DES MOYENS ACCESSOIRES AUX EAUX
On est parfois dans le cas d'aider ou de modifier l'action des eaux par l'emploi de divers moyens étrangers à la médication thermale proprement dite.
Sans vouloir compliquer les traitemens et neutraliser leurs effets, on peut favoriser la puissance médicatrice des eaux, ou corriger ses écarts j et, d'ailleurs , l'expérience a démontré l'utilité de certaines pratiques qui s'associent parfaitement aux différens procédés que nous venons de passer en revue.
Pour compléter la culture de la peau, qui est l'objet principal du traitement , il y a un moyen mécanique fort simple et trèsactif : ce sont les frictions.
Nous avons parlé des frictions de nettoiement et de celles qui se font pendant le bainj mais il en est d'autres que je recommande pendant le jour et le soir en se couchant.
Elles procurent aux personnes qui ont le courage de s'y livrer un bien-être et une vigueur remarquables.
Ce n'est pas légèrement, avec la main ou une flanelle, qu'elles doivent être faites , mais bien en imbibant d'eau froide un linge de grosse toile , et en frottant soi-même avec rudesse et ardeur toute la surface du corps, jusqu'à ce qu'il y ait partout une vive rougeur. Cet exercice est un peu pénible, mais
on ne tarde pas à reconnaître combien il est salutaire. Il offre le triple avantage de développer les forces musculaires, de fouetter le sang, et de raviver les fonctions de la peau. Je ne le prescris pas seulement aux baigneurs, mais en tout temps, c'est un excellent moyen hygiénique.
Il est une autre pratique également très -efficace, c'est le massage. Malheureusement, il entraîne quelques frais supplémentaires et quelques difficultés d'exécution qui, dans notie modeste établissement, restreignent un peu son usage.
Je le regrette , car toutes les fois qu'il m'est possible d'y recourir, j'ai lieu de m'en louer.
C'est avant et après le bain qu'on peut se faire masser.
Je distingue plusieurs espèces de massage:
Celui des articulations consiste à faire exécuter successivement à toutes les jointures des mouvemens de distorsion assez violens qui produisent des craquemens ; mais il faut une main expérimentée pour exécuter ces manœuvres périlleuses, et malgré les services qu'elles peuvent rendre dans les rhumatismes articulaires, les ankyloses incomplètes, j'ai toujours mieux aimé y renoncer par crainte d'accidens.
Pour le massage de la peau, on frappe vivement à coups précipités, avec le plat de la main, toute la peau, jusqu'à ce qu'elle rougisse fortement.
Pour le massage des muscles, tantôt on pétrit les chairs comme de la pâte, tantôt on frappe avec le revers de la main des petits coups secs et cadencés sur toute la longueur des membres, tantôt on exerce des pressions, comme pour broyer, avec le talon de la main, tantôt on pince les faisceaux musculaires entre le pouce et l'index en glissant de haut en bas , ou de bas en haut, tantôt enfin, tous les doigts des mains écartés embrassent un membre à sa partie supérieure , et sont
ramenés à la partie inférieure , en serrant énergiquement sur la peau.
On comprend combien de semblables manœuvres, consciencieusement exécutées , doivent préparer et aider l'action de la douche. Elles rendent la souplesse et l'élasticité aux tissus ; elles excitent la contractilité endormie dans les fibres ; elles sont surtout précieuses aux personnes trop faibles pour se livrer elles-mêmes à quelqu'exercice.
Il est un petit moyen fort simple tiré de la pratique hydropatbique , et auquel je reconnais souvent une efficacité réelle, c'est l'application de la compresse mouillée. C'est ordinairement en se couchant, après le bain, et le soir, que je fais appliquer sur Tépigastre une serviette trempée dans l'eau froide et légèrement exprimée.
La première impression de froid dure peu , elle est remplacée soit par une douce chaleur, si le froid était assez vif pour provoquer une réaction, soit par un sentiment de fraîcheur agréable et prolongé.
