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DE LA SAISON DES EAUX

On peut considérer sous ce titre , l'époque de l'année la plus favorable pour prendre les eaux, et la durée du séjour.

C'est pendant l'été qu'on se rend aux eaux. La saison s'ouvre au IS mai, et finit au 13 septembre. La fin d'avril et le mois d'octobre sont parfois très-beaux ; mais c'est une éventualité sur laquelle on ne peut compter. L'usage a fixé des limites, il faut s'y conformer, si l'on ne veut courir le risque de se trouver isolé dans un hôtel , et solitaire dans un établissement, où le service est imparfaitement organisé.

La foule attire la foule, et, malgré les avantages incontestables qu'il y aurait à prendre les eaux pendant les mois de mai et de juin, c'est toujours pendant les mois de juillet et d'août que l'affluence est plus grande. Les foins sont rentrés , la chaleur a fait clore les salons , et chassé loin des villes les citadins qui ne trouvent plus d'ombre sous les maigres tilleuls de leurs avenues, ou les bosquets rabougris de leurs jardins.

Je suis bien obligé de signaler les véritables motifs de préférence ; — médicalement il devrait y en avoir d'autres, — les mois de mai, de juin et de septembre conviennent dans les affections nerveuses, pléthoriques et asthéniques. Pendant les mois de juillet et d'août, l'état électrique et brûlant de l'atmosphère

excite , énerve et détruit tout le bénéfice des bains tièdes et des moyens caïmans employés dans ces maladies.

Au contraire, pour les affections rhumatismales, dartreuses et lympathiques , la saison caniculaire favorise singulièrement l'action stimulante du traitement thermal , que la crudité de l'air, au printemps et à l'automne, pourrait rendre funeste.

C'est d'après ces indications qu'il faut se guider , quand on ne vient pas seulement aux eaux pour chercher des distractions et des plaisirs.

Il y a des personnes qui se rendent à Bains en hiver. Ce sont des exceptions ; et malgré l'autorité du professeur Lallemand, qui a vanté les eaux du Vernet pendant cette saison, c'est une mode qui prendra difficilement.

La durée du séjour est très- variable. Il y a une mesure consacrée avec laquelle on a l'habitude de compter : c'est la saison de vingt -un jours. On prend une demi -saison, une saison et demie, deux, et môme davantage.

Ce chiffré a été fixé sans doute parce qu'il répond généralement à l'intervalle de deux époques menstruelles. Pour ne point perdre de temps , pendant la suspension des bains nécessitée par ce flux périodique , on se rend aux eaux immédiatement après, et l'on s'en va pour la réapparition.

Mais le médecin ne doit pas suivre trop scrupuleusement ces règles de convention.

Dans certains cas, huit jours suffisent 3 et dans d'autres, il serait convenable de passer tout son été près des sources, en se baignant chaque deux ou trois jours.

En général , dans les affections rhumatismales et autres , dans lesquelles on a recours au bain chaud , on peut pousser activement le traitement pendant dix ou douze jours ; — aller se reposer quinze jours chez soi , — et recommencer une nouvelle demi-saison.

Si les individus habitent un pays trop éloigné , pour permettre ces déplacemcns multipliés, il faut alors procéder plus doucement et augmenter graduellement la force des moyens thermaux.

Dans les inflammations chroniques , les engorgcmens internes, d'ordinaire une seule saison suffit, ou il faut, pour recommencer, laisser un intervalle de repos de quelques jours.

Enfin , dans les maladies nerveuses , les convalescences , débilités de toutes sortes , où l'on n'emploie les eaux qu'avec douceur , on ne doit pas compter les jours. Plus on reste près des thermes , plus on obtient de soulagement. Parce qu'alors on évite l'excitation et la fatigue , on marche avec prudence ; et il est aisé de s'expliquer qu'un organisme profondément vicié, ne saurait être modifié , transformé en quelques jours.

