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BU RÉGIME DES EAUX

A l'opposé du régime hydropathique, dans lequel le patient n'a ni trêve ni merci, et voit surgir à chaque heure du jour une nouvelle obligation, on pourrait presque dire qu'ici la santé vient en dormant.

En effet , le régime des eaux thermales consiste à peu près à pratiquer le doke farniente des Italiens. Les charmes du lit et de la table ne sont interrompus que par les lentes promenades et les douces causeries du salon. Le seul soin, le seul devoir sérieux qu'ait à remplir le baigneur, ce sont les exercices du bainj aussi cherche-t-il à's'en affranchir au plus vite.

L'établissement est ouvert dés les quatre heures du matin. Sans trop contrarier ses habitudes, il est bon de s'y rendre le plus tôt possible.

Nous avons dit qu'une petite promenade était d'abord trèsfavorable pour animer la circulation du sang , et remplir les poumons d'air pur et vivifiant.

Après le bain, on prend un potage ou une tasse de café; on se recouche pendant une heure, — puis on fait une nouvelle promenade jusqu'au déjeuner à onze heures ou midi. — Il convient de rester une heure après le repas dans le calme avant d'entreprendre l'excursion principale de la journée. — A six ou sept heures on dîne. — La soirée est occupée en causeries ^ et à dix heures au plus tard on doit être couché.

Telle est à peu près la journée du baigneur , sauf les modifications nécessitées par l'état du malade ou les circonstances étrangères.

Nous entrerons dans quelques considérations particulières sur les deux points essentiels de ce régime : l'exercice et la diététique ou régime alimentaire.

1 '' Je regarde V exercice de la promenade comme une des conditions les plus importantes du succès des eaux.

Si l'on se déplace à grands frais, si l'on quitte ses intérêts ^ ses relations, ses aisances domestiques, que ce ne soit pas pour rester enfermé dans une chambre d'auberge. Il faut profiter de cet air léger que l'on respire partout dans nos campagnes boisées et verdoyantes j il faut jouir de ces attraits qu'offre la nature dans l'expansion puissante et variée de sa fécondité. — C'est un nouvel aspect , ce sont de nouvelles impressions ; on oublie ses travaux, ses ennuis en contemplant la prairie où serpente un ruisseau murmurant , en gravissant un coteau escarpé, à travers les roches et les bruyères, en rassemblant un bouquet de fleurs champêtres et gracieuses.

La promenade agit de deux manières : en développant les fonctions respiratoires, en mettant en jeu les forces musculaires.

On n'est généralement pas assez frappé de l'importance d'une bonne respiration. — Les maladies chroniques, dans lesquelles se consument misérablement toutes nos jeunes générations, ont leur point de départ dans l'imperfection de l'hématose dont le poumon est le régulateur.

Les agglomérations humaines, dans les pensionnats, dans les fabriques, dans les salons, dans les cités populeuses, se développent au sein d'une alhmosphère à part, miasmatique, épaisse^ fade, où l'insolation est rare et voilée.

Les habitudes sédentaires et studieuses nous éloignent des conditions naturelles de l'homme.

Au lieu des races anciennes, guerrières et agricoles, belles et vigoureuses , nous voyons des générations étiolées , décimées par la phthisie et les maladies de matrice.

Revenons à la nature , vivons en plein champ , et comme ces plantes pâles et souffreteuses , qu'un chaud rayon de soleil fait pousser et fructifier, nous verrons se ranimer et devenir vivaces toutes ces organisations qui dépérissaient dans l'ombre et l'inaction.

En se promenant aux environs de Bains, on est à trois ou quatre cents mètres au-dessus du niveau de la mer ; les couches atmosphériques sont moins denses que dans les pays de plaine, l'acide carbonique et les molécules étrangères sont moins àbondansj la proximité des montagnes rend la ventilation plus active j la diminution relative de la population , et la prédominance de la végétation forestière, rendent l'air plus pur et plus oxygéné.

On conçoit alors que la respiration, acquérant de l'ampleur et de l'accélération par la marche, doive dilater toutes les vésicules pulmonaires, imprégner le sang d'une plus grande masse d'oxygène, et activer la combustion organique, — c'est-à-dire accroître la chaleur, et développer la vie dans tous les tissus.

La physiologie et la pathologie modernes, éclairées par la chimie , tendent maintenant à établir que la plupart des maladies chroniques proviennent d'un vice dans l'hématose, d'une combustion incomplète de certains matériaux nutritifs.

La présence de ces élémens, qui n'ont pas été dénaturés par l'occidation , porte le trouble dans l'économie, nécessite un travail d'expulsion pathologique de la part des organes sécréteurs. — En faisant fonctionner plus activement Vappareil de réduction, en soufflant sur le foyer, où doivent se brûler tous

les produits alimentaires , on détruit les composés anormaux , on débarrasse le sang de ses matières alibiles, on empêche les formations hétérogènes, et on rend aux sécrétions leur cours régulier.