Dans l'un et l'autre cas , ce moyen est favorable pour calmer les irritations d'estomac. Maintes fois , j'en ai observé de bons effets. En tous cas , il est inoffensif.
On applique la compresse sur le bas- ventre, sur le front, suivant les parties auxquelles répond l'irritation.
On fait aux eaux un usage très-fréquent des ventouses soit sèches, soit scarifiées.
Tantôt, on se les fait appliquer dans le bain même, tantôt dans le lit, au retour du bain.
Elles agissent par la soustraction du sang, mais surtout par la dérivation qu'elles opèrent sur la peau.
J'attends, pour les prescrire, que la stimulation exercée par
les bains et les douches se soit manifestée par une certaine exacerbation dans les douleurs.
Ordinairement, deux ou trois applications , à quelques jours d'intervalle, sont nécessaires.
C'est sur les membres affectés de rhumatismes ou de névralgies qu'elles sont le plus souvent posées. Elles conviennent sur les reins chez les femmes affectées de métrite chronique , sur la nuque et les épaules chez les individus sujets aux maux de tête, sur la partie postérieure de la cuisse dans les sciatiques, etc. On doit s'en priver, quand il y a trop de maigreur et d'irritabilité.
Je n'ai rien à dire ici des sangsues dont l'emploi est exceptionnel, et ne se rattache pas directement à la médication des eaux.
Mais, il n'en est pas de même de la saignée. Il a été d'usage autrefois de pratiquer une saignée à toute personne qui allait prendre les eaux. Cette méthode empirique a semblé aveugle et a fini par être abandonnée. Sans vouloir la réhabiliter complètement, je prétends qu'elle avait quelque chose de fondé, et que dans beaucoup de cas elle doit être maintenue.
Il n'est pas douteux que l'absorption se fait mieux lorsque les vaisseaux sont moins remplis j les principes minéraux pénétrent et modifient plus facilement les humeurs.
Dans les maladies chroniques , pour renouveler la composition des fluides et des solides , les petites saignées répétées me semblent devoir bien préparer la régénération.
Ainsi , quand les Anglais veulent pratiquer l'entraînement , c'est-à-dire transformer un organisme, ils l'épuisent d'abord par des saignées avant de commencer le traitement réparateur qui doit concentrer les forces sur tel ou tel point de l'économie.
Sans doute , il faut proportionner les émissions sanguines et
la nature de la maladie et aux ressources du malade. Mais qu'on ne s'arrête pas devant une faiblesse soi-disant excessive. — Les petites saignées sont un moyen reconstituant et tonique plus sûr que le fer et ralimentation succulente.
Si vous enlevez à l'organisme deux onces de sang^ il en aura bientôt reformé trois, en vertu de cette tendance de la nature à réagir en sens inverse des causes délétères; — effort vital — qui, pour mieux arriver au but, dépasse même les conditions d'équilibre. Nous avons déjà signalé cette loi naturelle à l'occasion du bain froid.
Bien certainement, il faut de la mesure, et ne pas aller trop loin dans l'action dépressive, car on forcerait le ressort, et n'obtenant plus de réaction, on affaisserait la vitalité; il faut aussi qu'un régime approprié vienne aider la nature dans son mouvement réparateur.
Ces conditions bien remplies, — nous le répétons, — de légères émissions sanguines ont sur le fer et les analeptiques l'avantage de produire un résultat plus durable , en ce qu'elles exercent et développent la puissance créatrice du sang, et les fonctions hématosiques.
Cette proposition , je le sens bien, est assez paradoxale pour que des explications soient nécessaires ; je ,me réserve de les développer plus tard, en traitant des maladies chroniques; je veux seulement exposer ici comment cette idée , que je crois neuve , m'est venue à l'esprit.