Au reste , il est impossible de poser des principes fixes , applicables à des conditions aussi diverses que les individualités morbides elles-mêmes. C'est au médecin à apprécier ces conditions , et à déterminer l'époque et la durée du traitement , aussi bien que les différens modes d'emploi de» eaux.

Si les eaux minérales étaient un remède simple , un spécifique , ainsi que semblent le croire certains médecins , il n'y aurait pas besoin de tous ces préceptes , de tous ces modes d'administration ; une formule empirique suffirait.

Ce serait assez d'envoyer son malade pendant une saison boire et se baigner, sans autre indication.

Mais il en est bien autrement ; les eaux sont insignifiantes ou nuisibles lorsqu'elles sont appliquées dans de mauvaises conditions j lorsqu'on n'a pas saisi le véritable caractère de l'affection , d'une part , et de l'autre le mode spécial qui doit lui être opposé, les règles particulières qui lui conviennent.

Car , encore une fois , les eaux ne sont pas un médicament ,

mais une méthode curative très-complexe qui exige une intelligence exercée, sagace, pour varier^ doser, modifier l'usage de l'agent thérapeutique.

C'est ce que savent très-bien les médecins instruits et judicieux. Quand ils adressent leurs malades au médecin chargé de l'administration des eaux, ils ont grand soin de lui communiquer tous les renseignemens nécessaires , et de le mettre en état de diriger le traitement avec connaissance de cause ; — ils abandonnent à son tact la direction du malade, — et se gardent bien de poser a priori la formule d'un traitement qui doit dépendre d'une foule de circonstances qu'on ne peut prévoir.

J'aurais maintenant, pour compléter ce livre, à consacrer un chapitre à Vaction thérapeutique des eaux.

J'ai déjà traité ce sujet in extenso dans ma dissertation inaugurale. Eclairé par l'expérience, je serais à même de modifier certaines vues, et d'en ajouter de nouvelles 3 mais les développemens trop considérables dans lesquels je serais entraîné, et le caractère exclusivement scientifique d'un pareil travail, ne répondraient plus à l'objet , ni au but de cette première partie.

Je préfère réserver cette étude pour une publication ultérieure, purement médicale, où je m'occuperai des maladies chroniques et de leur traitement par les eaux.

Toutefois, je crois indispensable de jeter ici un coup d'oeil rapide sur la pathologie, en envisageant les maladies au point de vue tout spécial des eaux, et en les groupant en trois catégories :

1° Celles pour lesquelles les eaux de Bains ont une certaine spécialité, c'est-à-dire, pour lesquelles elles conviennent mieux que d'autres eaux, mieux que d'autres médications.

2° Celles pour lesquelles nos eaux partagent avec d'autres une vertu médicatrice incontestable.

3° Celles pour lesquelles enfin, elles sont positivement nuisibles.

J'aurais pu établir une classificalion basée seulement sur le degré d'efficacilé. Mais il ne m'a pas semblé que cette division offrît un caractère aussi pratique, et fût propre à guider , d'une manière aussi sûre, le médecin, dans le choix des moyens à employer contre les maladies soumises à sa direction.

En effet, il arrive souvent que des affections, rentrant dans la première catégorie, n'éprouvent point du traitement des eaux de Bains un soulagement aussi prononcé que celles placées dans la seconde j et cependant, on devra préférer nos eaux, parce que malgré leur efficacité, relativement moins grande, elles sont encore le meilleur moyen.

Je m'explique.

Certaines maladies nerveuses seront moins sûrement guéries par les eaux de Bains que certaines sciatiques, ce qui n'empêche pas qu'on adressera plutôt à Bains les personnes en proie aux affections nerveuses, que les rhumatisansj parce que ceux-ci pourraient à la rigueur se guérir autrement, tandis que ceuxlà auront plus de chances d'être soulagés à Bains qu'ailleurs.

