de Bains, de mâcher du pain après les avoir bues, elles n'ont aucune influence sur l'émail des dents.

On peut couper l'eau thermale avec du lait , de l'eau de

veau, des infusions diverses. Cette pratique est forl rarC;, parce que nos eaux ne sont pas assez actives pour nécessiter de semblables adoucissemens. Mais on y ajoute souvent des substances étrangères, soit par agrément, soit pour remplir quelques indications spéciales.

Dans le premier cas, c'est ordinairement un morceau de sucre, une cuillerée de sirop de gomme ou d'orgeat. Dans le second, ce sont des médicamens plus ou moins actifs, dont la combinaison avec les eaux peut s'effectuer d'une manière avantageuse. La thermalité semble leur communiquer une activité particulière que n'auraient point des eaux artificielles froides.

Ainsi , lorsque les eaux de Yichy sont indiquées, — dans les obstructions, dans certaines affections du foie ou de l'estomac, — je fais ajouter deux ou trois grammes de bicarbonate de soude dans un ou deux litres d'eau thermale.

Dans quelques formes de dyspepsies atoniques, ou quand il y a une disposition tuberculeuse, quatre ou cinq grammes de sel de cuisine ajoutés à la boisson du matin produisent de bons effets.

Le mélange le plus habituel consiste à augmenter artificiellement la dose de sulfate de soude contenue dans nos eaux. La proportion naturelle est trop faible pour purger, elle détermine même le plus souvent un résultat contraire. En additionnant chaque verre de cinq grammes du sel de Glauber, on détermine avec trois ou quatre verres des selles faciles et salutaires, analogues à celles que l'on obtient avec les eaux de Niederbronn. La médication purgative vient ainsi prêter son appui à la médication des eaux.

L'iodure de potassium, à la dose d'un gramme, en dissolution dans le premier verre d'eau bu le matin à jeun et suivi de plusieurs autres verrées d'eau thermale naturelle, est employé dans certaines maladies : — les engorgemens, les

cachexies syphilitiques et scrofuleuses. — Il est certain quo ce remède héroïque acquiert une activité et une efficacité bien plus grandes sous l'influence de la médication thermale. Les succès que j'en ai obtenus tiennent presque du prodige.

Dans les cas où une lésion organique du cœur rendait l'usage des eaux très- périlleux, en raison de la surexcitation de l'organe, — palpitations , étouffemcns, — je me suis très-bien trouvé de neutraliser ces effets par l'addition d'une ou deux cuillerées de sirop de digitale dans la boisson. De la sorte, je puis combattre, sans crainte d'accidens, le principe rhumatismal qui accompagne et domine souvent l'affection secondaire du cœur.

Les personnes sujettes à des oppressions nerveuses dans le bain, se trouvent fréquemment soulagées par le mélange d'une cuillerée à café d'eau distillée de laurier cerise dans l'eau minérale.

Telles sont les seules altérations que nous fassions éprouver à no§ e^ux, dans des cas exceptionnels et spéciaux. Le plus souvent , nous faisons en sorte de répondre aux diverses indications des maladies par le choix des sources.

Comme nous l'avons vu , elles sont nombreuses ; mais ne présentent point entre elles des différences de nature bien tranchées. Toutefois, ces différences existent j elles portent sur la température de l'eau, et sur la proportion des principes minéraux qu'elle renferme. Et puis, l'expérience, la tradition, ont affecté à certaines sources des propriétés particulières que je vais faire connaître.

Dans un mémoire sur l'État de l'administration des eaux de Bains , l'abbé Tessier donne les indications suivantes sur l'usage qu'on faisait de son temps des différentes sources :

« On prescrit l'eau de la Grosse source dans les dyssenteries

)) invétérées , pour faire cesser les vomissemens occasionnés » par le relâchement d'estomac 3 celle du Robinet de fer dans » les pâles couleurs et les fleurs blanches ; celle dite Romaine » dans les obstructions et embarras du bas-ventre.

)) L'eau dont les malades font le plus d'usage pour boisson » est celle dite Savonneuse. On l'ordonne quand il s'agit de » calmer l'irritabilité des nerfs et de faire couler les graviers, » et aux goutteux. On emploie la Fontaine des Vaches en la- » vemens, quelques personnes assurent qu'elle les purge. »

Ces préceptes sont encore ceux qui guident aujourd'hui ma pratique, et dont j'ai pu vérifier l'exactitude et la sagesse. J'aurais peu de chose à y ajouter j et je préfère citer encore l'opinion d'un ancien inspecteur des eaux. Elle a d'autant plus d'autorité qu'elle exprime la pratique reconnue la meilleure , et adoptée précisément à l'époque oii l'on employait de préférence les eaux de Bains en boisson.