L'exercice musculaire agit dans le même sens, il use les ressources nutritives , il exige une plus grande consommation de substances alimentaires, il prépare ainsi les voies à une nouvelle assimilation, il l'appelle, et la rend plus facile.

Pendant son séjour aux eaux , le malade ne saurait donc se livrer trop ardemment à la promenade. Sans doute, on doit en subordonner la longueur à la nature de la maladie , aux forces du sujet , et , en tous cas , éviter les fatigues.

Les personnes qui ne pourraient les faire à pied , se serviront de voilures. Ce mode est très-avantageux pour les hypocondriaques et pour tous les individus en proie à des affections nerveuses. Mais il est nuisible dans les cas de maladies utérines et d'engorgemens internes. Il faut se contenter alors de promenades à pied courtes et lentes.

Les rhumatisans et les nerveux peuvent en faire de longues et de pénibles. Sans contredit, celles du matin sont les plus salutaires 5 malheureusement , ce moment est en partie occupé par les exercices des bains ; et il ne faut pas , sous prétexte de l'excessive chaleur , se priver de celles qu'on peut faire au milieu du jour j car on trouverait le soir des motifs contraires et mieux fondés.

Les forêts sont tellement rapprochées , qu'on peut aisément dans Taprès midi, s'y rendre en compagnie, et s'y installer comme dans un salon.

C'est ici le lieu de placer une observation d'hygiène fort importante : les vêtemens légers doivent être proscrits pendant la saison. — La laine est de rigueur, même sur la peau.

Cette membrane est, comme on le sait, rendue plus impressionnable , la transpiration plus abondante ; aussi , l'action du froid humide doit -elle être plus sensible et plus funeste. .

Dans les pays de montagne , la fraîcheur du soir et du matin est d'autant plus vive que la chaleur du jour a été plus intense. — On y est souvent surpris ; — et les recommandations à cet égard ne sauraient être trop expresses. Les toilettes légères et décolletées sont donc sévèrement interdites, l'élégance est sacrifiée , mais les rhumatismes ont moins de prise.

2^ Le régime alimentaire est toujours un des points essentiels de l'hygiène ; aux eaux , il prend une importance spéciale. Cest de la manière plus ou moins sage dont il est dirigé que dépend souvent la santé.

Dans notre état de société , l'alimentation quelquefois insuffisante, en proportion des fatigues musculaires, est le plus souvent excessive en raison de Toisiveté et des mœurs sédentaires des habîtans des villes.

On peut dire, d'une manière générale, que nous absorbons des quantités d'alimens doubles ou triples de celles qui seraient suffisantes pour l'entretien et la réparation normales de nos forces. De là le germe d'un grand nombre de maladies,

Cicéron écrivait à son fils : « On entretient sa santé par la » connaissance qu'on a de soi-même , en observant ce qui M profite, et en fuyant ce qui j^eut nuire 5 on l'entretient par )) la sobriété, par les soins qu'on prend de son corps, par )) l'abstinence des voluptés, et enfin par les secours de la )) médecine. »

Ces préceptes judicieux doivent guider en toutes circonstances les personnes prudentes qui voudront maintenir ou rétablir l'intégrité de leurs fonctions.

Il est impossible de fixer a 'priori la quaDlilé et la qualité des alimens qui conviennent à tous les individus.

C'est un écueil dans lequel sont tombés quelques esprits systématiques. Exagérant, et généralisant des indications justes à certains points de vue, les uns ont condamné leurs malades à une diète rigoureuse et prolongée ; d'autres ont imposé aveuglément tel ou tel genre de nourriture , tantôt exclusivement lactée, tantôt exclusivement animale.

L'expérience m'a convaincu que le principe de Cicéron était non seulement applicable à l'entretien de la santé, mais encore à son rétablissement dans les cas de maladie.

On peut bien prévoir , mais jamais déterminer d'une manière sûre, le genre d'alimentation appropriée à telle ou telle condition morbide. C'est en essayant, en observant ce qui est nuisible ou favorable, qu'on doit établir sa règle de conduite. L'essentiel est de ne plus se départir de cette règle une fois adoptée.

Il y a sans doute des individus en proie depuis longtemps à une véritable phlegmasie des voies digestives, et chez lesquels une alimentation très-légère est seule possible 3 mais il en est qui , soumis à une diète inoportune , ont vu leurs fonctions s'altérer , et l'estomac tomber dans un état d'impuissance et de caprice dont il ne pouvait être tiré que par un régime tout opposé.

C'est ainsi que toujours, l'extrême action appelle la réaction. Après Broussais, nous avons vu Bennech et son sytème d& beafteck et de vin de Bordeaux quand même.