Qu'on ne s'y trompe pas, du reste , la médecine des eaux se ferait difficilement comme celle des hôpitaux de Paris, où l'on peut, jusqu'à un certain point, comparer, chiffrer les résultats d'un traitement, et établir numériquement la proportion des succès et des revers. Ici, les faits sont nuancés, mal définis, instables j il serait presqu'impossible de fixer avec quelque rigueur les chances de guérison de tel ou tel genre de maladie. La même affection se produit dans des conditions très- diverses, et sa solution n'est souvent qu'apparente et passagère.

Cette considération peut s'appliquer également à la manière d'étudier et de classer les maladies.

Au lieu de ces symptômes nets, réguliers, bien accentués , qui permettent de préciser un élément morbide, et délocaliser son siège , oii n'a généralement que des phénomènes variables, fugaces, qui rendent le diagnostic incertain, et la localisation difficile; au lieu de ces affections carrées , classiques, dans lesquelles le clinicien mesure avec le compas l'étendue de l'altération organique, vous observerez de ces maladies générales, protéiformes, sans lésion saisissable, ou dans lesquelles le mal se déplace incessamment. Il faut bien alors abandonner les erremens de l'organicisme, et se reporter aux larges conceptions de nos anciens maîtres, envisager les maladies dans leurs causes premières, dans leurs élémens généraux.

C'est ainsi qu'il faut reconnaître ces influences hygiéniques qui modifient lentement et profondément les organismes, ces viciations héréditaires ou acquises, dont la nature intime a échappé jusqu'à présent aux investigations de la science.

Avant d'arriver à la cachexie, ou même à une manifestation caractéristique, la dartre, le rhumatisme , la scrofule , la syphilis, le cancer, la goutte, le tubercule, développent pendant longtemps des accidens variés, des irritations nerveuses ou inflammatoires fixées alternativement sur différens organes.

Nous ne croyons pas, comme Broussais l'a dit dans sa verve satirique, que la fièvre , ou la dartre, soient une entité, une bête à plusieurs pattes , parcourant le corps pour y exercer ses ravages; mais nous croyons qu'il y a des élémens dyscrasiques, originels ou accidentels, ayant toute l'économie pour domaine, des dispositions morbides inhérentes à plusieurs systèmes organiques, et susceptibles de sommeiller plus ou moins de temps, pour se révéler ensuite dans divers points; nous croyons enfin qu'il y aurait erreur funeste à ne voir dans certaines maladies chroniques qu'une affection locale, développée isolément, sans précédons, sans racines dans le passé, sans germes pour l'aveniro

Nous regrettons de ne pouvoir nous étendre sur ce sujet, si beau et si important. Peut-être, parviendrions-nous à faire comprendre le mode d'action des eaux , et l'influence curativc que peut avoir cette médication hygiénique sur l'élément général des maladies , sur les viciations constitutionnelles. Peutêtre aussi , comprendrait-on le motif pour lequel les médecins de l'école moderq,e , toute anatomîste et localisatrice , admettent si difficilement l'efficacité des eaux, et s'en rapportent plutôt à des agens médicinaux, ou topiques, qui apaisent les symptômes, et laissent persister le mal. •

J'ai donc rassemblé, dans le chapitre suivant, quelques-unes des idées qu'a fait naître dans mon esprit le spectacle si varié et si instructif qui, depuis huit ans , se présente à mon observation , pendant la saison des eaux. Je n'ai pas à présenter une description méthodique et minutieuse de chaque affection, je veux seulement esquisser à grands traits les figures principales du tableau , poser les groupes , de manière à faire juger l'ensemble. — J'espère ne pas en rester à cette ébauche.

Il y a près des sources minérales une mine trop riche de faits, pour qu'on ne se sente une certaine honte à ne pas travailler à l'épuration et à la coordination des doctrines médicales éparses et confuses, en ce qui concerne les maladies chroniques. Sur ce sol tant de fois exploré, je n'ai pas la prétention de découvrir des nouveautés, je cherche un point de vue d'où l'oeil puisse embrasser aisément toute l'étendue du terrain , et il me semble apercevoir les objets sous im jour plus net.

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