Le citoyen Toussaint , dans un très-petit et très-rare opuscule, dit que : « L'eau de la source Savonneuse entraîne les graviers et les glaires, nettoie les conduits de l'urine, prévient les rétentions , les coliques néphrétiques. Elle réussit dans les obstructions du foie, de la rate , dans les affections des intestins, dans les maladies des nerfs qui dépendent du spasme chez les femmes, dans les affections hypocondriaques. On peut les boire contre la goutte chronique dont elles adoucissent les accès, en corrigeant les vices de l'estomac et en adoucissant les humeurs. Elles sont vantées contre la stérilité. L'eau de la Grosse source et celle de la Romaine réussissent parfaitement dans les vomissemens invétérés, les coliques d'estomac, la diarrhée j elles rétablissent les digestions chez les personnes qui ont l'estomac faible, qu'elles fortifient en rendant aux fibres leur ton naturel , en excitant l'appétit , même à celles qui depuis longtemps ne trouvent plus de goût aux alimens pour en avoir fait

des excès continuels. On remploie avec succès dans certaines maladies de la poitrine , dans les catarrhes opiniâtres , dans

l'asthme tuberculeux Ces eaux en excitant la circulation

du sang augmentent la transpiration ; et lorsqu'on les prend avec trop de précipitation et sans méthode, elles portent à la tête, la rendent pesante, et occasionnent des insomnies. «

J'ai pu m'assurer de la véracité de ces assertions, peut-être un peu trop affirmatives, et qui, exprimées dans un langage suranné, se ressentent des idées médicales de Tépoque.

Ce qu'il y a de remarquable dans l'eau Savonneuse, c'est la grande quantité de sable rouge expulsé par les urines chez certaines personnes rhumatisantes qui en font usage. Je favorise le travail éliminateur qui s'opère dans les urines par l'action de quelques douches sur la région lombaire.

L'eau de la source Savonneuse est très-employée ; elle convient aux personnes délicates et irritables; elle est douce, n'excite point de réaction, et se mêle bien au sang. Aussi, convient-elle toutes les fois qu'on veut agir longtemps et d'une manière continue sur la masse des humeurs. C'est la plus fon- -dante ; elle détend la fibre, et augmente les écoulemens blancs qui dépendent d'un relâchement des tissus. Mais elle calme le système nerveux. Son usage s'associe parfaitement avec le bain tempéré.

L'eau de la Grosse source est antispasmodique et tonique ; elle convient dans les débilités des organes digestifs, dans tous les désordres nerveux liés à un état d'atonie. Elle resserre la fibre, et donne souvent lieu à la constipation. Prise une heure avant le repas, elle excite l'appétit; et deux heures après, elle précipite une digestion laborieuse. Je lui préfère l'eau Savonneuse dans les affections de poitrine.

L'eau de la Vache est considérée comme laxativc. Sa répulafiou, sous ce rapport, n'est peut-être pas suffisamment justifiée.

Elle est fade, assez lourde j il est possible que dans certains cas elle purge par indigestion. Elle convient dans les irritations nerveuses de l'estomac j quand il y a surexcitation, elle adoucit et calme.

Quelle que soit la valeur de ces indications, sanctionnées par ia tradition et l'expérience, ou se tromperait souvent, si l'on voulait s'en rapporter exclusivement à elles, et se guider a priori sur des données exactes dans la pluralité des cas seulement. Ainsi, telle source vous semble rationnellement être celle qui doit le mieux réussir j et cependant, il peut arriver que Peau ne passe pas; elle charge l'estomac , donne lieu à des nausées. On aurait tort dans ce cas de vouloir insister. Il faut en essayer une autre. Le buveur peut ainsi tâtonner au début de la saison , rechercher quelle est l'eau qui est le mieux tolérée par son estomac , et s'y arrêter , quelle que soit d'ailleurs la contradiction qui semble exister entre sa maladie et les propriétés reconnues de la source. Car le fait est au-dessus de la théorie j et les aptitudes individuelles, l'idiosyiicerasie en un mot , influent davantage sur la tolérance et le mode d'appropriation des eaux, que la nature de l'affection elle-même.

Malgré la présence du sulfate de soude , les eaux de Bains ne déterminent pas souvent des évacuations alvines, quel que soit le nombre des verrées que l'on prenne. Quand l'effet laxatif se produit, il faut l'attribuer à des dispositions particulières. Le plus habituellement c'est un effet opposé qu'on obtient. Il est même assez commun de voir se développer, après quelques jours d'administration de ces eaux en boisson, un état saburral des premières voies : — amertume de la bouche, langue chargée, inappétence et constipation. — C'est alors qu'il est nécessaire de faire prendre 15 à 20 grammes de sulfate de soude

partagés entre les deux dernières verrées d'eau minérale. Au lieu d'un seul purgatif, je préfère continuer pendant plusieurs jours cette légère purgation que l'on diminue peu à peu ; car il arrive souvent que 5 à 6 grammes suffisent pour obtenir deux ou trois selles tous les matins.

Il est des personnes auxquelles je me contente de faire avaler un ou deux verres d'eau fraîche à jeun. D'autres prennent l'eau ferrugineuse des Trémeurs, ou l'eau de Bussang. En général, ces dernières se boivent dans la journée et aux repas. On le comprend , c'est dans les affections asthéniques et chlorotiques que ces eaux trouvent leur indication.

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