N'exagérons rien. — L'excès en tout est un défaut. — Les régimes de l'eau de gomme et de poulet , ou des consommés succulents et de la côtelette de mouton peuvent être employés exclusivement dans des cas extrêmes et assez rares. Le plus souvent c'est par un choix attentif et varié des substances alimentaires qu'on peut rétablir les fonctions de l'estomac.

Quand cet organe est le point de départ , ou le centre de la maladie^ la diététique est la condition sine quâ non du traitemento

Le choix , la quantité , et la régularité de l'alimentation doivent être pris en sérieuse considération ; car c'est d'eux que dépend en grande partie le succès définitif des eaux.

Tel estomac se trouvera bien d'une nourriture substantielle et animalisée, tel autre de légumes et de laitages. Les uns ne digèrent que des alimens froids , les autres des chauds.

Les gastralgies donnent lieu à des appétences bizarres et très-diverses. Vouloir brusquer , et imposer un régime uniforme, c'est risquer une aggravation des symptômes. Cependant , il faut toujours avoir en vue de ramener graduellement l'estomac, à une tolérance égale pour toutes sortes de substances.

Il est même des cas où , après avoir épuisé toutes les voies de conciliation , le régime de rigueur peut être tenté. On force les organes à recevoir des alimens copieux et antipathiques, en stimulant leurs facultés digestives par des moyens artificiels , — condimens > ou stomachiques divers.

Chez les convalescens , les personnes épuisées , anémiques , évidemment on devra, autant que possible, rendre l'alimentation corroborante, incrassante, sans toutefois vouloir aller trop vite.

Mais dans les cas d'inflammation chronique, d'engorgemens, dans les affections liées à un état de richesse trop grande du sang , telles que la goutte , la gravelle , les congestions cérébrales, etc., il faut restreindre la nourriture. C'est à la rigueur du régime , à l'observation minutieuse et sévère des règles de la diététique que l'homéopathie doit quelques succès j et , c'est en partie sous l'influence des mêmes causes que l'hydrothérapie arrive à la curation de quelques maladies rebelles. La table de Priesnitz était très-frugale.

C'est qu'en effet , pour répéter un adage vulgaire : ce n'est

pas ce qu'on mange qui profite, mais bien ce qu'on digère. C'est moins à l'abondance des alimens qu'à la perfection do l'assimilation qu'il faut s'attacher. Il vaut mieux que les organes soient dans le désir et l'attente, que d'être surchargés et rassasiés. Ainsi, l'on conserve l'appétit, cette sensation si précieuse , et quelquefois si capricieuse.

Il faut sortir de table avec la faim, répète-t-on toujours. Je sais que cela est plus facile à dire qu'à faire. Surtout aux eaux, où le changement d'air, les exercices thermaux, la société d'une table d'hôte, et la variété des mets sont des stimulans souvent irrésistibles.

Sans doute, les causes de déperdition, et les fatigues de tous genres qu'on éprouve aux bains, nécessitent une réparation proportionnelle j mais il est des bornes ; et l'on comprendra qu'un tube digestif, incessamment rempli de substances excitantes, soit peu apte à recevoir et à être influencé par un agent aussi faible et aussi simple que les eaux.

D'ailleurs, il y a un principe d'hygiène qui veut que, pendant l'été, on soit d'une grande sobriété.

Nous avons à faire, sur le choix des alimens, certaines recommandations plus spéciales , dépendant de l'action même de nos eaux.

Nous avons vu qu'elles étaient alcalines j et pour neutraliser le moins possible cette propriété , on doit s'abstenir des substances acides. Les fruits rouges, la salade, certains légumes verts seront donc proscrits. Il en sera de même, pour d'autres motifs , des viandes noires, et des sauces trop épicées. — Je ferai remarquer cependant, que, parmi les épices , il ne faut pas faire entrer le sel. — Ce condiment si utile, répandu à profusion dans la nature , aide puissamment à la digestion , et ne saurait jamais être pris en trop grande quantité. On connaît tout le parti qu'on en tire en agriculture pour l'élève des bestiaux j il

fait digérer, et rend profltables les plus mauvais fourrages. — = Pourquoi n'en serait-il pas de même à l'égard de nos alimens et de nos organes digestifs.

Les médecins d'Ems jouissent, dit-on, d'une omnipotence sans égale sous le rapport de la direction hygiénique de leurs baigneurs. Ils commandent en maîtres dans les hôtels, — à la cuisine et dans les chambres , — ils tracent la carte du dîner, surveillent les ragoûts , et ordonnent des dispositions particulières pour la ventilation et l'insolation des appartemens.

J'envie leur autorité bienfaisante, et je les félicite d'exercer leur empire sur un peuple aussi gouvernable. Ici, pour rompre les habitudes d'indépendance de nos logeurs , et s'emparer d'un pouvoir , très-contestable d'ailleurs , il faudrait faire en quelque sorte un coup d'état, qu'il n'est pas donné à tout le monde de mener à bonne fin.

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