Lisfranc avait, comme on sait, adopté pour le traitement des maladies de l'utérus , une méthode qui consistait à pratiquer , tous les mois, des petites saignées de trois ou quatre onces. — Saignées qu'il appelait révulsives , parce qu'il supposait qu'elles avaient pour effet d'attirer le sang vers les parties supérieures, et d'en débarrasser le bas-ventre , de même que la saignée du pied passe pour produire un résultat contraire. —
Eu appliquant cette méthode , j'ai remarqué des effets d'une îoute autre nature que la révulsion. Les femmes sanguines s'en trouvaient mal , elles devenaient pléthoriques ; les femmes devenues cacochymes s'en trouvaient bien, et reprenaient des forces, de l'animation et de l'embonpoint, sans que toutefois l'affection utérine se modifiât sensiblement.
J'ai été porté à penser que dans ces cas , les petites saignées agissaient par réaction vitale j — comme des parties engourdies par le froid, auxquelles on soustrait encore un peu de calorique pour les réchauffer. Si, au lieu de frictionner avec de la neige les tissus congelés, on les imprégnait directement de calorique, ils ne pourraient le supporter sans que l'on courût le risque de voir se briser en eux toute vitalité.
Quoiqu'il en soit de ces vues théoriques, l'expérience m'a démontré que dans la plupart des maladies chroniques, de très-petites saignées sont utiles; elles secondent l'action des eaux , ouvrent les voies à de nouvelles combinaisons , et dé^ veloppent les forces d'assimilation.
Outre l'emploi systématique de la saignée que nous venons de signaler, on est obligé d'y recourir accidentellement lorsque l'excitation thermale s'élève au degré de l'inflammation.
On devra ^ussi en user largement dans l'état pléthorique chez les personnes affectées d'anévrisme, ou qui ont à redouter des hémorrhagies.
Un usage empirique voulait qu'on se purgeât toujours après Ja saison et quelquefois avant. Je ne prendrai point parti pour les purgatifs d'une manière aussi absolue que pour la saignée.
Je les crois inutiles avant, et pas toujours nécessaires après. Je dois même déclarer que l'expérience a quelque peu refroidi ma prédilection ancienne pour les évacuans.
J'ai vu de ces langues saburrales sur lesquelles je faisais couler avec confiance des flots d'eau deSedIilz, conserver leurs saburres, leur amertume, et leur inappétence en dépit de mes médecines. J'en suis arrivé à ne plus donner de purgatifs qu'aux personnes qui ont un bon tube digestif, et chez lesquelles l'embarras gastrique est accidentel.
Nos eaux déterminent souvent , il est vrai , un état muqueux des voies digestives avec perte d'appétit et constipation ; une médecine noire en fait proraptement justice. Je ne blâme dans l'emploi des purgatifs que leur usage systématique , et surtout dans les cas d'affection gastro-intestinale , même nerveuse.
C'est la médecine noire que nous préférons à tous ces sels plus ou moins agréables et perfectionnés. On triomphe de la répugnance en faisant mastiquer quelque bonbon très-parfumé , et la purgation est plus complète. Le séné, la rhubarbe, la manne , le sel de Glauber purgent chacun à leur manière , détachent chacun quelque substance spéciale , l'un la bile , l'autre les mucosités, l'autre des sérosités, etc., et dont l'ensemble constitue une bonne évacuation.
Les ferrugineux sont quelquefois associés aux eaux dans les cas de chlorose ; ce sont les pilules de Blaud , le sous-carbonate de fer, ou toute autre préparation.
J'en ai déjà parlé à propos de l'eau ferrugineuse naturelle de la source des Trémeurs. C'est un moyen très-bon par luimême ; pourquoi s'en priver aux eaux , quand il est démontré que ces dernières ne font que favoriser son action ?
J'en dirai autant de l'iodure de potassium , de la digitale , et de quelques autres médicamens , dont il a été question à l'article boisson.
§ YI.